‹ Rayons émis par les composés de l'uranium et du thoriumChapitre 196 sur 425 · C. R., i(.9S, 1" Semestre. (T. CXXVT, N · texte numérisé non relu

C. R., i(.9S, 1" Semestre. (T. CXXVT, N

moyen d'un corps enflammé: en outre, la proportion de gaz carbonique formée par la combustion lente est très faible, et mênie sa production reste souvent douteuse.

» Les effets extérieurs de l'électricité sur les mélanges grisouteux peuvent se résumer dans les trois principes suivants :

M 1° V électricité ne provoque, au sein d'un mélange tonnant de grisou, qu'un seul phénomène apparent : celui de l'explosion.

» 2" Les fils métalliques portés à l' incandescence par un courant électrique sont impuissants à déterminer l'explosion des mélanges, même les plus explosifs.

» Ces deu-v premiers principes ont été démontrés par plusieurs centaines d'expériences faites dans des conditions variées. Non seulement nous avons opéré sur des mélanges de compositions did'éreutes et déterminées aussi rigoureusement que possible, mais, pour prévenir les objections qui pourraient surgir sur la nature des conducteurs incandescents employés, nous nous sommes servis de fils de plomb, d'aluminium, d'argent, de cuivre, de laiton, de palladium, de fer et de platine et, grâce à la différence des points de fusion de ces fils, nous avons pu porter l'incandescence à des températures de plus en plus élevées ; nous avons fait croître la longueur de la partie incandescente en lui donnant différentes formes; nous avons varié les diamètres des fils depuis o"'",o5 jusqu'à o""",35, ce qui fait varier la section de i à 5o; nous avons prolongé la durée de l'incandescence pendant dix minutes, pour élever notablement la température du gaz : toutes ces tentatives sont demeurées sans résultat; tant que le fil incandescent ne s'est pas rompu, l' explosion ne s'est pas produite.

» 3" L'explosion, quand elle a lieu, ne se produit qu'à la rupture du conducteur incandescent, sous l'influence de l'étincelle de rupture.

» L'explosion étant due uniquement à l'étincelle de rupture du courant, il est à remarquer que les étincelles qui surgissent souvent entre le fil incandescent et les conducteurs métalliques qui le supportent sont impuissantes à la produire. Il n'est pas nécessaire que le fil roinpu ait été au préalable porté à l'incandescence, car nous avons obtenu des explosions par la fusion de fils de plomb employés comme coupe- circuit, et l'on sait que ce métal fond vers 3oo°, par conséquent bien avant d'avoir atteint la température de l'incandescence.

» 11 faut dire aussi que la facilité avec laquelle les mélanges font explosion varie avec les moindres changements de composition : nous aurons plus tard l'occasion de le démontrer. Les mélanges les plus facilement explosifs sont ceux qui renferment 9,5 pour 100 de méthane, possédant ainsi la quantité d'oxygène suffisante pour que le méthane soit entièrement brûlé. La combustion est complète dans l'explosion tant (juc la proportion de ce gaz ne tombe pas au-dessous de 5,5 pour 100. On observe

encore de légères explosions jusqu'à 4» 5 pour loo; à cette teneur, la proportion du méthane brûlé dans l'explosion est du tiers environ de sa totalité; pour une dilution plus grande du grisou dans l'air, le phénomène qui accompagne l'étincelle est le même que dans l'air pur. La teneur de i2 pour loo est la limite supérieure d'e\plosii'ité; nous n'avons pas pu obtenir d'explosion dans les mélanges à 12, 25 pour 100.

» Nous continuerons cette étude en faisant connaître dans quelles conditions il faut se placer pour déterminer à volonté l'explosion au moyen de l'étincelle. »

CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la préparation et V élhèrification de l'acide dirnéthvlsuccinique dissymétrique. Note de ÎM. E.-E. Blaise, présentée par M. Friedel.

« L'acide camphoriqiie présente, au point de vue de l'éthérification, des particularités remarquables qui ont été mises en évidence par M. Friedel : c'est ainsi que, par éthérification directe, en présence d'acide chlorhydrique, on n'obtient qu'un monoélher, facilement saj)onifiable, tandis que, par saponification partielle du diéther, on obtient un éther acide qui résiste à la saponification. M. Haller a montré, d'autre part, qu'il existe un camphorate acide de bornyle fournissant un sel de sodium décomposable par l'acide carbonique.

