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IV. Symbole dit de saint Athanase

Quicumque vult salvus esse , ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem; quam nisi quisque integram inviolatamque servaverit, absque dubio in œternum peribit. Fides autem catholica haec est, ut unum Deum in Trinitate, et Trinitatem in unitate veneremur. Neque confundentes personas , neque substantiam séparantes. Alia est enim persona Patris, alia Filii, alia Spiritus Sancti. Sed Patris, et Filii, et Spiritus Sancti una est divinitas, sequalis gloria, coœterna majestas. Qualis Pater, talis Filius, talis Spiritus Sanctus. Increatus Pater, immensus Filius, immensus Spiritus Sanctus. iEternus Pater, œternus Filius, œternus Spiritus Sanctus ; et tamen non très œtemi ; sed unus œternus. Sieut non très increati , nec très immensi ; sed unus increatus , et unus immensus. Similiter omnipotens Pater, omnipotens Filius, omnipotens Spiritus Sanctus. Et tamen non très omnipotentes; sed unus omnipotens. Ita Deus Pater, Deus Filius, Deus Spiritus Sanctus. Et tamen non très dii; sed unus est Deus. Ita Dominus Pater, Dominus Filius, Demi-

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nus Spiritus Sanctus. Et tamen Don très Domini; sed unus est Dominus. Quia sicut singillatim uDamquamque personam , Deum ac Dominum confiteri christiana veritate compellimur; ita très deos aut dominos dicere catholica religione prohibemur. Pater a nuilo est factus, nec creatus, nec genitus. Filius a Pâtre solo est ; non factus , nec creatus, sed genitus. Spiritus Sanctus a Pâtre etFilio,non factus, nec creatus, nec genitus, sed procedens. Unus ergo Pater, non très Patres; unus Filius, non très Filii; unus Spiritus Sanctus, non très Spiritus Sancti. Et in hac Trinitale nihil prius aut posterius, nihil majus aut minus ; sed totae très personœ coœternœ sibi sunl et coœquales. lia ut per omnia, sicut jam supra dictum est, et unitas in Trinitate, et Trinitas in unitate veneranda sit. Qui vult ergo salvus esse, ita de Trinitale sentiat. Sed necessarium est ad aeternam salutem ut incarnationem quoque Domini nostri Jesu Christi Hdeliter credat. Est ergo fides recta ut credamus et conûteamur quia Dominus noster Jésus Ghristus Dei Filius, Deus et homo est. Deus est ex substantia Patris ante secula genitus ; et homo est ex substantia matris in seculo natus. Perfectus Deus, perfectus homo ; ex anima rationali et humana carne subsistens. ^qualis Patri secundum divinitatem; minor Pâtre secundum humanitatem. Qui licet Deus sit et homo, non duo tamen, sed unus est Ghristus. Unus autem non conversione divinitatis in carnem ; sed assumptione humanitatis in Deum. Unus oranino, non confusione substantiœ ; sed unitate personœ. Nam sicut anima rationalis et caro unus est homo ; ita Deus et homo unus est Ghristus, qui passus est pro sainte nostra, descendit ad inferos, tertia die resurrexit a mortuis; ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis ; inde venturus est judicare vivos et mortuos; ad cujus adventum omnes homines resurgere habent cum corporibus suis ; et reddituri sunt de factis propriis rationem. Et qui bona egerunt ibunl in vitam œtemam; qui vero mala, in ignem aeternum. Hœc est fides catholica, quam nisi quisque fideliter firmiterque crediderit, salvus esse non poterit.

NOTE li.

DU PAIN QUE LE PRÊTRE OFFRE A l' AUTEL.

La matière du sacrifice nous a été marquée par Jésus-Christ, qui consacra du pain et du vin (1). L'Eglise a voulu que ce pain fût azyme,

(i) « Accepit panem , etc. » (S. Math., cap. xxvi, vers. 26 ;^ S. Marc, xiv, 22 ; — S. Paul, I" aux Corinth. , xi, 23).

c'est-à-dire sans levâin, de la plus pure farine , fort propre, et qu'il eût des marques qui le distinguassent du pain commun et ordinaire.

A régaid du pain sans levain , il n'y a pas de décret formel qui Tait ordonné avant le XI® siècle; jusqu'alors on ne se fondait que sur l'usage d'un temps immémorial , et il n'y avait point eu de dispute là-dessus avec les Grecs, qui consacrent avec du pain levé. Mais depuis le milieu du XP siècle , on a toujours disputé. Les plus sages ont dit que c'était là un point de pure discipline assez indifférent, et qu'il fallait que chaque église suivît sa pratique, sans se blâmer les uns les autres. Les Grecs croient qu'on s'est toujours servi de pain levé parmi eux. Les Latins peuvent clairement montrer que les azymes sont en usage dans nos églises depuis le VHP siècle , sans qu'on en puisse trouver le commencement. Alcuin, vers l'an 790 , écrit que lé pain doit être fait simplement d'eau et de farine sans levain (i). Raban Maur, dans son Traité de l'Institution des Clercs, qu'il composa en 819, prouve, par l'Ancien- Testament et par l'exemple de Jésus-Christ, que le pain du sacrifice doit être sans levain (2). 11 dit même , dans un ouvrage resté manuscrit , que les prêtres doivent faire tous les dimanches des eulogies avec du pain azyme et les distribuer après la messe (3). Ce qui fait assez voir qu'on ne se servait alors que du pain azyme pour l'eucharistie , puisque le pain, qui n'en était qu'une représentation, devait l'être aussi.

