IO
dans laquelle on a recherché la cholestérine. Pour cela, la matière grasse est saponifiée par de la soude en solution alcoolique; le savon obtenu est dissous dans l'eau, et la liqueur est agitée avec de Téther. Le résidu de l'évaporation de la couche élhérée est dissous dans l'alcool bouillant. Par refroidissement, il se forme quelques cristaux qui, examinés au microscope, se présentent, comme la cholestérine, en petites lamelles rectangulaires.
» Mais les proportions infinitésimales de ce produit que j'ai pu ainsi préparer ne m'ont pas permis de déterminer ses constantes physiques. Toutefois, je suis arrivé à effectuer sur cette substance les réactions qui permettent de la différencier de la cholestérine animale et de la phjtostérine et qui la rapprochent de l'ergostérine de M. Tanret et des cholestérines que j'ai isolées des autres Cryptogames ('). Voici ces réactions :
» 1° Une parcelle du produit se dissout complètement dans l'acide sulforique concentré en le colorant en rouge sang, et l'agitation immédiate de cette solution avec le chloroforme laisse ce dernier incolore.
» 2° La solution sulfurique étendue d'eau donne un précipité verdàtre et non blanc comme pour les cholestérines ordinaires.
» 3° On ajoute, à une solution de quelques cristaux de cette cholestérine dans le tétrachlorure de carbone, de l'acide sulfurique concentré; on obtient ainsi une coloration rouge sang et le tétrachlorure se sépare avec une belle coloration verte.
» Autre point important qui montre bien que la cholestérine retirée du protoplasma des microbes appartient au groupe de l'ergostérine : elle s'altère à l'air en se colorant comme les cholestérines des organismes inférieurs.
» IL Cholestérine du Fucus crispus (Cholestérine à' Algues). — a*-" de fucus sont épuisés par de l'alcool bouillant; la liqueur alcoolique est distillée à sec. Le résidu est repris par l'éther; après évaporation on obtient une matière grasse de consistance butyreuse, brun foncé, que l'on saponifie par de la potasse alcoolique. Le savon est dissous dans l'eau et la solution est agitée avec l'éther. La liqueur élhérée, décantée et évaporée, donne quelques cristaux aiguillés nageant dans une matière huileuse très colorée ; on soumet le tout à une nouvelle saponification en présence d'un grand excès de potasse, le produit est dissous dans l'eau et la solution, très alcaline, est agitée avec du chloroforme. Le résidu provenant de l'évaporation delà liqueur chloroformique est redissous dans l'alcool bouillant. Par refroidissement, il se dépose quelques lamelles cristallines présentant toutes les réactions des cholestérines des Cryptogames et bien différentes de celles que donnent, dans les mêmes conditions, la cholestérine animale ou la phytostérine.
» En résumé, les cholestérines retirées soit des espèces microbiennes, soit des Algues, appartiennent par leurs réactions particulières, aussi bien que par leur facile altérabilité à l'air, an groupe de l'ergostérine comme celles des Basidiomycètes, des Myxomycètes, des Ascomycétes, des Oomycètes et des Lichens que j'ai étudiées dans les Notes antérieures. Dans
(') Comptes rendus, t. CXXI, p. 725.
(911 ) aucun cas je n'ai pu trouver un produit se rapprochant de la cholestérine animale ou des cholestérines des végétaux supérieurs. »
ZOOLOGIE. — Étude sur Vanalomie et l'histologie du rectum et des glandes rectales des Orthoptères ('). Note de M. L. Bordas, présentée par M. Edmond Perrier.
« Le rectum des Orthoptères affecte, dans toutes les famdles, une disposition typique à peu près uniforme. C'est un organe tantôt ovoïde, tantôt rectangulaire ou fusiforme, à musculature épaisse et portant sur ses parois six bandelettes parallèles à l'axe de l'organe, allongées, très apparentes extérieurement et désignées sous le nom de glandes rectales. Ces glandes sont constantes dans toutes les familles de l'ordre des Orthoptères et présentent partout une structure et une forme sensiblement identiques, sauf . chez les Forficllid.i:, où elles sont sphériques et placées suivant deux rangées circulaires alternant d'une rangée à l'autre. Chez les Truxalin.ï, elles sont remarquables par leur extrême longueur. Dans toutes les familles, elles sont caractérisées par l'énorme développement de l'assise épithéliale. Celle-ci est constituée par de grosses cellules rectangulaires à volumineux noyau central plurinucléolé. Ces organes ont été décrits pour la première fois, chez l'Abeille, par Swammerdam. Dans la suite, de nombreux auteurs ont étudié ces glandes chez quelques Insectes, et Gegenbaur les regarde comme des rudiments de branchies trachéennes. L'ensemble de notre travail, qui a porté sur une quarantaine d'espèces appartenant aux diverses familles des Orthoptères, nous a conduit à considérer les bourrelets du rectum [glandes rectales), de tout point semblables à ceux que nous avons étudiés chez les Hyménoptères (-), comme formés par un ensemble de glandes nnicellulaires groupées, intermédiaires, par leur forme, entre les vraies glandes en tube et le's surfaces glandulaires planes.
)) Cliez les FoRFicuLiD*, le rectum présente la forme d'une poche, tantôt ovoïde, tantôt fusiforme, dont la surface est recouverte, à sa partie supérieure et sur ses parois latérales, par de gros faisceaux musculaires servant à faire mouvoir les deux branches de la pince qui termine le corps de Tinsecte. Sur les parois de Torgane, on observe
(') Travail fait au laboratoire de M. le professeur Marion, à Marseille. (^) Voir Appareil glandulaire des Hyménoptères {Annales des Sciences naturelles : Zoologie; 1894)-
G. R., 1898, I" Semestre. (T. CXXVl, N° 12.) I '7
six masses blancliàlres, presque sphéiiques, alternes, disposées suivant deux lignes circulaires et rappelant assez bien les glandes homologues des Sphégiens et des Ichneumons.
» Parmi les Phasmidjî le Phibalosoma pythonius (Westw.) est pourvu d'un rectum présentant, à son origine, un appareil valvulaire interne tout à fait caractéristique, comprenant six valves. Chacune de ces dernières, de structure musculaire, afTecle la forme d'une pyramide triangulaire appliquée, par l'une de ses faces, sur les parois intestinales et présente une base légèrement excavée, tournée vers la région terminale du tube digestif. Ces six valvules, au moment de leur contraction, ferment hermétiquement l'extrémité postérieure de l'intestin et ne laissent, à l'état de repos, qu'une étroite ouverture étoilée.
