C. n., 1898, I" Semestre. {T. CXXVI, N
» En résumé, les TrufFes fraîches ou vieilles d'un an, mais desséchées avant fermentation, donnent les meilleurs résultats.
)) Aptitude à germer cV après la nature et l' exposition de la feuille. — De mai à la fin de juin les germes mâles isolés viennent plus facilement sur noisetier que sur chêne : plus tard, l'évolution totale serait plus rapide sur feuilles de noisetier, mais l'observation y est difficile et fatigante.
» Surtout à l'arriére-saison, la germination paraît êlre plus pénible sur conifères (épicéas, pins à cinq feuilles, genévriers, etc.,) que sur chênes. Le durcissement du sclérenchvme opposerait un obstacle souvent insurmontable au cheminement sous-épidermique des pseudospores, qui profitent alors, quelquefois, pour entrer et sortir, des pores stomatiques. Bien des sjiores femelles restent alors stériles.
» Dé juillet à la fin d'octobre, toutes les feuilles donnent de beaucoup meilleurs résultats, quant à la production des pseudo-spores, non seulement lorsqu'elles sont protégées des forts coups de vents et des pluies fouettantes, mais encore lorsqu'elles sont bien à l'abri du soleil. Par conséquent, pour lès arbres en coteaux regardant le midi, le côté nord est préférable, pourvu que la feuille ne soit pas anémiée failte d'air. Les spores ensemencées au soleil, de juillet à la mi-octobre, sont très souvent stériles et tombent desséchées.
» A partir d'octobre et, en général, pour la formation des téleutospores, le soleil ne nuit pas; il faut avant tout des feuilles saines, vertes, aérées. Le froid, même assez intense, ne semble pas contrarier le développement des germes.
» Des expériences pratiques ont été tentées sur ces données, dans des conditions de terrain et de climat malheureusement à demi favorables. I^e résultat ne sera connu que dans un délai dont j'ignore la durée. »
MINÉRALOGIE. — Sur la ktypcite, nouvelle forme de carbonate de calcium, différente de la calcite et de l'aragonite. Note de M. A. Lacroix, présentée par M. Fouqué.
« Le carbonate de calcium n'a été indiqué, jusqu'à présent, dans la nature, qu'à l'état cristallisé sous forme de calcite ou d'aragonite. On sait, en effet, que même les calcaires les plus compacts, les craies les plus terreuses se résolvent, au microscope, en un agrégat de petits cristaux de calcite. Aussi la découverte d'une nouvelle forme de carbonate de cal-
ciiim semble-t-elle mériter l'attention de l'Académie, d'autant plus que ce minéral constitue exclusivement les pisolites des sources thermales de Carlsbad en Bohème et d'Hammam-Meskoutine (Constantine), pisolites bien souvent décrits comme formés par de l'aragonite.
» Ces pisolites, qui peuvent atteindre plusieurs centimètres de diamètre, sont formés d'écaillés concentriques qu'il est parfois facile d'enlever successivement. Ils prennent naissance à l'émergence de sources chaudes (95° C. à Hammam-ÎMeskoutine). Les eaux jaillissantes mettent en suspension de petits fragments solides (quartz, feldspath, etc.) qui s'entourent d'une pellicule calcaire, augmentant jusqu'à ce que le pisolite ainsi formé devienne trop lourd et tombe au fond de l'eau. Il y trouve des pisohtes de formation antérieure; un ciment d'aragonite plus ou moins abondant les réunit alors pour former une véritable roche. A Hammam-JNTeskoutine, ce ciment est très peu abondant, les pisolites s'impressionnent mutuellement à la façon des grains d'une grenade, prenant ainsi des formes polyédriques qui semblent indiquer qu'ils avaient au moment de leur formation une plasticité assez grande. Ces pisolites sont constitués par du carbonate de calcium avec quelques centièmes d'impureté ( ' ).
» En étudiant des lames minces taillées dans les pisolites des deux localités précitées, j'ai constaté que, contrairement à l'opinion admise, ils ne sont constitués ni par de l'aragonite (- ), ni par de la calcile. En lumière naturelle, on voit qu'ils sont formés par des couches concentriques, ayant l'aspect d'un émail ne possédant pas de structure fibreuse et étant homogènes. En lumière polarisée parallèle, toutes les sections de ces pisolites donnent une croix noire dont les irrégularités nombreuses sont en rapport avec la forme extérieure des globules étudiés et rappellent les figures bien connues, présentées par les grains d'amidon quand on les examine dans de semblables conditions. Des plages constamment éteintes donnent en lumière convergente une croix noire avec signe positif; cette croix noire se disloque un peu dans les pisolites de Carlsbad; dans ceux d'Hammam-Meskoutine,
(') Voir, notarumenl pour ceux d'Hamniam-IMeskoutine, Dipauc, Arch. Se. pliys. de Genève, t. XX, p. 687; 1888.