En second lieu , outre ces preuves incontestables de l'usage des azymes depuis le VHP siècle , nous voyons qu'avant ce temps-là l'Eglise faisait faire des pains exprès , qui peut-être étaient aussi sans levain. Ces pains étaient ronds. La pape Zéphyrin, au commencement du HP siècle , leur donne pour ce sujet le nom de couronne (4) ; saint Grégoire-le-Grand se sert aussi du même terme (5). Ils avaient une marque qui les distinguait du pain commun. On voit, par un grand

(1) Panis qui in corpus Ghristi consecratur, àbsque fermento ullius alterins infectionis débet esse mundissimus (epist. 69 ad Lugdunenses).

(2) Quod autem panem sacrificii sine fermento esse oporteat, testatur liber Leviticus, etc. (lib. 1, De Institutione clericorum^ cap. 31).

(3) De Eulogiay manuscrit cité par Giampini, qui en a tiré ces mots : Faciat azymes panes per singulos dominicos , et det populo eulogiam in dominico die post missam his qui non sumant sacriflcium Domini ( De Azymo et Ferm, RomcBj 1688, p. 158).

(4) Voyez Tancien Catalogué des papes, donné par le P. Henschenius {Propyl^ Mail), où on lit cet ordre du pape Zéphyrin : Ut... ex ea consecratione de manu episcopi, jam coronam consecratam acciperet presbyter, tradendam populo.

(5) Dialog., lib. 4, cap. 66.

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nombre d'anciennes figures , qu'on y imprimait le signe de la croix. Le Concile d'Arles , en 554 , ordonne « que les obldtions que tous les ëvêques de la province feraient offrir à Tautel auraient la même forme que celles de l'église d'Arles» (1). La reine sainte Radegonde, qui établit son monastère à Poitiers, sous la règle de saint Césaire d'Arles, vers le temps de ce concile, s'appliquait avec beaucoup de dévotion à faire de sa propre main les pains du sacrifice, pour les distribuer à beaucoup d'églises; et Fortunat dit qu'elle y employa tout un carême, suivant le conseil de saint Germain , évêque de Paris , qui était son directeur. Le Concile de Tolède, de l'an 693 , blâme fort dés prêtres qui avaient souffert qu'on eût coupé en rond un morceau d'un pain commun, pour l'offrir à l'autel (2). Il ordonne que le pain qu'on présentera sera entier, propre, préparé avec soin, et qu'il ne sera pas trop grand, mais une petite oblation , suivant la coutume ecclésiastique (3). » L'Eglise latine prescrit de ne se servir que de pain azyme , en quoi elle est autorisée par l'exemple de Jésus-Christ, qui institua l'eucharistie après avoir mangé l'agneau pascal, et qui, par conséquent, consacra du pain azyme; car, dès que l'agneau pascal était immolé, il n'était plus permis de manger ni de conserver du pain levé.

DE LA CONFECTION DES HOSTIES DITES PAINS D'AUTEL ou PAINS A CHANTER.

« L'hostie, dit D. Martenne (4) , doit être unie, ronde et ferme, sans tache , sans fente ou fissure. r>

Bocquillot (5) dit à ce sujet, et avec beaucoup de raison : <& Pour apprendre aux sacristains de nos églises comment ils doivent faire les pains destinés aux sacrifices , il est bon de rapporter ici comment les anciens moines les faisaient. »

(1) Ut oblatsB quœ in sacre offeruntur altario a comprovincialibus episçopis, ad formam arelatensis offerantur ecclesiae, cap.l).

(2) Temerario ausu provocati... de panibus suis usibus prœparatis cmstalam in rotunditatem auferant (Concile de Tolède, ! 6, canon 6).

(3) Ut non aliter panis in altari Domini sacerdotali benedictione sanctificandus proponatùr, nisi integer et nitidus , qui ex studio fùerit prœparatus , neque grande aliquid, sed modica tantum oblata, etc. (Ibid.).

(4) [Ho&tia solida sit et recta, rotunda et rigida , sine macnla, sine rim» soissura] {De antiq, monach, rit., 1. 2, c. 8).

(5) Traité hist, de la Liturgie ou de la Messe^ 1. 1, c. iî, p. «89 à «M.

L'on faisait des tiosties toutes les fois qu'on en avait besoin dans^les monastères (1) ; il y avait néanmoins deux temps principalement destinés à ce travail , savoir, un peu avant Noël et avant Pâques. Cela prouve qu'il fallait que ces pains fussent assez épais et solides pour durer si longtemps. Les novices triaient les grains de froment sur une table, Fun après l'autre; on les lavait ensuite, et on les étendait sur une nappe blanche pour les faire sécher au soleil. Celui qui les portait au moulin lavait les meules, se revêtait d'une aube, et mettait un amict sur sa tête. Le jour de faire les pains étant venu , trois prêtres ou trois diacres avec un frère convers , après l'office de la nuit , mettaient des souliers , se lavaient les mains et le visage , se peignaient et récitaient en particulier dans une chapelle l'office des laudes , les sept psaumes de la pénitence et les litanies. Les prêtres ou les diacres , revêtus d'aubes, venaient dans la chambre où les pains devaient se faire; le convers y avait déjà préparé le bois le plus sec et le plus propre à faire un feu clair. Ils gardaient le silence tous quatre ; l'un répandait la fleur sur une table polie , propre et faite exprès , dont les bords étaient relevés pour contenir l'eau qu'il jettait dessus et délayait la pâte. C'était de l'eau froide, afin que les hosties fussent plus blanches. Le convers, avec des gants, tenait le fer et faisait cuire les hosties six à la fois (2). Les deux autres coupaient les hosties en rond avec un couteau fait exprès ; et , à mesure qu'on les coupait , elles tombaient dans un plat couvert d'un linge. Ce travail durait longtemps dans les grandes communautés, et se faisait néanmoins à jeun ; mais on soulageait aussi leurs peines par une meilleure portion à leur dîner.

