CHAPITRE XII
Il n’est pas nécessaire de raconter en détail tout ce qui se passa h la ferme pendant notre seconde visite. Miller nous reçut très-amicalement, et nous offrit un lit si nous voulions passer la nuit chez lui. Cette grande affaire, un lit, nous a donné plus de tracas que toute autre chose dans le cours de notre pérégrination. New- York a depuis longtemps abandonné, au noms dans les hôtels les plus relevés, le système des lits k deux et à trois personnes. Dans aucun hôtel respectable de New- York, on n'ose plus demander k un gentleman de partager même sa chambre avec un autre sans s'excuser et invoquer une nécessité particulière; encore bien moins lui propose- 1- on de partager son lit. Mais cette règle ne s’applique ni aux colporteurs ni aux musiciens ambulants, et nous pûmes bientôt nous assurer que nous devions nous attendre non-seulement k partager le même lit, mais à occuper une chambre es société avec plusieurs antres personnes. U y a certaines ha-
bitudes qui deviennent une seconde nature, et qne tous les déguisements du monde ne sauraient faire oublier. On n'aime k partager, par exemple, ni sa chambre ni sa brosse k dents. Cette petite difficulté nous causa plus d'embarras cctle nuit chez Tom Miller que nous n'en avions encore éprouvé. Dans les tavernes, il nous avait suffi de payer pour faire notre volonté k cet égard ; mais cela ne pouvait pas s'arranger si facilement à la ferme. Enfin, noua parvînmes k nous entendre. On me relégua au grenier, où j'obtins sous mon propre toit la faveur d’un lit de paille.
Pendant tout le temps que dura cette négociation , j'observais Josh Brigham, l'ouvrier antirentier de Miller, qui surveillait, l’oreille attentive et l’œil ouvert, tout ce qui se faisait et se disait. L'Américain de cette classe est l'homme le plus défiant du monde entier. L’Indien sur le sentier de la guerre, la sentinelle placée au milieu du brouillard une heure avant l'aurore dans le voisinage de l'ennemi, le mari jaloux ou le prêtre sectaire ne sont pas plus disposés à donner cours k l'imagination, k bâtir des conjectures ou à s'entêter dans leurs opinions , qu’un Américain défiant. Or ce drôle de Brigham était par nature le ôrau idéal de la défiance, et son affiliation «aux Indgiens, » en développant cette disposition , le rendait doublement dangereux. Lorsque nous nous fûmes entendus avec Miller, il me suivit vers la petite prairie située en face de la maison, et où je m’étais rendu pour considérer aux rayons d’un soleil couchant le spectacle champêtre que j'avais devant les yeux , et dès le début il trahit par son langage la nature de ses soupçons.
— Le vieux (U désignait ainsi mon oncle) Ro doit avoir beaucoup de montres d’or sur lui, dil-il, pour qu'il tienne tant k coucher seul. Le commerce de ces objet» exige beaucoup de précautions, j’imagine, en certains pays.
— Ya, il être quelquefois danchereui ; mais il ne pouvait l’ètre dans ce si bon pays.
— Mais alors, pourquoi ce vieux bonhomme prend-il tant de précautions pour se réserver cette petite chambre à lui tout seul, et vous relègue-t-il dans le grenier? Nous autres mauouvrien, nous n’aimous pas le grenier, où l'on étouffe en été.
— En. Allemagne ein homme il afre touchours ein lit , répondis je pressé d'en finir sur ce sujet.
— Ah 1 c’est vrai, cela ? Ma foi , chaque pays a ses coutumes , je suppose. L’Allemagne est une contrée bien aristocratique, je trouve.
— Ya. Il y afre encore beaucoup de lois et de coutumes tantales en Allemagne-
— Eh bien, ami, j’arriverai tout de suite au point principal. Mais jurez-moi d'abord que vous ne me trahirez pas.
— Ya, ya, ché gomprends. Cbé chure que ché ne vous trahirai pas; c’être pon.
— Mais levez la main, allons ! De quelle religion êtes-vous?
— Ghrétien , cela il va sans tire. Ché ne beux pas être un chuif. Nein, nein, ché suis un très-mauvais ghrétien.
— Nous sommes assez mauvais k cet égard; mais je ne m’embarrasse guère de cela. Il n’y a pas de mal k avoir un pen le diable au corps, surtout dans notre affaire. Mais vous devez être quelque cho e de plus qu'un chrétien, je suppose ? Dsns le pays, nous appelons cela n'ètre d'aucune religion. De quel rite êtes vous ?
— Rite ! Pien; ché ne gombrends pas. Qn'est-ce que c'est , rite?
— Oui ; quelle religion pafrontos-DOUlf Partagex-vous les opinions de ceux qui se tiennent debout ou de ceux qui se mettent k genoux? N’adoptez-vous ni l’une ni l’autre?... Il y en a qui pensent qu’il vaut mieux se coucher pour prier, parce que, de cette manière, on a moins de distractions.
— Che ne gombrends pas. Mais laissons là la reliebion, et fenir au point que vous afez dit.
— Oui ; voici l’affaire. Vous êtes Allemand, et ne pouvez aimer les aristocrates; par conséquent, j’ai confisnce en vous. Cependant, si vous me trahissez, vous ne ferez plus de musique ni ici ni ailleurs ! Si vous voulez vous faire Indgien, vous en aurez demain la meilleure occasion qui se puisse trouver.
— Eine Indgien. Quel pien cela me fera-t-il d’être un Indgien ? cbé pense qu’il vaut miens être ein plane en Amérique.
— Ah ! je veux dire seulement un lodgien antirentier. Le salaire est bon et il n'y a pas grand'chose à faire, et puis nous avons toutes sortes d'avantages dans les magasins , et aux environs dans les fermes. C’est la loi qu'un Indgien doit obtenir sans résistance tout ce dont il a besoin , et nous nous arrangeons pour avoir beaucoup de besoins. Si vous voulei venir au meeting, je vous dirai comment vous me reconnaîtrez.
— Ya , ya ; cela être pon. J'irai k leur meeting , certainement. Où afre-t-il lieu ? •
— En bas, dans le village. La convocation nous est arrivée ce soir, et nous serons tous au lieu du rendez-vous demain k dix heures.
— Il y afre-t-il un palaille pourquoi fous fous réunissez ri ponctuellement et afec tant t’arteur ? *
— Une bataille ! Seigneur , non! Qui a envie de se battre ? Je voudrais bien le savoir > Nous sommes presque tous réunis contre les Littlepages, et il n’y a ici de leur famille que deux ou trois femmes. Demain nous aurons un grand orateur anlireutier.
— Un quoi ?
— Un orateur; un homme qui fait de> difcoun aur l'antirenti*mr , voua compte». et ; qui parle aur la tempérance, l'aristocratie, le gouvernement , on sur toute autre espèce de grief». N'avea-vou» pe* d'orateun en Allemagne?
— Ya , ya. U y afre dea orateur* dan* le* uni ve ru lé» ; peaucoup , pranronp.
Ah' Noue, nous en avons d'universels et de particulier! ; e'e*t selon le* besoins. Demain noua en aurons un qu’on dit être le plus violent qu'on ait eneore vu dans cette affaire. Voua verre* que notre cause fera des progrès dans ce meeting , et qu’il y aura quelque chose de décidé pour le pays. Nous voulons en finir une bonne fois. Le peuple se lève ; et ce que le peuple veut , il faut qu'il l'ail. Du reste , nous fondons les plus grandes espérances sur cet orateur, qui est bien ,j>ayé pour venir.
