CRITIOUE COMPARATIVE. — LES BASES DE LA CRITIQUE
Constance du type traditionnel. — Conditions psychologiques d'efficacité des idées pratiques.
L'analyse comparative, qui vient d'être faite, des doctrines morales de l'éducation laïque et de l'éducation chrétienne, n"a certes pas pour but de permettre un ctioix entre les deux modes, mais d'établir les bases expérimentales indispensables pour la recherche des conditions d'efficacité qui, au temps présent et dans notre société, s'imposent à toute doctrine éducative. Nous nous posons maintenant les questions suivantes: Le type de doclrine, que j"ai nommé organicisle, consistant à fournir les moyens de constituer une synthèse des activités psychiques autour d'un centre formé par des idées iuteilectuelies directrices, ce type est il réclamé par la nature de notre esprit ? Uu bien peut-ii être suppléé, doit-il être remplacé dans sa fonction pratique par un type nouveau, consistant en un o.mple énoncé des devoirs particuliers, accompagné ou n.on d'une anuiyse scientiiique ou dune justification dialectique ?
Dans la mesure où la généralilé, la quasi-universalité d'application témoigne en faveur d'un mode d'éducation, il est certain, qu'à envisager dans l'histoire et dans le présent même le type des doctrines éducatives, la présomption est forte en faveur de la première alternative. D'une manière générale, partout où il y a. une éducation systématisée, c'est le type organiciste qui est présenté. En ce qui concerne les sociétés chrétiennes, l'analyse que nous avons faite est valable, dans ses grandes lignes, pour l'éducation dans toutes les sociétés, depuis les origines du christianisme jusqu'au temps présent.
Prévenons tout de suite une confusion possible. Que les règles morales particulières se soient accrues et modifiées, au cours de la civilisation chrétienne, en grande partie par l'effet de causes étrangères à la vie religieuse proprement dite, je me garde bien de le nier. Mais là n'est pas la question. Ce qu'il nous importe de noter, c'est que l'évolution des règles morales, et même des règles morales relatives à la société religieuse, n'a rien changé aux formes essentielles de la doctrine éducative, Le contenu de l'idée de justice, l'idée des droits des individus, de leur rapport à la nation et aux individus des nations étianirères, les valeurs relatives du célibat et du mariage, hi mesure de l'obéissance due par les enfants aux parents, une foule de déterminations morales semblables se sont profondément modifiées des premiers siècles au moyen âge, de l'église romaine au protestantisme, du protestantisme de Luther et de Calvin aux diverses formes protestantes du temps présent, ont manifesté et manifestent, selon les sociétés, des nuances à l'infini. Mais dans toutes les sociétés et dans toutes les sectes la base d'éducation demeure constante; les règles varient, mais toujours et partout elles sont pratiquement étayées par la foi en Dieu, par l'union à Dieu, fin suprême et unique de la vie humaine.
44 rationai.isml; et irauition
Dira-t-on, comme a fait M. Belol (1), que la liaison de la « morale » aux reprôsciilalions religieuses, notamment à lidée de l'existence de Dieu, est une liaison accidentelle? L'assertion demande à être précisée. Cela signifie-t-il seulement que, dans une société et dans un temps donné, telle ou telle règle morale a pu naître, telle ou telle modification à la règle a pu être apportée par leffet d'une cause étrangère aux représentations religieuses? C'est une évidence que nul ne songerait à contester ; et d'ailleurs, quelle que soit l'extension qu'on puisse donner, de ce point de vue, à la causalité extra-religieuse, il importe peu pour notre question. Mais veut-on dire que, chez les individus d'une société religieuse, l'observance volontaire des règles morales soit sans liaison nécessaire avec la constitution dans leur esprit du système des représentations religieuses? Ceci est une affirmation gratuite, sans la moindre attache dans l'expérience. C'est faire trop bon marché des faits que d'affirmer a priori qu'il n'y a entre la croyance religieuse et la pratique morale qu'une liaison accidentelle, symbiotique ou parasitaire ; cette liaison est un fait beaucoup trop généi-al, trop constant sous la variété des formes, trop considérable dans l'histoire, pour qu'avant de le déclarer sans intérêt, on n'en explore pas soigneusement les causes : cette investigation positive semble devoir donner des résultats instructifs (2).
(1) Etudes de Morale positive, Paris, F. Alcan, 1907, p. 65.