D. Marlenne (loc. cit.) dit que cet usage dura dans les monastères jusqu'au XV« siècle.

D. Claude de Vert (3) nous apprend encore d'autres particularités des hosties que nous croyons devoir rapporter ici. 11 dit, premièrement, que le sacristain de Cluny était encore chargé de son temps (XV1I« siècle), moyennant une redevance , de fournir le pain à chanter à toutes les

(1) De ontig. monach, rit., 1. 1, c. 8.

(2) Honoré d'Autun (Gemma animœ, 1. 1, cap. 66) dit que, de son temps (XII« siècle), les hosties n'excédaient point la grandeur d'un denier. Les auteurs du Voyage littéraire (t. 2, p. 35) virent encore à Braine, dans le XVIII» siècle, les anciens fers (XII« siècle) avec lesquels on les faisait, et que l'on y conservait. Oa voit, parle dessin que les deux Bénédictins en ont donné, qu'on ne pouvait faire que quatre hosties à la fois ; elles avaient la grandeur d'un sou, et étaient marquées des monogrammes suivants : IHC. xpc. XS. DNS. (Jésus, Christus, Alpha Oméga, Dominus). Le tout surmonté d'une croix dont le pied représente un double joug de bœuf.

(3) ^plicat. simple,. litt. et hi8t.des Cérémonies de l'Eglise.

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paroisses de la ville de ce nom , où Ton n'eût pas souffert que l'on en eût employé d'autre que celui qui se faisait en cérémonie dans l'abbaye. Secondement, que l'un des officiers claustraux d'un prieuré du Puy en Vélay était appelé Vhostier, parce qu'il était autrefois chargé de faire les hosties pour toutes les églises de ce diocèse ; que, le revenu de cet hostier ne pouvant plus suffire depuis la multiplication des messes, il avait été contraint d'abandonner sa charge et son titre, qui depuis resta vacant. Troisièmement , que les hosties ne se faisaient encore au XVII" siècle, dans ce diocèse, qu'avec la permission de Tévêque , et qu'on voyait dans la ville une enseigne avec ces mots au bas : Céans se font de belles hosties avec permission de M- Vévêque du Puy,

HISTOIRE DE l'ORGUE.

L'orgue est le chantre sublime du catholicisme , le seul qui , produit par lui , n'ait pas profané ses accents parmi les hommes et soit resté fidèle à sa mission. Nous aimons donc à croire que quelques recherches sur cette grande voix de notre culte ne seront pas sans Intérêt pour nos lecteurs.

Orgue, dans sa signification primitive, a un sens très-large ettrèsétendu ; il désigne toutes sortes d'outils ou d'instruments dont on se servait pour quelque ouvrage que ce fût. Dans la suite, ce nom fut plus particulièrement affecté aux instruments de musique en général.

Sans nous arrêter, comme D. Bédos de Celles (1), à énumérer ici toutes les idées qu'éveillait le mot organum chez les Hébreux et chez les autres peuples (2), nous arrivons brusquement à parler de l'orgue dans le sens que nous donnons à ce mot ; tel doit être notre but principal (3).

(1) Histoire abrégée de l'Orgue, dans son ouvrage intitulé : L'Art du Facteur d'Orgues, un vol. in-fol.

(2) Synops. Grit. in Gènes. , cap. 4 , vers, ai ; — Dom Galmet , Dissert, sur les instruments de musique , dans le 2« vol. du Com. litt. des Ps., p. 87. ;— Pietro délia Valle, epist. 61.

(3) Ce fut la flûte à plusieurs trous, et surtout l'assemblage des tuyaux de' roseau ou de métal plus ou moins nombreux, auquel on donne le nom de flûte de Pan, qui donna l'idée de l'orgue et présida à la naissance de ce grand instrument qui reproduit la flûte sur une immense échelle, puisqu'il parcourt une suite de gammes impossible aux flûtes précitées, et possède un son plein de

(( On appelle l'orgue le roi des instruments , dit Titalien Jérôme Diruta, parce qu'il les réunit et les imite tous, même ceux à corde; aussi a-t-il été choisi et préféré à cause de sa noblesse et de sa supériorité, comme plus conforme à la majesté du culte divin. »

Les anciens divisaient les orgues en deux classes principales , en hydrauliques et en pneumatiques. Les unes et les autres n'ont jamais pu jouer que par le vent, excité, dans les hydrauliques , ou par une chute d'eau , comme aux grandes forges à fer ; ou par un courant d'eau qui, faisant tourner une roue» aubes, comme dans plusieurs usines de France, donnait le mouvement à des manivelles , à des pompes semblables à celles de nos machines pneumatiques ; ou par la vapeur de l'eau bouillante , comme aux pompes à feu ; ou , enfin , par des soufflets que l'eau faisait mouvoir par le moyen de manivelles adhérentes à leurs axes, comme aux moulins à scier le bois ; ou par quantité d'autres machines que chacun imaginait, et où l'eau était la cause du mouvement qui procurait le vent. Les orgues pneumatiques sont celles d'aujourd'hui, où l'eau n'est point -nécessaire.

