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CHAPITRE V

LES CARACTÈRES DE L'ART CHRÉTIEN A RAYhNNE

Dans les édifices chrétiens du vc et du vi° siècle que Ravenne nous a conservés, l'observateur même le plus superficiel et le moins averti ne peut manquer de constater les marques d'un art original et nouveau. Assurément, dans les traits généraux, les basiliques ravennates ressemblent aux basiliques romaines. Regardez-les pourtant plus attentivement. Sans parler du narthex ou portique fermé qui les précède, la forme polygonale de leurs absides, le développement considérable qui y est donné aux absides latérales, sont autant de traits caractéristiques, que l'on retrouve dans les édifices orientaux. On ne rencontre pointa Rome, au-dessus des chapiteaux, ces coussinets de pierre sur lesquels pose l'extrémité des archivoltes, ni ces arcades qui, pour relier les colonnes, se substituent à la rigidité de l'antique architrave : et cela encore est d'Orient. Enfin, jusque dans l'aspect extérieur, si austère pourtant et si froid, de ces constructions, des différences se révèlent entre l'art romain et celui de Ravenne : des rangées d'arcades aveugles, d'ingénieuses cor-

niches de briques égaient un peu l'uniformité des murailles. Et faut-il rappeler enfin la disposition architecturale, si nouvelle et si pittoresque, qui fait de Saint- Vital un édifice absolument byzantin ?

Voilà pour l'architecture. Considérez maintenant la décoration. Dans

Chapiteau à Saint-Vital.

la forme et l'ornementation des chapiteaux, dans le décor, d'une magnificence un peu lourde, qui pare les linteaux, les entablements, les clôtures, et qui se déroule à la courbe des arcades, vous ne retrouverez presque plus rien des traditions de l'art classique. Dans le nouvel empire oriental fondé par Constantin, un goût de luxe pompeux et raffiné pénétra vite l'art et la société. Tandis que le monde et la cour s ingéniaient, par de subtiles inventions, à varier l'éclat des costumes et le faste des cérémonies, l'artiste aussi, par des combinaisons savantes, s'attachait à

LES MONUMENTS CHRETIENS

réveiller l'attention d'un public un peu» blasé. On dédaigna de faire simple, et la difficulté vaincue fut un mérite et un charme de plus. Jadis dans l'architecture classique, la décoration demeurait toujours subordonnée à l'harmonie générale des lignes. Maintenant elle existe par elle-

Plaque de chancel. (S.-Apollinare Nuovo.)

même et pour elle-même. Le chapiteau corinthien s'enrichit et se com plique ; des formes nouvelles apparaissent, qu'un véritable travail d'orfèvrerie revêt d'un réseau compliqué de tresses et d'entrelacs. Partout on sent le désir d'éblouir, se manifestant par une richesse qui va jusqu'à la profusion. Et ce goût de magnificence apparaît mieux encore dans la splendide polychromie des marbres, dans l'étincellement des mosaïques qui tapissent les murailles et les voûtes des constructions sacrées.

En sortant des catacombes, l'art chrétien devait nécessairement se

transformer. Pour décorer les belles et spacieuses basiliques, les représentations familières, les compositions peu compliquées des premiers siècles ne suffisaient plus. Pour peindre les héros de l'Église triomphante, il fallait une majesté plus soutenue, des attitudes plus nobles et plus graves. A la simplicité des fresques on substitua le magnifique décor des mosaïques ; au symbolisme familier des catacombes on fit succéder des

Chapiteau de la basilique d'Hercule.

scènes et des types d'un caractère plus historique ; à la place des naïves images du christianisme naissant, on mit ces vastes et solennelles compositions, ces calmes et immobiles figures dont la sévère et cérémonieuse majesté produit une impression si profonde. « Auparavant le style était plein de naturel, les attitudes simples et sans contrainte ; à partir du IVe siècle, ces qualités charmantes commencent à disparaître. Il semble qu'on soit choqué de ces allures familières, qu'on les évite comme un manque de dignité et de tenue. Ce Christ qui ne se distingue point de ceux qui l'entourent, a quelque chose de trop populaire. Il est roi, et l'art doit le faire sentir. Aussi lui donnera-t-on désormais un costume plus éclatant, un aspect plus majestueux et plus imposant. Sa véritable place est sur le trône, sur le trône byzantin, tout resplendissant d'or et

] . !•: S M O M : M E N T S Cil R E T I E N S

de gemmes. Il est là, calme, impassible, dominant tout le monde qu'il bénit d'un geste royal '. »

Tout cela apparaît clairement dans les mosaïques de Ravenne. Et pour exprimer ces tendances, la beauté des matériaux employés correspondit à la grandeur des conceptions. A mesure que le temps marche, les fonds d'or se multiplient et s'étendent, les métaux précieux et les nacres se mêlent aux pâtes de verre colorées. Rien n'est épargné pour mettre en relief la splendeur et la gloire du christianisme triomphant, et malgré les incorrections ou les faiblesses de détail, les (l 'livres que cet art a pro-

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