» Le rectum des Blattid* et des Mantidj: est un organe ovoïde, pourvu de six bandelettes épithéliales, fusiformes et équidistantes, constituant les glandes rectales.
» Les A.CRIDIID-E possèdent un rectum de forme ovalaire et séparé de l'intestin moyen par une valvule annulaire {Pœcilocerus, Pyrgomorpha). Ses parois sont épaisses et possèdent six larges glandes rectales, fusiformes, presque confluentes ou séparées par des sillons parallèles très étroits. Le rectum des Truxalis est ovoïde et très allongé comparativement à celui des autres espèces.
» La paroi interne du rectum des Gryllidje est très irrégulière et présente une série ' de replis ou bandelettes longitudinales (^/a/irfe? rectales), à bords plissés transversalement et frangés, divisant l'organe en un certain nombre de compartiments communiquant entre eux dans la région centrale.
» Les glandes rectales du Decticus verrucii'orus, vues en coupe transversale, présentent une forme triangulaire et comprennent une assise de grosses cellules rectangulaires, à noyau central sphérique ou légèrement allongé et contenant de nombreux nucléoles très apparents. Les noyaux sont généralement entourés d'une auréole blanchâtre. Le protoplasma présente, vers le bord externe de chaque cellule, une structure réticulée et forme, en avant, une série de slriations irrégulières et arborescentes. L'assise cellulaire est recouverte par une membrane ou intima chitineuse, généralement mince, peu sinueuse et à faces parallèles. On compte, en moyenne, sur une seclion transversale, de 4o à 5o cellules entrant dans la constitution d'une glande rectale. Dans les sillons compris entre deux bourrelets glandulaires, la hauteur des cellules diminue brusquement et ces dernières forment alors Vassise chitinogène. Dans l'espace angulaire limité, des deux côtés, par l'assise des glandes, on constate, au milieu du tissu conjonctif, un réseau très compact de filaments trachéens de diflerents diamètres et dont les dernières ramifications pénètrent même jusqu'à la base des cellules. Enfin, l'ensemble de l'organe est enveloppé par une très mince couche de fibres musculaires circulaires et, à l'extérieur, par des muscles longitudinaux, localisés surtout en face des sillons inlerglandulaires.
» Quant au rectum, il présente, en allant de l'intérieur à l'extérieur, les assises suivantes : i° une membrane ou intima chitineuse; 2° une assise cellulaire; 3° du tissu conjonctif et des faisceaux de tubes trachéens; 4° des muscles circulaires, et enfin 5° des faisceaux musculaires longitudinaux et, tout à fait à l'extérieur, une membrane ou tunique péritonéale très mince. »
PHYSIOLOGIE YÉGÉTALF. — Sur tes matières de réserve de la Ficaire. Note de JM. Leclerc du Sablox, présentée par M. Gaston Bonnier.
« La période active de la végétatioa de la Ficaire (F/carta ranunculoides) s'étend du mois de septembre au mois de mai. Pendant tout l'été, au moins dans le Midi de la France, la plante est réduite à un certain nombre de racines renflées et rattachées à un court rhizome. Au mois de septembre, un ou plusieurs bourgeons se développent et donnent des feuilles dont le limbe vient s'étaler à la surface du sol. Dès la fin de décembre, les boutons de fleurs apparaissent et s'épanouissent successivement jusqu'au mois d'avril. Vers le mois de février, de nouvelles racines renflées se forment et se remplissent de matières nutritives, tandis que les anciennes sont peu à peu digérées et se flétrissent. Au mois de mai, les feuilles se dessèchent, les nouvelles racines ont com])lètement rem[)lacé les anciennes, la vie de la plante se ralentit.
» J'ai étudié les tubercules de Ficaire, à peu près de mois en mois, pendant toute la durée de leur développement, du mois de février d'une année au mois de février de l'année suivante; j'ai dosé séparément : les sucres réducteurs, les sucres non réducteurs, la dextrine et l'amidon. Le Tableau suivant renferme les résultats de ces dosages :
22 février ... . i ,o34 0,028(2%) o, 008(0, -"/o) o,o3i(3''/o) o,542(52»/o)
9 mars 1,289 0,007(0,5%) 0,009(0,7%) o,o3i(4%) 0,781 (63 »/(,)
9 avril i,56o 0,039(2%) 0,025(10/0) 0,129(8%) 0,727(46%)
24 mai 3,623 0,076(2%) o,78o(2i7„) o,582(i6%) o.73o(2o»/o)
2 juillet 3,280 o,o54(i%) 1,271(38%) o,246(7»/„) 0,549(16%)
21 août 1,458 0,020(1%) o,23o(i57o) 0,200(17%) o,436(3o%)
2 octobre.... 1,695 o,o36(27o) o,24i(i4Vo) o,363(2i7„) o,4oo(237„)
9D0vembre.. 1,676 o,o32(2"/o) o,244(i4%) o>25o(i4%) o, 334(207»)
18 janvier 1,902 0,173(97,) 0,174(97») o,i85(9 7„) 0,217 (11 7„)
23 février ... . 0,228 0,061(267») 0,017(77») o,oii(47») o,oi4(67»)
M Les tubercules jeunes renferment presque exclusivement de l'amidon ; mais, dans le mois d'avril, une partie de cet amidon devient soluble dans l'eau et se transforme en dextriiie. Au mois de mai, lorsque la végétation se ralentit, ce changement s'accuse encore plus; l'amidon diminue pendant que la dextrine augmente. jMais la transformation de la matière hvdrocarbonée ne s'arrête pas là ; la dextrine provenant de lamidon donne du sucre
( 9'4 ) non rédacteur. Au mois de juillet, lorsque la vie de la plante est le moins active, le sucre non réducteur atteint un maximum et constitue beaucoup plus de la moitié de la réserve totale. A partir du mois d'août, lorsque la végétation active recommence, une transformation inverse se produit et une partie du sucre revient à l'état de dextrine et d'amidon. Puis, la plante vivant aux dépens des réserves accumulées dans ses racines, les matières amylacées, aussi bien que les sucres non réducteurs, sont transformées en glucose qui est assimilé; la proportion de ce dernier composé n'augmente néanmoins d'une façon sensible qu'à partir du mois de décembre.
