XVI. Nous aimons le Fils de cœur [ex corde), c'est-à-dire
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par l'intellect; [toto) de tout notre cœur, c'est-à-dire sans erreur. Nous aimons le Père de pensée, c'est-à-dire avec notre mémoire {tola) tout entière, c'est-à-dire sans oubli. Nous aimons l'Esprit saint avec notre ame, c'est-à-dire avec notre vo-^ lonté {tota)f c'est-à-dirô sans contrariété. Nous aimons le Père tout-puissant, le Fils plein de sagesse , le Saint-Esprit plein de bonté, c'est-à-dire la puissance, la sagesse et la bonté de la Trinité. Adveniat regnum tuum, <c Que ton règne arrive. » Par là nous demandons que le Christ règne toujours sur nous, et non le pèche , afin qu'il nous trouve prêts quand il ordonnera à notre ame de sortir de notre corps.
XV IL Or, on appeUe règne de Dieu l'Eglise militante, qui est régie, et l'Eglise triomphante, qui règne. On appelle encore règne de Dieu la grâce de la foi et la gloire de l'espérance. On appelle encore règne de Dieu l'intelligence de l'Ecriture çt le lieu de la patrie. Touchant le règne de l'Éghse militante, il est écrit : <c Les anges sortiront, et, comme des moissonneurs, ils recueilleront et enlèveront de son royaume tous les scandales. » Touchant le règne de l'EgUse triomphante, on trouve ces mots dans l'Evangile : « Ils viendront et s'asseoiront avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux. » Sur le règne de la foi, l'Ecriture dit : ce Le règne de Dieu est au milieu de vous. » Sur le règne de l'espérance, le Seigneur dit : « Venez jouir du royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde. » Touchant le règne de l'Ecriture, on lit : « Le règne de Dieu disparaîtra du miUeu de vous pour être donné au peuple qui porte des fruits. » On trouve au sujet du règne de la patrie : « Les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. » Et le Christ aussi est appelé règne de Dieu, d'après ces paroles :
XVIII. « Si donc c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, évidemment alors le règne de Dieu est venu au milieu de vous. » Que ton règne arrive donc, c'est-à-dire qu'un règne se réunisse à l'autre, que l'Église militante se réunisse à TÉglise
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triomphante ; ou bien encore : Que ton règne arrive, c'est-àrdirfl vienne pour que nous te voyions, afin que le règne de la foi passé au royaume de l'espérance ; parce que la vie éternelle consiste à ce que nous te reconnaissions comme seul vrai Dieu, amsi que celui que tu as envoyé, Jésus-Christ; et comme si le prêtre disait : Donne-nous l'esprit d'intelligence, afin que, purs àe cœur, nous' comprenions que tu règnes présentement par la foi , afin que dans le temps à venir nous te voyions régner en nous par Fesjpérance. Alors nous connaîtrons Dieu comme il nous connaît, car maintenant nous voyons comme dans un miroir et d^une manière énygmatique ; mais alors nous le verrons face à fkce, ei ainsi nous verrons le Dieu des dieux dans Sion, Ce qui est opposé à la gourmandise, dont le Prophète dît : <c Le vin et Kvtessfe enlèvent le cœur. » Car par l'intelligence l'honune cessie de vivï*e d'une manière chamelle; d'où saint Jérôme dît : ««Aime la science des Ecritures, et tu ne Rattacheras pas aux vices dé la chair. »
XIX. Sanctifieetur nomen ttmm, c< Que ton nom soitsancti^ fié. » Par là nous demandons à être saints et justes, à nous' éloigner du mal et à faire toujours le bien. Et remarque que le nom du Père est sanctifié de quatre manières dans ses en* fants : de deux manières sur la terre et de deux manières dansf la patrie. Sur la terre^ par l'action de produire des actes, l'activité et la persévérance ; dans la patrie, par la consommation* ou fe perfectionnement (ou Tachèvement de la sanctification). En efiet , sur la terre le nom du Père est sanctifié dans ses enfants quand il opère en eux l'acte du salut, ou quand la sanctification qu'ils ont reçue au nom du Père persévère en eux. Dans là' patrie , le nom du Père est sanctifié dans ses enfants, parce qu'il est sanctifié et confirmé en eux de telle sorte qu'ils ne peuvent plus être séparés de la grâce de la filiation. Sur la terre le nom du Père est pour ainsi dire mobile et variable dans les ehfSsnts^ car Judas aussi fut pendant un temps fils du Père; mstis vint un jour où il cessa de l'être ; c'est à cause de ce chan-
