‹ RavenneChapitre 12 sur 21 · I.Es MONUMENTS CHRETIENS · texte numérisé non relu

I.Es MONUMENTS CHRETIENS

voulu du reste, compliqué et subtil, et qui n'a plus rien de commun avec les naïves allégories du christianisme naissant. Mais quel est en son ensemble le sens de cette décoration ? Les brebis qui entourent le saint figurent-elles les apôtres ou bien le troupeau des fidèles ? et que veut enfin ce saint Apollinaire, seule figure réelle parmi tant de symboles ? Faut-il croire, comme ou l'a supposé, que l'artiste a eu l'intention oie

Faces latérales Ju :arcophage précédent.

peindre une vision céleste apparue au saint protecteur de Ravenne ? L'hypothèse est ingénieuse, et ingénieuse aussi la conjecture qui prétend reconnaître dans le paysage le décor de Pineta Mais ce qui est surtout remarquable, c'est le mélange, dans cette composition, de symbolisme artificiel et mystique et de réalité historique ; et aussi bien, par le fond d'or sur lequel s'enlève la scène, par l'emploi des nacres dans la mosaïque, cet ouvrage appartient incontestablement à l'époque de Justinien. 11 n'est que plus curieux d'y rencontrer cette survivance des vieilles inspirations chrétiennes, s'attestant en une dernière tentative, qui n'est point sans beauté, se manifestant en un suprême et impuissant essai de réaction contre l'école historique triomphante.

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Les mosaïques de l'abside sont les seules qui, à Saint-Apollinaire in Classe, remontent au VIe siècle. La décoration de l'arc triomphal, où deux processions de brebis, sortant de Jérusalem et de Bethléem, montent vers le médaillon du Christ, qu'accompagnent les symboles des évangélistes ; les grandes figures d'archanges tenant le labarum qui occupent les retombées de l'arc; les portraits d'évêques, fort restaurés, qui garnissent, au pourtour du chœur, les intervalles des fenêtres ; et enfin les deux compositions qui couvrent les parois latérales, datent de la seconde moitié du vu' siècle. On

Sarcophage de l'archevêque Jean à S.-Apollinare in Classe.

v reconnaît l'imitation évidente, flagrante et médiocre du beau décor de Saint- Vital. De là viennent le Christ et les évangélistes, de là les villes saintes d'où sortent les brebis et les figures d'archanges. De là la scène où le mosaïste a combiné les sacrifices mystiques d'Abel, de Melchisédech et d'Abraham ; et de là enfin la composition historique, — seule partie intéressante, si elle n'était si fort abîmée, de toute cette décoration — où l'on voit l'empereur Constantin IV remettant à l'archevêque Reparatus les privilèges qui affranchissaient son église de l'autorité romaine. Dans tout cela, l'artiste s'est contenté de combiner un peu différemment les éléments épars qu'il prenait dans son modèle; mais il a conservé les attitudes, les costumes ; il n'a fait nul effort créateur. Et à côté des belles mosaïques de l'abside, d'une inspiration si haute, d'une tenue si belle encore, rien ne montre mieux la décadence profonde où est tombé, au VIIe siècle, l'art chrétien. En face de Saint-Apollinaire in Classe, Saint-Vital forme un frappant contraste : par le plan, par les méthodes de construction, par la décoration, il apporte dans l'architecture chrétienne quelque chose d'original et

LES MO N U M E NT S C H R É I L li X S

de nouveau. Et sans doute l'édifice ravennate ne procède point directement, comme on le répète trop souvent, de Sainte-Sophie deConstantinople, commencée quelques années plus tard, ni même de l'église des Saints-Serge et Bacchus. qui semble également de date un peu postérieure : mais les frappantes analogies qu'il offre avec ces monuments montrent amplement

Mosaïque de l'abside de S.-Apollinare in Classe.