» Il y avait intérêt à rechercher si certains acides gras, bibasiques, ne présentaient pas des particularités analogues, ce qui aurait confirmé l'existence de deux carboxvles dans l'acide camphorique, alors que M. Friedel attribue à cet acide la constitution d'un acide-alcool.

» Mes premières recherches ont porté sur l'éthérification de l'acide dimélhvlsuccinique dissymétrique.

» Cet acide a été obtenu par action de bromoisobutvrate d'élhyle sur le malonate d'élhvle sodé, saponification de l'éther obtenu et décomposition par la chaleur de l'acide tricarboxvlé ainsi formé. On obtient ainsi, fait déjà connu, un mélange d'acide diméthylsuccinique et d'acide a-méthylglutarique. Cela tient non pas à la présence d'éther p-bromé dans l'éther a-bromobutvrique, mais à ce que le malonate sodé transforme ce dernier en éther 33-diméthylacr vlique qui, par condensation avec le malonate d'éthyle sodé, fournit un éther tricarboxylé correspondant à l'acide a-méthylglutarique. En effet, on améliore considérablement le rendement en dérivé succinique en opérant non plus dans l'alcool, mais dans le xvlène.

» L'étude de l'éthérification a été conduite de la manière suivante : » On additionne l'acide de dix fois son poids d'alcool absolu, renfermant i pour 100

d'acide chlorhydiique; on chauffe à rediix, au bain-marie, pendant des temps variables. On refroidit rapidement, on additionne d'hélianthine et de phtaléine, puis on ajoute goutte à goutte, au moyen d'une burette graduée, une solution titrée d'éthylale de sodium. La liqueur rouge passe au jaune d'or lorsque l'acide chlorhydrique est neutralisé, et le volume d'éthylate alcalin qu'on ajoute alors, jusqu'à apparition de la coloration rouge de la phtaléine, mesure l'acidité organique. On distille l'alcool au bain-marie, dans le vide, en ayant soin de surmonter le ballon d'un tube à deux boules pour éviter tout entraînement de l'éther. Le résidu est redissous dans l'eau et épuisé cinq fois par son volume d'éther de pétrole. On évapore ce solvant après l'avoir séché sur le sulfate de sodium anhydre; le résidu, chauffé à 180° pour éliminer toute trace d'éther de pétrole, représente l'éther neutre formé dans la réaction.

» Si n représente le poids de sotide correspondant à l'acidilé organique, i' le poids d'acide employé, el p le poids de l'éther neutre, l'acide libre, a-, et l'éther acide, r, sont donnés par les équations

pour l'aciile diniéthvisuccinique.

)) Les expériences ont été effectuées comparativement sur l'acide succinique et sur l'acide dimélhylsuccinique; elles ont fourni les résultats suivants, chaque essai portant sur 3^'' d'acide :

Durée Éther

de la réaction.

Acide succinique.

Acide diniéthylsuccinique. . . ■ 20 i)27 3,68 0,98

)) Dans le cas de l'acide succinique, on obtient pour l'acide libre des nombres légèrement négatifs ( — o,o5 à — o,i5), ce qui tient à ce que p est toujours un peu faible, l'éther neutre ne pouvant être séparé totalement, et l'on peut admettre qit'il n'existe pas tl'acide hbre.

M Ces résultats montrent :

)) i" Que, inênie dans le cas de l'acide succinique, les deux carboxyles no sont pas élhérifiés simultanément; il semble que les deux fonctions acides augmentent mutuellement leur jiropre acidité, et que, lorsque l'une

.(755) d'elles est neutralisée par éthérification, l'autre devienne moins facilement éthérifiable ;

» 2° Que, lorsque la molécule est dissymétrique, les deux fonctions acides ont une valeur très différente, le carboxvle tertiaire s'éthérifiant beaucoup plus difficilement que le carboxvle primaire;

» 3° Qu'on peut, en suivant cette méthode, déterminer avec facilité si la molécule d'un acide succinique substitué est symétrique ou dissymétrique; dans le premier cas le rapport ^-j est inférieur à l'unité;

T r rr ether neutre

il lui est très supérieur dans le second ;

» 4° Qu'il n'v a pas de rapport constant entre les poids de l'éther acide et de l'éther neutre formés aux divers moments de la réaction; les courbes représentatives des vitesses d'éthérificalion de ces deux fonctions ne sont donc pas semblables et atteignent leur maximum en des temps différents.