(') l^ar contre, les pisolites des sources de Vichy sont constituées par de l'aragonite fibreuse, leur aspect extérieur est tellement semblable à celui des pisolites de Carlsbad, que l'on peut se demander s'ils n'ont pas été originellement constitués par la même substance.
( Go4 )
l'angle apparent des axes optiques peut atteindre do". Tandis que la calcite et l'aragonite optiquement négatives possèdent une très haute biréfringence, grâce à laquelle leurs lames ayant o'^'^.oa d'épaisseur présentent en lumière polarisée parallèle des teiules grises des ordres supérieurs de l'échelle de Newton, le minéral étudié, au contraire, montre pour la même épaisseur, au maximum, des teintes du deuxième ordre; elles varient d'une façon insensible dans un même globule; la biréiringence atteint 0,020 environ.
» Le choc ne modifie pas la sliucture intime de ces pisolites, mais il n'en est j)as de même pour l'action de la chaleur. Aussitôt que le tube de verre, dans lequel on chauffe uu |jisolite intact, atLeinl le rouge naissant, le pisolite décrépite, puis détone avec une extrême violence, mettant souvent en pièces le tube de verre. Il se réduit en écailles assez fines pour que celles-ci, innnergées dans du baume du Canada, se montrent transparentes et en partie seulement transformées en petits grains de calcite; en prolongeant l'action de la chaleur, on peut effectuer cette transformation d'une façon complète. Quand on chauffe avec précaution un de ces pisolites, a|)rès l'avoir fêlé d'un léger couj) de marteau, il ne détone pas, il se Iraiisfoi me en calcite saus perdre sa structure macroscopique. Taillé en lames minces, il montre une structure analogue à celle des oolites des calcaires de Mamers et de Toinerre; les éléments cristallins de calcite y sont de petite taille, sans orientation, mais pourtant la structure concentrique originelle reste distincte.
» La densité est variable dans les disers [iisolites étuLiiés, et ce fait paraît tenir, d'une part, à des inclusions d'aragonite crvj)locristalline qu'il est impossible d'éliminer mécaniquement, et, d'une autre, à la porosité de la substance. Les nombres obtenus oscillent entre 2, J8 et 2, 70 et indiquent, en tous cas, une densité inférieure à celle île la calcite (2,71).
» Des faits qui précèdent, il résulte que la substance des pisolites est soumise à des phénomènes de tension remarquables, se manifestant notamment ])ar les pro]>riétés en lumière polarisée parallèle et par l'explosion des globules; celle-ci ne parait pas due, en effet, au changement d'état du nouveau minéral, car la plupart des lames écaillées sont intactes après l'explosion et ne se tianslorment complètement en calcite que par la prolongation du chauffage.
)> Reste à savoir maintenant si cette treui|je est la cause unique de la biréfringence de ce corjjs, ipii, dans cette liv|.olhèse, serait colloïde, ou si,
au contraire, elle ne vient que modifier les propriétés d'une substance naturellement biréfringente; dans cette hypothèse la forme élémentaire des produits composant les globules serait constituée par des lamelles dont l'aplatissement, perpendiculaire à l'axe optique unique ou à la bissectrice, coïncide en direction avec l'aplatissement des écailles.
» Quelle que soit, du reste, l'hvpothèse adoptée, la substance de cespisolites constitue une nouvelle forme du carbonate de calcium, différant à la fois de la calcite et de l'aragonite; je propose de la désigner sous le nom de kiypéite (■/.■zj-éi!>\ afin de rappeler sa propriété caractéristique de détoner quand ou la chauffe. »
HYGIÈNE PUBLIQUE. — Semoules el pâles alimentaires. Xote de M. Ball.wo. { Extrait.)