que tous trois appartiennent à une même école, dont le trait caractéristique est la coupole hardiment posée sur une base polygonale. Ce n'est point ici le lieu d'expliquer la lente évolution par où s'est préparée et constituée cette forme architecturale, et comment d'assez bonne heure, des pays orientaux où elle prit naissance, elle se propagea jusqu'en Occident. Il suffit de regarder Saint-Vital pour voir qu'il est absolument byzantin. Et sans doute on y peut constater un tracé moins original, une exécution plus timide, une facture plus arriérée que dans les édifices contemporains de la capitale byzantine; Sainte-Sophie réalisera plus pleinement et d'une façon plus géniale et plus audacieuse, les partis essentiels de l'ar-

chiteclure nouvelle. Il y a pourtant une singulière maîtrise dans le plan de Saint- Vital, dans la savante hahileté de ses combinaisons d'équilibre. Considérez en particulier la haute coupole qui domine l'édifice. Huit forts piliers la soutiennent, disposés en octogone, et que des arcs puissants relient aux murs extérieurs du monument. Pour renfoncer cette base,

Les évêques Ursus et Ur;icinus. Mosaïque de S.-Apollinare in Classe.

l'architecte a, sauf en un point où s'ouvre l'abside, relié ces piliers l'un à l'autre par un ingénieux système d'exèdres à deux étages de colonnes, tout pareils à ceux que l'on voit à Saint- Serge et Bacchus et à Sainte- Sophie; par surcroît de précaution il a, sur chacun des angles extérieurs de l'édifice, contre-bouté la masse par de robustes contreforts ; enfin, pour diminuer le poids des voûtes, il a construit la coupole en longs tubes creux de terre cuite, emboîtés les uns dans les autres; et ainsi, en même temps qu'il assurait la cohésion de toutes les parties de la bâtisse, il déterminait un plan original et pittoresque à la fois. Regardez d'autre part la façon ingénieuse dont le maître a raccordé la base octogonale au

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plan circulaire de la coupole, la hardiesse avec laquelle, sur le pan de l'octogone qui est tourné vers l'Orient, il a, dans toute la hauteur du monument, ménagé le chœur et l'abside, l'élégance des dispositions aussi qui, à l'ouest, mettaient en avant de l'édifice un imposant narthex à deux étages, flanqué de deux tourelles par où l'on accédait au gynécée. Et assu-

l.e sacrifice de Melchisédech. Mosaïque Je S.-Apollinare in Classe.

rément il faut reconnaître, aujourd'hui surtout que de récents travaux en . >nt dégagé les abords, que par l'extérieur, avec son enceinte octogonale, son tambour central et sa toiture qui dissimulent entièrement la coupole, Saint- Vital ne rappelle en rien les lignes hardies de Sainte-Sophie. Mais considérez à l'intérieur la forêt des colonnes, la façon pittoresque et harmonieuse dont les lignes se coupent et s'enlre-croisent, et qui rehausse encore la beauté de la décoration. Regardez ces chapiteaux étranges, lourds cubes de pierre qui n'ont plus rien de classique, mais que recouvre un réseau de sculptures, si fin et si compliqué qu'il semble une dentelle de marbre. Regardez ces coussinets de pierre interposés au-dessus des chapi-

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teaux et sur lesquels s'épanouit, rehaussé de dorures, tout un peuple d'animaux et d'oiseaux. Regardez ces balustrades ajourées, ciselées comme des orfèvreries, qui forment la clôture du choeur, ces élégants ornements de>tuc, partiellement conservés, qui tapissent la courbe des arcades. Regardez surtout ces revêtements de marbre qui couvrent la base des piliers, ces colonnes aux chaudes couleurs, ces mosaïques étincelantes qui décorent le chœur et

Constantin IV et l'archevêque Reparatus. Mosaïque de S.-Apollinare in Classe.

l'abside. L'effet d'ensemble est d'une beauté de lignes, d'une richesse de coloris incomparables. Rétablissez enfin par la pensée l'antique splendeur de l'édifice, le pavé en mosaïque, le beau décor de marbre qui recouvrait toutes les murailles \ les mosaïques de la coupole; écartez, comme l'a fait heureusement en partie une restauration récente, tous ces ornements parasites par lesquels le XVIIIe siècle avait défiguré Saint-Vital : peu d'édifices

1 On a rétabli récemment dans l'abside de Saint-Vital ces incrustations de marbre, ainsi que le trône archiépiscopal au milieu de l'hémicycle de gradins qui occupait jadis le mur en arrière de l'autel.

