‹ RavenneChapitre 17 sur 21 · MODERNES · texte numérisé non relu

MODERNES

Lorsque, en 721, Aistulf, roi des Lombards, s'empara de Ravenne, et qu'un peu après, en 754, Pépin, roi des Francs, la donna à la papauté, la ville, en cessant d'être byzantine, cessa également d'être capitale, et de ce jour commença pour elle une décadence dont elle ne s'est jamais com-

plètement relevée. Les i-elations avec l'Orient, qui avaient fait sa fortune et sa gloire, cessèrent; ses ports, lentement ensablés, ne recevaient plus les vaisseaux de l'Adriatique ; Classis à demi détruite s'effaçait devant la puissance naissante de Venise ; et du côté de la terre ferme,' la ma-

Ciborium de saint Eleucadius. (S.-Apollinare in Classe.)

remme grandissante isolait insensiblement la cité du reste du monde civilisé.

Pourtant, trop de grands souvenirs subsistaient à Ravenne pour qu'elle pût en un jour se résigner à sa déchéance. Pendant plus d'un siècle ses archevêques, se rappelant leur indépendance passée et les privilèges qu'ils avaient reçus des empereurs de Byzance, luttèrent désespérément contre la prééminence romaine et il fallut, pour les soumettre définitivement, la main énergique du pape Nicolas I, Plus tard, pendant de longues années, au cours de l'âpre conflit qui mit aux prises les empereurs aile-

mands et les souverains pontifes, la haine invétérée de Rome maintint Ravenne dans le camp gibelin et par là, parla faveur que lui marquèrent les princes germaniques du Xe et du XIe siècle, la ville garda ou reprit quelque importance en Italie. Plusieurs de ses archevêques s'assirent sur le trône de Saint-Pierre; dans ses murs, comme dans une capitale, des empereurs fixèrent leur résidence. Otton I y bâtit Lin palais ; dans le monastère de Saint- Apollinaire in Classe, le mélancolique Otton III vint, pour expier ses péchés, passer quarante jours sous le cilice, et une inscription placée au mur de la basilique rappelle encore cette illustre pénitence. Les plus grands adversaires de la papauté, Henri IV et Frédéric Barberousse, tinrent à honneur de récompenser le dévouement de la cité fidèle. Et pour soutenir leurs prétentions. Ravenne leur offrit les légistes que formaient ses écoles où, avant que Bologne devînt florissante, s'était conservée l'étude du droit romain.

En même temps, dans l'étrange ville, toute pleine de tombeaux et d'histoire, un grand élan de mysticisme soulevait les âmes troublées. C'est de Ravenne que sont sortis quelques-uns de ces hommes illustres qui furent, par leur activité spirituelle, les précurseurs des saint Dominique et des saint François : saint Romuald, le fondateur des Camaldules, qui passa vingt ans de sa vie au monastère de Classe; Pierre degli Onesti, surnommé le pécheur, qui édifia au bord de l'Adriatique le couvent de Santa-Maria in Porto fuori, à l'endroit où. d'après la légende, des anges avaient apporté l'image miraculeuse de la Vierge ; Pierre Damien enfin, théologien et diplomate qui, aux côtés de Léon IX, travailla si puissamment à la

Madone orante. (Bas-relief à S. Maria in Porto.)

réforme de l'Église. Et sous l'influence de ces grands fondateurs, Classe, déserte, éloignée de la mer, se réveillait de sa torpeur pour devenir une cité monastique ; Ravenne ranimée se couvrait d'églises. On n'en trouve pas moins de 250 nommées, dans les documents du XIe siècle, pour la ville et ses environs immédiats.

La tour de la Commune.

