L E S M ON'L'M E X I S C H K É 1 1 E X S
voulut faire de même dans la ville de Galla Placidia et de ïhéodoric, et n'épargna rien pour surpasser leur gloire. Et comme il trouva à point nommé à Ravenne les hommes qu'il lui fallait pour être les instruments de ses volontés, le banquier Julien et l'archevêque .Maximien, sans peine il réussit à réaliser son rêve. Saint- Vital et Saint-Apollinaire in Classe. achevés par leurs soins, furent consacrés; l'un en 547J l'autre en 549. Un peu auparavant en 545, Saint-Michel in Affricisco, autre fondation de Julien, avait été solennellement inauguré ; un peu plus tard, en 558, Saint- Apollinaire Nuovo, terminé par l'archevêque Agnellus, était dédié en grande pompe : un peu après enfin, Sainte-Agathe recevait les mosaïques de son abside et la chapelle archiépiscopale complétait sa décoration.
Une si prodigieuse activité devaif laisser à Ravenne un long souvenir.
Bien des siècles plus tard, la légende conservait encore la mémoire du grand empereur et du prélat infatigable qui, disait la chronique, « avait à lui seul plus travaillé que tous les pontifes ses prédécesseurs », et l'imagination populaire, mettant sur les réalités de l'histoire ses pittoresques
broderies, attachait au nom de l'évêque des aventures plus ou moins merveilleuses, et au récit de ses grands voyages en Orient, de ses amicales relations avec le souverain de Byzance, ajoutait complaisamment. non sans une pointe d'irrévérence pour l'autorité impériale et pour la gravité épiscopale, des histoires qui faisaient plus d'honneur à l'ingéniosité d'esprit qu'au sérieux du prélat. Mais en tout cas. les gens de Ravenne ne tarissaient point en louanges sur ses constructions. Ils n'avaient point d'expressions assez fortes pour célébrer, à Saint-Apollinaire in Classe, ces pierreries qui, dit-on, décoraient les murailles et illuminaient jour et nuit la basilique de leurs feux, pour vanter, à Saint-Vital, l'originalité du plan, la splendeur des mosaïques, les sommes prodigieuses qu'on y avait dépensées. « Nulle part en Italie, écrit un chroniqueur, il n'existe une église comparable pour la beauté et l'habileté delà construction. » Et de fait, aujourd'hui comme autrefois, entre tant de merveilles qu'offre
L'évêque Maximien.
Mosaïque de Saint- Vital.
R AV E N N E
Ravenne, Saint-Apollinaire in Classe et surtout Saint- Vital sont peutêtre encore ce qu'on trouve de plus merveilleux.
Depuis que l'incendie de 1823 a détruit à Rome Saint-Paul hors les murs, et qu'une restauration maladroite en a altéré le caractère primitif, Saint-Apollinaire in Classe demeure le type le plus complet, le plus expressif de l'ancienne basilique chrétienne. Comme toujours, l'extérieur
Extérieur de S.-Apollinare in Classe.
est d'une austère et presque excessive nudité avec son abside à sept pans et le double étage d'arcades aveugles qui décorent les murailles ; l'aspect en est rendu pourtant singulièrement pittoresque, un peu par le haut campanile circulaire dont le IXe siècle a flanqué l'édifice, et surtout par le site, d'une beauté si triste et si profonde, qui enveloppe d'un désert fiévreux la basilique solitaire. L'intérieur est plus impressionnant encore. Quoique le monument ait perdu depuis le XVe siècle le somptueux revêtement de ses marbres, que Sigismond Malatesta enleva pour en parer le temple de Rimini, quoiqu'il ait été en quelques parties restauré aux siècles suivants, il offre avec ses longues files de colonnes de marbre, ses
LES MONUMENTS CHRETIENS
grandes fenêtres cintrées éclairant la nef principale, ses plafonds en charpente, son chœur demi-circulaire auquel on monte par un large escalier, avec les riches mosaïques enfin qui décorent l'abside et l'arc triomphal, une grandeur de lignes puissante et sobre d'un incomparable effet. Toute l'histoire ancienne de Kavenne semble s'éveiller dans ces nefs désertes. Dans les sarcophages anciens rangés le long des murailles, ont été ense-
Intérieur de S.-Apollinare in Classe.
velis, au VIIe et au VIIIe siècles, les plus illustres archevêques de la cité, tous ces grands ambitieux, Maurus, Reparatus, Félix et tant d'autres, qui sans trêve luttèrent pour l'indépendance de leur église contre le pape et même contre l'empereur, et Théodore aussi, le traître, qui le premier se,, soumit à Rome et dont, au IXe siècle encore, tout prêtre maudissait la. mémoire en passant devant son tombeau. Ailleurs, dans l'une des nefs latérales, voici le baldaquin ou ciborium qui couvre l'autel de Saint-Eleucadius, œuvre des premières années du IXe siècle, et l'un des monuments les plus importants et les plus intacts du style italo-byzantm. .Mais les mo-
R AV E N X E
saïques surtout méritent de retenir l'attention : on y trouve l'une des dernières grandes œuvres que nous offre Ravenne. et l'une des plus curieuses Au fond de l'abside, une grande croix gemmée s'inscrit dans un vaste médaillon bleu tout parsemé d'étoiles d'or. A la croisée des branches, le buste du Christ est placé : au sommet de la croix on lit les mots IX8TI, au bas des mots Sains înundi. à droite et à gauche l'A et 10, toutes
Sarcophage à S.-Apollinare in Classe.
désignations symboliques du Sauveur. Des deux côtés du médaillon, dans les nuées, deux blanches figures drapées sont désignées par des inscriptions comme représentant Moïse et Elie ; au-dessous trois brebis dressent la tète vers la croix. Enfin, tout au bas de l'abside, dans une verte prairie parsemée de fleurs, de cyprès et de pins et toute pleine d'oiseaux, saint Apollinaire entouré de douze brebis contemple, les bras levés, la scène grandiose qui s'accomplit au-dessus de lui. Il y a longtemps que, dans la croix de la zone supérieure, on a reconnu l'image symbolique du Christ, dans les trois brebis les Apôtres Pierre, Jacques et Jean et dans l'ensemble la représentation de la Transfiguration. Et ainsi l'on retrouve ici, en plein VIe siècle, comme un suprême effort du symbolisme chrétien, symbolisme