L'orgue hydrauhque est le plus ancien. Il fut inventé par Gtésibids, mathématicien célèbre d'Alexandrie, sous. Ptolémée Physcon (120 ans avant Jésus-Christ). C'est lui qui avait imaginé un arbre sur lequel on faisait chanter un grand nombre d'oiseaux. TertuUien (1) attribue l'invention d'un orgue à Archimede , et l'abbé de Sainte-Biaise (2) remarque que cet instrument était différent de celui de Ctésibius.

Vitruve (3) a fait la description de l'orgue hydraulique le plus célèbre, mais en des termes si obscurs, que, malgré leur science et leur habileté , le Père Kircher (4) et Perraut , l'un par la description et le dessin, l'autre par des essais mécamques, n'ont pu en donner que des idées très-imparfaites.

L'auteur d'une lettre faussement attribuée à saint Jérôme parle d'un orgue en usage chez les Hébreux, qui s'entendait de mille pas, comme de la ville de Jérusalem au mont des Oliviers. Cette machine consistait en deux peaux d'éléphant, qui formaient la laye, contenant peut-être

ibrce et de rondeur; son qui met entre lui et les autres instruments à Tent toute la distance et toute la différence du souffle de l'homme, an vent, de plusieurs soufQets immenses venant tous aboutir à un réservoir qui le distribue à d'innombrables tuyaux.

(1) Dans le Traité de rame , oh. 44.

(i) De Cantu et Musica sacra , t. 2, p. 1S8.

(8) De Àrchitect., lib. 10, cap. 18.

(4) Magia phonocamptica.

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les soupapes (ce qu'il est difficile de concevoir, dit D. Bédos ) (i) ; il y avait douze grands soufflets et quinze tuyaux d'airain. Les deux peaux d'éléphant, selon Fauteur anonyme de cette lettre, représentent les deux Testaments; les quinze tuyaux, les patriarches et les prophètes; les douze soufflets, les apôtres (2).

L'abbé de Saint-Biaise (loc. cit. ) a donné deux figures de cet orgue : l'une d'après un manuscrit du X" siècle , de l'abbaye de Saint-Emmerand de Ratisbonne ; l'autre d'après un manuscrit de son abbaye, qui est du XI1I« siècle. Ces deux dessins ne se ressemblent pas et sont d'une composition arbitraire.

Sous Néron , qui régna depuis l'an 54 de Jésus-Christ jusqu'en l'an 68 , on vit paraître à Rome un orgue hydraulique d'une construction inconnue jusqu'alors. Suétone (3) raconte que ce prince employa la moitié d'une journée à l'examiner avec la plus grande satisfaction.

La décadence des beaux-arts entraîna la perte des orgues hydrauliques, lorsque les Barbares eurent ravagé l'empire et toute l'Europe. Saint Augustin (4) n'a connu que l'orgue à soufflets. L'invention de l'orgue hydraulique fut donc renouvelée dans le IX' Siècle. L'histoire fait mention , à cette époque , d'un orgue de ce genre que Louis-le-Débonnaire fit construire dans son palais d'Aix-la-Chapelle , par un prêtre vénitien nommé Georges (5). 11 est dit ailleurs qu'il fut construit à la manière des Grecs (6). L'usage s'en était donc perdu en Occident; mais il s'était conservé dans l'empire grec, et il reparut dans notre pays sous les empereurs français. On ignore et le temps où l'on a commencé à introduire cette espèce d'orgue dans les églises , et celui où l'on a cessé de s'en servir. Du temps de Guillaume de Malme^bury (7) , écrivain du XII* siècle, on s'en servait encore dans une église d'Angleterre.

(1) Loc. cit., p. 5.

(2) V. Opéra S. Hyeronimi^ dans les additions au tome 5, p. 191, epist. Î8, ad Dardarmm, De Instrumentis mitsicis.

(3) Reliquam diei partetn , per organa hydraulica , novi ignotique operi» circnmduxit ( Suet. in Nerone ) .

(4) Organa dicuntur omnia instfomenta mnsicorum. Non solum iliud organum dicitur qnod gracile est et inflatur follibus, sed etiam quidquid aptatur ad cantilenam et corporeum est. Que instrumente utitur qui cantat, orgattum dicitur (S. Aug. in ps. 56).

(5) Hic est Georgios veneticus qui de patria sua ad imperatorem venit , et in Aquensi palatio organum, quod griece hydraula vocatur, mirificaarte composuit (Eghinard, De Translatione SS. martyr. Pétri et Marcellîni, cap. 16).

(6) Presbyter quidam de Venetia qui diceret organum more Grœcorum posse componere ( auctor VitsB Ludovici Pii ).