» Si, d'autre part, l'éthérification est efl'ectuée à l'aide d'alcool renfermant 3 pour loo d'acide chlorhvdrique, et si on la prolonge pendant deux heures, on obtient, |30ur l'acide succinique, 92 pour 100 d'éther neutre, et pour l'acide diméthvlé 86 pour 100 de l'éther correspondant.il n'y a donc pas une différence bien notable dans les limites d'éthérification. Enfin, il m'a été impossible de constater dans la saponificatien des éthers des particularités analogues à celles que présente l'acide camphorique.

M On voit doncap])araître tles différences considérables dans les vitesses d'éthérification des deux fonctions acides de l'acide diméthylsuccinique, el Ion comprend que dans une molécule plus complexe, comme celle de l'acide camphorique, ces différences puissent s'accentuer. Mais jusqu'au jour où l'on aura obtenu un acide bibasique présentant les particularités de l'acide camphorique, la formule proposée par M. Friedel conservera toute sa valeur ('^. »

CHIMIE ORGANIQUE. — Sur les isobornéols de synthèse; leur identué avec les alcools fenoïliques. Note de MM. G. Bolciiardat et J. Lafont.

« Nous rappelons que l'isobornéol ou alcool fenoïlique dextrogyre, dont nous avons effectué la synthèse par l'union de divers acides au térébenthène gauche, s'extrait, par de laborieuses distillations, des huiles ayant fourni le bornéol droit. L'alcool fenoïlique cristallise des portions distillant de 197° à 201". Les fractions 201 à 206 restent liquides; du bornéol gauche cris-

(') Travail l'ail au laboratoire de Cliimie organique de la Faculté des Sciences.

talHse abondamment des portions supérieures. En continuant les distillations, on sépare intégralement ces huiles en ces deux prodiuts solides.

» Jj^isohornéol ou alcool fenoïliqiie droit, purifié par des cristallisations dans l'hvdrure d'amylène, fond à 42°, bout à 201° sous la pression normale. Sa densité à -f- 4o° (liquide) est de o,935; son pouvoir rotatoire en solution alcoolique au dixième est [a]n ^= -h iCao'; ce pouvoir varie avec le mode d'obtention ; nous avons, dans la préparation du térébène, obtenu des alcools fenoïliques de pouvoir rotatoire -4- 11° et -H 5°. Il est soluble en toutes proportions dans l'alcool, l'éther. le sulfure de carbone, les carbures dhvdrogène, très soluble même dans les éthers de pétrole les plus légers, d'où il cristallise en larges tables plus épaisses que celles de bornéol.

« Sous l'action des acides anhj'dres il forme des éthers. L'éther acétylfenoïlique est liquide, bout à 1 25°- 127° sous une pression de 5"° de mercure. Sa densité à 0° est de 0,9817; son pouvoir rotatoire, observé sans dissolvant, est de -+- 56°39'. L'alcool régénéré n'a plus qu'un pouvoir rotatoire de + 9°2o'. L'éther benzoïqueest liquide, épais, bouillant de i83° à 188° sous 2"^™ de pression; sa densité à 0° est de 1,129, ^''" pouvoir rotatoire de + io°32'; l'alcool régénéré de cet éther n'a plus qu'un pouvoir rotatoire de -)- 8°55'. L'anhj'dride benzoïque n'avait pas éthérifié la totalité de l'alcool et les portions échappées à son action n'avaient non plus qu'un pouvoir rotatoire de -+- 9". L'action de la chaleur et des acides transforme donc l'alcool actif en isomère inactif.

» Le pentachlorure de phosphore transforme immédiatement, et à froid, l'alcool fenoïHque droit, en solution dans l'éther de pétrole, en un monochlorhydrate liquide, même à — ^60°, distillant à io5°-iio'' sous 3™ de pression en perdant un peu d'acide chlorhydrique, de densité un peu supérieure à celle de l'eau et donnant, par l'action de la potasse alcoolique ou de la toluidine, un carbure C^'H'", bouillant à 1.59° comme le camphène, mais liquide.

