‹ RavensnestChapitre 19 sur 25 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

J’ordimnai à Mille-langues de mettre eu sûreté les deux incendiaire», et je me précipitai dans la cuisine pour éteindre le feu. U était grand temps, quoique Marie Warren m'y eût déjà précédé. Elle avait jeté quelque» potée» d’eau sur le foyer, qui commençait à s’étendre, et elle était parvenue à amoindrir l'intensité des flammes. Je savais qu’il y avait dans la cuisine même un robinet qui fournissait de l’eau en abondance. J'y eus promptement recours, et en une demi-minute la flamme, complètement maîtrisée, fut remplacée par une vapeur épaisse qui nous plongea dans une obscurité profonde.

Le bruit de cette scène fit bientôt accourir sur le lieu qui en avait été le théâtre toutes le» personnes de la maison. Les domestiques, hommes et femmes, «le mv ridaient par l'escalier sous lequel le feu avait été allumé, et maintenant l’on voyait la lumière des flambeaux qui brillaient dans toutes les directions autour de la maison.

Le feu était éteint, et la maison était sauvée. La vapeur et la fumée »c furent bientôt dissipées, et à lenr place apparurent dans la cuisine touà les hommes rouges. Feu -de- la- Prairie, Cœur- de Pierre et Vol-d’Aigle examinaient La eflfcu de l'incendie avec gTavité et intérêt, le cherchai des yeux Marie W arren; mais cette charmante et singulière enfant, après avoir montré une présence d’esprit et une décision qui auraient fait honneur à un jeune homme de son àçe, s'éuit retirée timidement à l’écart et était allée se cacher au milieu de» autre» personnes de son sexe. Elle m’avait prêté son concours, dont on a pu apprécier l’utilité; son devoir était accompli; elle ne demandait plus qu'à se faire oublier. Je divulguai cependant son secret quelque» moment» après.

Mille-Langues s’était assuré des coupables, et ils étaient aussi dans la cuisine avec les mains liée* derrière le dos. Comme leurs visages étaient restés noirs, je oe pouvais reconnaître ni l’un ni l'antre. Le coquin qui avait été terrassé d'un coup de crosse paraissait encore étourdi, et j'ordonnai aux domestique* de le surveiller de près, dans le double but de lui faire reprendre plus complètement ses sens et de savoir qui il pouvait être.

Il ne fallut pas longtemps pour atteindre ces deux objets. La cuisinière fit manœuvrer son torchon avec Unt de dextérité , que le More redevint un homme blanc au premier tour de main, cl fut bientôt aussi uet qu’un enfant qu’on conduit à l’école; et quand il fut privé de son déguisement, nous vîmes apparaître la hideuse et lèche figure de Jo»hua Brigbam, l’ouvrier de Miller, ou plutôt more ouvrier, puisque c’était moi qui payais son salaire. •

Je confesse qu’eu découvrant Joshua llrigham, il me prit quelque envie de savoir quel était son compagnon. I lester, la cuisinière , fut chargée de débarbouiller le second raarmol comme elle avait fait pour le premier. L'excellente mère de famille ne demanda pas mieux que de remplir cette lèche, et le premier coup de serviette qu’elle donna nous révéla ce fait étourdissant que j'avais pour la seconde fois capturé Seneca iNewcomr! On sc rappellera que 1a dernière fois que j’avais vu ces deux hommes ensemble, je les avais laissés se disputant sur la grande roule.

Celte découverte, je dois le reconnaître, me fut pénible. Il n’y avait jamais eu un seul membre de la tribu des ftewcomc», depuis le grand-père, qui en était la souche à Havensnest, jusqu’à Opportune , qui eût oh U uti ni notre respect ni notre e»ünie; cependant ils vivaient sur nos terres, et l'habitude avait fait naître une sorte d’affretion pour eux. Il y avait eu aussi dans la famille une sorte de prétention à se distinguer des autres, qui les avait mis avec nous dans des relations plus fréquentes que la plupart de» antres tenanciers. Seneca ne pouvait prétendre à passer pour un gentleman, dans le vrai sens du mot; mais il appartenait à une profession qui doit élever un homme au-dessus du commun. Opportune avait aussi reçu une quasi-éducation ; d'ailleurs elle avait de lions sentiments, et il était impossible qu'elle eut prévu les desseins de son propre frère quand elle ni'avast soumis les renseignements qu’oa a lus plus haut. Opportune surtout avait plus de délicatesse que Seneca, précisément parce que ses relations se renfermaient dans un cercle plus étroit ; et elle allait se livrer au désespoir quand elle apprendrait le résultat inattendu de se* propres démarches.