(2) Il n'est pas sans intérêt de reproduire ici les indications fournies sur ce point par M. Durkheim à la Société française de philosophie : " Pendant des siècles, la vie morale et la vie religieuse ont été intimement liées et même absolument confondues; aujourd'hui même on est bien obligé de constater que cette union étroite subsiste dans la plupart des consciences. Dès lors, il est évident que la vie morale n'a pu et ne pourra jamais so dépouiller de lous les caractères qui lui étaient communs avec la vie religieuse. Quand deux ordres de faits ont été aussi profondément liés et pendant si longtemps, quand il y a eu entre eu.\, et pendant si longtemps»
Le seul fait qui pourrait servir à établir, non pas la non-valeur pratique de l'idéation religieuse, mais sa non-nécessité pratique au temps présent, ce serait la pleine efficacité constatée de notre enseignement laïque, en supposant qu'il fût réorganisé sur des bases absolument étrangères à celles de l'éducation religieuse, et qu'il agît à l'exclusion de toute éducation religieuse parallèle, et en l'absence de toutes survivances religieuses dans la mentalité publique. Or cette ellicacité est précisément en question, et ces conditions sont bien loin d'êti-e réalisées dans notre société française, encore profondément imprégnée de spiritualité religieuse. Quand on se place, comme nous le faisons, au point de vue de la psychologie de l'action, les manifestations extérieures des croyances, la profession publique de certains principes, l'opinion môme que peuvent avoir très sincèrement de leur propre vie morale des individus fort avertis, ne suffisent pas à établir le mode réel de leur constitution morale. Les sociologues nous disent que les réalités morales sont des choses stables, relativement permanentes, et ils le disent avec raison; mais ils ajoutent que ces réalités stables sont les règles objectives des mœurs, et ici leur thèse devient inadéquate aux faits : la réalité stable, plus encore que la règle objective, c'est le mode de formation morale, c'est l'organisation morale. Certes cette organisation est susceptible d'être troublée, et c'est le cas lors des crises de la doctrine; elle peut progressivement se dissoudre, et la tension morale se relâclier, comme la vie faiblit et s'éteint dans un organisme malade. Mais la brusque et réelle
une si étroite parenté, il est impossible qu'ils se dissocient absolument et deviennent étrangers l'un à l'autre. Il faudrait pour cela (lu'ils se transformassent de fond en comble, qu'ils cessassent d'èti"e eux-mêmes. Il doit donc y avoir du moral dans le religieu.x et du leligieu.x dans le moral. ■> Bulletin de la Société française de pliilosolihie. 1006, p. 125.
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substitution d'un nouveau mode d'idéal ion pratique au mode organique existant, me paraît aussi diriicile à <ioncevoir que l'est pour le biologiste la métamorphose à la façon d'Ovide. Il ne faut pas un concours île circonstances et de raisonnements bien considérable, pour qu'un homme adopte en pratique et en tliéorie la polygamie au lieu de la monogamie, l'antipatriotisme au lieu du patriotisme; mais pour que réellement soit détruit en lui le sens chrétien d'une finalité idéale, pour que l'ensemble de ses mœurs cesse d'être lié à un système organique d'idées issu, plus ou moins directement, de l'étlucation chrétienne, si vraiment la chose est possible hors des voies de la pure (;t sinqile dissolution, il y faudrait un eHort dont je ne ^rois pas, dans l'état présent de notre société, un esprit individuel normalement capable. En pratique ceux d'entre nou>, qui se croient le plus libérés, vivent •encore inconsciemment, au point de vue moral, sur le vieux fonds doctrinal de l'éducation traditionnelle. Si l'organicisme chrétien, dans nos sociétés européennes, a perdu et continue de perdre très généralement sa vigueur et manifeste en maints endroits son insuffisance, il continue à exister, plus ou moins dégénéré, soit sous ses formes traditionnelles, soit sous des formes transposées, et à accomplir, vaille que vaille, une fonction pour laquelle il n'est pas suppléé. L'enseignement scientifique des règles particulières ne lui est nulle i)art pratiquement substitué; la théorie seule en est esquissée, l'expérience en reste à l'aire.
Je crois qu'une enquête méthodique sur les modes réels de la détermination pratique et de l'éducation, enquête qu'on étendrait au delà des limites des sociétés chrétiennes, aboutirait à la reconnaissance d'une certaine variété de types d'organisation morale, constitués en fonction de systèmes d'idées propres à chacun d'eux, et se perpétuant, avec une sensible fixité, sous
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les variations des règles morales externes, auxquelles ils servent de substrat ; et je crois qu'il apparaîtrait clairement, que lobjet essentiel de l'éducation est, de manière constante, la formation et lenlretien de cette base organique des mœurs, dont la solidité et la vigueur sont la mesure véritable de la santé et de l'intensité de la vie morale d'un individu ou d'une société.