— Et qui baie lui ? est-ce l’Etat ?
— Non ; nous n’en sommes pas rneore là. Il y e» a qui pensent que l'Elol devra les payer par la suite, (^uant k prêtent, les tenanciers sont lasé* à tant de dollars, selon le pris de leur fermage. On a tant par acre, et ainsi on obtient l’argent nécessaire. Nous, nous avens un but, et quand les gens ont un but, ils y marchent ensemble avec persévérance. Nous ne dirons pat ouvertement tout ce qur nous voulons et tout ce que nous prétendons faire. Il y en a qui soutiennent que personne ne doit posséder plus de mille acre» de terre ; d’autres pensent que la nature a marqué elle-même la limite à cet égard , et qu'un homme ne doit prendre de terre que ce qu'il lui en faut pour satisfaire ses besoins.
— Et quelle être foire obinion ?
— Je n’ai pas d’avis déterminé. Je veui une bonne ferme , et voilà tout. J'aimerais qu’elle fût pourvue de bâtiments commodes, et que les terres n’en fussent pas épuisées par la culture ; je liens à ces deux points 'Mais qu'elle ait quatre cents acres ou quatre cent cinquante on même cinq cents, je n'y tiens guère, et je serai accommodant. Je m'attends bien à des disputes à la fin , quand on en viendra au partage, mais ce n’est pas moi qni les soulèverai J'espère que j'aurai mon tour pour les magistratures du pays et pour quelques autre* avantages; et pour qu'on se souvienne de moi de suite à cet égard, je m'arrangerai d’une ferme quelconque du parc Litllrpage. J'aimerais mieux cependant en avoir une dans la grande vallée que voilà, ou partout ailleurs; mais eu somme, je ne me préoccupe pas de ces détails.
— Et qne foules-fous bayer à M. Littiepage bour celte... vous feules choisir ?
— C< la dépend des circonstances. Les avis son' partagés sur cette question. Les uns veulent qu’on paye quelque chose, parce que cela leur semble plus conforme à la loi ; les autre» préféreraient qu'on ne
pas du tout. Les premiers soutiennent qu'on doit payer simple- I ment le principal des premiers fermages , c'esl-è-dire le capital qui produirait une rente égale à celle que payaient les premiers cultivateurs d i sol , à une époque où lea terres n'avaient pas encore acquis une valeur égale à celle qu'elles représentent aujourd'hui. En calculant ainsi, et en comptant l'intérêt à sept pour cent, nous trouverons qu'une ferme de cent acres devrait être payée de cinquante à soixante dollars. Mais comme de semblables affaires doivent »e traiter randement, les partisans de ce système sont d’avis que Littiepage evrait accepter cinquante dollars, et donner en échange le contrat de propriété d’une ferme de cent acres.
— Et quelle poufoir être la moyenne (sieur d’une ferme de cent acres tans le bays? demandai-je.
— De deux aille cinq cents à trois aille dollars.
— Alors fous pentes ehrr Littiepage defoir accepter cinquante dollars pour eio pieu qui faut teui aille cinq centa ? Cela temple très-cboli.
— Vous oublies le loyer qui a été payé pendant longtemps , et les améliorations faites par le tenancier. A quoi uno ferme serait-elle bonne sans le travail qu’on y fait ?
— Ya , ya , ebé gomprend*. Et à quoi pon travail sans U terre pour faire loi ?
C’était là une question un peu imprudente à poser à un homme aussi soupçonneux et aussi perverti queJo»bua brigbam. Le drôle me lança un regard en dessous et plein de défiance. Mai» avant qu’il eût let empa de répondre, Miller, pour lequel il éprouvait une crainte salutaire, l'appela pour lui ordonner de veiller sur Ica vaches.
J’avais donc trouvé l’occasion d'entendre un ouvrier à mes gages développer l’opinion qu’il se faisait de» droits que je pouvais élever aur la pos*esaion de mon propre domaine. Je ne revis plus Josbus Brigbam ce jour là ; car il eut 1a permission de quitter la ferme à la chute du jour. Où alla-t-il ? Je ne sais ; mais le motif pour lequel il I nous quitta ne pouvait plus être un secret pour moi. La famille se retira de bonne heure. Nous étions nous-mêmes un peu fatigués, j Tout le monde était dans son lit à neuf heures; et si j'rn juge par moi- même , tout le monde dormait. Avant de nous dire bonsoir, cc~
P endsnt, Miller nous dit un mot du meeting du lendemain, et de intention ois U était do a‘ y rendra.
CHAPITRB XIII.
Le lendemain matin on déjeuna de bonne heure, et aussitôt apres il. fut facile de voir que la famille faisait ses préparatifs de départ. Ce n’était pas seulement Miller, mais sa femme et sa fille qni avaient l'intention de descendre au Petit Nest. Tom Miller se proposait d'ailleurs de uous offrir à mon ocle Ho et à moi une sorte de voiture à un cheval fort à la mode en Amérique, oh elle est en quelque façon nationale et qu'on appelle dearborn, tandis qu’il conduirait h femme, Kitty et un serviteur jusqu'au Petit Nest, dans une voiture à deux chevaux mieux approprié» à un tel fardeau. Toutes choses étant ainsi disposées, nous quittâmes tous la ferme de compagnie su moment où l’horloge placée a l’entrée du bâtiment principal frappait neuf heure*. Je conduisais moi-même notre cheval ; c’était du moins le mien en effet , car tous les instruments agricoles qui étaient à la ferme m’appartenaient.
En quittant la demeure de Miller, je regardai attentivement du côté de Nest House, dans l’espérance d'apercevoir à une fenêtre sur la prairie ou sous le portique quelqu'une de celles que j'aimais. Pas une âme ne parut cependant; et nous trottâmes pendant un certain temj»* derrière l’autre voiture , causant de tout ce qui nous passait par l'esprit. La distance que nous avions à parcourir était d'en— virou quatre milles, et le commencement du meeting, qui était la grande affaire de la journée , avait été fixé à once heurts. Nous n'avions pas par conséquent besoin de nous presser ; j’aimai donc mieux laisser marcher notre bête à sa guise et avancer lentement que de me bâter pour arriver une heure ou deux avant le moment du rendex-vous. Miller et sa famille nous dépassèrent , et nous les perdîmes bientôt de vue ; car ils désiraient passer le plus de temps possible au village.
La route naturellement nous était parfaitement connue à mon oncle et à moi ; et ne IVÙt-elle pas été, à vrai dire, que nous ne courions aucun danger de nous égarer, car nous n’avioos qu'à suivre la direction générale de la large vallée au travers de Isquelle elle est tracée. Et puis Miller u’avait pas manqué de nous répéter que nous devions pas»er devant drus églises, ou une église et une maison de meeting , dont les clochera étaient visibles pendant la plus grande partie du trajet et servaient de aignaui indicateurs.