1) Le produit d'oxydation de cet alcool fenoïlique par l'acide azotique a la composition exprimée par la formule G'°H'^0'; il est liquide. Sa densité à 0° est de 0,963; sous 5"^" d'épaisseur, la déviation observée [a]D est de — 26°48'. H se prend en masse vers — 10° et commence à fondre dès cette température, mais la fusion totale n'est obtenue qu'à -h 4°- Ce produit n'est qu'un mélange de fenchone gauche, fondant à -l- 8°,5, et àç. fenchone inactive, par compensation fondant à — 18°, comme nous lavons établi ultérieurement. Nous avons utilisé cette différence dans les points de fusion pour isoler ces deux isomères du produit d'oxydation de l'alcool fenoïlique de synthèse. En séparant les cristaux persistant à des températures croissantes de -H 3° à 4- 7°, nous avons une acétone fenoïlique ou fenchone lé^'ogyre, fondant à -(-8", 5, bouillant à 193°; de densité, à o", comprise entre 0,961 et 0,963. La déviation polarimétrique la plus élevée, observée à -I- i5° sous 5'"\ est de — 3o°5', ce qui correspond à un pouvoir rotatoire [a]i,=: — 64° environ.

« La fenchone, extraite par nous de lessence de fenouil par de simples distillations et des cristallisations, a rigoureusement la même forme cristalline, fond de -I- 8° à + 9° ; la déviation observée sous 5"^" est identique. [a]„ = -H 3o°4'> mais inverse (').

(') M. Wallach, qui a fait l'étude complète de la fenchone du fenouil, lui attribue un pouvoir plus élevé. H- 71°; mais il a opéré sur des solutions alcooliques et non sur le corps fondu.

» Les portions delà préparation précédente restées liquides ont été refroidies à — 21°, solidifiées par l'amorce d'une parcelle solide de fenchone lévogyre. La masse solide, en se réchauffant lentement vers — i5", fond en partie. Le liquide ainsi obtenu et purifié par plusieurs opérations semblables a exactement la composition de la fenchone lévogyre. Il bout à 193°. Sa densité à 0° est de 0,961 ; il se prend à — 21°, quand on l'amorce avec un cristal de fenchone gauche, mais fond seulement aux. environs de — 18° à — i6°. Il dévie encore très peu à gauche le plan de polarisation; pour une épaisseur de 5'^°', [a]D= — 34' à — 42'. Toutes les autres propriétés de ce corps coïncident avec celles de la fenchone gauche ou droite. C'est donc une fenchone inactii'e par compensation, encore impure; son origine paraît due aux modifications de pouvoirs rolatoires subies par l'alcool fenoïlique ou le carbure générateur, sous l'action de la chaleur et des acides. Le mélange à poids égaux de fenchone de synthèse et de fenchone du fenouil est inactif et fond de même de — 18° à — 16°. La fenchone de synthèse se combine à l'hydroxylamine ; cette union se fait plus incomplètement que pour la fenchone du fenouil. Les deux produits sont identiques, sauf les pouvoirs rotatoires rigoureusement égaux, mais de sens inverse. La fenoxime lévogyre est solide, fusible de -(- 161° à -+- 163°, peu soluble dans l'alcool froid, soluble dans l'éther qui par évaporation laisse des cristaux clinorhombiques, présentant la combinaison des faces p, m, ^', A' ; nous n'avons pas observé de modifications hémiédriques. Les angles mesurés sont identiques avec ceux observés sur la fenoxime droite et concordent avec les mesures de M. Hintz faites sur celte dernière; entre autres :

Fénox. lév /> : /i' = 'j6°32' (supp. ) ; /> : wi = 8i"3o'; »i : w = loS" i4

Fénox. natur p : h' ^ 'j6"22'; p : ni = 81" 16'; m : m =: io3" 12

» La fenoxime de synthèse a, en solution alcoolique au 3*5, un pouvoir rotatoire [aju = — 52°2o', de sens opposé et égal en grandeur à celui de la fenoxime du fenouil (Wallach -+- 52°44')' La fenoxime lévogyre de s>'nthèse, mélangée, à poids égaux, à la fenoxime du fenouil, donne des solutions inactives qui, par évaporation de solutions élhérées, fournissent des cristaux doublement obliques, combinaisons des faces p, m, t, b, d, s, dont aucun des angles ne concorde avec ceux observés pour les fenoximes actives. Celte fenoxime inactive, qui paraît être une variété racémique, fond à 154°-- 156°. La fenchone lévogyre, traitée soit par la potasse alcoolique, soit par le sodium en solution alcoolique, régénère un alcool fenoïlique dextrogyre, mais dont le pouvoir rotatoire est moins élevé que celui du primitif.