J'étais encore plein de toutes ces réflexions , lorsque je fus appelé par ma grand' mère. Elle était dnn* son cabinet de toilette, entourée de quatre jeunes filles, qui étaient là comme autant d'images de la Peur, du Dévouement et de la Beauté. Marie Warren seule était complètement habillée; et les antres, par une coquetterie instinctive, s'étaieul enveloppées à U hâte d'une façon qui les rendait plus belles encore. Ma chère grand’mère savait que la maison était sauvée, mais elle avait un vague et bien naturel désir de me voir.

— L’état du pays est t (Trayant , dit-elle après que j’eus répendu à ses questions et que je Ini eus appris les noms de nos prisonnier», et nous ne sommes plus ici en sûreté. IVous ne pouvons pat penser à garder ici ces enfants une heure plu» tard que demain ; demain, c'est aujourd'hui que je devrais dire, car il est deux heures passée-, a ce que je vois. C’est aujourd’hui dimanche, et nous pouvons aller à l’église. Il faudra surveiller avec soin cette nuit, et lundi malin votre oncle partira pour Sataustoê avec les trois jeunes filles.

— Je ne laisserai pas ma chère grand’manian toute seule, dit Patt, et je ne pense pat qu'il fût fort aimable de laisser Marie Warren derrière nous dans nu pays comme celui-ci.

— Je ne puis quitter mon père , répondit Marie avec calme, mais avec fermeté. C'est son devoir de rester avec ses paroissiens, cl surtout aujourd'hui, qu'il y en a tant d Vga ré»; et c’est toujours mon devoir et mon bonheur de rester aveo Ini.

Ma graiid’tuère, avec le plus aimable sourire, regarda l'aimable jeune fille, qui avait cessé de parler; elle lui prit la main; pqjs avec une g tftee infinie :

— Marie et moi nous resterons ensemble , dit-elle. Son père ne

SS

court aucun danger, car le* anlirentiers rui-mfmei respecteront un ministre de l'Evangile, et peuvent encore comprendre qu'il est de son devoir de le* reprendre de leurs péchés ; quant aux autre* jeune* personnes, c'est le ndlre, je crois, d'insister, pour qu'au inoius les pupille* de votre oncle ne •'exposent pas plus longtemps à des dan- ; g en tels que ceux que nous avons courus cette nuit.

Lct deux jeunes demoiselles cependant protestèrent de la façon la plus gracieuse de leur ferme résolution de ne pas quitter grand'mimin , comme elle* appelaient affectueusement la mère de leur tuteur. Elle* parlaient encore, quand mon onde Ko entra, après avoir fait un tour à la cuisine.

— Voilà une jolie affaire! s'écria le vieux garçon : incendie, antirenlisme, tentative de meurtre, et toutes sortes d’énormités qui se donnent la main au cœur mèaie de la société la pins sage que la terre ait jamais connue ! Voilà qui dépasse de beaucoup le refus de payement, llugh ! Mai» qu’allons-nous faire de Seueca Mewcome et de son complice ?

— J’avais pensé , monsieur, à en référer à votre prudence. Ils se sont rendus coupables d'incendie, j'imagine, et ils doivent subir les conséquences de leur action comme les criminel» ordinaire*.

— Les conséquence* seront peu dangereuses, llugh. Si vous aviet été pris dans la cuisine de Seneca Newcome eu train de mettre le feu à sa maison , un châtiment impitoyable et digne d’un tel forfait aurait é'é votre lot, cela n'est pas douteui. Mais pour eux le cas est 1 bien différent. Je (tarie cent livres avec voua qu’il* ne seront pas condamnés, et mille qu’ils seront gracié* s'ils sont condamné*.

— Acquittés, monsieur! mai* ce serait impossible ! .Miss Warren et moi nous les avons vus préparer le feu, et les témoius de leur identité abondent ici.

Cette parole indiscrète attira tous les regards sur ma compagne. Toutes les dames, vieille* ou jeunes, répétèrent le nom de Mûrie de cette façon gracieuse qui chez les femmes exprime la surpris*. Quant à Marie elle-même, la pauvre emaot, rougissante et confuse, se retira un peu en arrière. Elle semblait honteuse tans pouvoir s'expliquer le sujet de ta honte, à moins qu'elle ne fût en aecret troublée d'entendre son nom si étrangement associé au mien.

