‹ RavenneChapitre 14 sur 21 · RAY EX NE · texte numérisé non relu

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viic siècle, décorèrent l'arc triomphal de Saint-Michel in Affricisco semblent s'être de même bornés à reproduire le Christ trônant qu'on^voit à San-Appollinare Xuovo. Enfin, à San-Apollinare in Classe, les artistes du vu" siècle ont sans scrupules, on l'a vu, copié les motifs de Saint-

Chapelle archiépiscopale.

Vital, et rien n'atteste mieux que leurs ouvrages la profonde décadence où était tombé l'art chrétien.

Pourtant, dans cette Ravenne où l'art de la mosaïque s'était manifesté avec tant de splendeur, jamais il ne devait complètement être mis en oubli. Dans la chapelle du palais archiépiscopal, on voit, au-dessus de l'autel, plusieurs fragments de mosaïques. Deux médaillons représentent les bustes de saint Vital et de saint Apollinaire ; un morceau plus important montre une assez belle figure de la Vierge, les bras levés dans l'attitude qu'on appelle la ^ladone orante. Une tradition ancienne, et dont l'authen-

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ticité n'est point indiscutable, veut que ces fragments proviennent de l'abside de la

cathédrale reconstruits au XV m" siècle. Quoi qu'il en soit de cette provenance, il seml de bien que ces ouvrages datent du XIe siècle, et ils montrent assez bien ce qu'était devenu en Orient à cette date la Madone orante est en effet une imitation évidente d'un modèle byzantin] cet art dont les édifices de Ravenne nous ont fait connaître le primitif et magnifique développement.

Dans l'histoire de l'art chrétien, la sculpture tient une place assez secondaire.

L'Eglise chrétienne semble s'être défiée un peu d'une forme d'art à laquelle les dieux du paganisme avaient dû leurs plus parfaites images, et tandis qu'elle couvrait à profusion de mosaïques et de peintures 1<js murailles de ses basiliques, de bonne heure elle réduisit le sculpteur au modeste rôle d'ornemaniste et de décorateur. C'est lui qui, dans les églises, cisèle les dentelles de pierre qui de leur fin réseau couvrent le cube massifdes chapiteaux, lui qui ajoure ces balustrades de marbre où parmi l'enroulement des arabesques se joue

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tout un peuple d'animaux et d'oiseaux, lui qui, sur ces ambons qu'on rencontre à Saint-Apollinaire, à Saint-Agathe, au dôme, à l'église des saints Jean et Paul, dispose dans des carrés géométriques la rangée de ses animaux symboliques. Dans la plupart de ces ouvrages, dont l'art luxueux et chargé atteste l'action des influences orientales, apparaît une rare virtuosité à fouiller le marbre ou la pierre, aies plier aux motifs de la décoration

Plaque de chancel. (Saint-Vital.)

la plus variée. Malgré une facture un peu molle, qui semble graver l'ornement à la surface plutôt que le modeler en pleine matière, la grâce de ce décor animal et végétal est singulièrement remarquable parfois et fondé sur une assez attentive observation delà nature. Toutefois le sculpteur n'est guère ici qu'un auxiliaire au service de l'architecte. C'est dans les sarcophages, et mieux encore dans le patient et minutieux travail des ivoires, qu'il faut chercher son œuvre propre.

Dans la plupart des églises de Ravenne, sous les arcades de l'élégant portique, voisin de Saint-François, qu'on appelle le tombeau de Braccioforte, au musée enfin, on rencontre, souvent encore à l'endroit même où ils furent primitivement placés, de massifs sarcophages, au haut couvercle bombé, couverts de sculpture d'une exécution assez grossière. On

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en compte près d'une soixantaine, et ils datent pour la plupart du \" siècle et de la première moitié du VIe. Par les sujets qui y sont représentés, parleur ornementation, par leur style, ils diffèrent sensiblement des sarcophages que l'on voit à Rome : et par l'art aussi, à une ou deux

Ambon. (S.-Apollinare Nuovo.)

exceptions près, ils leur sont singulièrement inférieurs. Les scènes bibliques y sont rarement figurées. Sans doute on y trouve l'Adoration des mages, la Résurrection de Lazare, l'Annonciation, la Visitation. .Mais le sujet favori de cette école, c'est la composition qui montre le Christ parmi les apôtres, symétriquement rangés sous d'élégantes arcatures ou bien formant un groupe qu'encadrent des palmiers. Mais surtout un grand nombre de ces sarcophages néglige la représentation de la personne humaine, pour reprendre en les modifiant les motifs de l'ancien symbolisme chétien. Ce sont des agneaux, des cerfs, des paons, des colombes,

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symétriquement affrontés, autour de vases d'où s'échappent des rameaux de vigne, autour de monogrammes ou de croix. Dans cette décoration, tout ornementale, l'artiste retrouve souvent encore quelque habileté et

Ambon de l'évêqiie Agnellus. (C.ithédrale.)

quelque élégance : pourtant, ici même, la décadence vient vite, et il y a, dans certains sarcophages, surtout de San-Apollinare in Classe, une maladresse, une grossièreté d'exécution incroyables. Pourtant, par un trait particulier, ces monuments gardent un vif intérêt pour l'histoire de 1 art : c'est par les nombreuses ressemblances qu'ils offrent avec les

r.ES MONUMENTS CHRÉTIENS qi

monuments purement orientaux. Et comme le même caractère apparaît

L'Adoration des Mages. (Sarcophage à Saint-Jean-Baptiste.)

dans plusieurs des ivoires conservés à Ravenne, on en peut déduire

quelques observations générales qui ne sont point peut-être sans intérêt.