La roule entre Nest liouse rt le Petit Nest, le hameau, est rustique et aussi agréable qu'on peut l'espérer dans uu pays oh \t passage n’est animé ni par la vue des eaux ni par la perspective des montagnes. Nos paysage» Je New- York sont rarement vastes, ou plutôt ils ne le sont jamais, si on les compare aux vues magnifiques que l'on rencontre en Italie, en Suisse, en Espagne et dans les plus belles parties de l'Europe ; mais nous en possédons beaucoup auxquelles il ne manque qu'un peu plus de perfection dans les ornement» que l’art y a apporte» pour être véritablement très -agréables. Tel est le cas pour la principale vallée de Ilavensnest , qui , au moment oit noix* la traversons, frappa également mon oncle et moi par l'aapcct d abondance agreste et d'aisance rustique qu'elle nous présenta, et qu’on voit si rarement dans le vieux monde, oh l'abxeucc de clôture* et la concentration des habitations qui forment des bourgs transfo-nieut les champ» en une solitude désolée, en dépit de leur belle culture ci de leurs riches moissons.
— Voilà un domaine qui est bien digue qu'on sc le ditpu'e maintenant, dit mon oncle pendant que noua trollion» tranquillement , quoiqu'il n’sit pa» encore été bien productif pour »on propriétaire. Les cinquante premières années d'une propriété américaine de ce genre n'apporlenl guère à celui qui en etl pourvu qu'embarras et vexations.
Et après cela le tenancier veut s'en rendre maître au prix qu'il lui convient de fiier, ea récompense de scs labeur*.
Nous approchions alors de l'église de Saint- Andrew et du pre«bytère avec sa glèbe contiguë au cimetière. Il y avait eu de gratuit* amélioration» faite* autour de ce presbytère depuis que je ne l'avais vu. On y avait planté de* arbrisseaux; on avait réparé les clôtures; le jardin était bien tenu et cultivé avec soin ; les champs parais rient fertiles, et tout indiquait qu’il y avait là de nouveux maîtres et une nouvelle direction.
Le dernier occupant avait été un prêtre mécontent, disposé à »e plaindre , inintelligent, égoïste et paresseux, le moins estimable de tous le» hommes, bon successeur avait la réputation d'être un chrétien sincère et télé, qui servait Dieu parce qu'il l'aimait. Je sais parfaitement combien la vie d'un prêtre de campagne est pcuiblr , combien le salaire qu’il reçoit est ordioairement exigu et in» iffinnt , et combien les service! qu'il rend sont mai récompensés. Mais ce sujet, comme beaucoup d'autres, a des aspects très-différents , et il y a certainement de» hommes qui ont pour entrer dans i’bglisc des motifs qui ne devraient causer sur eux aucune influence.
— Ab I voici la voxture de M. Warren à sa porte! s'écria mon oncle quand nous passâmes devant le presbytère. Est-ce qu'il a aussi l'intention d’aller au village dans une circonstance comme celle-ci ?
— L n’y s rien de plu* probable , monsieur, ai Patt l’a dépeint sous se» véritables traits, répoadu-je; elle m’a dit qu’il avait déployé
SJ
beaucoup d'activité pour réprimer l’eaprit de convoitise qui fait de si rapide» profit* à ia ville, et qu'il avait même précité avec beaucoup de fermeté, quoiqu'rn terme* généraux, contre le» principe* funeste* au nom desquels « soulèvent le* population*. L'autre ministre , dit-on , recherche la popularité ; il prêche et il prie en faveur det anlirentiers.
Non* n'en dime* pa» davantage , et bientôt noui entrâmes dans un grand Loi» qui fait partie de la forêt vierge. Ce boi* , qui avait plu* de mille acre* de superficie, s'étendait en descendant de* hauteur» sur de* terrain* accidentés et sans valeur, et avait été épargné par U cognée en vue de» besoin» futur*. Il m'sppertensit cependant ; et ce qui pourra paraître singulier, on tirait un des plus grave* chef* d'accusation portés contre moi et me* ancêtres de ce que uous avion* refusé de le donner a bail. Le fait est que l'intérêt seul de 1» population nous avait engagés à n’y pas consentir.
Nous avions pfcs d'un mille de forêt à traverser avant de rentrer dan» la campagne , et un mille et demi de plut environ pour gagner le hameau. A notre gauebr Ir bois n'avait pas plus d'une cenUioe de prrcbrs de profondeur, et était borné par un petit ruisseau ; mais à notre droite il s'étendait à plus d‘un mille, et se confondait avec d'autre» portions de forêt conservées pour l'usage des fermes dont elles dépendaient. Comme cela a souvent lieu en Amérique quand les routes traversent les forêt», une iecundc pousse s'était développée de chaque côté du chemin, qui était bordé sur tout son parcours de grands bouquets de pins, «le chênes, de châtaignier» et d'érables. Quelquefois les bouquets touebaient presque les ornières-, d'autres foi» il» en restaient assrx éloignés. Nous avions h peu près atteint le milieu du bot» , et nous nous trouvions dans un endroit d’où l'on ne pouvait apercevoir aucune maison. Notre vue devant rt derrière était bornée à sis ou huit perche» par les jeunes arbres, lorsqu'un sifflement faible, perçant, et srmblable à celui des voleurs, frappa notre oreille. Je dois avouer qu’a ce bruit j’éprouvai une impression fort désagréable , car je me rappelais la conversation de la soirée précédente. Je vis bien , en voyant le soubresaut soudain de mon oncle et le geste ius'inctif qu'il fit pour chercher un pistolet absent , qu’il se croyait lui-même sur le point de tomber dans les mains des Philistins.
Une demi-minute suffit pour nous apprendre la vérité. J'avais à peine arrêté le cheval , pour regarder autour de moi , qu'une bande d’hommes, tous armés et déguisés, sortit en file des massifs *lu bois, et »e rangea sur la route de manière à l'intercepter. Nous avionB en face de nous six » Indgiens* portant un riile , une poire à poudre et une poire h plomb , et qui semblaient prêta h livrer bataille. Leur di^guriement était estrêmement simple: il conaistait en une sorte de blouar de calicot sans ceinture et de large pantalons , qui les enveloppaient entièrement. La tête était couverte d'une espèce de masque , aussi de calicot, auquel on avait pratiqué des ouvertures pour les yeux , le nés et la bouche , et qui complétait leur uniforme. Il n'y avait aucun moyen de reconnaître un homme ainsi équipé, si ce n'est s la taille quand elle était d'une hauteur ou d'une petitesse peu cooi mimes. Un homme de moyenne taille était parfaitement méconnaissable tant qu’il ne parlait pas, et qu'il conservait son costume. Ceux qui parlaient déguisaient leur voix, et, comme nous le vimes bientôt , faisaient usage d'un jargon qui avait la prétention d’imiter le mauvais anglais des anciens naturels du pays. Quoique nous n’eussioos encore vu , ni l'nn ni l'autre, personne de cette bande, nous vîmes clairement ce qu'étaient en réalité ces perturbateurs de ia paix publique dès qu'ils s'offrirent h nos regards. Il n'y avait pas moyen de *'y tromper dans les circonstances où nous nous trouvions. Le» tomahawk* dont un ou deux d'entre eux élsient armés , l'ordre dans lequel ils marchaient , et les autres friperie» de leur mascarade qu'ils nous laissèrent voir, nous auraient taxes dit • qui nous avions affaire, même si nous les eussions rencontrés en tout autre lieu.