— Jl est vrai, miss Warren est encore dans sa toilette d’hier au soir, dit ma grand’mère avec une certaine gravité, et ne peut s’être mise au lit cette nuit. Comment cela peut-il se faire, ma chère enfant P

Ainsi interrogée, Marie Warren était trop irréprochable et trop naïve pour hésiter à raconter toute l’histoire; chacun des incidents auxquels elle avait été mêlée fut exposé avec simplicité et avec clarté; toutefois elle omit le nom de notre visiteur nocturne; par égard pour Opportune , tous ceux qui étaient là furent trop discret» pour le lui demander, et même, je puis le dire, il* prêtèrent à son récit l’attention la plus sentie et la plus sympathique. Lorsqu’elle eut achevé , ma graad’mère l'embrassa , et ('excellente Patt la pressa sur son cœur avec la tendresse et l'amitié d’une sœur qui prend part aux soucis de sa sœur bien-aimée.

— Il me semble alors que nous devons notre salut à Marie d'après tout cela, s'écria ma bonne grand' mère ; sans sa vigilance, llugh probablement serait resté sur la pelouse, et il n'aurait plus été temps, quand il te serait aperçu du danger, de sauver ni la maison ni nous.

— Et ce n'est pas tout, ajouta l'oncle Ko : certainement ai ce* misérables avaient surpris llugh au lieu d'être surpris par lui, non» aurions eu à déplorer sa perte.

Je vis frisonner à I» fois Patt et Marie, qui s* tenaient l'une et l'autre embrassées; mais la dernière paraissait ai attristé, que je cru* devoir iuiervenir dans l'entretien pour mettre un terme à son embarras.

— Je ne crois pat qu’il «oit possible aux incendiaire», dis-je en me tournant ver» mon oncle, d'échapper au châtiment, quand je pense anx témoignages qui le* accableront; et je suis étonné de vous voir élever un doute snr l'issue du procès.

— Vou* penses et vous raisonnes comme un jeune homme, llugh. Souveuex-voos de ce que je dis, Llugh Lilllepage : avant qu'il soit un mois d'ici on fera des événement de celte nuit un argument en faveur de l'antirentisme. On a bien déjà agi de cette manière quand il s't-st agi de meurtre. « Les tenuresà bail poussent les hommes à commettre le meurtre, a-t-on dit, il faut les abolir. ■ — • Les tenures à bail poussent les hommes à allumer des incendies , dira-t-on maintenant , et qui peut vouloir conserver des lois qui provoquent l'incendie? > Mais il est tard, cl il faut »onger à trouver une place pour nos prisonniers pendant cette nuit... Que signifie cette lumière? La maison n’est

ipa» en feu pourtant!

• En effet, bien que les volets fussent fermés et le* rideaux tirés dans la chambre de ma grand'mère , une lueur inexplicable y avait pénétré, nous jetant dans une alarme vivc*et soudaine. J'ouvris la porte, et je trouvai les couloirs éclairés, quoiqu’au dedans tout parût tranquille et en sûreté. Ou entendait cependant une vague clameur dans la cour et tout à coup le terrible cri de guerre des sauvages s’éleva dan* l’atmosphère calme de la nuit. Il me sembla que les cri* venaient dehors; et me précipitant ver* la petite porte , je fus en un instant sur la pelouse, où le mystère s’expliqua (tour moi. Une

vaste grange, remplie du foin de la réeolte précédente, était en feu. De gigantesques langues de flamme ondoyaient, en te divisant dans l’air, a une hauteur de plus de cent pied*.

Celte grange s’élevait dans la plaine au-deasous du rocher à un demi- mille au moins du Nest. L’incendie produisait une flamme brillante d'où jaillissait naturellement une lumière intense. La »erte ne pouvait dépasser pour moi quelque* centaines de dollars, et ce n’était pas une affaire de grande importance.

Il était trop tard pour penser à sauver la grange et les denrée* dont elle était remplie; Miller, d'ailleurs, accompagné de set gens, était' déjà descendu vers ce point pour préserver les cldlurescl tout ce qui pouvait être atteint par les étineelles. Noms n'avioos donc qu'à rrxter spectateur» de cette scène, digne d’être admirée, et qui vaut la peine d'ètre décrite.