Il serait parfaitement vain de prétendre donner ici le moindre commencement d'une pareille enquête ; je voudrais seulement, sous forme de questions plus que d'affirmations, éveiller la défiance contre le préjugé l'épandu, qui oppose en gros la « rationalité » ou le < naturalisme » hellénique au fondement religieux de la moralité chrétienne. 11 me paraît difficile de contester que l'idée religieuse correspondant à l'organisation religieuse de la cité l), n'ait été, au temps de la vigueur hellénique, le centre de la vie morale individuelle, la source intellectuelle des vertus héroïques, la base organique des mœurs. X'est-ce pas cette base organique des mœurs que menaçaient les ratiocinations morales de Socrate. et que prétendit défendre le verdict des juges athéniens ? Socrate ne révolutionnait pas les règles morales de la société athénienne, mais il les enseignait, et son enseignement se passait des principes traditionnels. Plus que les sophistes il corrompait la jeunesse, puisque au lieu de disserter comme eux sur toutes choses et de développer éloquemment des lieux communs, il s'attachait de préférence à trouver aux notions morales les plus communes des significations et des justifications rationnelles rendant vaine la base religieuse. N'est-ce pas la même base organique que retrouva et utilisa la raison philosophique dans les belles constructions, à la fois métaphysiques et civi-
■1) OrganisalioD religieuse d'ailleurs liée elle-même au corpdduiie iiivlholo2ie naturiste.
qucs, de la morale platonicienne, de la morale aristotélicienne ? Je signalerai enfin, au temps du déclin des religions civiques, un tait digne d'attention : l'école philosophique qui manifeste la vitalité la plus grande, la plus réelle énergie sociale, le stoïcisme, représente éminemment la doctrine éducative organique, visant refficacité et l'atteignant; et il revendique et justifie sa correspondance au vieux système de la religion païenne. Aujourd'hui encore il fournit un appui moral utile à nombre d'esprits libérés de la tradition chrétienne mais non du besoin d'une base organique de leur vie morale, tandis que les morales épicurienne et sceptique, si ingénieuses soient-elles, ne servent guère d'aliment qu'à la curiosité des philosophes.
Cependant, quand bien même, au lieu des vues sans rigueur scientifique que je viens d'exposer, j'aurais apporté la démonstration de l'existence constante, dans les sociétés humaines, d'une éducation tendant essentiellement à instituer le fondement ou la base organique de la vie morale, je n'aurais pas le droit d'affirmer que ce type d'éducation soit nécessaire et ne doive pas céder la place à un type totalement dilïérent. Le changement est la loi du monde. Le progrès scientifique de notre époque ne serait-il pas appelé à renouveler de fond en comble le mode même de formation morale, à rendre inutile ou secondaire rétablissement d'une base organique des mœurs ?
Pour résoudre cette question, il ne suffit pas d'alléguer un vague « parallélisme »'du progrès de la science à celui de la morale, de dire, par exemple, que le progrès de la science, ayant pour condition la particularisation des objets d'étude, le progrès de la morale doit se faire par l'abandon des doctrines générales, par
le renoncement à la recherche des fondements, et par la concentration de l'attention sur les modes particuliers de l'action. Rien de plus antiscientifique que de tels rapprochements portant sur des disciplines profondément différentes. Pour rester, autant que possible, d'accord avec l'esprit scientifique, il faut, ayant déterminé bien nettement l'objet dont on s'occupe, en l'espèce les variétés des doctrines éducatives, tâcher d'en observer avec justesse le rapport à des faits, à des lois, à des hypothèses scientifiquement établies. Les faits qui intéressent notre objet sont ceux de Tactivité psycliiquo. Servons-nous donc de ce qui peut être considéré aujourd'hui comme solidement établi en psychologie, pour chercher le rapport de nos doctrines éducatives aux lois constantes de la nature psychique.
La psychologie de l'action est encore bien confuse et embarrassée d'hypothèses en conflit. Pourtant quelques points capitaux paraissent déjà hors de discussion.
C'est aujourd'hui une vérité commune, que la conduite individuelle est la résultante de multiples forces psychiques, les unes inconscientes (tendances instinctives, habituelles, représentations subconscientes;, les autres conscientes (représentations conscientes, jugements), forces que le rôle pratique de l'activité consciente consiste essentiellement à coordonner, à faire concourir à l'accomplissement de l'acte.
Dans la préparation des actes, les représentations en général, et, en particulier, les idées mentales, qui nous intéressent ici spécialement, leur formation, leur présence dans l'esprit, leur apparition et leur évolution dans le champ de la conscience, jouent un rôle dont les caractère^ principaux peuvent être assez clairement définis.