» l,es courbes ci-jointes ne sont que la représentation graphique des
IV^maPs
l"juillet
VJnovembre
Courbes des substances emmagasinées dans les tubercules, indiquant la variai ion de leur proportion relative pendant les saisons.
résultats portés au Tableau précédent; l'une (i) montre les variations de la proportion des matières amylacées (dextrine et amidon), l'autre (2) la variation des sucres non réducteurs, et la troisième (3) la variation des sucres réducteurs. Les variations en sens inverse des matières amviacées
( 9i5 ) et (les sucres non réducleurs montrent que ces deux sortes de substances se remplacent comme réserve suivant les phases du développement. Pendant la vie ralentie, la reserve est surtout sucrée; après et avant elle est surtout amylacée.
» Dans le cours de révolution de la plante, l'amidon se transforme donc en dextnne puis en sucre non réducteur dans deux circonstances : i° en mai et juin lorsque la vie se ralentit; alors la transformation s'arrête au sucre non réducteur qui est mis en réserve; -2° à partir du mois d'octobre lorsque les réserves sont consommées; mais alors le sucre non réducteur provenant des matières amylacées donne, à son tour, du glucose directement assimilable.
» ].es choses se passent à ce moment comme dans les autres plantes à réserve amylacée. Entre ces deiix phases, vers le mois d'aoùl, une transformation inverse se produit et une partie du sucre repasse a l'état d'amidon.
1) Je reviendrai, dans un travail plus étendu, sur l'étude des réserves de la Ficaire et de quelques autres plantes; j'ai seulement voulu, dans cette Note, attirer l'attention sur les transformations de la réserve hydrocarbonée pendant la période de vie ralentie. »
GÉOLOGIE. — Tectonique de la région secondaire et montagneuse comprise entre les vallées de l'Ouzom et d' Aspe (^Basses-Pyrénées). Note de M. J. Secnes, présentée par M. Michel-Lévy.
« Entre la plaine sous-pvrénéenne et les hautes montagnes formées de terrains primaires avec lambeaux de Crétacé supérieur s'étend une large et longue région montagneuse de terrains secondaires (Crétacé inférieur. Jurassique et Trias). Dans les points où la succession est normale, le Jurassique, traversé par des pointements d'ophite, supporte la succession suivante :
» 1° Calcaires plus ou moins dolomitiques ou pas, bien lités : E.vogyra, Pecte/i, Pleuromia, A'erùiea, etc.
» 2° Schistes plus ou moins calcaires, souvent argileux, terreux par décomposition, avec calcschisles et bancs calcaires : Hoplites Deshayesi, Hoplites sp., Doui'illeiceras Martini, Beleninites semicanaliculatus, Exogyra aquila, Plicatula placunea, Janira atai'a, Terebratula sella, Echinospatagus Collegnoi, etc. (Faune aptienne).
» 3° Calcaires souvent coralliens, formant des crèles parfois très étendues en longueur et d'épaisseur variable. La partie inférieure est surtout caractérisée par des Toucasia, Orbilolina; en quelques points on trouve, au sommet, des Chamacés particuliers.
» 4° Schistes souvent calcaires, avec calcschisles el parfois bancs de calcaires. Les
schistes sont parfois ardoisiers et exploités en divers points. Ils sont très peu fossilifères : Belemnites minimus (type), Belemnites semicanaliciilatus (?), Rhynchonella sulcata, Ammonites (frag. ind.) (Faune albienne).
n Ces derniers schistes présentent parfois des bancs lenticulaires de calcaire corallien. Au nord de la région, ils sont recouverts en concordance par le flysch cénomanien. Ces deux formations présentent, à l'ouest d'Arudy, des filons et des pointements assez importants de porpliyrites à amphibole.
» La région montagneuse et secondaire dont nous venons d'indiquer la composition est très plissée; les plis sont parallèles et dirigés suivant l'orientation moyenne de la chaîne; leur nombre varie dans l'étendue de la région. En général, ils sont plus ou moins obliques, penchés vers le sud et plus ou moins dénudés. Plusieurs d'entre eux se transforment en plisfailles sur une partie plus ou moins importante de leur parcours et présentent celte particularité que, sur le flanc nord, la succession des assises est régulière, tandis que, sur le flanc sud, la voûte jurassique dénudée se trouve en contact avec les schistes albiens ou le calcaire à Toucasia. Tel est le cas : i° de l'anticlinal le plus septentrional (Castet, Billières), dont la crête calcaire à Toucasia du flanc nord domine la plaine sous-pyrénéenne; 2" de l'anticlinal qui vient immédiatement au sud du précédent (nord de Sarrance). Ces plis disparaissent plus ou moins rapidement et quelquefois momentanément à l'ouest de la vallée de Lourdios sous le recouvrement des bandes synclinales des schistes albiens qui occupent de si grandes surfaces aux environs de Lourdios, Arette, Issor, Aramits, Lanne, Tardets, etc. »
PALÉONTOLOGIE. — Sur la classification phylogénique des Lamellibranches. Note de M. H. Docvillé, présentée par M. Albert Gaudry.
« Les classifications plivlogéniques ont pour objet de ranger les êtres suivant leur ordre de succession dans le temps; ce sont les seules classifications vraiment naturelles, puisqu'elles reproduisent un arrangement, qui a réellement existé, tandis que les autres classifications sont toujours plus ou moins des vues de l'esprit. Elles reposent essentiellement sur l'étude des formes fossiles et ne peuvent donc être fondées que sur des caractères qui ne disparaissent pas par la fossilisation.
» De là l'importance de la classification proposée par Neumayr pour les Lamellibranches et qui est basée essentiellement sur la structure de l'appareil cardinal ; il distingue ainsi cinq ordres, Taxodonles, Dysodontes,
( 917 ) Desmodontes, Hëtérodonles et Cryptodonles ; ce dernier, très incomplètement connu, pouvant être laissé provisoirement de côté.
» L'étude de l'appareil cardinal a été reprise par MM. Munier-Chalmas et Bernard; ce dernier a montré en particulier que les Taxodontes et les Dysodontes présentaient un même tjpe de charnière, tandis que, sons ce même point de vue, les Desmodontes ne différaient pas des Hétérodontes; il n'y a donc que deux types, le premier midlidenté et le second paucidenté, dans lequel les lamelles dentaires se réduisent sur chaque valve à deux, en avant et en arrière. Du reste, les dents alternent toujours régulièrement sur les deux valves. En outre, on observe deux bandes crénelées sur la prodissoconque des multidentés.