Et sans doute, vers la même époque, les luttes intestines des grandes familles féodales, les querelles des Guelfes et des Gibelins, remplissaient Ravenne de tumulte et de sang; la chute définitive des Hohenstaufen la replaçait au milieu du xmc siècle sous l'autorité romaine ; la puissance croissante de Venise enlevait à sa rivale déchue tout ce qu'elle gardait de ressources et de gloire. Pourtant on y bâtissait encore. Mais, de cette période, qui va du vmc siècle à la fin du XIIIe, bien peu d'édifices ont survécu'. Les campaniles du XIe siècle qui flanquent les vieilles basiliques

chrétiennes, les cryptes qui furent vers le même temps ménagées sous le chœur des églises de Saint-Jean-1'Kvangéliste, de Saint-François, de Saint- Apollinaire in Classe, l'antique pavé de mosaïques, représentant des épisodes de la croisade, dont on couvrit vers le xnr siècle le sol de Saint- Jean-1'Kvangéliste, la robuste tour de la Commune enfin, seul débris de ces forteresses féodales dont Ravenne, comme toutes les cités d'Italie, se

Guy de Polenta et Dante (?) (Fresques de S. Maria in Porto fuori.)

hérissait au xm siècle : c'est tout — et c'est bien peu de chose — ce qui rappelle à Ravenne cinq siècles d'une histoire qui ne fut point sans gloire. Heureusement le XIVe siècle allait faire briller sur la cité un dernier rayon de splendeur.

« Une seule ombre, dit M. de Vogué, lutte ici de pair avec la grande ombre de l'empire romano-byzantin, un seul nom contre-pèse tant de noms illustres; l'ombre et le nom d'un homme : mais cet homme fut Dante ' ». Depuis la fin du xm° siècle, Ravenne était gouvernée par des

E.-M. J'- Vogué. .1 Ravenne Revue des Deux Mondes. 15 juin 1893 .

seigneurs de la famille des Polenta. Le fondateur de leur puissance. Guy l'Ancien, est le père de cette Françoise de Rimini, dont la Divine Comédie a immortalisé la mémoire; son petit-fils, Guy le Jeune (Guido Novello) qui de 1316a 1322 fut podestat de Ravenne, eut la gloire d'of-

Portail de Saint-Jean Évangéliste.

frir aux dernières années du grand poète florentin l'asile où, après vingt ans d'exil, il trouva enfin la paix.

Guy le Jeune est le plus illustre et le plus séduisant de cette dure race batailleuse et sanguinaire des Polenta. Il aimait les arts, les lettres; luimême était poète, et sa cour élégante avait quelque chose déjà de la grâce des cours de la Renaissance. Il appela à Ravenne vers 131 7 Dante, qui vivait alors à Vérone chez Can Grande délia Scala ; puis, à côté du plus grand poète de l'Italie du moyen âge, il accueillit Giotto, son plus illustre peintre. Dans l'église de Saint-Jean-1'Évangéliste, qui fut, entre

1316 et 1321, complètement restaurée, et qui reçut alors son beau portail gothique, le maître toscan peignit à la voûte d'une des chapelles des fresques, assez altérées aujourd'hui, qui représentaient les évangélistes

Fresques de Giotto à Saint-Jean Evangéliste.

et les quatre grands docteurs de l'ÉgliSe, Pendant ce temps, Dante, chargé par Guy le Jeune d'enseigner à l'école de Ravenne la rhétorique vulgaire, investi de missions diplomatiques par la confiance du podestat, terminait dans la paix de Ravenne les derniers chants du Paradis, pleins d'allusions aux particularités locales et, calmé par l'âge et par l'expérience, entouré d'une partie des siens, revenu de ses haines, admiré de tous ses contemporains, il y finissait pieusement sa vie parmi des visions

sereines, toujours bercé de l'espoir de rentrer dans Florence, sinon comme vainqueur politique, du moins comme poète glorieux. La mort ne lui permit pas de voir réalisée cette joie suprême. Dante mourut à Ravenne le 14 septembre 1 32 1 .

