LES MONUMENTS ( H R ET I F. X S
et le Jourdain à gauche et d'orner la tête du dieu fluvial de deux pinces d'écrevisse ; enfin, combinant les données des deux zones du baptistère orthodoxe, il a fait converger les apôtres vers un trône surmonté d'une
Intérieur de S.-Apoliinare Nuovo.
croix. Pour le reste, les compositions se ressemblent absolument, à cela près que les apôtres, tous vus de face, montrent des attitudes plus gauches, des draperies plus monotones, des contours plus lourds et plus anguleux, et que les personnages du Baptême, le Christ imberbe assez mal dessiné, le Précurseur mal d'aplomb sur ses jambes nues, sont d'un art plus que décadent. Une seule chose est à retenir de cette ceuvn- .lin-
vention si mince et de coloris si pauvre. Les têtes y ont un caractère assez original, bien que fort différent de celui du baptistère des orthodoxes, et cela déjà fait pressentir les profondes différences que l'évolution naturelle de l'art a produites entre l'époque de Galla Placidia et celle de Théodoric.
La merveille de la période ostrogothique est la basilique de San-Apollinare Nuovo. Comme la plupart des églises ravennates, l'extérieur assez
insignifiant ne fait rien pressentir des splendeurs du dedans. Aussi bien la façade, complètement remaniée au xvic siècle, ne donnet-elle plus qu'une idée très imparfaite de l'édifice primitif; et quoique le campanile qui flanque cette façade soit d'une date plus ancienne — il appartient comme la plupart de ces tours circulaires, qui donnent aux monuments sacrés de Ravenne un aspect si particulier, au VIIIe ou au XIe siècle — il ne saurait prétendre non plus à être rattaché au plan original de la basilique. Ce n'est donc qu'à l'intérieur qu'on peut retrouver les magnificences dont Théodoric avait paré sa plus illustre fondation.
Encore l'abside, reconstruite au xvin0 siècle, a-t-elle perdu ses mosaïques anciennes : un tremblement de terre, en lézardant l'extrémité du mur de gauche de la grande nef, a gravement endommagé la décoration qui y est appliquée; enfin il ne reste rien du plafond somptueux, qui avait mérité à la basilique son nom ancien de Saint-Martin au ciel d'or. Il n'importe. Peu d'églises, même les grandes basiliques romaines, produisent une impression plus puissante ; peu donnent une meilleure idée de ce qu'était au VIe siècle la décoration intérieure d'un monument chrétien.
Placez-vous dans une des nefs latérales, regardez fuir la double rangée des colonnes de marbre qui partagent la basilique en trois travées. Des chapiteaux corinthiens, d'un galbe un peu lourd, les couronnent, surmontés de ces caractéristiques coussinets de pierre timbrés d'une croix, si
Chapiteau de S.-Apollinare Nuovo.
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chers aux architectes byzantins. Des arcades les relient, qu'encadre une fine bordure, tout antique encore de dessin et d'exécution. Dans la nef principale, un ambon est placé, dont la décoration rappelle les motifs qui ornent les portes du gynécée de Sainte-Sophie; ailleurs des balustrades de marbre, fouillées et percées à jour comme une dentelle, montrent parmi des rameaux de pampres des animaux affrontés, d'une élégance
Le Christ et la Samaritaine. Mosaïque de S.-Apollinare Nuovo.
tout orientale. Mais surtout regardez les mosaïques qui sur les parois de la grande nef mettent un étincellement d'or. Trois zones superposées s'y déroulent. A la bande inférieure, deux longues processions, l'une de saints, l'autre de saintes, sortent des remparts de Ravenne et de Classis. Au-dessus, entre les fenêtres, s'alignent sur des fonds d'or des figures de saints, de prophètes et d'apôtres. Tout en haut, une suite de petits tableaux représentent les miracles et la passion du Christ. On ne saurait assez dire l'impression que produisent ces ouvrages : ('est l'une des plus profondes assurément que l'on puisse éprouver à Ravenne. « Involontairement, comme on l'a bien dit, on se prend à songera l'antiquité classique et à certaines ceuvresd'une incomparable perfection, mais où domi-
nait ce même esprit d'ordre et d'harmonie qu'on retrouve encore ici1. » Et sans doute il y a bien des défauts dans ces œuvres, et il n'en faut point trop analyser le détail; pourtant dans ces frises somptueuses, dont Saint-Apollinaire nous offre tout l'unique exemple dans tout l'art byzantin, dans cette procession de saintes surtout aux costumes éclatants,
Le Christ séparant les bons et les méchants. Mosaïque de S.-Apollinare Nuovo.
à l'attitude charmante, on sent, malgré la gravité un peu solennelle de la pose et la pompe tout orientale des habillements, revivre comme un souvenir lointain de la frise des Panathénées.
Toutefois ces trois séries de mosaïques ne sont point toutes du même temps. Les deux zones supérieures appartiennent à l'époque de Théodoric et sont l'œuvre du même maître, et c'est à lui aussi qu'il faut attribuer les deux représentations de Ravenne et de Classis. Les deux processions au contraire datent de l'époque de Justinien. Lorsque les Byzantins rentrèrent en maîtres dans Ravenne, ils corrigèrent en plusieurs points, on le verra, la décoration de Saint-Apollinaire. Faut-il croire qu'ils firent disparaître de la zone inférieure, les mosaïques qui l'ornaient, et dont les
1 Bayet. Recherches, 99.
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sujets leurs déplurent, peut-être parce qu'ils glorifiaient Théodoric ? il se peut. Toutefois il est plus probable qu'ils trouvèrent inachevée l'œuvre de la décoration de la basilique, et qu'ils la complétèrent, peut-être même conformément au plan primitif. Quoi qu'il en soit, les mosaïques de la zone inférieure ont leur date précise : elles furent exécutées sous l'arche-
Le baiser de Judas. Mosaïque de S.-Apollinare Nuovo.
vèque Agnellus, entre 556 et 569, et il faut les distinguer soigneusement des ouvrages de l'époqu.e des Ostrogoths. .
Il n'est point utile de décrire ici longuement les vingt-six tableaux qui représentent les épisodes de la vie du Christ, ni même de faire l'énumération complète des sujets qui y sont figurés. Aussi bien ces-petites compositions sont-elles placées trop haut pour qu'il soit facile au visiteur d'en apercevoir les détails, et peut-être vaut-il mieux, pour en apprécier la valeur, se reporter aux belles photographies qui ont été, il y a peu d'années, prises pour la première fois sur les originaux. Quoi qu'il en soit, on peut, dans ces représentations, distinguer deux cycles, qui semblent d'abord assez différents. Sur la muraille de gauche, ce sont les miracles du Christ, la guérison du possédé, de l'aveugle, du paralytique, la résurrection de Lazare, et quelques épisodes fameux de l'existence du
Seigneur, Jésus et la Samaritaine, le denier de la veuve, le pharisien et le publicain au seuil du temple. La série se termine, du côté de l'abside, par une composition maladroitement restaurée, et qui représentait originairement l'entrée du Sauveur à Jérusalem. C'est la transition naturelle aux scènes du second cycle, qui occupent la muraille de droite et racontent, en partant de l'abside, le drame de la Passion. Il y faut remarquer
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