Tandis que, au Y" et au VIe siècle, la sculpture sur marbre faiblissait

Le Christ et ies Apôtres. (Sarcophage à Saint-François.;

chaque jour, la sculpture sur ivoire au contraire prenait une importance toujours croissante. L'artisan byzantin, incapable désormais de tailler le marbre et d'en faire sortir de grandes ligures, faisait preuve, dans cette

sculpture en miniature, d'une prodigieuse virtuosité. On conserve au

Faces latérales du sarcophage précédent.

musée de Ravenne plusieurs monuments fort intéressants de cette sorte. .Sans parler de la célèbre plaque, d'inspiration tout antique, qui repré-

Sarcophage à S.-Apollinare in Classe.

sente Apollon et Daphné, on y trouve toute une série de diptyques et de couvertures d'évangéliaires, d'une délicatesse et d'un art as*ez remar-

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quables. Plusieurs, de style nettement byzantin, datent du xi ou du xn° siècle, comme cette Mort de la Vierge qui est encore d'une asseî bonne exécution. Les plus intéressants remontent au VIe siècle, et parmi eux il faut citer en particulier ce diatyque à cinq compartiments, où, autour du Christ trônant, sont figurés des miracles et des épisodes symboliques empruntés à l'art chrétien primitif. Des recherches récentes, en

Sarcophage du monument de Braccioforte.

rapprochant ce petit monument de tout un groupe d'ivoires qui lui sont étroitement apparentés (diptyque d'Etschmiadzin, évangéliaire de Saint Lupicin à la Bibliothèque nationale, etc.) en ont rendu plus que probable l'origine syrienne ou alexandnne. lit c'est à la même école d'artistes orientaux qu'il faut attribuer l'un des chefs-d'œuvre de l'ivoirerie byzantine au vi' siècle, la fameuse chaire dite de .Maximien, que l'on garde dans la sacristie de la cathédral de Ravenne.

On a, non sans fondement, contesté en ces derniers temps la tradition qui attribue ce siège épiscopal au prélat contemporain de Justinien et tenté d'établir, par des raisons assez plausibles, que ce meuble ne vint à Ravenne qu'au commencement du xi" siècle, époque où un doge de Venise l'envoya en cadeau à l'empereur Otton III. .Mais quel qu'ait pu être le pre-

mier propriétaire de la célèbre chaire, en tout cas la date où elle fut exécutée est certainement le VIe siècle et l'art qui s^ révèle est absolu-

Plaque de diptyque en ivoire. (Musée.)

ment supérieur. « Aucun monument d'ivoire de la période antérieure, dit un bon juge, ne nous montre une pareille entente de la décoration jointe à une habileté technique au-dessus de tout éloge \ » Par l'expression des figures, le faire ample et large des draperies, par la justesse des attitudes,

1 Molinier, Hist. générale des arts appliqués à l'industrie, t. I, 69.

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les cinq personnages — saint Jean-Baptiste et les évangélistes — qui occupent le devant du siège, sont tout à fait remarquables. L'ornementa-

tion, très caractéristique, où, parmi des enroulements de vigne, se jouent des paons, des cerfs, des lions, est d'une beauté plus rare encore. Sans

Épisodes de l'histoire de Joseph. (Chaire de Maximien.)

doute les plaques qui garnissaient le dossier du fauteuil, et dont plusieurs ont passé dans des collections particulières, sont d'un art plus inégal :

LES MONUMENTS CHRÉTIENS

toutefois, dans les épisodes de l'histoire de Joseph et de la vie du Christ (pii yjsont représentés, on constate, avec d'intéressantes tendances réalistes,

La fuite en Egypte. (Chaire de Maximien.j

une étude très personnelle de la nature. L'ensemble en tout cas est de premier ordre. Or l'origine de cet admirable ouvrage semble aujourd'hui certaine : l'art qui y apparaît est, comme celui de la plupart des monu-

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ments de Ravenne. absolument analogue à celui de la Syrie ou de

l'Egypte.

Entrée à Jérusalem. (Chaire de Maximien '.) Et ceci mène tout naturellement, si l'on néglige quelques pièces de 1 Cette plaque se trouve aujourd'hui à Rome, dans la collection^ Stroganoft.

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moindre importance conservées au musée ou à la cathédrale ', à définir, pour terminer, quel est le caractère général des monuments chrétiens de

Le baptême du Christ. (Chaire de Maximien.)

Ravenne, quels rapports l'art qui s'y manifeste soutient avec l'art byzan-

1 II faut signaler en particulier la croix d'argent de l'archevêque Agnellus (2e moitié du vr siècle fort altérée d'ailleurs par des remaniements ultérieurs, un vêtement ecclé-

tin, sous quelles influences enfin s'est développé cet art si original dont ces monuments nous montrent les chefs-d'œuvre.

siastique, du IXe ou xc' siècle, enrichi de belles broderies, et au musée les fragments d'étoffe où sont brodées des figures de saints et d'évèques. On remarquera également, dans l'église de Santa Maria in Porto, un beau bas-relief byzantin du xe ou xi° siècle, représentant la Madone orante. C'est la seule œuvre remarquable qu'il y ait à Ravenne de la sculpture byzantine.

Sarcophage à la Cathédrale.

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