Aujourd'hui encore la ville est pleine du souvenir du grand poète. Si

Tombeau de Dante.

la maison voisine de Saint-François, qu'une inscription désigne comme la demeure de Dante, ne saurait réclamer nul titre à cet honneur — elle date en effet du XVe siècle seulement — en revanche on voit encore, au coin de la via Mazzini et de la via Guido Novello, le palais, assez bien conservé jusqu'en 1860, où habitait Guy de Polenta. Mais surtout, dans le coin tranquille et charmant, qui avoisine l'église de Saint-François, près de la chapelle de Braccioforte toute remplie d'antiques sarcophages,

ng

à côté de la placette ombreuse que domine le haut campanile, s'élève le modeste édifice où reposent les restes de l'auteur de la Divine Comédie. Lorsque, en 1321, Dante mourut à Rayonne, Guy le Jeune le fit ensevelir en grande pompe dans un beau sarcophage, qu'on plaça à l'endroit où il est encore, un peu à gauche de l'entrée de Saint-François, en face

Chapelle funéraire de Dante.

de la chapelle de Braccioforte, contre le mur extérieur du cloître des Franciscains, et dans l'oraison funèbre qu'il prononça ensuite dans la maison du mort, le podestat promit d'élever en l'honneur du poète un magnifique monument. La politique ne permit point à Guy de Polenta, renversé en 1322, de tenir sa promesse, et seul, un disciple de Dante fit en 1357 graver sur le sarcophage de son maître l'inscription qu'on y lit encore, et qu'on a souvent à tort attribuée à l'auteur même de la Divine

R AV E N N E

Comédie. Puis près de deux siècles passèrent. En 1483 seulement, le prêteur vénitien Bernard Bembo fit exécuter par Pierre Lombardi, l'un des grands sculpteurs de Venise, le monument assez mesquin, représentant l'effigie du poète, qui couronne son sarcophage. Le xvmc siècle enfin édifia au-dessus du tombeau la petite chapelle à coupole qui l'enferme

S. Maria in Porto uori.

aujourd'hui. Et de siècle en siècle, devant le tombeau de l'illustre mort, pieusement, rois et lettrés vinrent s'agenouiller, l'Arioste et le Tasse, Guichardin et Machiavel, Alfieri, Leopardi et Byron.

On peut se demander pourtant si, dans le sarcophage de pierre, quelque chose subsite de la dépouille mortelle de Dante ; tant ces pauvres restes ont depuis le XIVe siècle subi d'étranges tribulations. Il s'en fallut de peu qu'en 1329 Bertrand du Poyet, légat de Jean XXII, qui fit brûler le livre de la Monarchie, ne fit en même temps jeter à la voirie les os du grand adversaire de la papauté. Puis, quand la gloire de Dante fut consacrée par les siècles, Florence réclama à Ravenne la dépouille du fils

qu'elle avait jadis proscrit, et Léon X en 1519 ordonna de faire droit à sa demande. .Mais quand on ouvrit le sarcophage, il était vide. Perçant de l'intérieur du cloître le mur où s'adossait le sépulcre, les Franciscains, pour ne point abandonner la précieuse relique, avaient, dit-on. retiré le cercueil du mausolée, et l'avaient discrètement transporté en un autre

Prédication de Pierre degli Onesti. (Fresques de S. Maria in Porto fuori.)

endroit. On l'a, par une coïncidence si merveileuse qu'elle en est un peu inquiétante, retrouvé en 1865 — l'année même du 600e jubilé de Dante — en démolissant un vieux mur de la chapelle de Braccioforte, et pieusement on a replacé le squelette dans le sarcophage. Mais quoique l'on montre au musée la petite caisse de bois qui contenait ces restes, avec l'inscription : Ossa Dantis, on peut se demander si ces cendres sont d'une bien certaine authenticité.

On se plaît à retrouver, dans l'église de Santa- .Maria in Porto fuori, un autre souvenir du poète. A trois kilomètres de Ravenne, dans la campagne déserte, s'élèvent les ruines du monastère que bâtit Pierre degli

Le Massacre des Innocents. A gauche portrait de Francesca de Rimini. (Fresques de S. Maria.