.Mon premier mouvement fut de faire rétrograder U voiture, et de lancer mon cheval paresseux au galop avec un bon coup de fouet. Heureusement , avant de le tenter, je tournai la tête afin de voir si j’avais de la place pour un si bel exploit , et je vit sis autres de ces « indgiens , qui marchaient sur la route derrière nous. Le parti le plus t»ge était alors de faire bonne mine à mauvais jeu. Aussi nous dirigeâmes résolùmrni notre cheval sur le groupe qui nous précédait, jusqu'à ce que nous fûmes arrêté* par un des hommes de la bande qui t'empara de la bride.
— Sago, sago! s'écria un homme qui paraissait être le chef, et que je désignerai ainsi. Il parlait de sa vo<x naturelle, quoiqu'en art celant la prononciation indienne. Comment vous aller r connue»! vous aller? l/où venir, eh ? Où aller, eh ? Que dire aussi : Four la rente où contre la rente ?
— Nous être teux Almands, répliqua l'oncle Ro dans sun jargon le plus torcené. E» ce qu'il y avait de ridicule à voit drus hommes qui parlaient la même langue recourir au même moyen pour se tromper me fmppa si vivemeol, qu'il s’en fallut peu que je u'eclatasse de rire au nez des drôles. Nous être teux Almands qui allons pour enlentre ein homme qui defoir parler sur les rentes , el bour fendre te» montres. Fouloir vous ajeter eine montre, pou» chcuilcmans?
Quoique les gaillards sussent sans aucun doute qui nous étions, ou
du moins qni nous passions pour être , et eussent été probihlement avertis de notre approche, ils prirent à l'amorce; il y eut de leur part un assentiment général , et ils se livrèrent S un gai pow vow (danse indienne} qui nous fit connaître la joie avec laquelle ils accueillaient notre proposition. En une minute la b«nde no-i» entoura, augmentée encore par huit ou dix gredins qui sortirent les massifs voisins. Nous fûmes entrsioés bon de la voiture avec une douce violence, qui témoignait de leur impatience. Je m’attendaia. comme on le pense bien, h voir disparaître immédiatement montres et bijoux, qui heureusement étaient de peu de valeur; ear qui pouvait penser que dex hommes qui entreprenaient le vol sur une si large échelle hésiteraient devant un coup de main d’une bien moindre gravité ? Je m'étais trompé cependant. S'il se trouvait des homme* disposés à cette mauvaise action , et je ne doute pas qu'il y en eût dans un semblable parti, une aorte de discipline imperceptible les maintenait momentanément dans l'ordre. On abandonna à lui-même au milieu de la route le cheval, bien aise de se reposer , et l’on nous montra le tronc d'un arbre tombé près de U , en nous faisant signe d'y poser notre boutique portative. Une douzaine de montre* passèrent en un instant entre les mains d'un égal nombre de ces faux sauvages , qui manifestèrent la plus vive admiration h l’aspect de ces bijoux resplendisaants. Tandis que se passait cette scène, moitié jouée et moitié naïve , le chef me fit signe de m'asseoir à l'extrémité de l'arbre, et, gardé par un ou deux de ses compagnons, il commença 1 me questionner de la manière suivante :
— Faites attention à dire la vérité... Celui-ci «Rayon de l'Eclair,» dit-il plaçant la main sur sa poitrine pour m'ôirr sans doute toute envie de tromper un guerrier qui portail un titre si imposant. Pas bon de lui mentir... bavoir toute chose avant de la demander : la demander seulement pour tendre piège... Quoi faire ici, eli !
— Nous Tenir pour voir les In<lgien*et les cheni tan» ce village, que nous leur fendiona nos montres.
— Cela tout , bien sûr ? Pouvoir crier t « A bas la rente ! ■ eh ?
— Cela être très-facile. • A bas rente, »eb !
— Vraiment , Allemand! eh ? Vous pas espion? vous pas envoyé ici par gouverneur, eh? Le propriétaire pas payer voua, eh ?
— Que bourrais-je eabionner? Ici il y aire rien h esbionoer que des hommes avec de* figures de calicot. Que poufet - feus craindre du gouverneur? Cbé pense le gouverneur grand ami aux antirentiers.
- — Non quand noua prenons ce moyen. Alors envoyer des gens à cheval et des gens à pied après nous. Je pense bon ami aussi quand lui ose.
— Que le diable l'emporte ! cria un des hommes de 1a bande dans un aussi boa anglais que celui de tout les paysans anglais. S'il est notre ami , pourquoi a-t-il envoyé de l'artillerie et de la cavalerie à Hudson ? et pourquoi a-t-îl amené le Grand-Tonnerre devant ses cours infernales ?Que le diable l'emporte!
Il n’y avait pas lieu de se tromper sur cet épanchement de tes sentiments, et - Hayon de l’Eclair » en pensa ainsi, car il murmura quelques mots à l'oreille d'un homme de la tribu, qui prit p«r le b r as rlndgien trop bien instruit de la langue anglaise, el il Pomment grognant et eibalant sa mauvaise humeur, semblable au bruit suurd du tonnerre qui gronde à l'horixon quand l'orage a passé sur nos têtes. Quant è moi , je fis pendant ce temps quelques reflétions profitables sur la destinCe inévitable de ceux qui esaayeut de servir à la fois Dieu et le diable. Dans cette question de l’autirenlisme un gouverneur n’a qu'un parti à prendre, défendre la loi et réprimer la violence.
— Que le diable l'emporte! grommela i'Indgien puriste aussi longtemps que je pus l'entendre. Aussitôt qu’il fut éloigné , s Rayon de l’Eclair* coutinua sou interrogatoire, quoiqu’un peu veic du tou peu dramatique de cctlc interruption.
— bù muent pas espion , ch ? Sûrement gouverneur pas envoyer lui, eh? S«'i remet) l venir pour vendre montre*, eh?
— Cbé Tenir comme cbé dire à vous bour foir si montres beuvent être fendues, cl uon pour It gouverneur. Je n'afre chantai* vu cet homme.
Comme tout cela était vrai au fond , ma conscience se sentait à l'aise pour tout ce qu'il pourrait y avoir d'équivoque dans un » paroles.
— Que pensent gens là -bas des Indgiens, eh? que disent gens de l'antirentisme, eh? entendu beaucoup parler sur ee sujet , eh t
— Pien. Les uns ils disent oui, et les autres nein. Chacun il pense comme il Int plaît.
A ce moment un coup de sifflet partit de la route , OU plutôt partit du bois, et loua les Indgiens tressaillirent. Chacun remit loyaL-mmi la montre qu'il était en train d'examiner, et en moins d'une demiminute nous nous trouvâmes seuls assis sur le tronc d'arbre. Ce mouvement fut si soudain , que nous hésitâmes un insUnl sur le meilleur parti qui nou» restât a prendre Mun oncle cependant replaça sa ni a ri ha u dise dans sa bouc, taudis que j'allai ver» le Cheval, qui étau parvenu a te deliarras-er de sa lètiere , et pai»*ait tranquilleuirtiL le ion; de U rouie. Une ou deux minutes s'étaient à peine écoulée* , quand le bruit du trot d’un cheval «t des roues d'ttne voi-
turc noos annonça l'approche d'un dearborn. Quand il »e dégagea d'un rideau d'aibre», tonné par un détour de la roule , je m'aperçus qu'il contenait le révérend M. Warren et son aimable fille.