M Nous avons eu précédemment l'occasion de constater, chez les Pectinides, l'influence considérable du mode d'habitat sur la forme de la coquille; cette même influence se retrouve dans toute la classe des Lamellibranches et peut fournir des caractères importants pour la classification.
» D'après les travaux des naturalistes, le type normal des Lamellibranches correspond à des animaux qui rampent librement sur leur pied ventral à la manière des Gastropodes ; dans ce cas, le Mollusque se tient en équilibre sur son pied, et il est nécessaire, pour cela, qu'il soit symétrique par rapport au plan de jonction des valves et que les deux côtés antérieur et postérieur soient de dimensions analogues; le pied est situé à peu près au milieu de la région ventrale ; qunnd l'animal rampe sur un plan horizontal, Vaxe anléro-posiérieur est également horizontal ; la coquille est symétrique (orthoconque) et équivalve, subéquilatérale et homomyaire ; elle n'est pas baillante puisqu'elle doit garantir complètement l'animal qu'elle recouvre, et les dents cardinales sont bien développées. Ces caractères'se retrouvent dans les Taxodontes et dans les Hétérodontes qui représentent les formes normales primitives; ils offrent du reste des variations plus ou moins considérables qui dépendent principalement des modifications que ces animaux éprouvent dans leur faculté locomotrice.
» Ainsi, dans les Taxodontes, nous voyons que les Arcidés se fixent par un byssus sécrété par le pied; la coquille devient alors inéquilatérale par le développement prépondérant du côté postérieur ; le pied byssifère se déplace du côté antérieur et sa position est souvent indiquée par une échancrure de la coquille; la charnière devient rectiligne et fréquemment les dents s'allongent parallèlement à la ligne cardinale, ce qui entraîne la diminution de leur nombre. L'animal vient-il à recouvrer sa motilité {Pectunculus), la coquille redevient équilatérale.
)) Ces modifications deviennent bien plus profondes dans les Dysodontes; le byssus prend une importance de plus en plus grande et se déplace progressivement vers le côté antérieur amenant l'atrophie progressive du muscle antérieur; l'animal devient essentiellement anisomyaire. Tantôt il reste symétrique comme dans les Mytilidés, tantôt il se couche sur le côté, et toujours sur le côté droit, et, le déplacement du byssus continuant toujours, le muscle antérieur disparaît complètement; la coquille devient d'abord pleuroconque, puis monomyaire. En même temps l'appareil cardinal diminue beaucoup d'importance et se réduit à un petit nombre de lamelles, ou même disparaît complètement.
» Mais l'animal peut aussi perdre sa motilité en s'eufoncanldans la vase et en vivant dans un trou à la manière des Pholades. Dans ce cas, l'animal est encore symétrique et orthoconque, mais son axe antéro-postérieur devient vertical : la coquille, cjui est moins nécessaire pour protéger l'animal, devient baillante, et comme elle n'a plus besoin de s'ouvrir ni de se fermer, l'appareil cardinal s'atrophie plus ou moins; c'est le cas de la plupart des Desmodontes anciens (Pholadomyes, Pleuromyes). Mais, à une époque plus récente, certains de ces animaux recouvrent progressivement leur motilité et l'appareil cardinal reprend son importance; il se réduit d'abord à la partie centrale des lamelles dans les Solénidés, à laquelle s'ajoutent ensuite les dents latérales, lorsque l'animal est redevenu libre et la coquille non baillante, comme dans les Mactres.
» Les Desmodontes forment ainsi un. groupe naturel dérivé primitivement des Hétérodontes et s'en écartant beaucoup dans les temps anciens, mais convergeant de nouveau vers ce type aux époques plus récentes.
» Les Hétérodontes, qui représentent le type normal paucidenté, paraissent presque aussi anciens que les Taxodontes; il est cependant probable qu'ils en dérivent par la diminution du nombre des lamelles suivant un processus analogue à celui que l'on suit chez les Dysodontes ; quant à la disparition des bandes crénelées, on ne pourrait guère l'expliquer que par une accélération dans le développement embryonnaire.
» Les Hétérodontes se fixent fréquemment d'une manière intermittente par un byssus; quand ce byssus se développe, nous retrouvons les modifications signalées plus haut; dans les Dyssocardium, éocènes et dans les ïridacnes, la coquille présente une large échancrure byssale, le pied s'est déplacé vers le côté antérieur, amenant ainsi l'atrophie du muscle antérieur. Une modification analogue, mais plus ancienne, correspond aux Congéries, qui reproduisent exactement la forme des Mytilidés.
)' Les Hétérodontes peuvent aussi se fixer aux rochers; ils deviennent alors pteuroconques, c'est le cas des Rudistes.
» En résumé, je considère les Taxodontes comme représentant la souche normale primitive de laquelle sont dérivés presque aussitôt les Hétérodontes par simplification de la charnière et accélération du mode de développement; les Dysodontes sont des Taxodontes progressivement modifiés par leur fixation byssale, tandis que les Desmodontes sont des Hétérodontes originairement transformés par leur emprisonnement dans la cavité qu'ils se sont creusée. »
PHYSIOLOGIE. — De (a visibilité des rayons X peu- certains jeunes aveugles. Note de iM. Foveal' de Cocrmelles, présentée par M. Marey.
« A l'Institution des jeunes aveugles, 240 élèves ont été examinés par moi, avec le concours de À\I. Ducretet (les diagnostics avaient été faits par xM. le Dn^aneloll).
» On a évité les illusions d'optique, si fréquentes chez les aveugles dont l'attention est attirée sur un point, en employant une bobine de 25'^" d'étincelle, avec interrupteur Ducretet à moteur séparé; de sorte que, ce moteur marchant toujours et produisant un bruit uniforme, on pouvait interrompre à volonté la production des rayons X, On n'a retenu que les aveugles suivant bien les variations d'apparition ou de cessation des rayons X.
» On a isolé ceux-ci en enveloppant d'un épais voile noir le tube de Crookes ; ce qui a constitué une première série d'expériences d'autant plus intéressantes que l'œil physiologique normal ne perçoit pas les rayons X et que, seule, la plaque photographique se voile par l'action de ces rayons obscurs. On a opéré également avec le tube de Crookes voilé, avec, en face de lui, l'écran au platinocyanurede baryum, pour étudier la visibilité des rayons fluorescents. Dans la troisième série de recherches, le tube de Crookes à découvert était très lumineux, grâce à sa lumière cathodique caractéristique.
