‹ Raymonde; comédie en trois actesChapitre 39 sur 69 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

tes mains sur le clavier. Je te vois encore... et tu soupirais d'un ton lamentable : « Ah ! mon Dieu! donnez-moi un mari, un tout petit mari ! d

Mais oui, maman... Seulement, tu sais, .M. Osmin comme petit mari, dame, ça n'est pas l'idéal.

CLOTILDE

L'idéal ! l'idéal! La vie n'est pas faite de cela, mon enfant.

Oli ! pardonne-moi, maman; mais, vois-tu, (juand on a dix-huit ans, la tète travaille ; la mienne, surtout. Tiens, je l'ai vu souvent, moi, mon idéal; je rêve que je cours quelque grand danger et qu'il me sauve...

CLOTILDE

Qui?

Lui!... En pension, quand ma maîtresse d'anglais me grondait, une grande, sèche comme une Bihle en parchemin..., c'était lui qui, suivi de son fidèle écuyer, apparaissait dans la classe, à cheval... Et elle était au troisième, la classe d'anglais! Il demandait ma main; je la lui donnais, et le lidèie écuyer épousait la maîtresse d'anglais, pour nous en débarrasser.

Tu ne seras jamais raiso4inable !

C'était joli comme un conte de fée. Pourquoi cela n'arrivo-lil jamais, dis, maman, les contes de fée?

CLOTILDE

Parce que l'existence est faite de prose et non de poésie. C'est ce que je voudrais te faire comprendre.

Hélas ! je le sens déjà.

CLOTILDE

Voyous! Elle n'a pourtant pas été 'nien dure pour loi jusqu'ici, Texislence! Ton père ne te gàte-t-il pas constamment ?

Il est si bon !

CLOTILDE

D'une bonté qui va jusqu'à la faiblesse... Pour moi, si j'ai quelques vivacités de caractère, elles ne m'empècbenl pas de t'aimer.

Je le sais; aussi, malgré ma mauvaise tête, je vous aime bien tous les deux.

CLOTILDE

Tu nous aimes, c'est bientôt dit ; mais si je te demandais de nous le prouver...

Ail ! quand tu voudras!

CLOTILDE

Le moment est venu, mon enfant. Tu peux aujourd'bui reconnaître en une beure tout ce que ton père et moi avons fait pour toi. Le veux-tu >

Sans doute!

CLOTILDE

Écoute-moi. Tu es assez intelligente, malgré ta tète folle, pour deviner bien des côtés de l'existence que je ne pi'ux pas t'expliquer. il faul(|ue lu aies assez de confiance en moi pour ne rien demander et pour m'abéir, sùrc que je ne veux, comme toujours, que ton bonbeur en le donnant à M. de Préfontaine.

RAYMONDE, se levant.

Ma mère, je l'en prie... Oli ! non, pas cela! pas cela !

Page 1