I a route étant étroite , et notre équipage en occupant le milieu , il n'étuil pas possible aux nouveaux venus d’aller plus loin jusqu'à ce que noua eussions dégagé le chemin, et le ministre s'arrêta à l’endroit où nous nous tenions.
— Bonjour, gentlemen, nous dit cordialement M. Warren. Est-ce que vous jouer un morceau de Handel pour les nymphes de ces bois ? ou vous occupes-vous à réciter des églognes ?
— Ni l'un ni l'autre, herr paator , nous afre rencontré des pratiques, qui firnnent de nous quitter, répondit l'oncle Ro , qui certainement jouait son rôle avec un parfait aplomb, et en imitant son personnage avec la vraisemblance la plus bouffonne. Guten tag, Guten lug. Herr pastor , est-ce qu’il va au village?
L'orati’ur.
— Nous y allons. J’apprends qu'il doit y avoir là un meeting de ces hommes égares appelés antirentiers , et que quelques - uns de mes paroissiens doivent s'y trouver. Je crois que dans une telle occasion il est de mon devoir de me rendre au milieu de mon troupeau particulier, et de leur donner quelques bons avis à l’oreille. Je suis bien loin de croire qu'un ecclésiastique doive se mêler de politique , mais ici la morale est grandement intéressée. Voilà ce qui m'engage à être témoin d'une scène qu’autrement je fuieraisde grand cœur.
Cette raison est sans doute asset bonne, me dis-jc en moi-même ; mais que peut avoir à faire votre hile au milieu d'une semblable scène? L'esprit de Marie Warren, après tout, ne vaudrait-il pas mieux quecelui de tant d'autres jeunes filles ? Et peut-elle trouver quelque plaisir dans les déclamations furieuses de ces gens-là , et dans les agitations d'un meeting public? Il n'y a pas de plus sûr témoignage d'une bonne éducation que le soin avec lequel les gens bien élevés évitent, presque instinctivement, le contact des goûts et des opinions qui sont aadesious d'eux. Serait-il donc vrai que la jeune hile que j'aime déjà à moitié — et ce n'était pas en dire plus qu'il ne fallait — a’en va maintenant au « Petit Nés' » pour entendre les grossièretés d'un prédicateur ambulant d'économie politique , pour voir et pour être vue P J'étais vivement désappointé , et j'aurais bien volontiers dans ce moment renoncé à la meilleure ferme de mon domaine pour qu’il en fût autrement. Mon oncle eut sans doute quelque idée semblable, comme le prouve la réflexion qu'il fît aussitôt :
— Et la jung frau elle fa foir les Indgiens auasi, bour leur bersuader qu'ils sont égarés beaucoup ?
Marie m’avait paru pAle quand la voiture a'était mise en route , mais immédiatement sa figure devint écarlate. Elle ne put même s'empêcher de baisser la tête; et je pus voir alors qu'elle dirigeait vers son père un regard tendre et inquiet. Je ne sais si par ce regard elle en appelait silencieusement , et sans s'en apercevoir, au témoignage de son père ; mais celui-ci , bien qu'il ne l’eût pas vu , se conduisit comme s’il comprenait qu'il devait justifier sa fille.
— Non, non, dit-il avec vivacité, celte chère enfant, en se hasardant à
venir dans un tel lieu, doit faire violence , pour obéir à ce sentiment ui l'y pousse, à tous ses autres sentiments. Son affection pour moi a lé plus forte que ses craintes ou ses répugnances ; et quand elle a appris que je voulais aller au meeting, il n'y a pas eu de raison qui ait pu lui persuader de rester à la maison. J'espère qu'elle n'aura paa h s’en repentir.
Les joues de Marie ne reprirent pas leur pâleur , mais elle parut voir avec reconnaissance que l'on appréciait ses véritables motifs. Elle sourit même , tout en gardant le silence, lin changement nouveau et soudain se produisit dans mes sentiments, et cette preuve de dévouement et de piété filiale me toucha vivement.
Cependant une autre idée, beaucoup moins agréable, il faut le dire, sc présenta presqu'en même temps à l'esprit de mon oncle et au mien. Nous étions obligés de parler à haute voix, de manière à être entendus à une certaine distance; car il y avait entre les causeurs toute la longueur du cheval et d’une partie de la voiture. Or il n'y avait pas de doute que quelques-uns de ceux que nous savions étre N cachés dans le voisinage , au milieu des buissons , devaient entendre tout ce que nous disions , et en être profondément irrités. Dans celte crainte, mon oncle m'engagea à diriger autant que possible ma voiture sur le bord de la route afin que l'ecclésiastique pût nous dépasser ; mais M. Warren ne paraissait pas pressé de le faire, car il ne se doutait pas des auditeurs que les fourrés lui cachaient , et obéissait à notre égard aux sentiments généreux qui dirigent les hommes bien élevés, lorsqu'ils se trouvent en présence de personnes réduites par l’infortune à une condition inférieure à celle qu'ils devraient occuper. Il était empressé à nous témoigner sa sympathie, et ne voulut pas passer devant nom, même lorsque je lui eus ouvert la ronle.
— Cest un pénible spectacle pour moi, continua M. Warren , que de voir des hommes , qui , en obéissant à leur propre cupidité , se croient inspirés par l'amour de la liberté. Le mouvraient antirentiste est véritablement une suggestion du père du mal , rien n'est plus évident.
Ces paroles rendaient notre position très-difficile. Nous approcher (1c M. Warren pour lui donner un avertissement, et à la suite de cet avis changer le sujet de lu conversation, c'eût été nous trahir nous-méme*,
Los deux ministre» .
et nous exposer à un sérieux danger. Au moment où l'ecclésiastique parlait ainsi, je vis la tète musquée de « Rayon de l'Eclair» sortir du milieu de quelques petits pins qui s’élevaient un peu en arrière de la voiture , dans une position d'où on ne perdait pas une syllabe de ce que nous disions. Je craignis de rien faire par moi-même , et je m'en fiai à l'expérience de mon oncle. Vit-il le chef prétendu, je l'ignore ; mais il laissa la conversation suivre son cours , et prit le parti d’incliner vers la défense de ranlirentisme comme celui qui t sans produire aucan mal, pouvait assurer notre sbIuI.
M. Warren parut à la fois étonné et offensé d'un langage auquel, en effet , il ne pouvait pas s’attendre. La grossièreté que mon oncle avait affectée clans ses manières réussit parfaitement auprès des Indgiens . mais elle détruisit presque la lionne opinion que le ministre avait d'abord conçue de notre caraolère, et bouleversa les idées qu’il
Paris Typographie Henri Plon, rv* GaranriCre, 8.
RAVENSNF.ST.
■‘était formées de notr^’honne éducation et de no* honorables principe». Ce n’était cependant pas le moment de» explication» ; car au moment précis où mon onde bnissail de parler, on entendit on sifflement aigu , et quarante ou cinquante Indgiens , chant et sautant , sortirent de leur retraite , et couvrirent en un instant la route dans toutes les directions autour de nos voitures.
Marie Warren poussa un petit cri à cette scène inattendue , et je vis son bras serrer celui de son père par une sorte de mouvement involontaire, comme si elle eût voulu le protéger contre tous les dangers. (tient At elle parut sc rassurer; et à partir de ce moment, son caractère prit une énergie, un courage et une intrépidité que je n'aurais jamais attendus d'une personne dont l’aspect était si timide et les instincts si véritablement doux.
