‹ RavensnestChapitre 13 sur 25 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

En une ou deux minutes le tumulte s’apaisa , et une scène singulière s'offrit II nos yeux. Il y avait encore dans l'église quatre groupe! ■éparéa, placés derrière les Indgiens, qui occupaient la nef principale. Le président, le secrétaire, les deux ministres et le prédicateur restaient parfaitement tranquilles aur leurs siégea, sachant bien probablement que, quant à eux, ils n’avaient rien à craindre des envahisseurs. M. Warren et Marie étaient dans une autre partie de l'église, sous la galerie. Il avait dédaigné de fuir, et gardait prudemment sa fille à ses côtés. Mon oncle et moi, nous formions le {tendant de ce dernier groupe , car nous occupions le coin opposé de Ja même galerie. M. Hall et ‘deux ou Iroii amis qui s'étaient joints à lui étaient dans un banc, près du mur, à peu près au milieu dans la longueur de l’église; le premier monté sur le siège sur lequel il s'était placé pour parler.

■ Continuez votre discours, » dit froidement le président à un «le ces antirenliers à paradoxes qui n’avait rien de commun avec les Indgiens, quoiqu'il les connut presque tous, et, comme je l'ai appris depuis, les soutint de sa bourse. A ce moment Seneca Newcome montra son nez à une des portes latérales, en te tenant aussi loin que possible des " hommes déguisés et armés,» mais curieux de savoir ce qui allait sc passer.

Quant à Hall , il se conduisit avec un admirable sang-fr3ld. Il savait sans doute que ses premiers auditeurs t'étaient rassemblés soui les fenêtres, et qu'il n’aurait qu’à élever la voix pour en être facilement entendu. A tout événement, il parla plus haut, et continu* comme si rien ne l'eût interrompu.

■ J'étais sur le point de dire un mot, monsieur le président, sur les deux dispositions de notre nature qui m'out semblé , à moi du moins , se cacher principalement au fond des arguments du prédicateur. Ce sont ces deux disposition! qu’il a paru à Dieu lai-même si important de réprimer qu’il en afaitl'objet de deux commandement! exprès. Il nous a commandé de ne par voler, et il nous a commandé de ne pas convoiter le bien d’autrui ; preuve suffisante que le droit de propriété est sanctionné par l’autorité divine, et qu'il est investi d’uu privilège jusqu'à un certain point sacré. Il s'ensuit que le peuple, dans le sens ordinaire de ce mot, n’est pts omnipotent, comme quelques-uns le supposent ; il y a quelque chose de pins puissant que le peuple, après tout : ce sont les principes; et si nous nous cmportoni jusqu’à déchirer 4 nous- mêmes... »

Il fut impossible d’en entendre un mot de plus. Cette idée que I* peuple n'est pas omnipotent n’était pas de nature à trouver faveur dans cette partie de la population qui croit former exclusivement le peuple. Les paroles de M. Hall sonnèrent aux oreilles de ses auditeurs comme un véritable blasphème. Ceux qui s'étaient placés »ou> les fenêtres donnèrent des signes de mécontentement, tandis que I*

RAVRNSNEST.

bande qui remplissait la nef te mit à hurler et à vociférer avec une exagération qui tenait de la caricature. Il semblait, que toute délibération devait être terminée ce jour-l».

liait ne parut ni surpris ni embarrassé. Il essuya tranquillement ton front et se rassit, laissant danser au milieu de l'église les Indgiens, qui agitaient leurs rifles et leurs couteaux de manière à intimider un homme moins ferme. M. Warren entraîna Mûrie au dehors, bien qu'il te fit nn mouvement qui semblait destiné à l’arrêter. Mon oncle et moi, nous les suivîmes , car les cris et le tapage étaient véritablement insupportables. Le président , le secrétaire et les deux ministres de l’Evangile gardèrent leurs sièges sur l'estrade sans montrer la moindre émotion et sans recevoir la moindre insulte.