1° Toute idée tend, avec une puissance très variable, à s'exprimer par un acte. Dans un état psychique normal, la présence de l'idée dans le champ de la conscience est une condition très importante de l'exercice
Dr.LVf)LVi';. — Ralionalirjme. 4
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de sa puissance ; mais cela ne signifie nullement que l'idée mentale, en tant qu'incorporée dans la vie psvchique et liée organiquement à d'autres éléments psychiques, ne produise pas des effets pratiques importants, indépendamment de sa manifestation à la conscience. Les deux modes, conscient et subconscient, delà motricité de l'idée, sont en étroite connexion, et l'on entendrait fort mal le dynamisme de l'action si on ne les envisageait pas toujours dans cette connexion. En effet le mode d'expression de l'idée est déterminé par la liaison antérieurement établie entre elle et un certain ordre d'activité. C'est à cette liaison qu'une idée doit sa puissance de molvicilé directe. Ainsi ridée d'un mouvement tend à produire ce mouvement, l'idée d'une action plus ou moins complexe tend à pro- <iuire cette action ou cette série d'actions ; la repré- ■sentation d'un bâillement l'ait bailler, 1 audition réelle ou l'image auditive d'un morceau de musique meut les doigts du pianiste, l'obsession d'un air retenu exige <:jue nous reproduisions cet air par la voix; une idée, qui n'est liée à aucun autre mode d'expression, icnd à «a propre expression verbale (répétition machinale du terme incom[)ris, écholalie des cataleptiques). Les maladies psychiques fournissent des expérimentations décisives de cette propriété des idées : toute idée qui, ])ar suite de circonstances variées selon les cas, prend une importance disproportionnée dans la vie de l'esprit, y manifeste sa causalité motrice selon sa liaison aux divers modes d'action, parfois contrairement à la volonté consciente du sujet (suggestions, idées fixes, impulsions, etc.). Dans l'état normal un très petit nombre d'idées seulement s'expriment en actes, parce qu'elles se concurrencent les unes les autres dans le champ delà conscience, et parcequ'associéesentreelles, elles produisent, au lieu dactes, un simple mouvement psychique, affectif ou intellectuel.
2» Indépendamment de leur motricité directe, des
idées peuvent être motrices indireclemenl, du fait de leur liaison avec certains états affectifs ou avec d'autres idées motrices : ainsi toute idée évocatrice de l'image d'un objet d'amour ou de haine, entraîne indirectement des actes liés à l'émotion.
C'est conformément à ces caractères généraux de la motricité des idées, que les jugements moraux interviennent dans la conduite. Les idées morales entrent, chacune avec sa puissance propre d'actuation, dans la chaîne des idées directement ou indirectement motrices.
Ceci posé, cherchons à déterminer les conditions essentielles de la puissance d'actuation des idées.
La première, indispensable condition de cette puissance, c'est la liaison organique de l'idée à un mode réel, conslanf el fort de l'aclivilé. Ainsi chez la Marcelle de M. Pierre Janet (1) les idées fixes de se tuer, de ne pas manger, tirent une puissance redoutable du fait de leur liaison à une tendance active, qui s'est développée chez cette jeune fille à l'occasion d'un désespoir d'amour, empruntant la force de l'instinct sexuel. Chez Justine (2) ridée fixe du choléra produit des effets terribles, en vertu de sa liaison à des états émotifs dépendant de linstinct de conservation. Au contraire, nous voyons chez les psychasthéniques l'idée obsédante, toujours prête, par une infinité dévoies d'association, à envahir le champ de la conscience, y déclancher des ruminations sans fin, mais, faute de liaison à une tendance réelle et forte, ne produire que des impulsions faibles, rarement suffisantes pour déterminer effectivement l'acte (3) . Passons du pathologique au normal. L'idée d'un air de musique meut les doigts du pianiste distrait, en vertu de sa liaison à une habitude active ;
(1) P. Janet, Névroses el idées fixes, Paris, F Alcan, 1898, I, p. 6(.t et suiv.
^ (2j Ibid., p. 157 et suiv.
(3) P. .Tanet, les Obsessions el la Psychaslhénie, Paris, F Alcan.1903 passim.
.-,2 UAI lOiN'ALISME ET TRADITION
chez un non-pianiste la même idée produira simplement iMie tendance plus ou moins forte à son expression vocale, et peut-être ne fera qu'évoquer des sentiments et des pensées. Il en va tout différemuiont de ridt'o d'un dantier immédiat, laquelle, en raison de l'unLversalilé et delà constance de l'instinct de conservation, auquel elle est liée, produit chez tous les individus menacés des réactions pratiques similaires, bien qu'individuellementnuancées. — On peut dire ({uc la force molricc d'une idée a un champ d'action d'autant plus étendu, que l'idée a un lien nécessaire avec un mode plus général et plus constant de l'aclivité humaine, et une énergie d'autant plus grande, que le mode d'activité^ auquel l'idée est liée, est lui-même plus énergique.