» Il nous paraît résulter de cette comparaison que l'isobornéol droit de synthèse est constitué par un mélange d'alcool fenoïlique droit et d'alcool fenoïlique inactif, ce dernier dans la proportion d'un douzième environ . »

CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. — Sur M décomposition partielle du chlorojorme dans l'organisme. Note de MM. A. Desgrez et M. IViclocx, présentée par M. fl'Arsonval.

« L'analyse comparative des gaz extraits du sang d'un même animal, avant et après anesthésie par le chloroforme, nous a permis de constater la production de fiiibles proportions d'un gaz combustible, à la suite de cette anesthésie (' ). Nous avons considéré ce gaz comme formé d'oxyde de carbone, en nous basant sur ce fait, précédemment établi par l'un de nous (^), que la décomposition du chloroforme, in vitro, en milieu alcalin aqueux, donne naissance à ce composé. Dans une Note récente ('), M. de Saint-Martin reconnaît « la parfaite exactitude » de nos expériences, mais ajoute que nos conclusions paraissent infirmées par cette circonstance que le sang normal lui a fourni de l'oxyde de carbone aussi bien que celui recueilli après anesthésie. Il suppose, dans les deux cas, la méthode analytique justiciable de ce résultat ; l'oxyde de carbone pouvant, d'après lui, provenir de l'action exercée par l'acide acétique sur le sang. En réponse à cette critique, nous appellerons d'abord l'attention sur les points suivants :

» i" Si l'acide organique dégageait l'oxyde de carbone observé, par réaction sur le sang, la quantité de gaz produite devrait être sensiblement égale, dans les conditions comparables de nos expériences, et non varier du simple au double, ou même du simple au quadruple, ainsi que le montrent et nos premières recherches et celles que nous présentons aujourd'hui.

« 2° Rien ne s'oppose, théoriquement, à ce que le gaz combustible signalé, dans le sang, pour la première fois par M. Gréhant, contienne normalement de l'oxyde de carbone. Les expériences nouvelles, que nous relatons plus bas, confirmeraient cette manière de voir tout en vérifiant les conclusions de notre première Note. Si elles montrent, en effet, que le sang normal donne de l'oxyde de carbone à l'analyse, elles établissent, en outre, que la proportion de ce gaz peut doubler, tripler et même quadrupler, dans le même sang, après anesthésie par le chloroforme.

(') Comptes rendus, 6 décembre 1897.

(^) Ibid., i5 novembre 1897.

(^) Ibid., l'i février 1898.

( 7^9 ) » 3" Les expériences mêmes de M. de Saint-AIartin, quoique non comparatives, confirment, d'ailleurs, les conclusions de nos premières recherches. Rappelons ses résultats :

Oxyde (le carbone par litre.

Sang normal. Sang de chiens anestliésiés.

)) Nouvelles expériences. — Nous avons appliqué au contrôle de nos premières recherches la méthode de dosage de faibles quantités d'oxyde de carbone, publiée par l'un de nous dans ce numéro des Comptes rendus (p. 746). Les expériences ont été pratiquées selon la technique générale déjà indiquée ('), avec cette différence que l'anesthésie a été obtenue tantôt h l'aide de la soupape de IMuller, avec un mélange d'alcool et de chloroforme, tantôt à l'aide d'une éponge imbibée de chloroforme et placée au fond d'un bocal à large ouverture.

)) Première expérience. — Chien pesant ■j''», 5oo. Son sang normal contient i""'^,6 d'owde de carbone par litre. L'anesthésie, commencée à ii''2o'", est entretenue à l'aide du mélange d'alcool (3 parties) et de chloroforme (1 partie), jusqu'à 11'' 4o™, reprise à i i''3o"' jusqu'à i''3o'°, puis de i''4o™ à 2''3o™. Une analyse des gaz du sang donne alors, par litre, 2^,9 d'oxyde de carbone. Anesthésie reprise de S*" à 4'' 30", oxyde de carbone : 2", 5; anesthésie de 5'' à 6''3o™, oxyde de carbone : 2'^", 4. On n'a pas ajouté de chloroforme pendant toute la durée de l'expérience, ce qui explique la proportion décroissante de l'oxyde de carbone.