LES MOXL'MKXTS CHRETIENS

assurément vous paraîtront plus admirables, et nulle part vous ne prendrez mieux l'idée de ce qu'était une grande église byzantine au VIe siècle. Il y a dans le monde certains lieux privilégiés où semble, par une sorte de miracle, revivre toute une époque disparue : tels sont, pour ne point quitter l'Italie, Saint- Marc de Venise, image exacte et somptueuse

Intérieur Je Saint-Vital.

des pompes de la Byzance du XI0 siècle, l'église inférieure d'Assise où s'évoque toute la société mystique du XIVe siècle, la libreria de Sienne, où les fresques de Pinturicchio racontent les splendeurs et la grâce du xv siècle finissant. Tel est aussi le chœur de Saint-Vital. Pour juger l'art de l'époque de Justinien, il n'est pas de monument plus important. Tandis qu'à Sainte-Sophie ou dans les églises de Salonique, le badigeon turc a tout effacé, ici au contraire se conserve intacte toute l'admirable décoration des mosaïques primitives. Du sol jusqu'au sommet des voûtes, au

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tympan des arcades, à la courbe des hautes fenêtres, à la conque de l'abside, l'éclat de l'or se mêle à l'harmonie des couleurs les plus riches. Ici, à l'arc d'entrée, des médaillons encadrent les têtes du Christ et des apôtres: là, à la voûte du chœur, sur les fonds où l'or et le vert alternent

Arcades de l'étage supérieur du chœur de Saint-Vital.

parmi d'élégants rinceaux où se joue tout un peuple d'animaux et d'oiseaux, quatre anges soutiennent de leurs bras tendus l'image de l'agneau divin. Plus bas, sur les parois latérales, s'étagent des figures d'évangélistes et de prophètes, des épisodes empruntés à la vie de Moïse; au-dessus des arcades, de grandes compositions, d'un symbolisme grandiose, représentent Abel et Melchisédech offrant leurs dons au Seigneur, Abraham recevant les anges à sa table et se préparant à sacrifier Isaac. A l'arc triomphal, entre les villes saintes de Bethléem et de Jérusalem, des anges

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flottant doucement dans les airs supportent le monogramme du Christ. Sur le fond d'or de l'abside, le Sauveur est assis sur le globe du monde et à ses côtés deux anges lui présentent l'un saint Vital, patron de la basilique, vêtu du magnifique costume des hauts dignitaires byzantins, l'autre l'évèque Ecclésius, fondateur de l'édifice, qui tient sur ses mains voilées une petite église qu'il offre au Seigneur. Et enfin, au-dessous de cette

Chapiteau à Saint-Vital

scène, aux côtés de l'abside, se déroulent les deux tableaux célèbres, les plus curieux peut-être que nous ait laissé le VIe siècle, où apparaissent, au milieu de leur cour, dans tout l'éclat de leur puissance, Justinien et Théodora. Et sans doute, pour l'artiste, ces deux grandes compositions ne forment pas la partie la plus remarquable de la décoration de Saint- Vital : c'est à elles pourtant, dès qu'on pénètre dans l'abside, que le regard va tout d'abord, tant il y a là une vivante image du luxe raffiné et de l'étiquette savante du Palais-Sacré de Byzance, tant il semble qu'un morceau d'histoire morte se réveille et s'anime dans ces portraits d'une si évidente réalité. Et devant ces figures symétriquement rangées, longuement, dan-

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l'abside solitaire, on s'essaie à déchiffrer le secret de ces énigmatiques visages, de ce Justinien qui fut le dernier des grands empereurs romains, de cette Théodora qui des coulisses de l'Hippodrome monta sur le trône des Césars, et dont la mystérieuse figure pique encore les curiosités de notre temps.

Ornements de stuc à Saint-Vital.