J'ai signalé plus haut l'importance qu'il y a à ne pas perdre de vue le double rôle, conscient et subconscient (ou organique), de l'idée motrice. Nous apercevons maintenant que la présence d'une idée dans le champ de la conscience n'importe réellement, au point de vue pratique, que si cette idée a une correspondance actuelle avec les tendances actives, soit qu'elle ail été préalablement incorporée aux tendances, soit qu'elle évoque une idée incorporée. C'est par le moyen de l'activité consciente que les idées morales, si elles en sont capables, rejoignent la tendance et s'y incorporent, c'est aussi l'idée consciente qui éveille la puissance latente de la tendance; mais, aussi claire, aussi objectivement vraie qu'on la suppose, elle n'éveille la tendance qu'autant que celle-ci est déjà harmoniquement menialisée, et elle ne la mentalise que si déjà elle est ellemême en accord avec cette tendance. Ce qui fondamentalement importe, c'est l'ensemble des idées, l'idéal incoKfjoré aux tendances : les jugements particuliers de la conscience tirent toute leur valeur d'efficacité de leur rapport à cet idéal, qui inlluence sourdement la délibération, et oppose son veto à l'exécution de toute décision qui lui répugne. Le caractère essentiel du
processus psychologique produit par une doctrine efficace est exprimé dans la formule suivante : incorporalion aux Icndances les plus universelles et les plus fortes d'idées morales qui leur sonl pareilles. En d'autres termes, l'eliet utile d'une doctrine est de permet Ire la constitution d'une moralité organique, capable de répondre à lappel des idées conscientes, et de réagir aux excitations du dehors.
Je ne crains pas d'insister encore sur ce rapport de la conscience aux tendances, capital dans l'économie de la vie morale. En effet le rôle pr(ipre de chacun des deux termes risque d'être obscurci par une terminologie fâcheuse, à mon avis, bien qu'elle soit consacrée par des travaux dont la liaute valeur n'est pas discutée : je vise la distinction entre le psychisme dit supérieur, défini comme volontaire et conscient, et le psychisme dit inférieur, défini comme automatique et inconscient. Comme M. Ri bot la fort bien indiqué dans son Essai sur rimaginalion créatrice (li, cette terminologie risque de nous induire à attribuer aux phénomènes du premier groupe une valeur absolue, une dignité éminente, et à considérer ceux du second comme de simples instruments, comme des mécanismes d'exécution, qui, si délicats soient-ils, exercent une fonction de second ordre, inférieure en dignité et en importance pratique à l'effort de concentration consciente. Ce serait absolument inexact. L'elTort conscient de coordination des mouvements nécessaires pour enfiler une aiguille, l'effort d'attention dépensé pour compter les grains de blé contenus dans une bouteille, appartiennent au psychisme dit supérieur ; l'élaboration inconsciente de la pensée littéraire ou plastique sous rinlluence dune émotion non définie, l'incubation de l'invention scientifique ou technique, appartiennent au psychisme dit inférieur (2). Il serait sin-
(i) Paris. F. Aloan.
(■2) La haute valeur du psychisme subliminal a été mise en lumière
54 RATIONALISME ET TliADITlON
gulier qu'au point de vue clo l'activilr pratique limportance du psychisme subconscient passât de fac^'Oii générale à un [dan inférieur. — Regardons la chose d'un autre point de vue. Dans le tableau qua dressé M. Pierre Janet de la hiérarchie des phénomènes psychologiques d'après leur disparition ou leur persistance chez les psychasthéniques, il met en première ligne l'action eflicace sur la réalité. Or, je ne pense pas que le dynamisme propre des tendances puisse être mis en dehors des conditions essentielles de cette action. Sans doute la tension psychologique se manifeste par la conception énergique de l'acte à accomplir, par la forte coordination d'une grande masse de phénomènes psychiques ; mais cette richesse des éléments de synthèse, et la puissance de synthèse elle-même, ne sont-elles pas conditionnées par la force des tendances et par la richesse de leurs adaptations préalables"? Une animalité forte se défend hardiment contre les névroses, et la richesse de la mentalité subconsciente les mue en génialité (1). J'accorde que le relâchement dé la tension psychologique est cause par rapport aux déviations de l'instinct reproducteur, si fréquentes chez les névrosés : mais la réciprocité n'existe-t-elle pas? Un instinct vigoureux et normalement évolué, capable d'assurer utilement la perpétuation de l'espèce, n'est-il pas une condition primitive de la tension psychologique ? Le médecin des psychasthéniques a affaire à des malades chez qui le déséquilibre des fonctions est réalisé, la diminution psycho-
de façon saisissante (avec quelque e.xagéralion à mon sens) dans le livre de Myers sur la Personnalité humaine (Irad. française, Paris, F. Alcan).
(1) La valeur causale de la vie subconscienle par rapporta la syn- Ihci^e psychologique ressort des intéressantes observations de Myers sur l'état de sommeil, notamment quand il remarque la régénération psychique qui suit un sommeil, si court ait-il été : la détente psycholoyliiue dans le sommeil donne libre cours à une activité subconsciente dont l'effet sur la vie consciente se retrouve au réveil.
logique accomplie ; il est clair que, la médication recoustituante mise à part, il ne peut guère agir sur leur état que par l'interniédiaire de la faculté consciente de synthèse ; or, connue celle-ci est en ruines» la seule chose à faire est de tenter de la restaurer par une rééducation directe. Mais en face d'adolescents normaux, c'est une autre tâche qui est opportune : l'éducation de la tendance elle-même, sa mentalisation par l'incorporation d'idées réelles établissant la continuité de la vie instinctive et de la vie rationnelle : cette mentalisation morale est une condition de tout premier ordre pour conserver et fortifier la faculté de synthèse psychologique.