La lumière de cette' grange enflammée s'étendait au loin , comme une mauvaise action dans un monde pervers; car, malgré l’autorité respectable de Shakspcare, ce sont nos mauvaises actions qui produisent le* flamme* les plus brillante*, et qui projettent le plus loin leurs rayons sur cette terre dépravée où nous vivons.

Ce qu’il y avait de plus remarquable, au milieu de ce remarquable spectacle , c’étaient les véritables et les faux hommes rouges , les Indiens et les Indgiens, tous en mouvement dans la prairie, et que nous voyions toua très-distinctement du sommet de* rocher* où noua étions placés; le* dames se tenaient aux fenêtres de leur chambre, quoiqu'il ne leur fût pas si aisé de se voir les uns les autres.

Les Indiens t'étaient dispersé*, et s’avançaient mystérieusement vers le parti contraire; ils se traînaient à quatre pattes ou rampaient à terre comme des chats sauvages, s’aidant de tout ce qui pouvait leur servir d'abri. La grange en flammes était placée entre les deux troupe*, et empêchait les Indgien* d’apercevoir le dangerqui les menaçait. Ceux-ci criaient, hurlaient, dansaient; Us étaient environ quarante à cinquante, assez rapprochés de l’incendie pour jouir de ce terrible spectacle, et pas assez pourtant pour qu'on pût leur imputer ce méfait. Leur présence et leurs bouffonneries, nous ne nous y trompions pas, étaient auta ut d 'avertissements de la part secrète qu'ils avaient priae aux scène* de celle nuit; c'était aussi leur manière de me rappeler que je résistais à l’esprit de nos institutions.

Milles-Langue*, qui ne voulait pas se brouiller avec la loi, n’accum» pagua pas ses frère* rouges; mais il nous rejoignit, mon oncle et moi, au pied d’un magnifique châtaignier, sou* l'abri duquel nous nous tenions à quelque* pas du roeber, occupés à observer ce qui se passait dans la plaiue. Je lui exprimai ma surprise de le voir en ce lieu, et lui demandai si Feu-de-la-Prairie et Cœur de-Pierre n'auraient pas besoin de lui.

— Du tout, du tout, colonel, répondit-il sans s’émouvoû , les sauvages u’ont pas grand besoin d'un interprète pour la besogne qu’il* font maintenant. Et s’il s'élève quelque difficulté dans leur meeting, il vaut peut-être mieux que les deux partis ne se comprennent pas; car alors tout cela pourra passer pour un accident. J'espère qu’il* ne seront pas trop exigeants eo fait de scalpes, car j’ai dit à Cœur-de- Pierre en le quittant que les gens de ce» pays-ci n'aiment pat à être scalpés.

Ce fut là la seule parole que nous reçûmes de l'interprète ponr nojp rassurer. Il paraissait penser, du reste, que les affaires étaient en bon train, et aue toutes les difficultés seraient bientôt aplanies MTCunrfum artem. Les Indgiens, cependant, considéraient les choses d'un tout autre point de vue. Ils n'avaient aucune envie d'engager une dispute sérieuse avec personne, et beaucoup moins encore avec des ennemis do caractère bien connu des Peaux Kouges. Je ne puis dire comment ils furent avenis de la présence de leurs adversaires; ü est probable que l’un d’eux , malgré toute* le* précaution* des Indiens, les vit se glisser dans la prairie «t donna l'alarme. Tout ce que je sais, c’est qu'il y eut une cuaudc alarme; et la bande , qui 1a veille avait si lestement battu en retraite à travers le bois, ne s’était pas évanouie plus vite que les Indgiens rassemblés autour de la ferme.

Aussitôt que Cœur-de-Pierre et tes compagnons se furent assurés

ne les faux Indiens avaient pris la fuite, et qu'ils n’auraient pas pour

gayer leur matinée l'escarmouche sur laquelle, sans aucun doute, chacun d’eux avait compté , ils poussèrent des hurlements et des cris tel* que ces prairies n'en avaient plus entendu pendant les quatrevingts dernières années. Ces cria terribles eurent pour effet de bâter la relrailede l'ennemi, comme nous le vîmes fortclairementde» rochers sur lesquels nous étions placé*. Mais les guerriers des prairies, bien convaincus qu’il ne leur restait rien à faire et dédaignant d'inutiles parades, se retirèrent lentement de ls prairie et regagnèrent les rochers par des moyens à eux connus.