Cet ensemble représente assurément l'œuvre d'art la plus considérable, la plus complète du VIe siècle, et l'une aussi des mieux conçues. Une grande idée en inspire et en coordonne les parties essentielles : c'est au-dessus de l'autel où la messe est célébrée, la glorification du saint sacrifice annoncé par les prophètes, célébré par les évangélistes, symbolisé par les scènes empruntés à l'histoire d'Abel, de Melchisédech, d'Abraham, exalté enfin dans l'image de l'agneau, de l'hostie sans tache, planant au sommet de la voûte du chœur1. Et aussi bien toutes ces

1 On s'est efforcé dans un travail récent de découvrir à cette partie des mosaïques de Saint- Vital une signification symbolique beaucoup plus compliquée; il y aurait dans ces

LES MO X U M E X I S C H R É ï I E X S

mosaïques, qui couvrent l'espace quadrangulaire compris entre 1 ('-lise et l'abside proprement dite, sont-elles d'un même art et d'une même main.

Mosaïque Je la voûte du chœur à Saint-Vital l.

Antérieures, ainsi qu'il ressort de la technique qui y est usitée, à la conquête byzantine, étroitement apparentées encore par certains traits aux

représentations autant d'arguments destinés à prouver, contre les monophysites lu-rétiques, la double nature du Christ, l.a théorie semble bien subtile et fort douteuse.

1 Cette vignette, ainsi que celle .le. pages <i] et [o8 est empruntée à m. m livre sur Justinien et la civilisation byzantine au VIe siècle. Nous tenons à remercier M. E. Leroux, éditeur, qui a gracieusement mis ces trois i lichés à notre disposition.

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œuvres du v° siècle, elles constituent la partie la plus ancienne du décor de Saint-Vital. Non qu'elles datent, comme on l'a soutenu récemment, des toutes premières années du VIe siècle : on sait que l'église ne fut pas commencé avant 526; mais elles appartiennent sans doute à la période initiale de la construction, entre 526 et 534, et elles précèdent, ainsi de fort

Mosaïque de l'absiie de Saint-Vital.

peu de temps à la vérité, les mosaïques de la conque de l'abside, et de quinze ou vingt années les deux peintures d'histoire. Quoi qu'il en soit, un art s'y révèle, où comme à San-Apollinare Nuovo, apparaît nettement le mélange des compositions historiques et des scènes empruntées aux souvenirs de l'ancien cycle chrétien. Abel, Melchisédech, Abraham, Moïse reproduisent des types fréquemment employés dans les œuvres du 111e et du IVe siècle; le sacrifice d'Abel, la philoxénie d'Abraham sont d'une liberté d'exécution, d'une simplicité, d'un naturel qui rappellent les originaux anciens. Mais deux traits surtout marquent cette portion de la déco-

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ration : la beauté de l'ornementation, servie par une merveilleuse richesse de coloris, et qui apparaît en particulier dans la voûte magnifique qui domine le chœur ; un certain goût de réalisme, d'observation de la nature, qui se manifeste dans la façon de traiter le plein air et le paysage, et plus encore dans la manière de rendre, d'un accent si vrai, les animaux qui

La philoxenie d'Abraham. Mosaïque de Saint-Vital.

symbolisent les évangélistes : le lion de saint Marc, à la gueule ouverte, aux yeux injectés de sang, le taureau blanc de saint Luc, si fort, si bien modelé, sont d'une vérité tout à fait saisissante ; et de même, dans ces figures de Moïse détachant sa sandale, d'Abel si bien dessiné dans sa robuste nudité, dans ce groupe si vivant des juifs gesticulant autour d'Aron, il y a un sens de la réalité et de la vie tout à fait remarquable. Et c'est chose curieuse de voir ces qualités originales et puissantes s'appliquer aux données traditionnelles de l'art chrétien et y infuser un esprit nouveau.

