‹ RavenneChapitre 16 sur 21 · lupucm à S.-Apollmure in Classe · texte numérisé non relu

lupucm à S.-Apollmure in Classe

encore une

Chapiteau à S.-Apollinare Nuovo.

duites gardent réellebeauté.

Tel est le caractère général que présentent les monuments de Ravenne. Mais où s'est formé, sous quelles influences s'est développé l'art dont ils sont la manifestation si éclatante ? On a en ces dernières années fort discuté ce problème. Demandez aux historiens récents de l'art italien leur sentiment sur la question :

hardiment ils revendiqueront pour une école proprement ravennate la création de ces ouvrages d'architecture, de ces

1 Baj 1 I Recherches, p. 54

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décorations, de ces mosaïques et ils réduiront au minimun la part de l'Orient dans leur naissance. Interrogez d'autres juges, moins prévenus en apparence, et qui ne mettent point leur patriotisme à médire de Byzance. L'un des plus illustres historiens de l'art chrétien, Kraus, vous déclarera qu'il faut voir à Ravenne un art provincial, mais étroitement dépendant dans son ensemble de l'art chrétien romain, et le dernier

Décor ds l'arc triomphal à Saint-Vital.

en date de ceux qui ont étudié les mosaïques de Ravenne, enchérissant encore sur cette théorie, vous parlera des « maîtres autochtones » de Ravenne, et par une étrange ignorance des œuvres de l'art oriental, reconnaîtra dans les types les plus purement byzantins des influences toutes romaines. Consultez enfin les savants mieux avertis, français, allemands et russes, qui, sans parti pris, mais avec une connaissance plus complète des monuments de l'art chrétien, ont, par des comparaisons décisives, tâché de préciser les détails du problème. Et voici ce qu'ils vous répondront.

Un fait est incontestable. Par sa situation géographique, par son histoire. Ravenne entretint de bonne heure d'étroits rapports avec l'Orient, dalla Placidia au v" siècle passa à Constantinople une partie de sa vie. et sans doute elle demanda à la capitale les architectes et les artistes dont elle eut besoin. Théodoric, élevé à Byzance, en subit profondément l'influence : ses constructions civiles et religieuses s'inspirèrent de l'Orient

Décor de mosaïques au mausolée de Galla Placidia.

et de ses magnificences. .Vu temps de Justinien enfin, Ravenne était toute peuplée de Grecs, de Syriens, d'Arméniens. Aussi n'est-il point surprenant que de bonne heure, au baptistère des orthodoxes, et plus tard, à San-Apollinare Xuovo ou à Saint- Vital, on trouve, dans le caractère de cérémonieuse solennité qui marque la décoration, dans le luxe des costumes, dans la gravité des attitudes, dans les types, tant de traits purement orientaux. Entre Ravenne et Byzance, la parenté est indéniable, étroite ; c'est sous des influences orientales que s'est formé l'art qui se manifeste à Ravenne.

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Mais l'Orient, l'art byzantin, ce sont là des mots imprécis et vagues. De quelles parties de l'Orient, de quelles provinces particulières est venu

Épisodes de l'histoire de Joseph. (Chaire de Maximien.)

ce grand mouvement d'art? Si, par des comparaisons, probantes on arrive à le déterminer, l'étude des origines des monuments ravennates prendra par là une portée plus haute encore : elle éclairera le difiicile problème des origines mêmes et de la formation de l'art byzantin.

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Il serait oiseux d'exposer ici le détail de ces comparaisons. Mais un fait important s'en dégage. Que l'on étudie les formes de l'architecture ou le système de la décoration, les mosaïques ou les ivoires, toujours on est ramené à deux ou trois régions, qui semblent, entre le IV et le VIe siècle, avoir exercé le développement de l'art chrétien une action prodigieuse, l'Egypte, la Syrie. l'Asie Mineure Considérez les éléments caractéristiques du système d'architecture, qui atteint au VIe siècle son

Sarcophage au Musée.

apogée : c'est en Syrie, c'est en Asie mineure que s'accomplit, par le contact avec la Perse, la fusion d'où cet art sortira. Regardez la décoration : c'est dans les villes mortes de la Svrie centrale, dans les monuments de l'Asie hellénistique que nous trouvons des ciselures de pierre, cet art luxueux et chargé, dont les motifs comme les procédés, tout pleins de réminiscences orientales, tout inspirés de modèles persans, dominent tout l'art byzantin. Comparez aux mosaïques ravennates les mosaïques de Salonique ou de Chypre et surtout les beaux manuscrits à miniatures, 1 evangéliaire de Rossano, dont l'origine est certainement asiatique, la bible syrienne de Florence, l'évangéliaire d'iitschmiadztn, les manuscrit-* syriens de la Bibliothèque nationale, tous ces monuments qui nous donnent quelque idée de ce qu'était la peinture en Orient au VIe siècle. La même ornementation y apparaît, d'un goût un peu recherché, d'une abondance un peu touffue : les mêmes types s'y rencontrent, et aussi le même caractère de pompeuse et grandiose cérémonie. C'est à l'art syro-

égyptien enfin qu'appartiennent les plus beaux ivoires de Raverme. Et de toutes ces remarques une conclusion nécessaire résulte. Il est incontestable aujourd'hui que dans les grandes cités d'Asie Mineure à Antioche, à Alexandrie, ailleurs encore, un grand mouvement d'art, fortement imprégné d'influences orientales, s'est produit à partir du ivc siècle, et a rayonné de là sur tout le monde chrétien. Dès le commencement du IVe siècle, sur le rivage oriental de l'Adriatique, le palais de Dioclétien à Spalato nous montre un édifice tout asiatique, et surtout syrien. Cent ans plus tard, les plus anciens monuments de Ravenne attestent les mêmes influences, et un bon juge a pu émettre l'hypothèse que les mosaïques de l'époque de Galla Placidia jusquà celle de Théodoric procédaient de la grande école d'art qui florissait à Antioche de

Syrie '.

En tout cas cet art oriental eut en Italie une grande fortune. Ce n'est point en effet à Ravenne seulement qu'on en retrouve les traces. A Milan, l'église de Saint-Laurent fut bâtie sur le modèle de Sainte-Sophie. En Istrie, l'admirable basilique de Parenzo est, par sa décoration de marbres polychromes, et de mosaïques, comparable aux meilleurs monuments de Ravenne, dont elle se rapproche d'ailleurs étroitement par la date (ire moitié du VIe siècle) comme par le style. Et ainsi les monuments chrétiens de Ravenne n'apparaissent plus comme les œuvres isolées d'une école provinciale ou locale : ils sont une partie de ce grand mouvement d'art, assez imparfaitement connu encore, qui se produisit dans l'Orient chrétien: art singulièrement original et vraiment créateur, héritier de la tradition antique et pénétré des influences de l'Orient, mais où l'observation attentive et personnelle de la nature, dans ses formes animales du moins et végétales, une certaine tendance réaliste, un remarquable esprit d'invention et une singulière hardiesse enfin dans les constructions attestent, avec une activité prodigieuse, l'incessante volonté qu'il eut de se renouveler. Et c'est pourquoi, quiconque a passé, ne fût-ce que quelques heures à Ravenne, emporte de ces admirables édifices un inoubliable souvenir.

1 Strigowski, Antiochenische Kinist.

Fragments de pavé en mosaïque. (Saint-Jean Ëvangéliste.)

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