Le lecteur doit penser que je fus bien aise de sortir de l'église , et que je fus satisfait encore de voir M. Warren conduire Marie vers l'endroit où j'avais laissé sa voiture, et se disposer h s’éloigner d’une scène qui ne pouvait plus ofFrir que tumulte et désordre, sinon quelque chose de plus sérieux encore. L'oncle Ko désirait aussi que j'amenasse l'équipage dans lequel nous étions venus de la ferme; et au milieu d’une sorte de panique générale, pendant laquelle tout le monde , hommes et femmes , fuyait dans toutes les directions , je me mettais en devoir de le satisfaire. Mais en ce moment tout s'arrêta en présence de U bande des Indgieus qui se précipitaient hors de l’église, emmenant au milieu d'eui le dernier orateur, M. Hall. Comme le président , le secrétaire et les deux ministries de l’Evangile venaient à la suite, il était clair que toute discussion était désormais terminée.

Mon oncle me rappela, et je proie qu’il était disposé à porter secours à Hall, qui, énergiquement protégé par les deux ou trois amis qui lie l’avaient pas quitté de toute la journée, se dirigeait de notre côté, entouré d’une troupe d'indgiens hurlant et menaçant. Toute cette horde ne ressemblait pas mal à une meute de chiens de village se jetant sur'un chien étranger qui s’est aventuré au milieu d’eux.

Les blasphèmes et les invectives remplissaient l'air; on faisait retentir aux oreilles du pauvre Hall une imputation que, sans doute, il entendait pour la première fois; on l’accusait d'être un aristocrate et un agent payé des aristocrates. Le vigoureux et loyal forgeron paraissait d'ailleurs tout à fait indifférent à ces injures; il savait bien qu'on ne pouvait rien lui reprocher, ni une action, ni une pensée, qui justifiât une semblable accusation.

— Qui a donne à Hogh Littlcpage sa terre? demanda un des hom-

mes de la bande sans déguiser ta voix, suffisamment modifiée d'ailleurs par le capuchon qui couvrait sa têtu. #

* — Vous savez bien vous-même qu'il la tient du roi.

— ■ Il n’en a jamais labouré un acre! hurla un autre; si c'était un bon ouvrier, un honnête homme comme vous. Tint Hall, nous ne nous plaindrions pas; mais vous savez bien qu’il n'en est pas ainsi : C’est un prodigue et un aristocrate.

— Je sais nue les mains calleuses ne font pas l'honnête homme, pas plus que les mains douces ne font le coquin, répondit Tim Hall avec fermeté. Quant aux l.ittlcpages, ce sont des gentlemen dans toute l'étendue du mot, et qui l'ont toujours été; leur parole encore aujourd'hui vaut un contrat, tandis que la signature de beaucoup de ceux qui crient contre eux n'aurait aucune valeur.

Je tuf reconnaissant et véritablement touché de ce bon témoignage, dont, je crois, nous étions dignes, rendu h notre caractère par un des hommes les plus intelligents de si classe dans notre pays. L’envie, la convoitise et la méchanceté peuvent calomnier à leur aise; mais l'homme honnête reconnaît l'homme honnête.

— Je crains qu’ils ne soient capables de faire quelque outrage à ce noble garçon, murmurai-je à l’oreille de mon oncle.

— Si ce n'était la mortification d'avouer notre déguisement, je me découvrirais immédiatement, et je tâcherai* de le dégager, me ré pondit-il; mais cela ne se peut pas maintenant. Un peu de patience, et observons ce qui va suivre.

— Du goudron et des pluiqes! s'écria une vois du milieu des Indgicns. Goudronnons-le et emplumons-le 1

— H faut le tondre et le renvoyer chez lui,- répondirent d’autres voix.

— Tim Hall est passé à l'ennemi, ajouta l'Indgien qui loi avait demandé de qui je tenais mes terres.

Il me sembla que je reconnaissais cette voix; et lorsque j’en eus entendu encore deux ou trois fois le son , je fus frappé de l'idée que c'était celle de Sencca Newcome. Que Seneca fût antirentier, ce n’éuil un secret pour personne; mais que lui, avocat, eût l'imprudence de commettre le crime de félonie, c'était ce dont il était permis de douter. Exciter les autres à se rendre coupables d'un tel méfait, c’était autre chose; mais s’en rendre coupable lui-même paraissait plus invraisemblable. Résolu à surveiller le personnage dont je me défiais, je cherchai quelque moyen de le reconnaître : une pièce , ou plutôt une pointe dans le calicot venait à mon aide , car en regardant les autres nommes de la bande, je vis que cette pointe avait été ajoutée accidentellement, et qu'elle avait été cousué à ce seul costume, probablement pour suppléer à l’insuffisance de l’étoffe.

