ON LE DIT A LA MESSE
1 . Le Gloria in excelsis a été dit pendant longtemps aux prières publiques et particulières des fidèles, avant qu'on Tait chanté ou récité à la messe. Saint Athanase {\) veut qu'après avoir dit, dès le grand matin, le psaume et le cantique que nous disons encore à laudes, Deus Deus meus et Benedicite, les vierges chrétiennes récitent cette hymne (2) : Gloria in excelsis Deo, etc. Cette même hymne (à quelques variétés près) est tout entière dans les Constitutions apostoliques (3), sous ce titre : Prière du ntatin, suivant l'usage des églises orientales. Parmi les Latins , on a dit aussi en beaucoup d'églises cette hymne à l'office du matin , du moins le dimanche , depuis un temps immémorial.* Elle se trouve dans les Psautiers et dans les anciens livres d'églises écrits en France et en Angleterre depuis neuf ou dix siècles, où on lit«n quelques-uns ce titre : Hymne du dim^anche à matines, c'est-à-dire laudes (4).
2. Plusieurs auteurs latins (5) ont cm que saint Hilaire était l'auteur de 'cette hymne. Mais le seul témoignage de saint Athanase, contemporain de saint Hilaire, fait voir qu'ils se trompaient, puisque de son temps les femmes d'Orient la savaient communément par cœur. Elle doit être beaucoup plus ancienne , et il y a apparence que c'est une de
mus Kyrie eleison autem nos neque diximus, neque dicimus sicut a Graecis
dicitur, quia in Graecis simul omnes dicunt ; apud nos autem a clericis dicitur, et a populo respondetur, et totidem vicibus etiam Christe eleison dicitur ^ quod apud Graecos nulio modo dicitur. In quotidianis autem missis , alia quae dici soient tacemus, tantummodo Kyrie eleison et Christe eleison dicimus, utia his deprecationis vocibus paulo diutius immoremur (lib. 7. , ep. 64).
(1) De Virginitate, vers. un.
(2) Hymne est un cantique de louange en Thonneur de Dieu : Hymnus ergo tria ista comprehendity et canticum^ et laudem, etDei,., (S. Augustin in ps. 148;
— S. Isidore, Orig.j lib. 6, cap. 19;— Platon, lib. 3 De Legibus).^LQ Gloria in excelsis est Thymne que les Grecs appellent la grande doxologie, pour la distinguer du Gloria Patrij qui est la petite.
(3) Lib. 7, cap. 47.
(4) Dans Durand, on lit souvent : Matutinœ laudes, confondant ainsi les deux offices de matines et de laudes^ qui constituaient oe qu'on appelait autrefois nocturne,
(6) Remy d'Auxerre, Expositio Missœ ; — Alcuin, cap. 40 ; — Robert Paululus ;
— Honorius ; —Jean Beleth , etc.
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celles que les premiers fidèles chantaient en llionneur de Dieu et de Jésus-Christ vrai Dieu. Il est fait mention de ces hymnes dans la lettre de Pline à Trajan (1) , dans Lucien (2) et dans Eusèbe (3) ; et Ton s'en servit, vers la fin du second siècle, pour réfuter Fhérésie d'Artemon, qui attaquait la divinité de Jésus-Christ. On ne doit pas espérer de connaître plus distinctement Tauteur du Gloria in excelsis. Les Pères du quatrième Concile de Tolède ont dit sagement que les premières paroles avaient été prononcées par les anges, ce qui Ta fiait appeler rhymne des anges, et que la suite avait été composée par les docteurs de TEglise (4).
3. Le Pontifical attribué au pape Damase, ou plutôt le Recueil des Vies des Papes , dont on trouve d'anciens manuscrits qui finissent au temps de Justinien , sont les premiers monuments où Ton voit que le Gloria in excelsis ait été dit à la messe. On y lit (5) que le saint pape Télesphore, qui tenait le siège de Rome vers le milieu du II* siècle, ordonna qu'au commencement de la messe de la nuit de Noël on chanterait l'hymne des anges Gloria, etc. Dans un autre catalogue des papes (6) , aussi bien que dans la Collection d'Anastase (7) , il est dit que le pape Symmaque , vers l'an 500 , ordonna qu'on dirait le Gloria in excelsis les dimanches et les fêtes des saints. Depuis ce temps , c'està-dire depuis saint Grégoire-le-Grand , le Gloria in excelsis devait être dit les dimanches et les fêtes par les évêques et non par les prêtves. Suivant ce qui est marqué dans les Sacramentaires (8) écrits jusqu'au commencement du XI® siècle, a on dit le Gloria in excelsis les dimanches et les fêtes, quand l'évéque officie, et les prêtres ne le disent que le le jour de Pâques » (9).
