SCÈNE II NOËL, ANTOINE
NOËL, formant la porte derrière M"" Verdier.
Oh! les mères, comme je les plains ! Femmes, elles se sont dit : « Si seulement j'étais mariée à un homme que j'aimerais. » Le mari est venu, cl avec lui, les soucis du ménage!... Alors elles souhuitont un enfant comme consolation; l'enfant nail..., nouvelles transes : « lime récom-
pensera de mes peines quand il sera grand !> pensentelles... Oui! mais le lils s'en va, quand il a vingt ans... et ja mère reste seule encore... Quelle misère!... Enfin, quoi?... C'est la vie!
ANTOINE
Pauvre chère mère ! je ne comptais pas la quitter sitôt !
NOËL
Je sais bien que c'est dur... Crois-tu que ça ne me crève pas le cœur de te voir t'en aller si vite quand nous avons eu à peine le temps de causer ensemble?. . Mais ton avenir m'est plus cher que tout le reste... C'est ce que je te disais tantôt.
ANTOINE, cachant à peine son émolion.
Oui !... VOUS aviez raison !
NOËL
Tu souffres, mon pauvre enfant... Va, ne te gène pas, parle-moi de tes chagrins, si cela peut te soulager.
ANTOINE
Non, non !... Je n'ai rien à vous dire.
NOËL
Va donc..., ouvre ton cœur ! Tes plaintes ne tomberont pas dans l'oreille d'un indifférent... Voyons, parle !... Elle t'a donc repoussé, cette mijaurée?... Tu m'avais dit qu'elle t'aimait..., elle n'a donc plus voulu de toi?...
Ah! cela eût mieux valu!... Mais, non, elle a préféré mentir! Les mêmes mots de tendresse qu'elle médisait, les mêmes aveux ([ue je recevais, avaient déjà été prodigués à un autre, et elle nous trompait tous deux !...
NOËL
Comme jo les reconnais bien là !... Cela leur semblerait trop uni de faire le mal franchement, il faut qu'elles empoisonnent le trait avec un mensonge!