Aux termes équivoques de supérieurs et d'inférieurs^ pour différencier les phénomènes de conscience personnelle de ceux qui constituent la vie subconsciente, je préférerais, si leur usage était admis en psychologie, ceux d'égocentriques et excentriques. Sans doute les. phénomènes égocentriques ont une importance foule spéciale, au point de vue pratique, dans l'ensemble de la vie de l'esprit : c'est en eux que réside l'énergie d'individuatioH, c'est par leur moyen que s'opère la coordmation définitive des éléments de la vie psychique, par leur moyen que s'entretiennent normalement les relations de l'individu avec le dehors. Ils ont une valeur fonclionnelle émincnte, mais entièrement relative à celle des éléments excentriques qu'ils cooriionnent. Qu'on me permette de recourir à l'antique symbole de la cité : l'éminente valeur fonctionnelle, la supériorité fonctionnelle de tout ce qui compose le gouvernement ^entendu au sens le plus large), ne fait pas doute, et cependant cette valeur d'énergie centralisatrice est toute relative à celle des forces vitales de la nation, forces de productivité et de pensée dont les valeurs intrinsèques sont supérieures en originalité et en positivité à celle des organes administratifs qui les coordonnent. Le rapport des phénomènes égocentriques
BATIU.NALISME l^T TRADITION
aux phénomènes excentriques, au point de vue de la vie pratique, est sensiblement de même ordre, et je considère comme gravement erronée la tendance rationaliste à croire que les premiers soient intrinsèquement supérieurs et pratiquement substitués aux réalités psychiques qu'ils ont mission de représenter, de coordonner et de mettre en œuvre. La plupart de nos manuels de morale, en s'attachant exchisivcmenl à la justification dialectique ou à l'analyse scientifique des règles rationnelles, témoignent cependant combien cette tendance est répandue.
A la condition fondamentale de refficacité motrice, qui est la liaison de l'idée à la tendance, se rattachent plusieurs conditions relatives à la détermination propre de l'idée.
L'idée morale motrice doit être à la fois générale et concrète. L'idée particulière d'un fait ou d'un mode d'action nest motrice que si elle rencontre une tendance déjà déterminée de façon générale. Chez un individu pratiquement avare et cupide, le spectacle d'un acte généreux n'éveillera pas le désir d'imiter, mais plutôt celui d'exploiter le naïf. Si cet individu est patron, l'idée qu'un patron puisse diminuer ses bénélices pour relever la situation matérielle et morale de ses employés, lui paraîtra excellente à suggérer au patron voisin et concurrent. De même la connaissance exacte et pratique des buts et des moyens d'un syndicat ne suffit pas à communiquer à son secrétaire le dévouement social nécessaire pour le bon accomplissement de sa charge. Dans lun et l'autre cas, pour que les représentations particulières produisent une réaction morale favorable, il faut qu'elles rencontrent une tendance généralement déterminée par un idéal de justice. — L'idée motrice doit être concrète. M. Ribot a très justement observé que les idées abstraites sont celles dont le pouvoir moteur est le moindre, les idées
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les plus actives étant celles qui « nous touchent 1) ». Les idées qui nous touchent, ce sont très précisément celles qui ont du rapport à nos tendances. Quant aux idées abstraites, ce terme, dans l'emploi qu'on lui donne ici, demande à être précisé : il serait inexact d'attribuer aux idées de rapports une infériorité au point de vue de la puissance motrice, mais il faut disiinîruer entre les idées qui n'embrassent que des éléments et des rapports purement objectifs, et celles auxquelles s'ajoute l'intuition actuelle d'un état sentimental ou d'un mode d'action concret; celles-ci ont une valeur motrice incomparablement supérieure à celle des premières, parmi lesquelles se rangent tous les concepts scientifiques. Un même terme peut ainsi fort bien représenter des idées très différentes au point de vue de cette abstraction spéciale, à laquelle la motricité est relative : l'idée de la mort, abstraite pour le biologiste qui dissèque un cadavre, devient concrète et motrice, si elle se présente soudain au même individu comme liée à sa destinée propre (2) ; l'idée de justice, plus ou moins abstraite chez le moraliste qui l'analyse, est pratiquement concrète chez le souverain qui gracie, ou chez le juré qui condamne.