La présentation de la Vierge. (Fresques de S. Maria.) Onesti à la fin du XIe siècle et l'église qu'il y consacra. Vers le milieu

du xiv siècle, cet édifice fut restauré et décoré de fresques qui rappellent l'école giottesque et qu'on attribue communément à Pierre et à Julien de Rimini. On y voit des scènes de la vie du Christ et de la Vierge, des épisodes empruntés à l'existence du fondateur du monastère et l'on veut, parmi les figures représentées, reconnaître quelques-uns des personnages

La Nativité de la Vierge. (Fresques de S. Maria.)

fameux qui peuplèrent la Ravenne de la fin du XIIIe siècle et des premières années du XIVe. C'est, d'une part, accoudée à une galerie, Françoise de Rimini, et derrière elle, en habit de religieuse, l'une de ses parentes, la pieuse Claire de Polenta, qui fonda vers la fin du XIIIe siècle a Ravenne l'église de Santa-Chiara. Ailleurs, dans un groupe de trois personnages, on montre Guy de Polenta et Dante lui-même, lu sans doute il n'est point impossible que le.-, maîtres du XIV" siècle aient placé l'image du poète dans cette abbaye à laquelle le Paradis renferme une allusion. Rien pourtant ne le prouve: et aussi bien il n'importe. Quoi qu'il en soit de ces reliques plus ou moins authentiques, c'est une suffisante gloire pour Ravenne d'avoir abrité les derniers jours de Dante

R AV E N N E

et la mémoire du grand poète jette sur la ville morte une impérissable splendeur.

Les colonnes de Lombardi sur la grande place.

Après ce court moment de prospérité, de nouveau la décadence recommença. Boccace, qui vers le milieu du xiv* siècle visita Ravenne, sentit assez fortement la beauté de la Pineta, pour y placer l'un des plus tragiques récits du Décamêron, l'histoire de la dame trop cruelle, par où les belles inhumaines peuvent apprendre ce qu'elles risquent à résister trop vertueusement à leurs adorateurs ; mais il nota aussi le lamentable aspect

de la ville, vide d'habitants et comme épuisée par les luttes intestines de ses tyrans. Aussi fut-ce un bonheur pour la cité de tomber en 1441 aux mains des Vénitiens pour trois quarts de siècle. Sous l'habile gouvernement de la Sérénissisme République, Ravenne retrouva, avec la tranquillité, quelque richesse. On recommença à bâtir. Sans parler de la citadelle, la Rocca di Brancaleone, qui, pour assurer la domination de la Seigneurie, fut en 1457 construite à l'angle nord-est de l'enceinte, il reste à Ravenne un certain nombre de maisons assez pittoresques du XVe siècle et, -^ur la grandeplace, on voit encore les deuxhautes colonnes, dessiner-.

Tombeau de Guidarelli

en 1483 par Pietro Lombardi, qui supportaient la statue de saint Apollinaire, patron de la cité et l'effigie ailée du lion de saint Marc ; saint Vital seulement a remplacé aujourd'hui le fier animal par où Venise symbolisait jadis sa puissance. J'ai parlé déjà du monument que la sollicitude vénitienne éleva à Dante ; il faut, à côté de lui, signaler, le beau tombeau de Luffo Numai, qu'on voit à Saint-François et surtout le remarquable mausolée, primitivement placé dans la chapelle de Braccioforte, et aujourd'hui conservé à l'Académie des Beaux-Arts, qu'un maître inconnu. Tullio Lombardi ou Sévère de Ravenne, sculpta vers 1501 pour le condottiere ravennate Guidarello Guidarelli. « Je doute, dit M. de Vogué, qu'après Donatello la première Renaissance ait rien produit de plus beau. L'homme de marbre est couché sur son suaire, le corps emprisonné dans la cuirasse et la cotte de mailles, la tète dans le heaume à la visière relevée. Il a trop combattu; indicible est l'expression de lassitude dans le sommeil,

sur cette face monacale autant que militaire ; elle dort, les paupières lourdes, la bouche entr'ouverte. La visière, les arcades des yeux et la puissante ossature des joues portent de tristes ombres sur les dépressions du visage. La tête penche de côté. Sur la poitrine, les fortes mains du

Margelle de puits de la Renaissance. (Musée.)