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gement, de cette mobilité possible que l'Apôtre a dit (II q., VII § ) : « Je châtie mon corps et le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché les autres je sois moi-même réprouvé. » Et ici-bas le nom du Père est sanctifié dans les enfants , lors^ qu'ils sont tels que la sainteté du Père brille dans ses enfants; et en haut ils apparaîtront au grand jour ceux dontja vie est maintenant cachée, d'après ces paroles : (t 0 insensés que nous étions ! nous estimions que leur vie était une folie et leur j^ sans honneur, et voilà comment ils ont été comptés au nombre des enfants de Dieu et que leur sort est maintenant fiié au milieu des saints!!! » On dit donc : <c Que ton nom soit sanc^ tifié, » comme si l'on voulait dire : « Donne-nous l'esprit de sagesse , » comme on dit de la saveur^ la douceur étemeUe, afin. que nous goûtions combien est agréable le Seigneur^ qx . engendre la paixennous^ c'est-à-dire le repos des mouvements intérieurs, afin que notre chair, stimulée par la concupiscence, ne sMnsurge pas contre l'esprit, parce que la paix ne peut résider dans mes os à la vue de mes péchés. Afin qu'ainsi ton nom soit sanctifié, c'est-à-dire le Père dans les enfants ; en sorte que (ce qui est difficile dans le temps présent] nous ne soyons jamais^ dans le temps futur, séparés de la grâce de la filiation; ce qui est manifestement contraire à la luxure, parce que celui qui travaille ne s'y complatt pas. Celui qui n'a pas la paix de Tesprit n'est pas enfant de Dieu ; mais il est assimilé à la bête de somme^ qui pourrit dans son fumier. Car lorsque l'on a goûté à l'esprit toute chair cesse d'exister.
XX. A la fin de l'oraison dominicale, se trouve le mot amen^ qni se rapporte à toutes les demandes. L'hébreu place à la fin un de ces trois mots : amm, sela, salem, qui tous signifient |)aia?. Nous avons parlé de Y Amen au chapitre de la Salutation du prêtre au peuple. Quoique ce mot exprime quelquefois le sentiment du désir, ici cependant il montre, ilindi^ que l'affirmation de la conclusion. D'où, dans la glose de saint- Mathieu (c.vi), amen signifie que dans toutes ces demandes Diev
nous accorde indubitablement ce que nous lui demandons , si nous conservons les conventions de la dernière condition ; d'où il ajoute : si dimiseritis, etc., et c'est pourquoi en cet endroit amen n*est prononcé ni par le peuple^ ni par le clergé, mais par le prêtre; car il est, lui, médiateur entre Dieu et l'homme , et il lui appartient d'offrir à Dieu les vœux du peuple , et de faire savoir au peuple la volonté de Dieu, conune on le voit dans rÛLode(c. xix).
XXL 11 vaut mieux que ce mot soit prononcé par le prêtre, à qui il convient d'affirmer que ce que Ton a demandé au Seigneur est accordé, que par le peuple, qui ne doit être informé de ces choses que par l'intermédiaire du prêtre. Or, dans les autres oraisons qui se trouvent dans l'office de l'Eglise, amen exprime plutôt le sentiment du désir qu'une conclusion affirmative. Et c'est pour cela qu'alors il est convenablement prononcé par le peuple, qui désire avoir ce que le prêtre demande par ses prières dans ces oraisons. Cependant en cet endroit le prêtre dit amen à voix basse : Premièrement, pour marquer que le Seigneur veut que ceux qui le prient laissent ignorer qu'ils ont été exaucés, de peur qu'ensuite ils ne tombent dans la tiédeur. Secondement, parce que, s'il proférait à haute voix amen, mot qui affirme que l'oraison dominicale a été entendue de Dieu , on pourrait croire à la présomption et à une certaine ostentation de la part du prêtre.