Rien de tout cela ne fut remarqué par les Indgiens. Ils obéissaient aussi à leurs propres impressions, et leur premier soin fut d'aider M. Warren et sa fille à mettre pied à terre, lis le breut nou sans quelque affectation de politesse et d'égards , et non sans quelque respect pour le caractère sacré de l'une des personnes, et pour le scie de l'autre. Ils le firent toutefois avec décision et rapidité, et nous nous vîmes bientôt tous, M. Warren et Marie, mon oncle et moi, au milieu d’un groupe de cinquante Iudgiens à peu près qui occupaient le milieu de la roule.
CHAP1TBB XIV.
Tout cela fut exécuté avec une rapidité qui nous laissa à prit e le temps de réfléchir. Il y eut cependant un moment où deux Indgiens assistèrent Marie Warren pour la faire descendre de la voiture, et où mon incognito courut uu grand danger. Comme je m’aperçus que la jeune demoiselle était traitée avec une considération particulière, je parvins à me contenir; toutefois, je Ai en silence un petit mouvement, et je me trouvai aasex près d'elle pour lui adresser une proie ou deux d’encouragement. Mais Marie ne s’occupait que de tou père , et ne craignait rien pour elle-même. Elle ne vit que lui, ne trembla que pour loi, n'espéra que pour lui.
Quaul k M. Warren loimême, il ne trahit pas le moindre trouble. S’il s’était disposé k sc mettre devant son pupitre dans l’église, son
maintien n’aurait pas été plus calme. Il regarda autour de lui pour voir s’il lui était possible de reconnaître quelques-uns de ceux qui ■'étaient emparés de sa personne; puis presque aussitôt il détourna la tête, comme s’il avait pensé qu’il ne lui convenait ps de savoir leurs noms, quand bien même il lui serait possible de les découvrir. 11 aurait pu être en effet dans ce cas appelé en témoignage contre quelque voisin égaré. Toutes ces pensées étaient si faciles k deviner dans sa contenance que, si je ne me trompe, quelques Indgiens euxmêmes en furent frangés, et je crois que cette circonstance influa sur le traitement donfil fut l'objet. Un pot de goudrou et un sac de
Indien* et InJ^tens.
dire. Ces objets disparurent bientôt sans bruit , et avec eux tout ce qui aurait pu indinucr qu'on voulait te livrer à des violences personnelles.
— Qu'ai-je fait pour être ainsi arrêté sur la grande route par des hommes armés et déguisés contrairement k la loi? demanda le ministre aussitôt que le calme qui succéda k l’agitation occasionnée par ce coup de main lui permit de parler; c’est lk une entreprise audacieuse et illégale dont vous pourrex avoir k vous repentir.
— Pas prêcher maintenant, répondit Rayon de l'Eclair; le prêche bon dans l'assemblée, pas bon sur U route.
— Une admonition et une remontrance peuvent toujours être utiles v 417.
k des hommes qni ont médité et accompli le crime. "Vous vous rendez maintenant coupables d'une félonie que les lois du pays punissent de la prison d'Etat , et les devoirs de mon ministère m’ordonnent de vous en faire connaître les conséquences. La terre elle- même n’est qu’un des temples de Dieu , et ses ministres ne doivent hésiter nulle part k proclamer ses lois.
Il était évident que la calme sévérité du ministre, secondée sans ancuu doute par l’opinion qu'on avait de l'élévati-»* >le ses sentiments, produisait une vive impression sur la troupe, rat 1rs de*'x hommes qui avaient jusque-là continué k tenir ses bras les llcbèrent, et un petit cercle se forma autour de loi.
— Si vous voulex élargir le cercle, mes amis, continua M. Warren , et me faire de la place , je vous parlerai ici même , et je vous ferai connaître les raisons pour lesquelles je trouve que votre conduite doit être...
— Non , non , pas prêcher ici , interrompit précipitamment Rayon
de l'Éclair; aller an village, • aller h l'assemblée. — Alors
• prêcher lk. — Deux prê-
cheurs alors. — Amener voiture et le placer dedans — En avant! en avant! le chemin libre.
Quoiqne ce jargon fût une imitation , ou plutôt une caricature indgienne, langage sentencieux des Indgiens, tout le monde comprit assez bien ce que le drôle voulait dire. M. Warren n'opposa aucune résistance , et sa laissa placer dans la voiture de Miller, k côté de mon oncle. Ce fat alors seulement qu'il pensa à sa fille, qui n'avait pas ees&é un seul moment de penser k lui.
J'avais eu quelque peine à l’empêcher de se précipiter au milieu de la foule et de se tenir k ses côtés. M. Warren se leva, et, lui adressant un sourire d'encouragement, lui recommanda d'être calme , l’assura qu’il n’avait rien k craindre, et l’engagea k monter dans sa propre voiture et k retourner chez elle , lui promettant de la rejoindre aussitôt qu'il aurait accompli au village ce qu'il croyait être son devoir.
— Il n’y a personne pour conduire le cheval, mon enfant, que le jeune Allemand , votre nouvelle connaissance. .Mais 1a distance est bien courte; et s’il veut bien me rendre ce service, il peut revenir au village avec la voiture aussitôt qu'il vous aura déposée en sûreté à votre propre porte.
Marie Warren fiait habituée s une grande déférence pour les opinions de son père. Elle en donna une preuve en me permettant de la reconduire dans la voiture et de m'aiseoir auprès d'elle, le fouet en main, ber et heureux du précieux dépôt qui était conbé k ma garde. Toutes ces dispositions étant prises, les Indgiens se mirent en marche, lai moitié d’euz environ précédait le véhicule qui portait leurs prisonniers, le reste suivait, sauf quatre qui marchaient de chaque côté pour’prévenir toute évazion. Il n’y eut aucune dispute et peu de discours. Les ordres étaient plutôt donnés par signes que de vive vois.
Notre équipage resta en place jusqu’à ce que 1a bande se fût éloignée d'une centaine de pas, car personne ne faisait aucune attention à nous. J’avais attendu aussi longtemps d’abord pour m’assurer de la manière dont les Indgiens se comporteraient vis-à-vis de leurs victimes , et en second lieu pour gagner à quelques pas devant uous un
Î oint de la route plus large, et où il nrétait plus facile de tourner, e conduisis mon cheval, et je m'occupais à lui faire prendre la direction dans laquelle nous devions poursuivre notre route, quand je vis Marie Warren passer sa petite main gantée sur les rênes. Eue voulait empêcher le cheval de tourner.
— Non , non , dit la charmante jeune bile en pariant avec vivacité comme si elle ne voulait pas éprouver un refus, il faut suivre mon
Diqitjze'
père au Tillage. Je ne Tfux pu, je ne doit pat, je ne peut pas le quitter !
Le temps et le lieu étaient tout tout let rapports favorables, et je me décidai à faire lavoir à Marie Warren mon véritable nom. Eu le faisant, je lui donnait confiance en moi daus un moment où elle était livrée à de justes inquiétudes, et je lui rendais quelque courage en la faisant espérer que je pourrais aussi protéger son père. A aucun pris d'ailleurs je ne voulais continuer à passer plus longtemps pour un ménétrier allemand et de grandes roule!.