» Deuxième expérience. — Chien pesant lô'^s. Son sang normal contient, comme celui du précédent, 1'='=, 6 d'oxyde de carbone par litre. L'anesthésie est obtenue à l'aide du chloroforme pur (non mélangé d'alcool). Début à 9''25™. A 10'' 43"', on trouve !\'^'^,o d'oxyde de carbone par litre de sang; à ii'>5o'", 5'^'=, 3; à i''5o™, 6'^'^, 4; enfin, à 2''3o™, 6"'', 9. A 5'' 00'", trois heures après la cessation du chloroforme, une dernière analyse nous a donné 3'^°, 7 d'oxyde de carbone par litre de sang. L'animal a succombé le lendemain, à ~^ du soir.

» Troisième expérience. — Chien pesant lo*^?. Sang normal, contient i"^'^,47 d'oxyde de carbone par litre. Anesthésie par le chloroforme pur, de 9''2o"' à iii^Sô™; lé sang contient alors 4™ d'oxyde de carbone. L'anesthésie est continuée. A i''36"', 4">4; o" cesse le chloroforme ; età 3''36'" (deux heures après), on trouve 2'^'=, 96 d'oxyde de carbone par litre de sang.

(') Comptes rendus, 6 décembre 1897.

G. R., i8yS, i" Semestre. (T. CXXVl, N« 10.)

» Ces deux expériences, comparées à la première, montrent que l'anesthésie |)ar le chloroforme pur nous a donné plus d'oxyde de carbone que Tanesthésie pratiquée avec le mélange d'alcool et de chloroforme. Il est juste d'ajouter que, dans la deuxième expérience, où l'oxyde de carbone atteint G'^'',9 par litre de sang, l'anesthésie a été aussi intense que possible.

» Anesthèsie par l'éther. — Sur le conseil de M. Gréhant, nous avons soumis l'anesthésie par l'éther à l'application des deux méthodes de recherches (grisoumètre et réduction de l'acide iodique) que nous venions d'utiliser pour le chloroforme. A l'intérêt propre de la question s'ajoutait, pour nous, le désir de savoir si un anesthésique, beaucoup plus volatil que le chloroforme, ou encore si l'anesthésie elle-même n'avaient pas une influence sur la quantité des gaz combustibles du sang.

» Première expérience : application du grisoumètre. — Chien pesant 7''s,5oo. Son sang normal donne, au grisoumètre, une réduction deo'''',7. Après une heure d'anesthésie par l'éther, réduction o^'^jS; après une heure trente minutes, o'^'',6; après deux heures trente minutes, o"'''',7.

» Deuxième expérience : emploi de l'acide iodi(jue, — Chien pesant S"*?. Oxyde de carbone du sang normal : r"", 88 par litre. Début de l'anesthésie : 2''3o"; à S"" l'analyse donne i'^'',47; à 6''3o", i", 36 d'oxyde de carbone par litre.

» Ces deux expériences suffisent à montrer que, au lieu d'une augmentation des gaz combustibles du sang, l'éther paraît, au contraire, tendre à en provoquer une diminution.

» Conclusions. — Le sang normal donne à l'analyse une faible proportion d'oxyde de carbone. Comme ce gaz augmente notablement dans le sang des animaux anesthésiés par le chloroforme, nous ne pourrions pas, même en l'acceptant pour le sang normal, étendre l'hypothèse de M. de Saint- Martin jusqu'à expliquer ces augmentations par l'influence de l'acide acétique sur le sang. Ce serait supposer, en effet, que cette influence est fonction directe de l'anesthésie.

» Les chiffres que nous avons tirés de la Note de M. de Saint-Martin et mis plus haut en parallèle, et, mieux encore, ceux qui résultent des nouvelles expériences que nous présentons, confirment les conclusions d'abord obtenues, par nous, avec le grisoumètre, à savoir que le chloroforme se décompose, dans l'économie, en donnant de l'oxyde de carbone. »

CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. — Mucine vraie produite par un bacille fluorescent pathogène. Note de ]\I. Ch. Lepierre, présentée par M. Armand Gautier.