» Voici les résultats : sur ces 240 élèves, 36 sont presque des voyants normaux, moniteurs ou employés, et ont été éliminés. Restent 204 qui, placés dans l'obscurité en présence du tube de Crookes enveloppé d'un voile noir, ont fourni neuf sujets, cinq filles et quatre garçons, percevant les rayons X.
G. R., 1898, 1" Semestre. (T. CXXVI, N" 12.) I I <^
» Une jeune fille de i8 ans, atteinte aux deux yeux d'un grand coUobome de l'iris et à l'œil gauche d'une cataracte congénitale et de l'atrophie du nerf optique, voj'ant un peu à l'élat normal, a perçu les ravons X, les rayons cathodiques et les rayons fluorescents.
» Une autre, de i4 ans et demi, un peu voyante, atteinte aux deux yeux d'atrophie du globe, voit les rayons X, cathodiques et fluorescents.
» Une troisième, de i6 ans et demi, ayant à peine la sensation de la lumière, à leucome adhérent des deux yeux, voit les rayons X et cathodiques, et pas les fluorescents.
» Une quatrième, de i8 ans, absolument aveugle, atteinte à l'œil gauche d'atrophie partielle du globe, d'irideclomie, de cataracte probablement traumatique, d'iritis et, à l'œil droit, de bouphtalmos, de leucome adhérent au côté interne et inférieur, d'amaurose, voit les rayons X, mieux les rajons cathodiques, et pas du tout les rayons fluorescents.
» Une cinquième de 23 ans, de vue bonne, monitrice, voit les rayons X et cathodiques « rouges comme le soleil », dit-elle.
» Les garçons ont été moins intéressants, quoique plus nombreux. Trois seulement ont perçu les rayons X ou accusé de la lumière : le premier, i3 ans, présente de l'arrêt de développement et voit très peu normalement (sur huit enfants de cette famille à père et mère consanguins, les quatre de rang pair sont aveugles; sa sœur, également à l'Institution et qui présente de l'atrophie des globes, surtout à droite, ne voit que les rayons cathodiques et fluorescents, seulement de l'œil gauche), il perçoit les rayons X, cathodiques et fluorescents delà façon la plus nette.
» Un deuxième, du même âge, ophtalmie purulente, voit également à peine la lumière; il perçoit les rayons X, cathodiques et fluorescents.
» Un troisième, i5 ans et demi, à la suite de la même aireclion, est également presque totalement aveugle, il perçoit les rayons X et très peu les autres rayons.
» Un quatrième, atteint de cataracte congénitale, âgé de 20 ans, presque voyant, perçoit les trois groupes de rajons qui nous occupent.
» Deux aveugles presque complets : un garçon de i5 ans atteint d'ophtalmie, une jeune fille de 21 ans ayant à gauche de l'atrophie du globe et de la cyclite, à droite de l'iridocyclite avec cataracte calcaire, ont accusé de la douleur dans les yeux lors de la mise en marche du tube de Crookes; cette douleur a continué pendant toute la durée de l'expérience pour la jeune fille, et a cessé de suite pour le garçon.
» 81 aveugles (6:4 garçons et 17 filles) avec atrophie du globe ou du nerf optique, arrêt de développement, ne perçoivent absolument rien, ni la lumière normale, ni celle des tubes de Crookes.
» Pour les autres, voyant plus ou moins bien la lumière, les rayons cathodiques et les ravons fluorescents ont été perçus, mais les premiers mieux que les seconds.
» Contrairement à ce qui a été affirmé par des observateurs ayant opéré sur des cas restreints (deux ou trois aveugles) et en des conditions mal définies, les aveugles complets et par lésion centrale n'ont rien perçu. Seuls, des aveugles par lésion périphérique, et ayant une très vague perception de
( 9^1 ) la lumière, ont figuré dans les neuf sujets percevant les rayons X, alors que d'autres, plus vovants, n'en ont pas eu la notion.
» Il est d'ailleurs impossible de tirer des conclusions définitives de ce travail, malgré le grand non)bre d'aveugles observés; il parait, cependant, résulter que la rétine peut acquérir, dans certains cas de cécité, une hyperacuité comparable à la sensibilité de la plaque photographique qu'impressionnent les rayons X. »
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Applications de la Radiographie à l'étude des malformations digitales. Note de MM. Albert Loxde et Henry 3Ieige, présentée par M. Marev.
« Nous avons l'honneur de présenter à l'Académie un certain nombre de radiographies de malformations congénitales des doigts. La nouvelle méthode permet de noter toutes les particularités de nombre, de siège, de forme et de structure des segments osseux normaux et anormaux.
» Elle donne des renseignements précis au chirurgien qui pourra décider, en connaissance de cause, de l'opportunité de son intervention.
)) En collectionnant les documents de ce genre, on arrivera peut-être un jour à apporter un peu de lumière sur les lois qui président à l'apparition de ces anomalies.
» Les sujets dont les observations suivent ont été radiographiés dans le laboratoire photographique de la Salpètrière (service de M. le professeur r.avmond).
Pla>CHE I ('). — FOLVDACIÏLIE.
» Homme, 3i ans, sexdigitaire complet. Auriculaire surnunit'raire aux deux mains et aux deux pieds.
» Aux mains, le doigt surnuméraire est situé sur le bord cubital de la main, prolongeant la série des doigts normaux. Il est pourvu de trois phalanges; la phalangine, très courte, est soudée à la phalange.
» A droite, le doigt surnuméraire est articulé sur l'extrémité inférieure du cinquième métacarpien qui présente à cet eilet une double tète articulaire.
» A gauche, le doigt surnuméraire s'articule sur une tubérosité que présente le cinquième métacarpien en son milieu, sur le bord externe.
(') L'observation détaillée de ce cas a été publiée in extenso : A. Lcsde et He>rt Meige, Radiographies [d'un sexdigitaire {Nouvelle Iconographie de la Salpètrière, Fasc. I; jan\ier-février 1897).
» Ces deu\ métacarpiens sont nolablement plus gros que leurs voisins et semblent formés par la soudure de deux os accolés.
» Alix pieds, le sixième doigt, à gauche comme à droite, prolonge sur le bord externe la série des orteils normaux et s'articule par une facette articulaire spéciale sur la tête du cinquième métatarsien, qui est également plus volumineux que ses congénères.
Planche II ('). — Polydactylie.
» Homme, 23 ans, sexdigilaiie complet. Auriculaire surnuméraire aux deux mains et aux deux pieds.
