NOTIONS HISTORIQUES SUR LE SYMBOLE DE LA. FOI
1. Le Symbole des Apôtres. — Le Credo est l'abrégé de la doctrine chrétienne, et il s'appelle le Symbole des apôtres, le Symbole de la foi. Le mot de symbole signifie un signe duquel on convient pour distinguer une chose avec une autre. Dans l'armée, le mot d'ordre est un symbole qui fait distinguer le soldat de l'armée d'avec l'ennemi ; et dans la milice chrétienne, k récitation du Credo a fait distinguer les chrétien? d'avec ceux qui ne l'étaient pas (2). De là est venue cette ancienne manière de parler : « Donne le signe du chrétien, dis le Symboles (3). 11 est nommé pour ce sujet le Symbole de la foi ou des chrétiens ; et il est aussi appelé le Symbole des apôtres , parce qu'il vient d'eux. C'est là le symbole qu'on récite plusieurs fois chaque jour dans les prières. Il n'y en eut point d'autre pendant les trois premiers siècles (4). Les chrétiens l'apprenaient par cœur et ne l'écrivaient pas (5) , de peur de le faire connaître aux Gentils.
(1) V. loc. cit., ad calcem, chap. 34 et dernier.
(2) Rufan, in Symbol.; — S. Maxime de Turin, ^ermo 8 in trad. Symbol.; — S. Augustin, etc.
(3) Da signum, da symbolum.
(4) Inea régula incedimns (TertuUien, De Prœsctipt.).
(5) S. Jérôme, ep. ad Pammach. ; — Ruffln ; — S. Augustin, etc.
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2. Le Symbole de Nicée.-— Mais au IV* siècle, lorsqu'Arius eut attaqué la divinité du Verbe, les Pères du premier Concile général tenu à Nicée en 325 , pour faire rejeter Fhérésie arienne , expliquèrent et étendirent le second article du Symbole des apôtres, touchant le Fils, et dressèrent le symbole qui finit par ces paroles : Et in Spiritum sanctum (i).
3. Le Symbole de Constantinople. — Peu de temps après , Biacédonius, évêque de Constantinople , attaqua la divinité du Saint-Esprit: ce qui obligea les Pères du second Concile général, en 381 , d'expliquer Tarticle Et in Spiritum sanctum, et de faire plusieurs additions au Symbole de Nicée ; et c'est ce qui a formé un troisième symbole, qui devrait, ce semble, être toujours nommé le Symbole de Constantinople. Cependant on le nomme souvent, depuis le VI* siècle, le Symbole de Nicée , à cause qu'il le renferme entièrement et qu'il n'en est qu'une extension.
4. Le Symbole de saint Athanase. — Enfin, depuis les hérésies qui attaquèrent l'essence et les propriétés de l'humanité de Jésus-Christ, quelque saint et savant auteur inconnu fit un quatrième symbole plus étendu que tous les autres, qui fut trouvé si beau, qu'on l'attribua à saint Athanase, le plus illustre des défenseurs de la foi. Ce symbole se trouve écrit et cité depuis le Vil* siècle. Théodulphe, évêque d'Orléans , vers l'an 800, l'expliqua, et Ahyton, évêque de Baie, qui lui était contemporain , prescrivit aux clercs de le dire à prime. On voit aussi , dans plusieurs auteurs (2) , qu'au XII® siècle on le récitait tous les jours à prime dans la plupart des églises, Ratherius, évêque de Vérone vers l'an 930 , voulait que les prêtres de son diocèse sussent par cœur le Symbole des apôtres, celui qu'on dit à la messe, et celui qui est attribué àsaint Athanase (3).
A l'égard de la messe, on n'y a point récité de symbole durant les cinq premiers siècles. Cela, en effet, ne paraissait convenir ni aux catéchumènes, à qui on ne voulait faire connaître le symbole que peu de jours avant leur baptême, ni aux fidèles, qui étaient censés bien instruits des vérités de la foi lorsqu'ils assistaient au gaint sacrifice.
Mais Théodore-le-Lecteur nous apprend (4) que, les erreurs des macédoniens faisant quelques progrès, Timothée , évêque de Constantinople,
(1) Ap. Athanas., Decr. Nie. syn., 1. 1, p. 2S9; — Socrate, lib. 1, cap. 5 ; — Théodoret, lib. 1, cap. 12.
(2) Honorius, Gemma animce, lib. 2, cap. 59 ; — Jean Beleth, Divin. Offic.j caput. 11.
(3) Synodic.j t. 2, SpiciL, et t. 9 de la Collection des Conciles, col. 1368.
(4) Lib. 2, Collectam.
ou MANUEL DES DIVINS OFFICES. 483
ordonna, en 510, de réciter à toutes les assemblées le symbole où est expliqué l'article du Saint-Esprit, qu'il nomme le Symbole des 3i8 Pères, c'est-à-dire des Pères de Nicée , au lieu qu'auparavant on ne le récitait en public que le Vendredi saint, pendant l'instruction que l'évêque faisait à ceux qui devaient être baptisés. On a donc fait chanter ce symbole à la messe préférablement aux deux premiers , parce que l'erreur touchant le Saint-Esprit y est évidemment proscrite. Les églises voisines suivirent bientôt cet exemple, et le troisième Concile de Tolède, en 589, ordonna a que dans toutes les églises d'Espagne on chanterait le Symbole de Consiantinople, selon la forme des églises d'Orient » (i), pour munir et précautionner les fidèles contre les restes des erreurs des Goths ariens et des priscillianistes. Sur la fin du VIIP siècle et au commencement du IX*, la coutume de le chanter à la messe s'introduisit dans les églises de France et d'Allemagne, pour l'opposer à i'hérésie de Félix d'Urgel, qui voulait que Jésus-Christ ne fût que fils adoptif de Dieu. On ne le disait pas à Rome au commencement du XIP siècle. L'empereur saint Henri, qui y alla en 1014, en fut surpris, et demanda pourquoi l'on ne chantait pas à Rome ce qui se chantait en Allemagne et en France. Les clercs de Rome lui dirent qu'on ne le chantait pas dans cette église, à cause qu'il n'y avait point d'hérésie. Cependant , à sa prière , le pape Benoît VIII le fit chanter (2), ce qui a été continué jusqu'à présent.
Voici le texte latin des quatre symboles de foi dont nous venons de faire en peu de mots l'histoire :