ACTE II
NOËL
Ah ! laissons le père pour ce qu'il est : il ne s'agit pas de lui, pour le moment du moins, mais de sa fille, qui est en train de l'ensorceler... (Mouvement d'Antoine.) Tu es naïf, comme tous les gens d'étude, et tu ne t'entends pas aux roueries de ces minaudières-là. Celle-ci joue de la prunelle à merveille, parbleu!... On les élève à cela, au maillot!... Elle te mignote avec des sourires sucrés et tu te laisses prendre comme un niais à toutes ces chatleries. Je connais cela!
ANTOINE, l'ontrainant à droite.
Vous vous trompez, monsieur Noël ; M"" La Tremblaie est justement le contraire de ce (|ue vous dites. Il n'y a pas un grain de coquetterie dans toute sa personne. Elle a grandi comme un sauvageon avec les qualités et les défauts de sa nature; elle est fantasque, volontaire, excentrique, mais elle a le cœur bon, simple et franc.
La peste! II paraît que tu l'as étudiée en conscience.
ANTOINE
Oui, je l'observe et je découvre en elle des trésors de naïveté.
NOi^L.
Et, dis-moi, quand tu auras terminé cette analyse bien digne d'un savant de haute volée, ([ue comptes-tu faire de ton sujet?
ANTOINE
Je compte lui demander de bien vouloir être ma femme.
NOËL
Tu serais assez fou pour te marier ?
ANTOINE
Pourquoi pas ?
NOËL
Pourquoi pas?... Parce que, malheureux enfant, le mariage est un obstacle à toute étude sérieuse... Je suppose que celte enjôleuse ait les verlus dont tu la paies ; ce n'en est pas moins une femme. Plus elle l'aimera, plus elle regardera la science comme une odieuse rivale, plus elle cherchera à détourner au profil du plaisir les heures destinées au travail. Le froufrou de scsjupes effarouchera les idées, le bruit de ses bavardages emplira ta chambre d'étude; ses caresses l'alanguiront et te dessécheront le cerveau. Et, quand tu n'auras plus ni courage, ni valeur, ni autorité, quand tu seras vidé, entends-lu bien, oui, vidé comme une calebasse dont on a enlevé la pulpe, alors elle te reprochera de n'être pas un grand homme; elle soulïrira dans sa vanité; elle te méprisera et le plantera là!... Allons, viens avec moi, il eu esl temps encore; et, si ta m'aimes, n'épouse pas cette fille!
ANTOINE, avec vivacité.
Vous la calomniez indignement... Son cœur battra près du mien; elle sera la flamme qui réchauffe etqui éclaire... Elle me donnera de la force et du courage !
NOËL
Elle ne le donnera que des regrets et des remords.
ANTOINE
Mon cher maître !... Je vous dois tout et je suis prêt à faire tout ce que vous me demamlerez de raisonnable, mais vos idées ne prouvent rien contre M"" llaymomle personnellement. Donnez-moi un motif sérieux de renoncer à mes visites dans cette maison, et je vous obéirai, sinon...
NOËL
Ah ! lu veux des raisons plus sérieuses ! .. Ce que je t'ai laissé entendre du chagrin de Ion père, du désespoir de ta pauvre mère; ce que je t'ai fait voir de ton avenir compromis, tout cela ne te suffit pas ? Mais me faudra-t-il mettre