» La main gauche a été opérée de son sixième doigt, pendant la jeunesse.
» La main droite présente un auriculaire supplémentaire, pourvu seulement de deux phalanges, et s'arliculant par une lubérosité développée sur l'extrémité inférieure du cinquième métacarpien, du côté cubital; ce dernier os est de ^ohIme plus gros que dans la normale.
» hs pied droit est pourvu d'un cinquième orteil supplémentaire, pourvu de deux articles osseux, et s'articulant du côté externe sur la tête du cinquième métatarsien notablement augmenté de volume.
» Au pied gaiiclie, le cinquième orteil surnuméraire s'articule sur une tubérosité développée sur le côté externe du cinquième métatarsien. En outre, tous les orteils sont déviés vers le bord externe du pied, rappelant ainsi la déformation décrite à la main sous le nom de doigts en coup de vent.
PLA^'CHE III ('). — POLYnACTYLIE.
» Femme, sexdigitaire. Annulaire surnuméraire aux deux mains et aux deux pieds.
» Main gauche. — Un annulaire supplémentaire est situé entre le quatrième et le cinquième doigt. Il est pourvu de trois articles osseux, grêles et d'un tissu peu compact; la phalangine est soudée à la phalange.
» Entre le quatrième elle cinquième métacarpien on distingue la tète d'un quatrième métacarpien adventice. L'auriculaire normal est en outre pourvu, sur le côté externe, d'un rudiment de doigt charnu, pourvu d'un rudiment d'ongle, mais ne contenant aucune pièce osseuse.
B Main droite. — Disposition loule différente : les deuN annulaires, le normal et l'anormal, sont soudés vers leur attache métacarpienne. Les deux phalanges s'écartent en formant un V très ouvert; les phalanges et les phalangines se rapprochent de façon à constituer une sorte de pince.
» Une masse osseuse peu épaisse représente un rudiment de tôle métacarpienne adventice.
» Pied gauche. ■ — Un quatrième orteil surnuméraire et un vestige de quatrième métatarsien afFcctent une disposition analogue à celle qu"on observe sur la main gauche.
{') Observation de A. Londe et Ilenrv Meige.
PlaXCUE I\' ('). — ECTRODACTTLIE ET STXDACTYLIE.
» Absence congénitale de deux doigts à chaque main {annulaire et auriculaire). — Syndactylie des doigts index et médius. — Svndactylie partielle des deuxième et troisième orteils.
» Main gauche. — Les trois phalanges et les métacarpiens de l'index et du mt'-dius sont visibles. Les deux phalangettes sont soudées.
» Main droite. — Même disposition, sauf la soudure des phalangettes. En outre, on distingue entre les dernières une troisième phalangette et, au-dessus, deux masses osseuses mal développées, représentant le squelette d'un troisième doigt rudimentaire.
» Aux pieds. — Les phalanges des deuxième et troisième orteils sont indépendantes quant à leur squelette, mais reliées par les parties molles.
Pla.nche V.
» A. Ectrodactylie (-) réalisant la disposition dite en pinces de homard. » Absence complète des deuxième, troisième et quatrième métacarpiens et des doigts correspondants.
>i Rudiment de pouce et d'auriculaire.
» B. Macrodactylie (^) du médius et de l'index de la main gauche.
» Cet D. Syndactylie (*) des doigts médius, index et annulaire à chaque main.
» Ectrodactylie partielle ; absence de phalangines.
» Vices de développement multiples des doigts. »
PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE. — Application de la radiographie à l'étude d'un cas de myxœdéme {développement du système osseiix sous V influence du traitement thyroïdien^ ('). Note de MM. Geouges Gasxe et Albert Lo\DE, présentée par ;M. Marey.
« Les radiographies que nous avons l'honneur de présenter à l'Académie montrent l'état du squelette dans un cas de mvxœdème infantile et
(') Observation de F. Raymond et P. Janet. — Malformation des mains en «pinces de homard » chez une épileptique. {.\oui\ Iconographie de la Salpêtrière, t. X; iV6; 1897).
(') Observation de A. Londe et Henry Meige. Inédite.
(') Observation de R. Cestan. — In IVoui'. Iconographie de la Salpêtrière; X" 6;
(') Observation de A. Londe et Henry Meige. Inédite.
(') Travail de la clinique des maladies du système nerveux, service de M. le professeur Raymond.
les modifications que le traitement thyroïdien a manifestement provoquées dans le développement du système osseux.
» Entré à la Salpêtrière dans le service de M. le professeur Raymond, le 2 juin i8()7, ce malade présentait au grand complet tous les signes classiques du myxœdème. 11 faut dire que les premières manifestations de cette maladie n'ont apparu qu'à l'Age de 4 ans, que la constitution et la taille étaient normales à la naissance et que le développement a été suffisant pendant les trois premières années. Actuellement O... a 19 ans et n'a que i'",o3 de hauteur; ses os paraissent du reste assez bien proportionnés, malgi'é ses jambes cagneuses et ses pieds bots.
» Nous avons radiographié le thorax et les épaules, les coudes et les avant-bras, les poignets, les mains, les genoux, les jambes et les pieds. La persistance des cartilages de conjugaison et surtout l'absence de toute trace d'ossification dans la plupart des épiphyses permettent de rapprocher le squelette de notre malade de celui d'un enfant de 2 ans et demi. En prenant la main comme exemple on voit que, des os du carpe, seuls le pyramidal, le grand os et l'os crochu sont visibles, qu'on devine à peine les points complémentaires de l'extrémité inférieure des métacarpiens, qu'on ne voit aucune trace de ceux des phalanges, des phalangines ou des phalangettes, sauf aux phalangettes du médius et de l'annulaire où ils commencent à apparaître.
» Le traitement a consisté dans l'administration de corps thyroïde de mouton en nature : du 17 juin au 27 octobre le malade a absorbéôi lobes. Sans parler des modifications profondes des autres symptômes, nous constatons, du côté du squelette, d'abord l'augmentation de la taille (4*^™), puis des progrès considérables de l'ossification. Un petit disque osseux parfaitement net représente le point complémentaire des deux phalanges du pouce et de son métacarpien qui se comporte comme une phalange, ceux des trois phalanges de chacun des autres doigts; les quatre derniers métacarpiens sont surmontés d'un noyau globuleux de nouvelle formation ; le carpe s'est dévelopjjé et le trapèze ainsi que le trapézoïde se distinguent nettement. Partout, au poignet, au coude, à l'épaule, au genou oii la rotule est enfin visible, au cou-de-pied, au pied, on assiste à l'apparition de noyaux nouveaux, ou au développement et parfois à la soudure des épiphyses qui avaient commencé déjà à s'ossifier avant le traitement. Cette soudure est loin d'être réalisée partout et il est certain que nous pourrons encore constater des modifications du squelette et de la taille chez ce malade. »
PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE. — Paralysie expérimentale sous V influence des venins. — Altérations de la moelle (^poliomyélite) et des nerfs (névrite). Note de AOI. Charrix et Claude, présentée par M. d'Arsonval.