Pendant une minute ou deux , le tumulte continua. Les Indgicns •.'tablaient irrésolus; ils paraissaient en même temps craindre de

mettre à eiécution leurs menace* contre Hall et ne pas vouloir lui rendre la liberté. Au moment même où nous nous attendions à quelque chose de sérieux, l'orage s’apaisa, rt un calme inespéré lui succéda. Comment cela arriva-t-il ? je ne l’ai jamais su. Probablement un ordre fut transmis aux Indgiens par quelque signal qui n’était connu que d’eux seuls; mais le résultat en fut prompt. I.a foule s’ouvrit autour de Hall , et le courageux ouvrier en sortit sans encombre en s'essuyant le front, il paraissait échauffé par la colère ; il uc s'éloigna pas cependant, et resta, au contraire, près de la bande, toujours iasisté de ses deux ou trois amis.

Mon oncle Ho , réflexion faite , pensa qu’il était plus sage de ne pas montrer trop d’empressement h quitter le village, et quand j’appris que M. Warren partageait son avis et s'était pour le moment retiré dans la maison de l'uu de ses paroissiens, je me rangeai à la même opinion. Aussi, pendant que le colporteur faisait une nouvelle exhibition de scs montres, je rentrai au milieu de la foule, mêlée d’Indgienset d’autres habitants, pourvoir le plus possible et pour recueillir les bruits qui se répandaient. I.e cours de mes explorations me con-« duisit par hasard près du masque dans le déguisement duquel j’avais remarqué la pièce dont j’ai parlé : je le touchai au coude, et l’invitai à venir un peu à l'écart avec moi dans un lieu où notre conversation ne pourrait pas être entendue.

— Comment vous pouvoir être un Indgien , qui êtes ein chentleman? lui demandai-je de l'air le plus naïf que je pus prendre.

Le tressaillement qui accueillit ma question me convainquit que j’avais touché juste, et j’eus h peine besoin de confirmer mon soupçon. S'il m’était resté cependant quelque doute, il eût été bientôt dissipé.

— Pourquoi demander cela h un Indgien ? me répondit l'homme à la pièce de calicot.

— Pien. Cela poufoir être pon , et cela poufoir être pas pon, sqnire ^ Newcome; mais cela poufoir pas être pon pour quelqu’un qui connaître vous comme chc connais vous. Aussi dites-moi gomment poufrz-vous être Indgien ?

— Ecoutez, dit Seneca de sa voix naturelle, et évidemment trèstroublé de ma découverte; vous ne devez* aucun prix faire connaître qui je suis. Cette affaire de déguisement est une affaire délicate, et la loi pourrait... c'est-à-dire... vous ne gagneriez rien à révéler ce que vous savez; mais, comme vous dites, je suis gentleman et homme de loi, et il serait désagréable pour moi d’avoir été surpris habillé dt cette façon et jouant l'Indgien.

— Ya, ya, che gombrands. Chcntlcman pas devoir faire choses semblables, et pas aimer être raillé. Voilà tout.

— Oui , voilà tout , comme vous dite* ; ainsi prenez garde à ce que

vous direz à cet égard. Eh bien! puisque vous m’tfvcz découvert, c'est à moi de régaler. Que prendrez-vous ? *

Cette offre certainement n'était pas fort élégante pour un • gentleman • et pour un * homme de loi • ; mais comme elle appartenait à l’école dont faisait partie M. Newcome, je craignis qu’il ne fût imprudent de laisser deviner que j'appartenais à une école différente. J'affectai donc de paraître satisfait , je lui répondis que je prendrais ce qu’il voudrait, et il me conduisit dans une boutique oit l’on vendait toutes sorte* de marchandises, qui était tenue par son frère, et dans l'exploitation de laquelle j'apprfs plus tard qu’il avait un intérêt.

Là , il m’offrit généreusement un verre dç wiskey; et je m’arrangeai pour le répandre sou* la table, afin de n’èlrc pas étranglé. Cette petite supercherie fut adroitement exécutée, et j'évitai ainsi les soupçons qu'eut pu éveiller un refus de boire de la part d’un Allemand.