D'autres déterminations concourent avec ce caractère de concrétude spéciale pour renforcer la puissance motrice de l'idée ; cette puissance s'accroît lorsque l'idée embrasse une plus grande complexité d'éléments psychiques, que ces éléments ont eux-mêmes plus de netteté et de stabilité, et aussi lorsque le jugement implique dans l'idée exclut plus rigoureusement tous
fl) Ribot, les Maladiesde /a l'o/onfé.— Introduction. (Paris, F. Alcan.) (2) Le livre de Tolstoï, La Mort d'Ivan Iliilçh, est une admirable illustration de celte distinction : au prologue, les amis du défunt rciinis pour les funérailles, envisagent la mort, en dépit de la réalité concrète qui en évoque l'idée, comme un phénomène, qui ne Ks touche pas. Puis l'auteur reprenant l'histoire «i'iliilch nous fait a-^-^isler à l'invasion terrible, dans cette àme, de l'idée praliquemvnl coucrclo de la mort.
jugements contraires. Par exemple il arrive qu'un meurtrier, qui nie vigoureusement à Tinslruction, quoique les circonstances de son crime lui soient représentées parle magistrat, n'ait plus, confronté à sa victime, la force de résister à la représentation directe, dont rien n'est plus capable de le distraire, et soit contraint à l'aveu. On a très judicieusement remarqué (1) que la puissance motrice d'imc idée ne doit nullement être confondue avec sa réalité ou sa vérité objective. Une hallucination peut avoir une puissance motrice plus grande que des représentations de la réalité. Ce n'est pas la valeur logique absolue du raisonnement d'un avocat qui emporte la conviction, c'est la force propre de ses arguments et de sa parole sur l'esprit de ceux qui l'écoutent ; on sait que les logiciens et les savants ne sont [>as nécessairement des entraîneurs de foules. Mais la vérité concourt à accroître la puissance de l'idée, dans la mesure, et dans la mesure seulement, où elle assure sa stabilité, l'exclusion des idées contraires, la facilité de sa réapparition dans l'esprit : la vérité reconnue Iclle est très apte à conquéi'ir et à conserver l'adlK'sion mentale, et par là elle est une condition précieuse, mais une condition auxiliaire, de la puissance motrice. 11 faut encore noter comme une condition de motricité lassocialion de ridée au plus grand nombre possible des anlres élémenls de la vie psychicjue. Par exemple, c'est à cette condition, qu'elles remplissent de façon éminente, que les idées morales imposées par la profession doivent la puissance motrice, qui généralement les caractérise: la probité imposée professionnellement au comptable ou au garçon de recettes, dans une foule d'actes quotidiens, devient fréquemment chez eux, sauf les cas où ils s'en affranchissent dans l'exercice même de leur profession, une vertu dominante de leur vie extra-professionnelle. C'est la même condition qui est remplie,
(1) A Binet, Revue piiilosopliique, mai 1887, p. 474.
(le façon très différenle, par les multiples aspects, adaptés à la diversité des formes sentimentales et des circonstances de la vie, que revêt l'idée de Dieu dans la religion chrétienne, et plus particulièrement dans le catholicisme (divinité de Jésus-Christ, culte de la Vierge, des saints, rites sanctificateurs des jours, des actes et des choses familières, etc.). L'enchevêtrement de ridée dans l'organisme psychique non seulement assure à l'idée un exercice étendu de sa puissance d'actuation. mais tend à accroître cette puissance même en renforçant sa liaison aux divers modes de l'action. — Une idée ainsi enchevêtrée apparaît fréquemment dans le champ de la conscience, et est ainsi appelée à jouer un rôle conscient dans la synthèse pratique. La réciproque est vraie dans certaines conditions seulement: le fréquent rappel d'une idée à la conscience peut sans doute avoir pour effet de multiplier les liaisons de cette idée aux autres représentations et tendances, mais à la condition expresse que l'idée soit représentée et utilisée dans toute sa plénitude concrète ; si elle passe avec une valeur faible, verbale ou abstraite, elle ne se constitue que des liaisons sans intérêt pratique, aux dépens des liaisons utiles. Quand le croyant, au moment du danger, invoque Dieu et se représente la réalité dune existence infinie, toutepuissante, aimante et présente, il éprouve l'encouragement et accroît la force de liaison de l'idée de Dieu a sa propre activité. Quand il raisonne à froid sur les attributs, ou que dans les plus légers ennuis il répète, sans presque y penser, l'exclamation « mon Dieu ! ». il crée en lui, avec le terme Dieu, des associations abstraites ou vulgaires, au détriment des associations pratiques. Ainsi s'use une idée par le mauvais usage conscient qui en est fait.