Celte démonstration militaire de la part de nos frères rouget devait produire d'utiles résultats. Elle prouvait aux Indgiens qu'on ne les perdait pas de vue, et elle rassurait les habitants du Nest. Ma grand’mère voulut encore nous voir uo mitant . mon oncle et moi, puis elle consentit à se retirer. On organisa alors une surveillance, afin de pouvoir renvoyer tous le* gens de U maisoa dans ieun fils. Millelangues se chargea de la garde, quoique la pensée d’une nouvelle attaque cette nuit lui parût ridicule.

r— Pour le» Peaux Kouges, dit-il, il leur est indifférent, dans c«Ue

HAVENSNEST.

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saison. de dormir «ou» le* arbre* ou de dormir «ou» un toit ; et pour l'éveiller au premier bruit, le* ébats n'approchent pas d’eui. Non, non , colonel , laissez-moi faire; et je tou* ferai passer la nuit aussi tranquillement que si nous étions dans le» prairies, et que si nous vivions sou* leur lionne et juste loi.

J’étais sur le point de gagner enfin mon lit pour la première fois le cette nuit, lorsque mon oncle Ho remarqua qu'il pourrait être convenable de voir au moins un de nos prisonniers. Des ordres avaient été donnés pour qu’on débit ce misérable, et qo'on le plaçât dans une petite chambre vide, qui n’avait d'autre issne praticable que la porte. Nous nous rendîmes dans cette pièce, et comme de raison les senti- j nellet nous laissèrent passer sans nous faire de questions Seneca Newcome tressaillit en me voyant; elj’avoue que je fus moi-mème embarrassé de lui adresser la parole, car je n'aurais pas voulu par un seul mot paraître triompher ou sembler faire des concessions. Mon oncle, cependant, n'avait pas les mêmes scrupules, probablement parce qu'il connaissait mieux son homme; il vint donc tout «l'un coup au fait.

— L'esprit de désordre doit avoir acquit une grande influence dans le pays , Seneca Newcome , pour que des hommes instruits comme vous se jettent ainsi tète baissée dans le mouvement, dit gravement M Littlepage; qu'a fait jamais mon neveu qui ait pu vous pousser à vous introduire ainsi dans sa maison comme un incendiaire. comme un larron de nuit?

— Ne m'interroge* pat, monsieur Liltlepage, répondit insolemment l'homme de loi, car je ne répondrai rien.

— Et cette misérable créature égarée qui a été votre complice? La dernière fois que nous avons vu ces deux hommes , liugh, ils se querellaient sur la grande route comme chien et chat; et l'on peut voir écrite sur leurs visages la preuve que leurs procédés ont été encore plus hostiles avant notre départ.

— Et noua les trouvons ici ensemble, associés dans une entreprise où il y va de leur vie.

— Il en est toujours ainsi avec les méchants ; ils se porteront Sans leurs querelles aux dernières extrémités, et ils le* oublieront à l'instant si le démon de la rapine leur montre une proie à conquérir par de communs efforts. Et vous, ajouta-t-il en se tournant vers Josh iirigham, qui le regardait avec arrogance, et vous, qui mangez maintenant même le pain de Hngh Littlepage , qu’a-t-il fait pour que vous veniez ainsi , en rampant dans 1rs ténèbres, le brûler dans sa maison, comme une chenille au printemps 7

— Il a eu la ferme assez longtemps, murmura le drôle; il est temps que les pauvres gens aient quelque chance.

Mon oncle haussa les épaules; puis, comme s’il se retrouvait luimême, il souleva son chapeau, salua comme un gentleman bien né qu’il était, souhaita le bonsoir à Seneca, et sortit. Comme nous nous retirions , il eiprima la conviction où il était que toute remontrance était inutile en cette occasion , et qu'il fallait laisser la loi suivre son cours. H pouvait être désagréable de voir un Ncvrcome pendu , mais il ne fallait rien moins qu'une telle opération, pensait-il , pour arrêter celle race funeste dans le cours de ses méfaits. Fatigué de tout ce qui venait de te passer , je gagnai enfin mon lit , et je dormis profondément pendant le» sept heures qui suivirent. Comme no* ordres avaient pourvu k la tranquillité de la maison, chacun rattrapage temps perdu, et le Nest fut aussi paisible que dans les heureux jours où la loi régnait dans la république.

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