Je remarquai que bien peu de gens buvaient même parmi Ie< lndgiens , bien que ceux-ci commençassent à circuler librement au milieu de la foule et dans le* boutiques. Seneca me quitta aussitôt qn'il pensa s’être assuré ma discrétion par son verre de wiskey, et je m’arrêtai en regardant autour de moi pour voir comment sc comportaient le* Indgiens. Un gaillard attira particulièrement mon attention , dont la conduite peut être 'considérée comme le spécimen de celle de beaucoup de ses camarades.

Je remarquai bientôt qu’Orson Newcome, le frère de Seneca et son associé, paraissait désirer d'avoir auxii peu de rapport* que possible * avec aucun des Indgiens. Aussitôt que l’un d’eux entrait dans sa hmitique, il avait l’air d’être mal à son aise. Si, au contraire, un Indgien en sortait, ses traits prenaient l'expression du contentement.

Je pensai d’abord qu'Orson agissait ainsi sd-js l'impression de ses propres sentiments, et ne prenait aucun soin de cacher le dégoût que lui inspiraient des tentatives aussi audacieuses et aussi illégales. Mais je découvris bientôt mon erreur et la véritable cause de la répugnance que soulevait en lui la présence d’un Indgien.

— Indgien a besoin de calicot pour chemise, dit un de ces dignes fripons d'une manière très-significative à Orson, qui d’abord feignit de ne pas l'entendre.

La demande fut réitérée cependant d’un ton plus significatif encore , et alors' l’étoffe fut placée sur le comptoir avec une mauvaise volonté visible.

— Bon, dit l'Indgien après avoir examiné la qualité; coupe jwmr l’Indgien vingt yards ( vingt met res environ); bonne mesure, entendre bien!

as

RAV ENS WEST.

Le calicot fut coupé avec une aorte d'obéissance désespérée , le* vingt yard» furent pliés, enveloppés et remis à la pratique, qui plaça froidement le paquet sous son bras , et dit en se retournant pour quitter la l>outique : ■ Au compte de... à bas la rente. ■

La mauvaise humeur d'Orson u'étail plu* pour moi un mystère.

Je ne restai paa longtemps dans la boutique, et je me mit bientôt à U recherche de M. Warren et de Marie pour savoir si je pouvais leur rendre quelque service. Le père me remercia, et m'apprit qu’il était sur le point de quitter le village. Déjà beaucoup de personnes , me dit-il, commençaient à s’en aller, cl parmi elles. Hall, une de ses vieilles et de ses plus estimables connaissances et qu'il avait invité à dîner au presbytère. Il nous invita à imiter leur exemple , ajoutant qu'il y avait parmi les Indgiens des étrangers qui pourraient s’attarder à boire.

Aussitôt je me mis à la poursuite de mon oncle, qui avait vendu la plupart de ses bijoux et toutes ses montres, hors une , car la modicité de ses pris lui faisait de nombreuses pratiques; il ne gagnait jamais, . et métue il perdait quelquefois, de sorte qu'il quitta la place avec la réputation du pl iis raisonnable colporteur en bijouterie qui eût jamais paru dans le pays,

La route commençait à être occupée par une longue suite de voitures qui reconduisaient chez elles les personnes qu'elles avaient amenées pour entendre le discours du prédicateur. Connut c’était la première occasion que j'eusse rencontrée depuis mon retour de voir un tel spectacle, j’ciaminais avec attention les différents groupes qui passaient, afin de les comparer à ce que je connaissais. Il y a même dans les grande* villes d'Amérique un certain air de rusticité qu’on ne retrouve pas dans les capitales de l'ancien monde; mais hr campagne américaine est moins grossière qu'en aucun pays du monde que je connaisse, l'Angleterre seule exceptée. Quant aux femmes, cette vérité était frappante. On aurait aperçu à peine chez une cet air de "rudesse , d’ignorance et de brutalité qui révèlent une condition dégradée et une vie de labeurs pénibles. Tous ces paysans paraissaient être à leur aise, line courte conversation qui s’engagea entre mon oncle et deux robustes cultivateurs, qui, pendant quelque temps, conduisirent leurs chevaux au pas à notre côté, rendra mieux que tout autre discours l'impression produite sur moi par les scènes qui m'entouraient.

— Vous êtes Allemands, je crois? dit en commençant le plus âgé, un homme à cheveux gris, qui était un de mes tenanciers, du nom de Holmes, et que nous connaissions bien tous deux ; Allemands des vieux pays, j'entends i*

— Va. Nous être des fieux pays. Il y a pien loin d’ici.