« On comprend généralement sous le nom de pâtes alimentaires le vermicelle, le macaroni, les nouilles et les petites pâtes pour |)otages, de formes très %ariées (lettres, étoiles, croix, leiitilles, etc.), désignées encore sous le nom depâtes d'Italie, bien que, depuis longtemps, nous ne soyons plus tributaires de ce pays. C'est en s'inspirant des remarquables travaux de Millon sur les blés d'Algérie (i85i-i854) que M. Bertrand, de Lyon, à partir de i8j5, a utilisé exclusivement les blés durs d'Afrique à la fabrication des pâles alimentaires. L'impulsion donnée par ce grand industriel ne s'est pas ralentie et les pâles fabriquées à Lyon et à ^Marseille, avec des semoules algériennes, rivalisent aujourd'hui en qualité et l'emportent en valeur alimentaire sur les plus belles pâtes d'Italie
M Les semoules, beaucoup moins affleurées que les farines, s'obtiennent en traitant les blés suivant un mode de moulure spécial : elles représentent principalement cette partie gruauleuse du grain qui est comprise entre les couches centrales, moins azotées, et les enveloppes extérieures si riches en matières salines, grasses et cellulosiques. Aussi, leur composition diffère-t-elle notablement de celle des farines ordinaires : il y a plus d'azote, mais moins d'amidon, de graisse, de cellulose et de cendres.
M Les pâtes, qui ne sont que de la semoule pétrie avec de l'eau bouillante, moulée puis desséchée, ont exactement la composition des semoules employées â leur fabrication. Elles reprennent de l'eau, à froid et à chaud, en conservant leur forme : toutefois, si l'on en fait des pàtons après les
avoir broyées ou pulvérisées, on constate que le gluten, plus ou moins coagulé par l'eau bouillante, a perdu l'élasticité qu'il avait au début dans les semoules et qu'il ne se rassemble que très difficilement.
» Dans les analyses de semoules et de pâtes françaises que nous présentons, la qualité des denrées est généralement en rapport avec leur teneur en matières azotées. Nous y avons ajouté, à titre de comparaison, des analyses de semoules de riz, de tapioca exotique, et de tapioca factice fabriqué en France avec de la pomme de terre.
Eau pour loo.
Macaroni ( i SgS ) 1 1 , 60
Macaroni (1896 ) 12,10
Macaroni (1897) 12 ,00
Nouilles (1897) ï'.go
Vermicelle ( 1 896 ) ' o , 90
Vermicelle (1897} 10,00
Pâles d'Italie (1896) 12,20
Pâtes d'Italie (1S97) 10, 4o
Semoule (1890) 9>2o
Semoule (1896) 9)20
Semoule (1896) 10, 5o
Semoule (1897) 10, 5o
Semoule de riz (1898) 10,80
Tapioca exotique (1897) .. . 12,80
Tapioca indigène (1897 ).. . 16,00
azotée
grasse
amylacée
Cellulose
Cendres
pour .(.0.
pour 100.
pour 100.
pour 100.
pour 100
iii74
M. Cii. ZuRCHER adresse une Note « Sur les apparences développées au moment de la dissolution de l'aniline dans l'eau ».
M. PiRAUT adresse une Note relative à la Pisciculture.
M. Nabias adresse une Note sur l'unité de la matière.
La séance est levée à 3 heures trois quarts. M. B.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
Ouvrages reçus dans la séance du i4 février
Leçons de Chimie générale, professées au Collège de France, pendant l'année 189J-96, par Pa.ul Schutzenberger, Membre de l'Institut^ Professeur au Collège de France, publiées par les soins de M. O. BotDOUA.RD, Préparateur de la Chaire de Chimie minérale au Collège de France. Paris, O. Doin, 1898; I vol in-S". (Présenté par M. Friedel.)
Association française pour V avancernenl des Sciences. 26* session. Saint- Etienne, 1897. Paris, Masson et C'*, 1898; i vol. in-8''. (Présenté par M. Éd. GrimaUx. )
Annales de l'École nationale d' Agriculture de Montpellier. Tome IX. iSgS- 1896. Montpellier, C. Coulet, 1897; i vol. grand in-8°. (Présenté par M. Aimé Girard.)
Revue de Mécanique, publiée sous le patronage et la direction technique d'un Comité de rédaction. Président : M. Haton de la. Goupillière, Membre de l'Institut, etc. Tome II. N*" 1. Janvier 1898. Paris, Vicq-Dunod; i fasc. in-/»".
Description des machines et procèdes pour lesquels des brevets d' invention ont été pris sous le régime de la loi du 5 juillet i844> publiée par les ordres de M. le Ministre du Commerce et de l'Industrie. Tome XC (I" et IP Partie). Paris, Imprimerie Nationale, 1897; 1 vol. in-4°.