« J'ai eu l'occasion de signaler, il v a deux ans, dans mes recherches sur la fonction fluorescigène des microbes ('), que le bacille fluorescent que j'étudiai alors produisait de grandes quantités de mucine. La Note des Annales disait simplement que la mucine se forme dans ces cultures et indiquait quelques conditions de sa formation. Aussi me permettrai-je, après lecture de l'intéressante Communication de MM. Charrin et Desgrez (-), de transcrire ici les quelques lignes que je consacrais à ce même sujet dans un article plus détaillé, publié en français dans un Recueil portugais (') :

» Les cultures en peplones ('), filtrées, renferment, après quelque temps, de grandes quantités de mucine. Le bouillon de viande en fournit au contraire bien moins. Cette mucine a été reconnue aux caractères suivants : précipitation par l'acide acétique, insoluble dans un excès modéré de cet acide; soluble dans les alcalis dilués, solution que les acides reprécipitent. Ce précipité, purifié par précipitations successives et dialyse, renferme de l'azote; ces propriétés excluent l'idée d'une gélatine ou d'une gomme.. . . Plus loin j'ajoutais que « dans les bouillons à base de peptones, la quantité » de mucine formée est petite » et que « les cultures qui se sont développées dans les » milieux minéraux (azote ammoniacal et acide organique) renferment de la mucine, » même celles où la fluorescence ne s'est pas produite : la mucine peut donc se pro- » duire indépendamment de la fluorescence.

» J'indiquais également que les milieux où le microbe s'est développé sans production de fluorescence, tout en donant de la mucine, étaient à hase de lactate, malonate, malate, tartronate, isosuccinate, pyrotartrate, éthylmalonate, glycérate ou glycolate; les milieux où la fluorescence et la mucine se produisent simultanément sont : le citrate, le succinate, l'oxy-

(') Annalesde l'Institut Pasteur, iSgS {Recherches sur la fonction fluorescigène des microbes).

(^) Comptes rendus, p. Sgô, 21 février 1898.

(') VInslituto de Coïmbra, 1896, p. 3 {Recherches sur la fonction fluorescigène des microbes).

(*) Bouillon de peptone Chassaing à 2 pour 100, sans viande. Cette peptone contient, d'après mes analyses, 3o à 34 pour 100 d'albumoses et 55 à 60 pour 100 de vraies peptones.

glularate, l'oxypyrotartrate, le gliilarate. Les liquides à base d'asparagine me donnèrent également de la mucine.

» Depuis, j'ai continué l'étude de celte mucine : je comptais faire connaître mes résultats lors de la publication d'un travail sur lesmucines des kystes. C'est ainsi que j'ai vérifié que la mucine du bacille fluorescent ne contient presque pas de phosphore; de plus, elle se dédouble par les acides avec production d'un sucre réducteur. Il s'agit donc d'une mucine vraie et non d'une nucléo-alhumine.

» Si nous comparons ces résultais à ceux obtenus par MM. Charrin et Desgrez, nous voyons que, de même que pour le bacille pyocyanique, la formation de la mucine esl indépendante de la fonction chromogène. Mais tandis que le bacille pyocyanique ne donne pas de mucine dans les milieux minéraux ou peptonisés, tout en en produisant dans les bouillons de viande, le bacille fluorescent en produit dans un grand nombre de milieux essentiellement minéraux et dans les milieux pej)lonisés, sans en donner dans les bouillons de viande.

» Nous avons également observé la formation de substances mucinoïdes dans les liquides de cullure d'un bacille que nous avons décrit comme agent pathogène de la maladie du sommeil (' ).

M Quant au rôle des bacléries mucinogènes dans les inflammations muco-membraneuses, nous partageons pleinement l'opinion de MM. Charrin et Desgrez, d'après les résultats de nos inoculations avec les bacilles cités dans cette Note (-). »

CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. — Action de la hacléric du sorhose sur les alcools plurivalents. Note de INI. (iabriel Bertraad, présentée par M. Duclaux.

« J'ai montré que la sorbile peut être facilement transformée en sorbose sous l'influence d'un microbe particulier, désigné précisément sous le nom de bactérie du sorbose ('). Depuis, MM. Vincent et Delachanal ont, à l'aide du même microbe, obtenu du lévulose avec la mannite (').

(') Société de Biologie, p. 89; 28 janvier 1898.

(-) Travail du laboratoire de Microbiologie de l'Uni versilé de Coïmbra. (^) Comptes rendus, t. CXXll, p. 900; 1896 el Dull. Soc. chini. (3" série), t. XV, p. 627 ; 1896.

(') Comptes rendus, l. CXW, p. 716; 1897.

( 7(3^ ) 1) Comme il est facile de le remarquer, ces deux transformalious sont absolument comparables; elles correspondent à la production d'un cétose par oxydation d'un groupement alcoolique secondaire du corps primitif; la même formule de réaction suffit à les représenter :

Cli-OH CH-OH

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