« On sait que des accidents nerveux variés, troubles moteurs, sensitifs, réflexes, etc., se développent parfois à la suite des piqûres ou morsures de certaines espèces de vipères ou de serpents. — Grâce à une série de recherches, poursuivies avec la collaboration de M. Phisalix, nous avons pu, en premier lieu, observer ces accidents chez l'animal et, en second lieu, découvrir à quelles lésions correspondent ces désordres.
» Le 4 novembre 1897, on injecte à un lapin de l'extrait de sangsue, le produit de cinq têtes; puis, quelques jours après, on introduit sous sa peau i"?'' de venin.
» Ce lapin, vacciné contre l'action coagulante de ce venin sous l'influence de l'extrait de sangsue ( ' ), résiste à ce poison. Néanmoins, cette immunisation n'étant pas absolue, on voit survenir un amaigrissement marqué, qui cependant cesse assez promptement. L'animal paraissait aller assez bien, lorsque, vers la fin de décembre, se sont développés des accidents progressifs caractérisés par de la faiblesse, par de l'atrophie musculaire. — Le 22 janvier 1898, l'évolution de ces accidents permettait de constater l'existence d'une paraplégie spasmodique, avec retards dans la sensibilité, dans les réactions réflexes; il existait aussi des troubles trophiques, une parésie prononcée des membres antérieurs. — Bientôt les muscles du tliorax ont cessé de fontionner; l'asphvxie a déterminé la mort.
» L'examen histologique de l'appareil nerveux a permis de déceler les causes de ces accidents.
» Les nerfs, surtout ceux des membres antérieurs, sont atteints d'une névrite parenchvmateuse prononcée; la myéline est segmentée, réduite en boules plus ou moins grosses.
» Les coupes de la moelle, traitées au picro-carmin, à l'hématoxvline, à la méthode de Pal, révèlent une congestion intense. — La technique de Nissl, l'hématoxyline de Delafilde font découvrir des lésions cellulaires plus ou moins marquées suivant les régions, légères dans la zone cervicale, moyennes dans la partie dorsale, considérables dans le segment lombaire, plias encore au niveau de la terminaison.
(') C'est M. Phisalix qui a préparé pour ainsi dire cet animal; c'est, du reste, à cet auteur qu'on doit les notions relatives aux procédés de vaccination partielle ou totale contre les venins, comme on lui doit, au sujet de ces venins, une foule d'autres notions.
)) Dans le haut, on observe un protoplasma plus granuleux qu'à l'élat normal; les cellules offrent quelques déformations. — Eu descendant d'étage en étage, ces granulations, aussi bien que ces déformations, augmentent; les noyaux deviennent indistincts; les prolongements cellulaires sont plus grêles. — Dans les territoires lombaire et sacré, les éléments chromatophiles disparaissent; des vacuoles se montrent de plus eu plus nombreuses en se rapprochant de l'extrémité inférieure; on distingue difficilement les masses nucléaires; les expansions sont tordues, filiformes; la congestion est excessive; la prolifération est manifeste, surtout au niveau du groupe antéro-interne, vers la partie de la substance moyenne grise; en ce point, les cellules embryonnaires sont assez nombreuses.
» L'examen des centres supérieurs, de la protubérance, du bulbe, etc., révèle aussi quelques altérations.
» En somme, on constate l'existence d'une poliomyélite lombo-sacrée associée à des névrites prédominantes dans les membres antérieurs; les lésions centrales paraissent tenir, de préférence, sous leur dépendance, les troubles morbides des pattes postérieures; les lésions périphériques sont plutôt en rapport avec les désordres moteurs de ces membres antérieurs.
» Cette coexistence d'altérations centrales et périphériques, indépendantes les unes des autres, nous paraît de première importance pour la solution de certains problèmes de neuro-pathologie. — De plus, ces résultats donnent la clef des phénomènes nerveux observés. — En outre, ils montrent que les venins, comme les toxines, engendrent et ces phénomènes nerveux et des lésions de la moelle ou des nerfs; or l'un de nous a montré depuis longtemps que les poisons microbiens sont capables de faire naîlre des désordres relevant du névruxe. Ainsi se poursuit, à un nouveau point de vue, le parallèle établi à tant d'autres égards entre ces toxines et ces venins. »
PHYSIQUE DU GLOBE. — Sur /es éruptions du Vésuve. Note deM. E. Semmola, présentée par M. Mascart.
« Les diverses phases d'activité du Vésuve pendant la période éruptive actuelle, commencée le 3 juillet iSqo et qui coutinue encore," out été étudiées dans le but de savoir s'il existe une relation quelconque entre les jours où les coulées de lave out été en augmentation ou en diminution et les dates des phases lunaires relatives aux mêmes époques.
» Depuis juillet 1891 jusqu'à juillet 1897, il y a eu 265 jours où les coulées de lave ont été en augmentation ou en diminution. Dans la même période de temps, s'accomplirent io3 phases lunaires; donc, en 1G2 jours, l'activité du Vésuve s'est produite sans aucune relation avec l'âge de la Lune. Les intervalles de temps entre deux variations successives dans l'activité du volcan sont excessivement variables, quelquefois de la durée de quelques heures et quelquefois de plusieurs jours, et même de plusieurs semaines, en opposition avec ce qui arrive pour les phases lunaires.
» Enfin, de l'examen de l'état du volcan aux époques des phases lunaires il résulte que les jours de la nouvelle ou de la pleine Lune ont été 22 fois en augmentation, i3 fois en diminution, et 17 fois l'activité du volcan est restée stationnaire. Pour les jours de premier et de dernier quartier de la Lune, 21 fois les laves ont été en augmentation, 12 fois en diminution, et 18 fois sans variations.