— Oui, je le crois bien. J'ai entendu parler souvent de ce-s pays. Est-ce qu'on y connait aussi le système des propriétaires fonciers ?

-— Yn , il y afre là des brobriétairea fonciers gomme tans le monde entier, ché suppose, et des tenanciers aussi.

— Ab ! et quels sont leurs projet» à cet égard ? Les pauvres gens pensent- ils à s'en débarrasser?

— Nein. Gomment bourraicnt-il» s'en déparrasser? C’ètre la loi , vous poufei voir, et ce qui être la loi defoir être fait.

— Voyons, dit à son tour l’autre paysan au garçon, nommé Tubbs, tenancier sur mon domaine, et qui appartenait à la nouvelle école, c’est-à-dire au parti du mouvement, dont les adeptes font plu» de lois qu'ils n'en respectent. Voyons , voilà Hugh Litllepage, il al du même sang et de la même chair que mon voisin Holmes ou liloi-méme, ni meilleur ni pire ; oui , je couscns à accorder qu'il n’est pas pire, bien que sous certains rapports nous pourrions, je crois, prétendre à l’emporter sur lui, mais j'accorde qu'il n'est pas pire. Chacun de nous paye la rente à ce Littlepage pour une ferme de cent acres. Cette terre, nous 1a labourons, nous la moissonnons, nous la travaillons de nos propres mains, des mains de nos fils, et peut-être encore d'ouvriers payés; et encore il faut que nous servions chaque année une rente de cinquante dollars à ce jeune étourdi de llugh Litllepage, el cet argent, il le reçoit et U lé dissipe comme il lui plaît, dans une vie de débauche, car nous n’ignorons pas cela. Eli bien , cela est-il juste, je le demande? et n'esl-ce pas là un état de choses peu conve- * nsble pour un pays républicain ?

— Et vous penses le cbeune Litllepage il dissipe son argent Uns une fie de dépauebe à l'étranger ?

— C’est évident; c'est ce qu'on dit dans tout le pays ; et j’ai vu un homme qui en connait un autre dont une connaissance a lait le voyage de Paris. Eh bien ! il a dit aux gens de son voisinage qu’un jour qu'il se tenait à la porte du palais «lu roi, il a vu les deux LiMepages entrer pour payer le • tribut à César » comme cela s’appelle, vous savez ; et on m'a assuré que tous ceux qui vont voir un roi «loivent s’agenouiller et leur baiser la main , quelques-uns prétendent même l'orteil. Savex-vous comment cela se passe dan* les vieux pays ?

— Cela n'èire pas comme vous dites. J'afre vu de* roi* plus de terai-touiaine, et pas avoir vu s’agmiouitler M paiser leur* mains, excepté tan» certaines circonstances. Ché ne pas. pouvoir entendre louchours ce qui est frai dans ce bays.

— Je u’eii sais rien ; je n’y suis pas allé pour le voir ; je l'ai enlei. du dire. Mais pourquoi payerions- nous une renie au jeune Littlcpegt pour qu’il la dépense dans la dissipation ?

— Pien ; et suppose! que foi foitins fcuillent savoir ce que tous faites de fos tojlars après que fous aurez fendu votre porc ou votre p<zuf pour foir si vous les embloyex confcnablement. Cela serait-il lipcrte ?

— Pourquoi donc un autre se permettrait il de sc mêler de me* affaires ? On ne parô que du gros poisson, et ce n’est que de lui que l'on s'occupe dans de semblables sujets.

— Alors, le* chens ils font Hugh Littlepage un croi poisson par eufic et confoiliae : n’est bas cela ?

— Ecoutex-moi ; vous penches vers le» principes monarchiques et les idées dans lesquelles vous avei été élevé ; suives mon conseil, et abandonnes ces opinions-là aussitôt que vous pourrez, car elle* ue seront jamais populaire» dans ce pays-ci.

— Populaire! Combien le sens «le ce mot s’est étendu avec le temps! Pour letdeux tiers de la population déjà il est synonyme de « justice». Par po/niii, wxr Os».

Aussitôt que Tubbs nous eut donné ce prudent avis, il appliqua un coup de fouet sur les reins de son cheval «pii prit le trot, et nous laissa derrière suivre l'allure la plus rapide que nous pûmes obtenir de la bête de Tom Miller.

Page 1