La puissance d'association des idées pratiques est singulièrement favorisée par le fait de la liaison syslémaîique qui existe entre elles. Des idées ainsi liées s'ap-
pellcnt constamment l'une l'autre, coexistent virtuellement dans le champ de la conscience, niellent en comuiun leur puissance. En pathologie nous voyons l'idée obsédante, à défaut d'associations logii|ues, dont elle est incai)able, produire autour d'elle dans l'esprit des systématisations illogiques, absurdes, mais impérieuses, destructrices des fonctions normales de l'intelligence et de la volonté (i). A la fronlièrc de la maladie et de la santé, on trouve des systèmes d idées morales construits autour d'une passion ou dune disposition passionnelle. En psychologie normale, l'observation permet de dégager le rapport de la conduite d'un individu à un ou plusieurs systèmes, plus ou qioins cohérents ou discontinus, d'idées motrices dues soit à l'éducation, soit à la profession, soit à rinlluence d'uu milieu caractéristique, soit à une disposition passionnelle particulière, etc. L'unité systématique des idées ou, moins rigoureusement, la prédominance d'une seule direction idéale est (la remarque est constante) une condition très utile de la réussite pratique, une qualité éminenle de l'homme d'action. L'homme, dont la pensée gravite régulièrement autourde l'idée de faire fortune, a beaucoup plus de chances d'y parvenir que celui dont Laclivité est sollicitée en même temps par diverses idées sans liaison directe à l'idée de faire fortune (idées de jouissance, de gloire, idéal sentimental, idéal moral, etc.). Le dilettante, par cela seul qu'il accueille des idées très diverses de natui'e et d'origine, est incapal)le de toute action forte. — Nous pouvons donc dire de façon générale qu'une puissance motrice éminente appartient à l'idée capable de coorduuner l'ensemble des idées motrices, c'est-à-dire des idées liées aux divers modes de l'activité. Les idées mentales pratiques constituent normalement dans l'âme individuelle un système organique.
<1) \"oii- p. .laiiet, Obsessions, 1, p. 70 et suiv.
LES BASICS Di; LA crtllioi 1". tJl
En résumé, pour que des idées exercent eflectivement une l'onction régulatrice de la vie pratique, ellesdoivorit présenter, aussi développés que possible, les caractères suivants : 1° aptitude à s'incorporer aux tendances (condition iondauientale) ; 2° généralité et concrétude ; 3° richesse en éléments nets et stables, faculté d'exclure les idées contraires ; 4" puissance d'association ; o" relation systématique à l'ensenible des idées motrices.
A la plupart de ces conditions psychologiques de l'idéation pratique les formes caractéristiques de l'éducation traditionnelle se soumettent visiblement. L'ordonnance systématique de la doctrine religieuse est le premier caractère qui nous a frappés dans l'élude du catéchisme. L'idée de Dieu, centre et aboutissement de tout le système, est puissamment reliée à l'intérêt sensible et à la crainte par la doctrine des fins dernières, aux aspirations les plus hautes par l'idéal de communion divine et humaine, réalisé dès ce monde et espéré dans l'autre. Les perfections réalisées dans l'être divin, humanisées en Jésus-Christ, sont à la fois générales et concrètes, leur notion est enrichie par la multiplicité de leurs représentations symboliques, précisée parleur réalisation en des êtres particuliers proposés à l'imitation ; les nudtiples réfractions dans la vie psychique de l'idée catholique de Dieu nous ont servi d'exemple d'idée apte aux associations nombreuses.
Par contre, il est remarquable que, de manière très générale, la préoccupation de déterminer et de justifier scientifiquement des règles morales a détourné de la considération de ces conditions pratiques l'attention des philosophes et des éducateurs, qui ont contribué par leurs travaux à constituer la partie doctrinale de notre éducation morale laïque. Ces règles morales expliquées génétiquement ou justifiées dialectiquement, avec le seul souci de leur* vérité » objective, sont abstraites par rapport aux tendances, détachées les unes des
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autres ou rattachées par un simple lien logique, mais non organiquement liées à la vie de l'esprit. Il semble-, rait que la doctrine morale n'eût rien à faire avec les données de la psychologie de l'aclion, qui ne sont utilisées que dans la pédagogie proprement dite, pour déterminer les moyens d'enseigner une doctrine donnée et d'en faire passer, par des moyens appropriés, les préceptes dans la pratique.
Ainsi les données fournies par la psychologie confirment les vues, auxquelles nous inclinait le fait de la présence constante du type organiciste de doctrine partout où une éducation morale est effectivement donnée. Elles nous induisent à penser que, loin de persister dans le caractère doctrinal qu'elle a pris en opposition à celui de l'éducation traditionnelle, notre morale laïque a maintenant pour tâche essentielle d'assimiler méthodiquement tout ce qui, dans les formes de l'organicisme religieux, répond à des éléments constants de notre nature pratique. Cependant, avant d'aborder l'examen de cette tâche, il sera bon, pour en mieux justifier l'opportunité et pournous en former line idée plus précise, d'étudier compai^ativement, en détail, sur quelques exemples, comment soprre, dans le système religieux et selon les méthodes laïques, l'incorporation pratique de la rèsrle morale à l'activité individuelle.