Dans cette partie de la décoration il faut noter, au point de vue des

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procédés, l'emploi des cubes d'argent et l'absence de la nacre. Dans la belle mosaïque de l'abside a"u contraire, un art plus pompeux, plus cérémonieux déjà se manifeste. De graves et solennelles figures s'enlèvent sur les fonds d'or ; des nacres traduisant l'éclat des perles rehaussent la splendeur des vêtements ; une expression de grandeur anime la belle figure juvénile du Christ imberbe, largement drapé dans son manteau de pourpre violette ; le riche costume de saint Vital, la tête si caractéristique

— vrai portrait — de l'évêque Ecclésius attestent le goût de l'artiste pour la peinture d'histoire. Et cet art aboutit tout naturellement aux tableaux, un peu postérieurs en date, qui représentent Justinien et Théodora. On a décrit bien des fois les magnifiques habillements de l'empereur, de ses officiers, de ses gardes, les ajustements splendides, tout étincelantsde bijoux et d'or, que portent l'impératrice et les dames de sa suite. Le luxe des matériaux employés correspond à cette pompe du cérémonial. C'est un éblouissement de cubes d'or, de nacres, de pierres précieuses mêmes, comme celle qui forme le centre de l'agrafe du manteau de Justinien, comme les perles véritables qui s'accrochent aux oreilles de Théodora. Mais ce qui est plus que tout remarquable, c'est le caractère individueVdont le maître a marqué ses figures. Justinien, avec ses yeux largement ouverts, son nez droit et mince, son menton ferme et volontaire, son expression énergique et un peu soucieuse ; Théodora, avec son visage mince et délicat, mélancolique un peu et flétri, qu'illuminent deux grands yeux noirs; Maximien, avec son crâne chauve, ses sourcils épais, ses traits creusés; et les personnages secondaires mêmes, 'prêtres au doucereux sourire, officiers à l'air brutal et rude, eunuques glabres aux joues trop pleines, dames de la cour à l'éclatante beauté — la seconde à droite de l'impératrice est charmante — sont autant de portraits expressifs [et vivants. Et sans doute il y a, dans

Le Christ. Mosaïque de Saint-Vital.

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Théodora. Mosaïque de Saint-Vital

l'alignement symétrique des figures, quelque chose de conventionnel et d'un peu monotone, et dans les lourdes draperies des vêtements, une raideur un peu solennelle.

.Mais l'éclat du coloris, le caractère des figures, la splendeur des costumes dissimulent amplement ces faiblesses. Dans ces belles mosaïques, suite logique des œuvres précédentes et, plus qu'elles encore, tout imprégnées d'influences orientales, l'art byzantin nous a laissé une de ses plus admirables créations.

Aux œuvres de l'époque de Justinien ilconvient d'ajouter, dans la chapelle archiépiscopale, la curieuse représentation du Christ en costume de guerrier, et au-dessus,

la voûte en berceau, où des oiseaux se jouent sur un fond d'or puis les

mosaïques, assez semblables à celles de Saint-Vital, qui décoraient autrefois l'église de Saint-Michel in Affricisco. Achetées en 1834 par le prince héritier de Prusse, elles sont aujourd'hui à Berlin et depuis 1903 elles se trouvent exposées au Kaiser- Friedrich Muséum ' :

elles représentent, sur un fond d'or, le Christ imberbe, debout entre les archanges Michel et Gabriel. Si l'un tient compte enfin des deux processions, précédemment décrites, dont l'archevêque Agnel-

lus para San-Apollinare Nuovo, on Le Christ en guerrier. Mosaïque de l.i Chapelle archiépiscopale.

1 On 111 trouvera une reproduction en couleur dans l'article d'O. Wulff, Das ravennatische Mosaik von S. Michèle in Affricisco. (Jahrb. der preiiss. Kunstsammlungen, t. XXV, K104.)

voit par cet ensemble d'œuvres, comment, au temps de Justinien, s'achève l'évolution de l'art chrétien. Sur les fonds d'or vif, où s'insèrent des nacres et des cubes d'argent, une luxueuse ornementation se déroule, un coloris éclatant se déploie; les figures se font plus majes-

Sarcophage à S.-Apollinare in Classe.

tueuses, plus solennelles, l'art du portrait atteint son apogée. C'en est fait des représentations simples et familières de l'art chrétien, de son symbolisme naïf, qui s'accommodent mal au caractère cérémonieux, autour plus réaliste de l'époque nouvelle. Malgré la curieuse tentative que montrent les mosaïques de Saint-Apollinaire in Classe, la défaite du symbolisme est incontestable ; la victoire de l'école historique est certaine désormais.

Sarcoph.ige de saint Barba tien. (Cathédrale, i

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