(7) Extant etiam apud illam ecclesiam organa hydraulica, ubi mirum in modum aquae calefactae violenti», ventus emergens implet concavitatem barbiti, et

C'est à tort que quelques auteurs ont attribué rinvention de Torgae sans eau , dit pneumatique, à Tempereur Théophile , car il y avait de ces orgues dès le V« siècle au moins, où saint Augustin en parle (loc. cit. ) , et cet empereur n'a vécu que dans le IX*. Cette erreur provient de deux passages de Constantin Manassès et de Michel Glycas , mal entendus. Selon le grammairien Léon , cité par Du Cange (voce Organum), Torgue de Théophile, dont parlent ces historiens, était un arbre avec des oiseaux, doni il imitait le chant.

L'orgue à soufflets était donc connu, dès le V« siècle, en Occident; mais on ne peut dire s'il était en usage dans les églises ou seulement dans les concerts particuliers.

Le président Duranti (1) croit que l'introduction de l'orgue dans l'Eglise est fort ancienne. Un commentateur de l'Ecriture-Sainte , plus ancien que saint Grégoire-le-Grand, dit, en expliquant un verset de Job, a que l'usage des orgues n'était point défendu (2), puisqu'on peut s'en servir par un sentiment de piété, et qu'on s'en sert même dans les églises. D Les auteurs des Pontificaux ou des Vies des Papes disent, en parlant du pape Vitalien, élu en 657, et mort en 672, qu'il régla le chant ecclésiastique (3) , et qu'il y employa des instruments communément appelés orgues, Bullée, cité par l'abbé de Saint-Biaise, rapporte deux vers d'un poète mantouan, dont le sens est que le pape Vitalien, natif de Ségni(4), établit des orgues composées de métal, qui jouaient aux grandes fêtes pendant le service divin. Mais les orgues dont il parle, dit D. Bédos (loc. cit., p. 8), n'étaient pas celles que saint Augustin appelle les grandes orgues.

Telles sont les autorités produites par Duranti pour justifier son opinion , et pourtant rien n'est moins certain. Car , depuis l'invasion des Barbares, l'usage de cet instrument fut inconnu en Occident, jusqu'à l'époque célèbre où l'empereur Constantin Copronyme envoya, vers l'an 757, un orgue au roi Pépin-le-Bref. La manière dont les auteurs

per multiforatiles transitus œneae fistulae modulatos clamores emittunt (Viilel. Malmesb. apud Du Gange, ad vocem Organum). On voit par ce passage qu'on employait la force élastique de la vapeur de Teau bouillante à faire marcher les soufQets d*un orgue.

(1) Lib. 1, cap. 13, De Or gants.

(2) Neque enim organorum usus prohibitus erat , quando quidem hoc ipsom cnm pietate Ûeri i)otest. In templis enim sùnt illis ipsi usi (Ibid. , p. 9^ et 98).

(8) histituit cantum adhibitis instrumentis , quœ vulgdri nomine organa dicuntur (Vit. Pontiflc. ).

(4) Signius a^junxit molli conflata métallo ,

Organa quae festis résonant ad saora diebus.

(De Caniu et Musica sacra, t. S, p. 141.)

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ont parlé de cet orgue , et même d'un autre que Charlemagne reçut, vers 812, de l'empereur Constantin Curopalate, prouve qu'on les regardait comme des instruments de musique nouvellement inventés, ou du moins inconnus jusqu'alors dans toute l'étendue de l'empire français; d'où il s'en suit que ces orgues étaient d'une espèce bien dififérente de celles que le pape Vitalien employait à Rome dans les grandes solennités. Celles-ci consistaient en des instruments de musique à vent, propres à soutenir et à faire mieux paraître les voix, mais dont la forme nous est d'ailleurs inconnue.

Tous nos auteurs ont parlé de l'orgue dont l'empereur Constantin Copronyme fit présent au roi Pépin vers 757; mais aucun n'a dit à quel usage il fut employé, ni où il fut placé : si ce fut à l'église ou dans le palais de Compiègne, où le roi tenait alors une assemblée de la nation. Même silence de la part des historiens sur l'usage que fit Charlemagne d'un autre orgue qui lui fut envoyé de Constantinople, vers 812, par l'empereur Constantin Curopalate.

Deux chartes, rapportées par Ughelli (1) et citées par Du Cange (voce Organum), prouvent que, sous le règne de Charlemagne, il y avait un orgue dans l'église de Vérone.

Le premier orgue à soufflets, sans le secours de l'eau, qui paraisse certainement avoir été en usage dans les églises, est celui que l'empereur Louis-le-Débonnaire fit placer dans celle d'Aix-la-Chapelle. 11 était différent de l'orgue hydraulique dont on se servait dans le palais impérial, et que ce prince avait fait construire par le prêtre vénitien dont nous avons déjà parlé. Walafrid Strabon (2) , observant que cet ouvrage était un de ceux dont la Grèce se vantait d'être en possession, donne à entendre : 1* que c'était un orgue de la même espèce que celui que Charlemagne avait reçu en présent de l'empereur de Constantinople, et qui était certainement à soufflets, comme on va le voir ; 2® que ni l'Eglise romaine, ni aucune autre de l'empire d'Occident, ne s'était vantée jusqu'alors d'avoir à son usage un orgue de la même espèce.

L'habile facteur qui avait présidé à sa construction foima des élèves qui en tirent bientôt de semblables dans les autres églises d'Allemagne : de sorte que, trente ou quarante ans après la mort de Louisle-Débonnaire , l'Allemagne se trouva en état de fournir à Rome des orgues et des facteurs ; ce qu'on voit par une lettre du pape Jean VIII à Annon, évêque de Frisingue, dans la Haute-Bavière. Ce pape fut élu en

(1) Italia sacra, t. 5, p. 604 et 640.