soldat étreignent la croix de l'épée ; la lame nue se glisse entre les jambes, serrée au corps, fidèle. » Peu d'oeuvres sont comparables à « cette figure, admirable de naturel et d'austérité pensive », la seule chose tout à fait belle que l'on retrouve à Ravenne, en dehors des monuments chrétiens. Restituée en 1509 par les Vénitiens à Jules II, Ravenne fut cruellement éprouvée par l'épouvantable pillage qui suivit la sanglante bataille livrée à ses portes le 11 avril 151 2, et où périt Gaston de Foix. Elle ne

se releva point de ce désastre et pendant près de quatre siècles, sous la domination pontificale, elle s'endormit d'un pesant sommeil, ville toute religieuse, pleine d'églises et de couvents immenses, où émigrèrent peu à peu les moines que le paludisme chassait de la campagne empestée. Dès la fin du XVe siècle, les religieux de Santa-Maria in Porto fuori avaient

Cloître de S. Maria in Porto.

donné l'exemple et pour les recueillir, un grand monastère avait été bâti vers 1505. Bientôt les camaldules de Classe suivirent, et les beaux bâtiments de leur nouveau cloître, construit au XVIIe siècle, abritent aujourd'hui les précieuses collections de la bibliothèque et du musée. D'autres abbayes encore s'élevèrent, Saint-François, Saint-Vital, dont les élégantes galeries claustrales ne sont point sans beauté. Puis le xvnic siècle édifia des églises et, avec son ordinaire mépris pour les ouvrages du moyen âge, il jeta bas la vieille cathédrale, pour mettre à sa place en 1733 l'édifice actuel, il défigura Saint-Vital par un luxe baroque de peintures et de statues, il restaura San-Apollinare Xuovo et Saint- Apollinaire in Classe.

De toute cette période, qui va du XVIe siècle au commencement du xixc, aucune véritable œuvre d'art ne reste : dans aucune de ses églises, Ravenne ne montre ces chefs-d'œuvre de la peinture que conserve la moindre bourgade d'Italie. Ses grands maîtres sont un Nicolas Rondinelli (1460-1510), pâle imitateur des primitifs vénitiens, un Luca Longhi (1507-

Madone et Saints de N. Rondinelli

1580), qui, dans les églises ou dans le réfectoire du monastère de Classe, n'a laissé, comme on l'a dit, que « des redites banales sur les thèmes delà décadence ». Ceux qui suivirent furent plus médiocres encore. Endormie dans le passé, Ravenne n'avait plus d'art ni d'histoire. Vainement, pour la réveiller, Clément XII en 1736 lui fit un port sur l'Adriatique, auquel l'unit le canal Corsini. Inutile et stérile effort : la ville morte ne se ranima point. Une dernière fois le séjour de Byron rappela l'attention sur Ravenne, lorsque le grand poète découragé, avant d'aller chercher en Grèce une occasion et une raison de mourir, vint près delà comtesse Guiccioli y caresser un dernier rêve, et y trouva, pour décrire la beauté de

la cité et de ses campagnes, quelques-uns de ses accents les plus émus et de ses plus beaux vers.

La campagne qui avoisine Ravenne complète bien, en effet, selon le mot de M., de Vogué, « ce qu'on peut appeler l'atmosphère morale de la

Luca Longhi. Les Noces de Cana.

ville. Elle a peu de. caractère : on ne reconnaît plus l'Italie, avec ses paysages accidentés et individuels, avec la lumière nette qui les précise ; on ne sait pas où l'on est, sous quelle latitude. Un ciel souvent opaque, une terre grasse, aqueuse, des marais tièdes semblables à la Hollande : partout des canaux, où croupissent les herbes et les fleurs d'eau, des nvmphées. des bouquets d'iris et de nénufars jaunes. » Comme la cité. cette campagne est déserte, triste et morte; et la grande forêt de pins elle-même, qui s'étendait naguère de la ville à la mer, la fameuse Pineta, chantée par Dante et par Boccace,, par Dryden et par Byron, semble partager ce destin funèbre. « Là aussi, dit M. de Vogue dans une belle page, une grandeur historique s'évanouit; la forêt s'est dépeuplée comme la cité.

Page 1