» Les faits observés pendant deux années ne confirment donc pas l'hypothèse, émise par quelques savants, que l'attraction luni-solaire doit agir sur les masses ignées fluides souterraines comme sur les eaux de la mer, auquel cas la période de la plus forte activité volcanique devrait se produire pendant les phases de nouvelle ou de pleine Lune, et la plus faible pendant les phases de premier et de dernier quartier. »
M. le Directeur des Services de i.a Compagnie des Messageries jiari- TI.MES transmet à l'Académie un extrait d'un Rapport de M. le lieutenant de vaisseau Bourdon, commandant le Yang-Tsé.
Cl .... La traversée de la mer Rouge fut marquée par la capture bien inattendue d'un énorme poisson qui se fit prendre par l'élrave du navire et qui, tenu en travers, opposait une telle résistance à la marche que la diminution de vitesse fut presque immédiatement remarquée. On travailla à le dégager et nous tentâmes de l'embarquer après l'avoir élingué; mais son poids était tellement considérable qu'à peine hors de l'eau il occasionna la rupture de la chaîne du treuil. Nous dûmes le suspendre à l'avant du navire au moven d'une amarre. A Djibouti, l'animal fut remis à un médecin naturaliste qui reconnut un Lamantin de l'espèce appelée Dugong, espèce que l'on considérait comme dispai'ue depuis un siècle. ... »
G. R., 1898, I" Semestre. (T. CXXM. N" 12.)
M. S. KANTon adresse une réclamation de priorité à l'occasion de plusieurs Notes de M. Paul Serret, insérées dans les Comptes rendus, pendant le second semestre do 1897 et relatives à l'hypocycloïde à trois i-ebroussements :
« Mori Mémoire est inséré dans les Silzungsberichle der Akademie der Wissenschaflen Wien, Band 78, Jahrgang 1878, p. 2o4 à 233. Un extrait a paru en 1879 dans le Bulletin des Sciences mathématiques et astronomiques. de MM. Darboux et Houël.
» Le but principal des quatre Notes de M. Serret était d'établir pour le 5-6-7-latère circonscrit à rhypocycloïde à trois rebroussements des propriétés caractéristiques.
» AlapageaiS de mon Mémoire se trouve sou théorème sur le 5-latère; à la page 2ah, son théorème sur le 6-Jatère; à la page 226, la propriété du 7-latère.
» Mon Mémoire m'a été inspiré par la lecture du travail de Auguste Miquel, inséré dans le Journal de Liouville; ma méthode me permet d'énoncer pour le 9-. . ./j-lalère, où n est quelconque, les propriétés caractéristiques analogues à celles qui se rapportent au 5-6-7-8-latère. La méthode de M. Serret s'y prêterait peut-être moins facilement. »
M. CiiAPEL adresse une Note ayant pour titre : « Relations harmoniques des planètes supérieures ».
r>a séance est levée à 4 heures un quart. M. B.
BULLETI.N BIBLIOGRAPHIQUE.
Ouvrages reçi;s dans la séanci: di ', i MAits 1898.
Bulletin des Sciences mathématiques, rédigé par MM. Gaston Dahboux et .Jules Ta?<nerv. Deuxième série. Tome XXU. Février 1898. Paris, Gautliier-Villars et fds, 1898; i fasc. in-8".
Les gaz de l'alniospliète. Hisloiie de leur découverte, par William Ramsay, «le la Société royale de Londres, Correspondant de l'Institut de France. Traduit de l'anglais par Georges Charpy, Docteur es Sciences. Paris, G. Carré et C. Naud, éditeurs, 1898; i vol. in-S". (Présenté par M. A. Cornu.)
La Mathématique. Philosophie. Enseignement, pai' C.-A. I.\isant, Répétiteur à l'Ecole Polytechnique, Docteur es Sciences. Paris, G. Carré et C. Naud, 1898; I vol. in-8''. (Présenté par M. Poincaré.)
Précis élémentaire de la théone des fonctions elliptiques avec Tables numériques et applications, par Llcien Lévy, Examinateur d'admission et Répétiteur d'Analyse à l'École Polytechnique. Paris, Cauthier-Villars et fds, [898; 1 vol. in-8°. (Présenté par M. Poincaré.)
Climatologie de la région de Paris, par Joseph Jaubert, Chet du Service physique et météorologique de l'observatoire municipal de Montsouris el annexe Tour Saint-Jacques. Paris, Baudry et C'*', 1898; i vol. in-8". (Présenté par M. Mascart. )
Mélanges géologiques, par G. Dewalque, Docteur en iNIédecine et en Sciences naturelles, etc. Septième série. Bruxelles et Liège, 1890-1897; I vol. in-8''. (Hommage de l'auteur. )
Revue générale des Sciences pures et appliquées. N" .">. ij mars 1898. Directeur: Louis Olivier, Docteur es Sciences. Paris, G. Carré et C. Naud; I fasc. in-4''.
Musée botanique de Leide. Livr. 4-8. Leide; 8 fa«c. in-4°.
Il Sole e rUnif,erso, appunli di Aslronomia e Geologia di Girolamo MarzoccHi. Bologna, 1898; i vol. in-8°.
ERRATA
(Séance du 21 mars 1898.)
Noie de M. A. Chmiveau, De l'importance du sucre considéré comme aliment, etc. :
Pai^e Soi, ligne 24, nu lien de tout élément, lisez tout aliment de relte nature.
Note de M. G. Vincent, Sur la conductihilité électrique des lames minces d'argent, etc. :
Pages 820 et suivantes, changez partout \i. (microns) en ;ji;jl (millionièmes de millimètre), sauf en un seul endroit, page 822, ligne i i en remontant.
COMPTES RENDUS
DES SÉANCES
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES
PRÉSIDENCE DE M. WOLF
MEMOIRES ET COMMUIVICATIONS
DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE
CHIMIE. — Etude préliminaire d'une méthode de dosage de l'oxyde de carbone dilué d'air; par M. Armand Gautier.
n Le dosage de l'oxyde de carbone dans l'air des villes populeuses, telles que-Paris ou Londres, aurait la plus grande importance au point de vue de l'hygiène urbaine et de la pathogénie de certaines affections. On connaît l'extrême toxicité de ce gaz, même très dilué, et nul doute que, dans certaines conditions, il ne se rencontre en proportions nuisibles dans l'air des quartiers où la population est la |)lus dense, les foyers les plus nombreux, l'industrie la plus active. A certaines heures, surtout dans les saisons froides, des torrents de gaz issus des combustions de toute sorte viennent s'abattre sur nos maisons et l'on sait que, pour loo volumes d'acide carbo-