(2) In queis prsecipue jactabat Grsecia sese Organa rex magnus non inter maxima ponit.

(Walafrid Strab., carmina de apparata templi Aquisgran. )

872, et mounit en 882. « Nous vous prions, dit-il (1), de nous envoyer le meilleur orgue, avec un artiste capable de le bien gouverner et de le mettre sur tous les tons nécessaires pour la pierfection de notre musique, y» C'est le premier instrument de cette nature qui ait éië en i^sage dans les églises de Rome; car on n'a pas de preuves certaines qu'il y en ait eu auparavant.

De Rome, Fart de faire des orgues passa bientôt au reste de l'Italie, et les moines devinrent habiles dans cette partie. On peut l'assurer, en particulier, de Bobio, abbaye fondée par saint Colomban, dans le Milanais. Gerbert, abbé de ce monastère, et depuis pape sous le nom de Sylvestre II, était le plus grand mathématicien de son temps. Gérard, abbé d'Aurillac, dans la Haute-Auvergne, qui avait eu soin de son éducation, lui écrivit vers Tan 986 pour lui demander un orgue. On peut voir, dans le iv" tome des Annales de D. Mabillon (p. 34 et 40), les causes pour lesquelles Gerbert ne put procurer cette satisfaction à son ami. Mais les deux lettres de Gerbert prouvent au moins que , dans le X* siècle, les orgues d'Italie avaient de la réputation , qu'elles étaient connues en France, et que le monastère d'Aurillac voulait en avoir aussi dans son église.

Dans une pièce de vers en l'honneur de Sigon, abbé de Saint-Florent7 de-Saumur, en Anjou , on voit qu'il y avait un orgue dans son église, car on loue son habileté dans la musique organique (2).

Le premier orgue de France dont on ait une connaissance bien assurée ne remonte pas au-delà du XII* siècle : alors il y en avait un dans l'église de l'abbaye de Fécamp. Baudri, archevêque de Dol, écrivant aux religieux de cette abbaye, témoigne la satisfaction qu'il a eue de l'entendre. Une courte description qu'il en donne fait voir que c'était un orgue à soufflets, comme les nôtres (3).

Cet usage a commencé bien plutôt en Angleterre qu'en France. On voit, par quelques vers de Wolstan, moine de Westminster, en l'honneur d'Elfage,évêquedulicu, au milieu du X* siècle, un orgue considérable dans l'église même de Westminster, qui était cathédrale et abbatiale.

Il serait curieux de pouvoir s'étendre sur la fabrication de l'orgue à

(1) Precamur autem ut optimum organum cum artifice , qui hoc moderari et facere ad omnem modulationis effîcaciam possit , ad instructionefa mosics disciplinae Dobis aut déferas, aut mittas(Epist. Jean. pap. VIII).

(2) Singularis organàli regnabatin musica (apud Mabil., Annal,, t. 4, p. 551).

(3) V. V Essai hist et litt. sur l'Abbaye de Fécamp^ par M. Le Roux de Lincy; livre plein d'intérêt et d'érudition, enrichi des légendes, jusqu*à ce jour inédites, du précieux Sang de Jésus-Christ et du Saint- Graal, le grand et magnifique poème du moyen -âge.

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cette époque, et de suivre ses développements jusqu'à nos jours; mais Tabsence des documents , ou leur obscurité profonde , nous force d'y renoncer.

Les premières orgues, c'est-à-dire les flûtes à plusieurs tuyaux, dont les divers assemblages ont donné la première idée des grandes orgues, étaient des roseaux; dans la suite, on y employa le métal; mais on a fait aussi des orgues avec d'autres matières. En employant le verre, par exemple , on était parvenu à lui donner beaucoup de son. Un ouvrier napolitain en fit un dont les tuyaux et le clavier étaient d'albâtre. Léandre, au rapport de Majolus (i), assure avoir vu cet orgue à Venise. D'autres en ont fait avec du carton. « Il y a maintenant à Paris , dit D. Bédos (loc. cit., p. 12), qui écrivait en 1776 environ , un particulier, rue des Ciseaux, qui s'est fait un orgue dont tous les tuyaux, tant à bouche qu'à anches , sont faits avec des cartes à jouer. » On en a fait avec l'or, l'argent et le cuivre; mais. les métaux qu'on a trouvé les plus commodes à faire les tuyaux d'orgue , c'est le plomb et l'étain. Ils ne sont pas chers comme l'or et l'argent, ils ne sont pas difficiles à travailler comme les autres métaux , et ils rendent un son doux et harmonieux. On employait aussi beaucoup le bois , comme on le fait encore aujourd'hui.

Les anciennes orgues, surtout en Allemagne , sont garnies de tuyaux de cuivre , comme celui de Charlemagne (2) , celui dont parle Guillaume de Malmesburi (3) et celui de Fécamp (4). Il y avait aussi des tuyaux de cuivre dans celui de Ramesie en Angleterre (o), au X® siècle.

Ces orgues devaient rendre un son bien aigre et bien perçant ; il était cependant bien diversifié. L'orgue de Charlemagne (6) imitait à la fois le bruit du tonneri*e, le son de la lyre et de la cymbale. Selon Walafrid Strabon (7) , l'harmonie de l'orgue que fit construire Louis-le- Débonnaire dans l'église d'Aix-la-Chapelle était si ravissante, qu'une femme perdit la vie dans les transports qu'elle lui causa.