— Miss Marie, miss Warren, lui dis-je avec timidité et hésitation, car je me défiais de l’impétuosité de me* propres sentiments, je ne suis pas ce que je parais être ; la vérité est que je ne sois pas un musicien ambulant.
Le tressaillement et le regard plein d’alarme de ma compagne furent éloquents et naturels. Ses mains étaient encore appuyées sur les rênes, et elle tira cellei-ci avec tant d'impétuosité qu'elle arrêta tout à coup le cheval : je vis qu’elle se disposait à sauter à terre, comme si elle eût pensé qa’il n’éUit plus convenable pour elle de rester auprès de moi.
— N’ajet aucune crainte, miss Warren! dis-je aussitôt, et, je le crois, avecassex d'émotion pour inspirer quelque confiance; vous ne penseres pas plus mal de moi en apprenant que je auis un de vos compatriotes au lieu d'être un étranger, et nn gentleman au lieu d’un mttaicien de grande route. Je ferai tout ce qpe vous m'ordonnerez, et je vous défendrai au péril de ma vie.
— C’est nn événement si étrange, si extraordinaire ! Tout le pays partît sens dessus dessous! Je vous en prie, monsieur, si vous n'étes pas celui que vous avex jusqu’ici prétendu être , qui êtes-vous P
— Je suis un homme qui admire votre amour filial et votre courage , et qui vous honore pour ces deux vertus. Je saule frère de votre amie Martba, je suis llugh l.ittlcpage.
La petite main lâcha let rênes, et la chère enfant, se tournant h moitié sur le coussin de la banquette, me regarda avec un muet étonnement. Je maudisiais du fond de mon cceur, depuis que j’avais rencontré Marie, les mèches roides de l’abominable perruque que j’étais obligé de porter, et qui m’enlaidissaient sans nécessité, car on peut tout aussi bien se cacher sous un déguisement gracieux que tous un travestissement repoussant. J’enlevai donc ma casquette et ma perruque après elle, et je laissai tomber autour de ma figure mes boucles abondantes.
Marie pousaa nn léger cri de surprise en me regardant, et la pâleur mortelle de son visage fit place h une extrême rougeur. Ses lèvres s'ouvrirent pour laisser échapper un sourire, et je pensai quelle était un peu rassurée.
— M’avex-vous pardonné , miss Warren ? demandai-je, et voulexvoui me reconnaître pour le frère de votre amie ?
— .Mais .Martha, mais madame Littlepage sont-elles informées de votre véritable nom? dit à la fin la charmante tille en m'interrogeant.
— Toutes deux. J'ai eu le bonheur de recevoir les embrassements
de toutes deux, ma grand'mère et ma scenr; vous avex été emmenée hier bors de la chambre par la première, afin que je pusse rester seul avec l'antre. ,
— Je comprends tout maintenant. Oui , je trouvais en effet cela singulier, bien que U pensée ne me vînt pas qu’il pût y avoir jamais aucune inconvenance dans une démarche de madame Littlepage. Bien chère Martha! comme elle jouait bien son personnage, et comme elle a admirablement gardé votre secret !
— C’est indispensable. Vous voyez l'état du pays, et vous comprendrez qu’il serait imprudent à moi de me montrer sans déguisement, même sur mon propre domaine. J’ai un contrat écrit en bonne forme qui m’autorise à visiter toutes les fermes qui nous environnent, pour y surveiller mes intérêts; mais je doute qu’il fût sur d'en visiter une seule, maintenant que l'esprit de révolte et de convoitise fait de si nombreux ravages.
— Reprenez votre déguisement tout de suite, monsieur Littlepage, dit Marie avec vivacité, pas un instant de retard, pus an instant!
Je lui obéis. Marie regarda celte operation , dont le spectacle l’intéressa et l’amusa à la fois; et je m'imaginai qu'elle fut aussi contrariée que moi-même lorsque cette rouie et horrible perruque eut repris ses fonctions.
— Suis-je aussi bien nrrangé qu'à notre première rencontre , misa Warren? Ai-je repris l'aipecl d'un musicien ambulant?
— Je ne vois aucune différence, répondit en riant la chère enfant.
Combien le son de sa voix me paraissait harmonieux et animé dan*
ce gracieux accès de gaieté féminine!
— Certainement, certainement, Martha elle-même, j'en cuis sûre, ne vous reconnaîtrait pas maintenant ; vous n’èles plus du tout le même.
— Mon déguisement est donc parfait ? J'avais espéré qu’en me Cachant à mes ennemis, il me laisserait quelque chose qui aiderait mes amis à me reconnaître.
— Il permet, il permet. Maintenant que je sais qui vous êtes, je retrouve très-facilement dans vm traits une reascmblanre parfaite avec votre portrait placé dans la galerie de famille au Nest. L’expres-
sion des yeux ne peut être changée sans sourCf1sartifieîcIs,et vous n’en avex pas*
C’était consolant. Mai» pendant tout ce temps nous avions oublie M. Warren et le* vauriens en face desquels il se trouvait. Peut-être deux jeunes gens placés dans la situation où nous nous trouvions, et qui se conn.usv'ienl depuis une semaine , étaient-ils excusables de poser à ce qui se passait dans leur propre voilure plutôt qu'à la aDdc qui marchait du côté de la ville et aux projets qu'elle méditait. Je sentis pourtant le besoin de consulter une dernière fois ma compagne sur ce qui nous restait à faire. Marie m’écouta avec une anxiété visible, et ses idée* semblaient incertaines, car elle changeait de couleur à chaque instant, sous l'impulsion de sentiments contraires.
— Si une pensée ne m’arrêtait, répondit-elle après un moment île réflexion, j'insuterais pour suivre mon père.
— Ht pour quelle raison changez-vous ainsi de dessein?
— Serait-il prudent à vous, monsieur Littlepage, de vous aventurer de nouveau au milieu de ces hommes déguisés?
— Ne vous occupez pas de moi, miss Warren. Vous voyez que j'ai déjà été parmi eux sans être découvert, et c'est bien mou intention de les moindre , quand bien même je devrais d'abord vous déposer chez vodK Décidez vous-même?
— Eh Ifen! je veux accompagner mon père. Ma présence peut le préserver de quqlque indignité.
Je me réjouis ne cette résolution, pour deux raisons, dont la première était assez honorable pour moi, tandis que l’autre, je regrette de le dire, était d’un égoïste. J’étais ravi du dévouement de cette chère jeune fille pour son père, mais j'étais aussi birn aise de me trouver avec elle aussi longtemps que possible. Sms perdre le temps toutefois à analyser minutieusement mes motifs, je repris la route du village, laissant le cheval marcher de son pas tranquille , car je n’étais pas pressé le moins du inonde de quitter ma belle compagne.
Marie et moi nous poursuivîmes alors, avec une complète liberté d’esprit, notre conversation, qui eut, jusqu'à un certain point, uu caractère confidentiel. Ses façons à mon égard avaient complètement changé; car, tout en conservant la modestie et la retenue qui convenaient à foo sexe et à sa situation, ctle me témoigna cette franchise, conséquence si naturelle de sa grande intimité avec les habitants du N est , et, comme j’ai pu m’en assurer plu» tard, de son naturel plein d’ingénuité. Le» circonstances aussi, en la plaçant en face d’un homme de sa condition, qui partageait ses opinions, se» habitudes, ses goûts, ■a manière de voir, dissipaient tonte gène et rendaient f «cile* et simples ses rapports avec moi. Je fus près d’une heure, je le crois bien , à parcourir les deux milles qui séparaient le village du point de la roule où nous avions rencontré les lodgiens, et pendant cette heure Marie et moi nous fîmes une connaissance plus intime que nous ne l’aurions faite en un an sans les circonstances étranges qui nous réunissaient. .