(1) Carmenque Christo quasi Dec dicere, secnm invicem.
(2) Philop,
(3) Hist. eccles.y lib. 7, cap. 27 : Sed et psalmi vel cantica ab initie scripta sunt qu8B a fratribus fidelibus verbum Dei esse Ghristum et Deum , tota hymnorum suorum laude concélébrant.
(4) Reliqua quae ibi sequuntur ecclesiastici doctores composuerunt (cap. 12)
(5) Hic fecit ut... in ingressu sacriflcii hymnus diceretur angelicus Gloria in, excelsis DeOj etc., tantum noctu Natalis Domini (Bolland., CatcUog. pontif,^ in Propyl, ad acta SS, Mail).
(6) Ibid., p. 74.
(7) De Vitis Pontificum, p. 83.
(8) Dicitur Gloria in excelsis Deo, si episcopus fuerit tantummodo die dominico, sivediebus festis. A presbyteris autem minimedicetur, nisi solo in Pascba.
(9) Cette règle n'était peut-être pas exactement observée; car Remy d'Auxerre, vers la fin du IX« siècle, ne met aucune différence entre l'évéque et le prêtre que sur le Pax vodis, et nullement sur le Gloria in excelsis {Expositio miisœ).
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Mais quelques années après Tan 1000, Bernon, abbé de Richenous, s'appliqua à montrer, dans un chapitre exprès (1), que, puisqu'il était permis aux prêtres de dire le Gloria in excelsis le jour de Pâques , il devait à plus forte raison leur être permis de le dire le jour de Noël ; que ce qu'on lisait à la tête des Missels n'était pas une preuve que saint Grégoire eût fait cette défense aux prêtres, puisqu'on ne pouvait la trouver dans aucun de ses ouvrages; et que, pour augmenter les louanges de Dieu , on devait leur permettre de le dire tous les dimanches et toutes les fêtes des saints, parce qu'il ne paraît nulle part que cela ait été défendu par les saints Pères.
Le souhait de Bernon avait déjà été prévenu , et il fut généralement accompli bientôt après. Le Gloria in excelsis fut dit par les prêtres. Cela est évident par les Coutumes de Cluny (2), écrites par saint Ulric ; par celles des Chartreux, institués en 1084; et par l'Ordinaire de Mont- Cassin , écrit vers le même temps.
Un fort beau Sacramentaire de l'église d'Albi, écrit vers l'an 1110, ne met plus de distinction entre les évêques et les prêtres ; il marque simplement (3) qu'après le Kyrie eleison on dit le Gloria in excelsis aux jours de fêtes. Le Micrologne dit positivement, vers l'an 1090 (4), qu' a aux fêtes qui ont un offlce plein , les prêtres aussi bien que les évêques disent le Gloria in excelsis, » — a De sorte, remarque le P. Lebrun (5), qu'on peut dire que l'origine des Chartreux, en 1084, concourt presque avec le temps de la liberté qu'ont eue les prêtres de dire le Gloria in excelsis comme les évêques. »
(1) Super haec omnia cum in capite libri Missalis, quando presbyteri romani Gloria in excelsis Deo canere et non canere soleant, legimas, solummodo praetitulatum ; nusquam autem vel a beato papa Gregorio, vel aliquo sanctoruni Patrumnobis iuterdictum puto, quinomni die dominica vel in sanctorum Natalitii liceat nobis saepe dictum hymnum canere ad augmentum laudis divinae (Bernon, De Quibusdam rébus ad Missam spectantibus y cap. 2).
(2) Gloria in excelsis Deo nunquam omittitur, niai in Adventu Domini, et a Septuagebima usque ad Pascha (Spicileg.f t. 4, p. 45).
(3) Ordo qualiter in catholica Ecclesia missa celebretur, in primis Antiphona ad lutroitum, deinde Kyrie eleison tertio, Christe eleison tertio , Kyrie eleison tertio; postea, Gloria in excelsis Deo diebus festis tantummodo.
(4) Cap. 2.
(5) L. 0. sup., t. 1, p. 171.