(1) Golloq., 23.

(î) Per flstulas aeneas ( Monach. San-Gal, apud Du Gange, loc. cit.).

(3) iEneae fistulae (Villelm. Malmesbup., ibid.).

(4) Fistulis aeneis compactum (Epist. Baldric. ad monach. Fiscan., apud ab-» batem S.Blasii, t. 2, p. 144).

(5) Martene apud eumdem, nota a.

(6) Rugitu quidem, tonitrui boatum, garrulitatem lyrae vel cymbali, dulcedine coaequabat (Monach. San-Gall, ibid^.).

(7) Dulce melos tantum vanas deludere mentes Gœpit , ut una suis decedens sensibus ipsam Faemin^ perdiderit vocum dulcedine vitam.

(Walafrid Strab. apud abb. S. Blasii, p. 140.)

Nous ignorons le nombre et la qualité des jeux dont se composaient ces anciennes orgues. Cependant Forgue de Charlemagne (1X« siècle) devait en avoir plusieurs, puisqu'il imitait le bruit du tonnerre, Fharmonie de la lyre et le son perçant de la cymbale, composée de deux calottes d'airain, dont Tune frappait contre l'autre (1). 11 en était de même de celui de Westminster, dans le X« siècle composé de quatre cents tuyaux (2).

La distinction et l'augmentation des jeux d'orgue n'ont été bien connues que dans le XV^ siècle. Alors seulement, il est fait mention du trente-deux pieds , du seize pieds , du huit pieds , du quatre pieds ou prestant, du nasard ou quinte, avec la fourniture; on connut aussi la trompette et la voix humaine. On inventa alors le tremblant, qui n'est qu'une modification du vent, et qui sert peu aujourd'hui. La régale est le premier jeu d'anche qu'on ait trouvé. Le cromome vint vers la fin du XV" siècle. Les Allemands sont les inventeurs du hautbois et du basson. Tous ces jeux se trouvaient réunis dans un orgue de Gothingen, construit dans le XV siècle, et qui subsistait encore en 1615. Ce fut dans le XV« siècle que les orgues se multiplièrent en Allemagne et en France. Il est difficile de concevoir qu'il fallût à l'orgue de Westminster vingt-six soufflets pour quatre cents tuyaux qui composaient tout cet orgue au X* siècle ; tandis que depuis on a fait jouer un orgue de deux ou trois mille tuyaux avec quatre, cinq ou six soufflets, et de nos jours , avec deux seulement. Cette soufflerie devait être bien grossière et bien imparfaite , puisque soixante-dix hommes vigoureux , employés pour la mettre en mouvement, n'en venaient à bout qu'avec beaucoup de peine. Le vent (3) était reçu dans une grande caisse (4), d'où il se distribuait aux quatre cents tuyaux par autant de trous.

En 1615 , la soufflerie de l'orgue d'Halberstat était composée de vingt soufflets ; il fallait dix hommes pour la faire jouer. Les souffleurs se te-

(1) D. Cdlmet, Dissert, sur les Instî-um. de Musique y p. 97.

(2) Capsa

Scia quadriagintas quae sustinet ordine musas.

(Voistanus, apud Du Gange).

' (3) Bisseni supra sociantur in ordine folles,

Inferiusque jacent quatuor atque decem Quas agitant validi septuagenta viri ; Brachia versantes , multo et sudore madentes, Certatimque sucs quisque movet socios, Yiribus ut totis impellant flamina sursum.

(4) Et rugiat pleno capsa referta sinu,

Sola quadragintas quae sustinet ordine musas.

(Volstan., apud Du Gange, voce Orgamm).

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naient comme suspendus à une perche horizontale. D^un pied ils foulaient un soufflet, et avec Tautre pied ils en relevaient un autre , à peu près comme on sonne les grosses cloches en les foulant. Ces soufflets n'étaient point chargés, comme les nôtres. On attachait bien fortement un sabot de bois sur Texlrémité de la table supérieure de chaque soufflet. Le souffleur mettait un pied dans le sabot d'un soufflet, et Tautre pied dans le sabot du soufflet voisin. C'est ainsi qu'il relevait l'un et foulait l'autre en s'y appuyant de tout le poids de son corps. De cette manœuvre, qui devait être bien fatigante, il résultait un vent fort inégal. On conçoit donc qu'il n'était pas possible de bien accorder un orgue.

Les anciens n'ont parlé de leurs sommiers que d'une manière fort vague. Guiflaume deMalmesburi parle d'une grande concavité ou caisse d'où le vent, distribué dans les tuyaux par un grand nombre de trous (1), leur faisait rendre un son mélodieux. L'orgue' de Westminster, que le moine Wolslan exalte si fort dans ses vers (2), avait une grande caisse , où l'air réuni de vingt-six soufflets se trouvait fort comprimé. Il paraît que les quatre cents tuyaux qui composaient cet orgue étaient implantés sur cette caisse.