Je lui expliquai d’abord les raisons de mon retour récent et inat— tendu , la manière dont ce retour s'était effectué, et les motifs pour lesquels j’avais nri* un déguisement. Je lui dis quelque chose de me» intentions pour l’avenir, et de la disposition où j'étais de résister jusqu'à la fin à toute entreprise que l’on oserait tenter contre mes droits, soit que je dusse repousser la violence de la populace, soit que je dusse combattre les projets pervers des bommrs qui prenaient part an gouvernement.
Marie Warren montra un courage et une intelligence qui me surprirent : elle exprima la pensée que les classe* persécutées de ce pays ne devaient compter que sur elles-mêmes pour reconquérir leur» droits, en invoquant les principes mêmes à l'aide desquels on espérait les leur arracher.
— Mais, s'écria-t-elle au bout de quelque* instants en interrompant •on discours, voici la bande des Indgiensqui entre dans la ville avec ae» prisonnier». ( % >«el est votre compagnon, monsieur Littlepage? Eal-ce un homme à vos gages, destine à vous assister?
— C’est mon oncle lui-même. Vous avez souvent entendu parler, j’imagine, de M. Roger Littlepage?
Marie se mit à rire. Après un moment de silence, elle devint toute rouge , et se tournant vert moi t
— Et moi et mon père, nous avons pu vous prendre l'un pour un colporteur et l’autre pour un musicien ambulant!
— Mai* l»i»ur colporteurs et musicien» amputants le ponne étucation, comme tes hommes pannis bour obinions bolitiques.
-A ces mots elle éclata ; car après la longue et libre conversation que nous venions d’avoir, il semblait, à m'entendre parler ce mauvais anglais , qu'une troisième personne nous eut rejoints. Je profitai de l'occasion pour inviter U jeune fille à rester ealme et à ne concevoir aucune crainte au sujet de son père. Je lui fis observer qu’il était peu probable qu’on se porlât à aucune violence contre on ministre de l’Evangile; et lui montrai que, dans un village où était rassemblée maintenant une si grande f uite, il était impossible qu’il ne rencontrât pas des amis chauds et dévoués. Je l'autorizai ensuite ou plutôt je l’engageai à apprendre à M. Warren no» véritables noms, et les rai sons de notre travestissement. Je m'en fiais, du reste, à l'intérêt que la chère jeune fille prenait à notre salut, et je lui bissai le soin de recommander le secret à son père de son propre mouveuieut. Notre
IS
entretirn u- terminait comme nous entrions dans le hameau, et j’aidai i la charmante voyageuse à descendre de voiture.
Marie Warren se hâta de chercher son père pendant que je prenais soin du cheval. Je l’attachai aux barreaux d’une clôture toute bordée. Sur un long espace, de chevaux et de voitures que l'on avuit rangés sur le côté de la route. 11 y avait deux ou trois cents.de ces voitures alignées devant les façades ou pressée» dans les remises de» deux auberges; leurs propriétaires d’ailleurs ne s’embarrassaient guère si ces équipages arrêtaient les piétons, gênaient l’accès aux portes, détruisaient les barreaux des grilles, ou encombraient les jardin» et les pâturages, ils ne se préoccupaient que de caser leurs chevaux et leurs véhicules de la manière la plus commode pour eux.
Je fus étonné de rccontrer au Pelit-Nest, dans une semblable occasion, presque autant de femmes que d'hommes. Quant aux Indgiens, après avoir escorté N. Warren jusqu’au village, comme s’ils avaient voulu lui bien faire savoir qu’ils étaient là, ils le relâchèrent tranquillement et lui permirent d’aller où il voudrait. Marie n’eut pB« de peine à le retrouver, et je la vis bientôt à son côté , qui paraissait s’entretenir avec Opportune et son frère Seneca; aussitôt je descendis la grande route après avoir mis le cheval en sûreté. Les Indgiens eux-mêmes restèrent un peu éloigné. Mon oncle était au milieu d’eux, non a litre de priaonnier, car il était évident que personne ne soupçonnait son véritable nom, mais en qualité de colporteur. Les montres étaient de nouveau en évidence, et la moitié de la troupe semblait occupée à faire ses emplettes, bien que quelques-uns d’entre eux me parussent inquiets et en défiance.
Dn étranger eût difficilement compris le caractère de ce meeting en observant les allures et les manières de ceux qui élaientvenus pour y assister. Les hommes armés et déguisés se tenaient en corps, il est vrai, et se distinguaient un peu du peuple; mais beaucoup de gens qui faisaient partie de celui-ci s’arrêtaient pour parler aux personnages masqués, et semblaient être en de très-bon* termes avec eux. Plus d’une personne du beau sexe même avait, comme il était facile de le voir, des connaissances dans la bande. Et sans doute un philosophe, homme d’Etat de l’autre hémisphère, n’eùt pas pu voir sans Surprise le peuple tolérant ainsi des hommes qui foulaient ouvertement aux pieds une loi que le peuple lui- même avait faite.
Enfin la cloche sonna, et la foule commença à se porter vers la maison d’assemblce. Cette construction n’était plut celle qui avait été élevée dans le principe; c’était un édifice beaucoup plus prétentieux. On y avait fait beaucoup de concessions aux opinions du jour.
Nous y entrâmes tous, bommes, femmes et enfants; l’oncle Ro, M. Warren, Marie, Seneca , Opportune, tout le monde enfin, les Indgiens exceptés. Pour quelque raison sans doute qui se rattachait à leur politique, ces sauvages restèrent dehors jusqu’à ce que tout l’auditoire *e fût placé et eût fait silence. L’orateur se tenait sur une espèce d’estrade qui avait été élevée pour remplacer l’ancienne; c’était une chaire incommode et laide à voir. Il était assisté de chaque côté par deux ministres de je ne sais quelle confession ; qu’il me suffise de dire que M. Warren n’en faisait pas partie. Lui et Marie «valent pris place tout près de la porte et sous la galerie. Je vis que le recteur était niai à son aise au moment où le prédicateur et ses deux acolytes montèrent en chaire et parurent sur l’estrade. Enfin il si leva, et, suivi de .Marie, il quitta tout à coup l’église. En un instant j’étais à côic d’eux . car je craignais qu’une indisposition fût la cause de ce brusque départ. Heureusement à ce même instant toute l’assistance se leva comme un seul homme et an des ministres commença sur-lechamp une prière.
Au même moment les Indgiens s’étaient avancés autour de l’édifice, se pressant de tous côtés sous ses fenêtres ouvertes, de manière à entendre tout ce qui devait se passer. Comme je l’ai appris plus tard, cet arrangement avait été convenu entre eux et les bommes de l’intérieur, parce qu’un des ministres avait positivement refusé d'adresser se* prières à Dieu tant qu’un seul homme de la tribu serait présent. jVa-l-en pas eu raison de dire que souvent un homme qui s'étrangle avec un moucheron avale un chameau ?