ACTE III
ANTOINE, à lui-môrae.
Et moi qui lui avais avoué mon amour!... Quand j'ai demandé sa main, on m'a appris qu'elle était fiancée depuis un mois ! .. Elle montait, monsieur Noël, elle mentait '... Alors, pourquoi m'avoir laissé croire qu'elle m'aimait? Il était si simj)ie de m'avouer qu'elle avait déjà donné sa parole...
NOËL
Pardieu ! C'était trop simple.
ANTOINE
Ail ! comme elle a dû trouver sot ce fils do ()aysan qui avait la naïveté de l'aiiHer de toutes ses forces !... Comme elle a dû rire de moi !
NOËL
Prends garde, mon garçon... Si tu la hais autant, c'est que tu l'aimes encore.
ANTOINE
Moi, moi?... (ÉdaLint.) Eh bien, oui, tenez, c'est vrai... Je sens malgré tout que je l'aime, que je l'aimerai toujours !... Je me demande si je ne l'ai pas jugée trop vite, et si sa mère qui me hait, n'a pas cherché âme tromper...
Mon pauvre enfant!... Tu me fais pitié..., tellement pitié, que si cette fille était innocente, et si elle avait vraiment pour toi la moitié do la tendresse que tu lui gardes..., malgré mon aversion pour le mariage, je te dirais: retourne là-bas et épouse-la, puisque tu ne peux pas t'en passer!... iMais elle ne t'aime pas, elle ne t'a jamais aimé !
ANTOINE
Vous avez raison, mais votre raison me fait froid au cœur! Je sens en moi quelque chose de mort que rien ne ressuscitera plus : la foi dans la parole des autres!... J'ai là une plaie qui restera éternellement ouverte...
NOËL
Tu giu'riras, sacrebicu! Tu n'es pas d'une autre pâte que tes semblables... Regarde-moi !... J'ai cruellement souffert dans un temps, et d'une blessure plus profonde que la tienne. J'avais comme toi, le sang impétueux, le cœur tendre et des nerfs de sensilive. J'ai oublié pourtant! C'est la loi de la nature ; elle nous donne l'oubli pour assoupir nos peines, comme le sommeil pour défatiguer nos corps. 11 étend petit à petit sur nos blessures ses minces toiles d'araignée, puis un jour le sang ne coule plus, la décbirure est cicatrisée... On se demande: « Qu'est devenue ma jalousie ?... Oii est ma colère ?...» H n'y a plus rien. L'oubli est venu et avec lui tout s'est endormi.
ANTOINE
Dieu vous entende, monsieur Noël!... En attendant, je m'éloignerai, je quitter aile pays..., je... (On heurte à la porte.) Écoutez! Est-ce qu'il ne vous semble pas qu'on a frappé ?
NOËL
Non, c'est le vent. (On frappe de nouveau.)
Je vous assure qu'on frappe !
NOËL
Sans doute quelque camp volant qui prend ma maison pour une auberge!... Sois tranquille, je vais l'expédier.
(Il remonte vers la fenêtre, ouvre un carreau mobile et regarde au dehors.
A part.) Ail! miséricorde ! (Haut, descendant.) Tieiis, mou garçon, monte un moment dans macliambre. (li ouvre à gauche.)
ANTOINE
Si je vous dérange, je vais m'en aller !
NOËL
Non, non, reste... Nous avons encore à causer... Seulement c'est... c'est la fermière qui vient pour les provisions... Oui, un pt>u lard en effet, mais j'avais oublié de lui