Les anciennes orgues n'avaient ni soupapes , ni registres. 11 n'en est pas fait mention pour l'orgue de Westminster, ni pour celui de Golhingen. Vers la fin du XV1« siècle, un sommier qui n'avait qu'un seul registre fut regardé comme une merveille. Voici le fait tel que le rapporte PiBetorius, auteur allemand, dont l'ouvrage fut imprimé en i 615 : « 11 y a peu d'années, dit-il, qu'on trouva, dans un monastère de l'évêché de Wurtzbourg, un ancien sommier fait par un moine. Un nommé Timothée, facteur d'orgues, le raccommoda et le fit servir pour un orgue qu'il était chargé de renouveler. Ce sommier avait des gravures et des soupapes. Ce facteur arrangea le tout pour qiie les tmyaux ne parlassent pas tous à la fois. A cet effet, il y avait un registre, et chaque tuyau avait sa soupape particulière. Ce sommier, étant amsi refait, fut admiré par des Hollandais, des gens des Pays-Bas et du Brabant» qui vinrent le voir, et en prirent l'esprit et la méthode. » Cette nouvelle invention ne fut connue que bien tard en France, si l'on s'en rapporte à une note assez obscure de Perrault (3) dans sa traduction de Vitruve, imprimée en 1684.

(1) Aquœ calefactffi violentia ventus émergeas implet concavitatem barbiti, et per multiforatiles transitus œneee ûstui» modulâtes clamores emittunt. (2] Et rugiat pleno capsa referta sinu,

Scia quadragintas quœ sustinet ordihe musas. (8) Lib. 10, cap. 18.

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Les claviers sont aussi anciens que les soupapes. Dans les coromeacements, ils étaient fort grossiers. Tant qu'ils n'eurent qu'un octave d'étendue , on ne les touchait qu'avec la main droite. Dans la suite , on les étendit du côté des basses , et alors on commença à toucher l'orgue des deux mains. Les premiers claviers à la main n'avaient que neuf à treize touches ; ils étaient de cinq pieds six pouces de longueur, et chaque touche avait cinq à six pouces de largeur. Us étaient si durs à baisser ou à enfoncer , qu'on ne touchait l'orgue qu'à coups de poings. De là l'expression allemande orgel schlagen, a battre de l'orgue, t> au lieu de : « jouer de l'orgue. »

Bernard dit l'Allemand , très -habile musicien à Venise, fut le premier qui augmenta les jeux de l'orgue, et inventa les pédales, qu'il fSdsait jouer par des cordelettes (i ).

Ce fut vers le commencement du XIIl" siècle que l'on commença à faire la gamme chromatique à Venise, dans l'église de Saint-Sauveur.

On ignore généralement les noms des artistes qui , depuis le prêtre Georges, vénitien , fabriquèrent des orgues; ils sont restés dans l'oubli jusqu'aux XI V« et XV* siècles, où l'on mit dans l'orgue d'Halberstat deux inscriptions contenant le nom de celui qui l'avait construit en 1361 , et de celui qui l'avait refait en 1495. Le premier était prêtre, et se nommait Fabri ; le second s'appelait Grégoire Kleng. Timothée inventa les registres vers la fin du XVl» siècle; Bernard dit l'Allemand, le clavier de pédales ; Henri Trendorf, facteur d'orgues, le perfectionna en 1475. Conrad Rotemburges, natif de Nuremberg, fils d'un boulanger, était célèbre dans l'art de la facture de l'orgue. Mais la France se montra bientôt supérieure aux nations voisines dans la facture de l'orgue, et surtout dans celle des jeux d'anche : les D. Bédos, les Cliquot, et, de nos jours, les Cavailhé CoU, ont fait voir, en construisant l'orgue de Saint- Denis , que la palme de cet art devait désormais appartenir à notre patrie.

L'introduction de l'orgue dans les églises trouva pour le moins autant d'opposants que de partisans. Au Xil^ siècle , la question fut débattue avec chaleur; parmi les opposants, il faut compter le bienheureux Alrede , abbé de Rhieval ; saint Thomas d'Aquin (2) ; et, parmi les partisans, Baudry, évêque de Dol; Pierre -le -Vénérable, et après eux Gerson (3).

L'esprit de l'Eglise a été de régler l'usage de l'orgue plutôt que delà

(1) Sdbellicus, lib. 8, n» 10, en 1740.

(2) 2, 2 q. 91, a. 2 ad 4.

(3) Tome 3, opéra «, p. 628.

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bannir. Les conciles du XVI* siècle s'élèvent contre l'abus qui s'était introduit de laisser jouer à l'orgue les parties les plus essentielles de la liturgie , telles que l'épître, le Credo, la préface et l'oraison dominicale. Us défendent de faire entendre sur cet instrument des mélodies profanes ou des airs lascifs, plus propres à éveiller de mauvais souvenirs qu'à entretenir la piété des fidèles , etc., etc. (1). •

Enfin, l'interdit jeté sur une église tombait également sur les orgues (2). Une coutume plus singulière encore, quoique très-ancienne, c'est que l'usage de l'orgue était suspendu jusqu'à ce que le clergé du lieu où il y en avait , eût satisfaction des torts qu'il prétendait avoir reçus. Cette discipline se prouve par une lettre d'Amaury, évêque de Meaux, de l'an 1221 , à son chapitre, et par un acte capitulaire du chapitre de Lyon, de 1374, qu'on lit dans Du Gange (loc. cit. ). Ce dernier acte prouve, contre l'opinion communément reçue, que, dans le XIV» siècle, l'Eglise de Lyon avait des orgues, malgré son adage si connu :

« L'Église de Lyon ne sait ce que c'est que les nouveautés, » Ecclesia Lugdunensis nescit novitates.

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