Revue de Physique et de Chimie et de leurs applications industrielles, fondée sous la direction scientifique de P. Schl-tzenberger. Paris; i fasc. in-8°.
Journal du C/e/ (couronné par l'Académie des Sciences). Bulletin de la Société d' Astronomie. Notions populaires d' Astronomie pratique. Directeur: Joseph Vingt. Troisième série. Mars 1898. Paris, Tours et Mayenne, E. Soudée; i fasc. in-'i°.
The Smithsonian Institution (i8')6-i896). The history of its first half century. Edited by George Brown Goode. Washington, 1897; i vol, in-4''.
Faiina silurica de Portugal. Novas ohservacôes acerca de Lichas (uratichas) ribeiro por I. F. N. Delgado. Lisboa, 1897; i fasc. in-4°.
( GoS )
Ouvrages reçus dans i.a séance nu 21 février 1S98.
Précis de Minéralogie, par A. de [jAPParent, Membre de l'Institut. Professeur à l'École libre des Hautes Etudes. Paris, Masson el (".'*, 1898; I vol. in-i8. ( Hommage tle l'auteur. ")
La Diphtérie et la Sérum thérapie, études chimiques faites au pavillon Brelonneau, par le D'' G. Variot, INIédecin de l'hôpital Trousseau pour enfants malades. Paris, A. Maloine, 1898; i vol. in-8". (Présenté par M. Marev. Renvoyé au concours Moutyon.)
Raijifall Tables of the Uritish Islands, 1866-1890. London, 1897; i vol. in-S". (Présenté par M. Mascarl")
Meteorological obsenations at the stations of the second or de r for the year 1894. London, 1897; i vol. in-4". f Présenté par M. Mascart.)
Hourly means 0/ the readings obtainedfrom the self-recording instruments at the five observatori.es under the meteorological council 1894. London, 1897; 1 vol. in-4''. (Présenté par M. Mascart. )
Quarterly carrent charts for the Pacifie Océan. Atlas gr. in-folio. (Présenté par M. Mascart. )
Dosage de l'hémoglobine et analyse quantitative d'un mélange de deux de ses variétés au mo) en du spectrophotométre, par le D"' L.-G. de SÂINT-MARTI^■. Paris, O. Doin, 1898; i vol. iu-S".
Bulletin international du Bureau Outrai Météorologique de France. Année 1897. 2* semestre; i fasc. in-4°.
Archives des Sciences biologiques, ptdjliées |)ar l'InstiluL impérial de Médecine expérimentale à Saint-Pétersbourg. Tome Vî. N" 1. Saint-Pétersbourg, 1897; I fasc. in-4°.
La Tribune médicale, Revue française el étrangère. Rédacteur eu chef: J.-V. Laborde, Membre de l'Académie de Médecine, Directeur des travaux physiologiques à la Faculté de Médecine de Paris. 16 février 1898.
La Nature, revue des Sciences et de leurs applications aux Arts et à l Industrie. Directeur : Heîvri de Parville. 19 lévrier 1898. Paris, Masson et C'*; I fasc. grand iu-8''.
Memorie délia Societa degli speltroscopisti italiani, raccolle e pubblicate per cura del Prof. P. Tacchim. Vol. XXVIL 1898. Dispensa P. Roma. 1898 ; I fasc. in-4"-
COMPTES RENDUS
DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES
PRÉSIDENCE DE M. WOLF
.MEMOIRES ET C030IL.\ICATiO-\S
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE
CHIMIE ORGANIQUE. — Actions chimiques de V effluve électrique. Oxydes de carbone et azote. Systèmes gazeux; par M. Berthelot.
« Examinons maintenant l'action tie l'eifluve sur les composés carbonés oxygénés, mis en présence de l'azote libre, afin de les comparer avec les carbures d'hydrogène. Dans un sujet aussi vaste que celui que j'ai entrepris, il est nécessaire d'établir d'abord les grandes lignes expérimentales, c'est-à-dire de déterminer les limites des phénomènes et les rapports suivant lesquels les éléments s'unissent pour former des composés condensés. Je me propose de revenir ensuite sur l'étude individuelle des plus intéressants. Nous commencerons, dans le présent Mémoire, par les composés binaires, tels que l'oxvde de carbone et l'acide carbonique; puis nous étudierons les composés ternaires de diverses fonctions, alcools et éthers, aldéhydes et acides.