SCENE III NOËL, OSMIN, RAYMONDE
NOËL, ouvrant la porle.
Bon Dieu, monsieur de IVéfontaine, qu'y a-t-ilV
OSMlN, portant liayuiondc dans ses bras.
Il y a qu'aprôs une scène violente avec sa mère, M"° La Trsmblaic a quitté la Maison verte, et que je viens de la retrouver dans les bois, évanouie, presque morte.
NOËL, d'nii air do doule.
Oh! évanouie'/ Les évanouissements..., grimaces de femme !
OSMIN, montrant Uayniondc, qu'il a assise dans un fauteuil.
Mais regardez-la donc, si elle ne fait pas pitié?
NOËL, s'approcliant.
Uc vrai, elle est en assez piteux état.
OS.MIN
Elle est peut-être blessée, monsieur Noël?
NOËL, examinant Kaynionde.
IJlessée?... Non, ce n'est qu'une syncope.
OSMLV.
Dieu soit loué! Elle m'a fait une peur!... Je l'ai trouvée sur le talus de l'étang... In pas de plus, et elle était perdue... J'en suis encore tout bouleversé.
NOËL, lui montrant une table où est posée une carafe.
Donnez-moi de l'eau!... Tenez, là, mon ami! (u bassine
le front de Raymonde.) Bien ! La voici déjà qui reprend connaissance... Ce ne sera rien.
RAYMONDE. Elle ouvre les yeux, se soulève encore à demi défaillante et regarde aufoui- d'elle.
.\h ! c'est vous, monsieur de Préfoiitaine?
Je suis là, mademoiselle... Remettez-vous.
RAYMONDE, apercevant Noël, effrayée.
Monsieur Noël !
NOËL
Oui, c'est moi... Allons, ne bougez pas' (il la force à se rasseoir.) Vous êtes toute grelottante... Attendez!...
(Il va à l'armoire, prend une boulcillc, verse du vin dans un verre et le porte à la jeune fille.)
OSMIN, à Raymonde.
Vous êtes bien pâle !
NOËL, à Raymonde.
Tenez, buvez cela pour vous réchauiTer.
RAYMONDE. Elle boit et lui rend le verre.
Je VOUS remercie, monsieur.
NOËL, bourra.
Oh! ne me remerciez pas... et buvez doucement!... Et maintenant, dites-moi voire histoire en deux mots... Je n'ai pas de temps à perdre... Oue faisiez-vous dans nos bois à pareille heure?... Vous vous imaginiez iju'Antoine était au Chesnois?... Soyez franche!
OSMIN, à Raymonde, qui le regarde ot hésite.
Parlez sans vous occuper de moi, mademoiselle... Moi, vous savez, je ne compte pas.
NOËL, à Raymonde.
Eh bien?
Quand j'ai quitté la maison, j'avais la tête perdue...
iCTE III. 85
J'allais droit devant moi à travers la forêt. Tout à coup, j'ai vu de la lumière aux vitres du Chesnois; j'ai pensé à vous, et l'idée m'est venue d'aller frapper à votre porte ; mais je n'en ai pas eu la force, et je me suis évanouie.
NOËL
Hum ! Et pourquoi avez-vous pensé à moi, s'il vous plaît?
Parce qu'Antoine vous aime et vous respecte comme un pèro... Si je parviens à vous convaincre que je ne suis pas coupable, vous me permettrez de le lui dire... Vous le lui direz vous-même et il vous croira.
NOËL
Oh ! ça, ne l'espérez pas ! Ce n'est pas moi qu'on prend avec des comédies et des faussetés.
UAVMONDE.
Je ne suis pas fausse!... Jamais je n'ai parlé autrement que je ne pense!
NOËL
Vous avez pourtant menti à Antoine !... 11 ne faut jamais mentir!
Mentir?... Est-ce que c'était possible?... Je l'aimais !
NOËL, aUirant Osmin vers elle.
Vous l'aimiez?... Et M. de Préfontaine !
RAYMONDE, troublée.
M. de Préfontainc?
OSMIN
Comment voulez-vous qu'elle s'explique?... Vous la rudoyez !
NOËL
Et vous, vous la défendez?... Vous êtes encore naïf!
(Il va s'asseoir à droite.)
OSMIN
Je suis naïf, je le sais..., mais comme c'est ma seule qualité, j'y tiens... D'ailleurs, ma naïveté ne m'empêche pas d'avoir un peu de bon sens et de jugement... (ARaymondc.) M. Noël VOUS fait pour, n'est-ce pas?... Je parlerai pourvous,moi,etje dirai tout ce qui m'est venu ù l'esprit... Quand il s'est agi de votre mariage avec moi, vous n'aviez jamais vu Antoine?
Jamais!.,, je ne savais pas ce quec'était'qu'aimer... Mais Antoine est venu à la maison, et dès le premier jour, il a eu mon cœur.
OS.MIN
Et moi, je n'ai plus existé pour vous... J'ai compris tout cela, tandis que je vous cherchais à travers bois. Je me suis dit qu'on ne pouvait pas prendre un cœur malgré lui. Je me suis demandé ce que j'avais à faire... Kl ma foi, je n'ai rien trouvé de mieux que de rendre à votre mère sa parole... Vous êtes libre, mademoiselle, (a NocI.) Vous voyez comme c'est simple!
NOiÏL.
Simple?... Pas si simple! (A R^iymondc.) Est-ce tout?
RAYMONDE, aillant à Noël.
Non, soyez patient !... Écoulez-moi!... Ma mère employait toute son influence pour me pousser à ce mariage... Mon père, lui aussi, le désirait, et moi-même, avant d'avoir connu Antoine, j'y avais presque consenti, car... je veux tout vous avouer. ..j'étais lasse de l'exislonce que je menais ; il y a chez nous je ne sais quelle contrainte mystérieuse qui me glace... Mon Dieu, je vous dis toutes ces choses...
Noi-iL.
Dites, dites toujours!... Elles m'intéressent plus que vous ne pensez... Mais pour(|Uoi u'avcz-vous point parlé de ce projet de mariage à Antoine?
Elle a eu peur!
Peur?...