C. R., 1S98, 1" Semestre. (T. CXXVl, N° 22.) 2O
morphisme; c'est pourquoi ces cas sont bien connus, tandis que les cas normaux sont passés inaperçus.
» Il y aura peut-être lien, d'ailleurs, de généraliser encore la définition du polymorphisme, malgré le sens étymologique du mot. Tout en restant groupées autour des mêmes éléments de symétrie, les particules fondamentales sont peut-être susceptibles, pour certains corps, d'avoir plusieurs positions d'équilibre. Il en résulterait des cristaux ayant même symétrie, mêmes formes cristallines, même densité, mais différents par leurs autres propriétés.
» Tel serait le cas de l'ortliose, offrant deux variétés différant par l'orientation du plan des axes optiques. On passe de l'une des positions d'équilibre à l'autre par une élévation de température; mais, comme les deux étals sont stables à la température ordinaire, les deux édifices cristallins, ayant même système réticulaire, peuvent se mélanger dans le même cristal, comme cela a été constaté. Il y a, d'ailleurs, une troisième position d'équilibre, dans laquelle le plan et l'axe de symétrie n'existent plus, disparition qui est accompagnée d'une légère déformation (i6' sur l'angle p^') du réseau. »
GÉOLOGIE. — Examen d'un comhustihle minéral au moyen des rayons de Rôntgen. Note de M. H. Couriot, présentée par M. Haton de la Goupil lière.
« Les rayons X fournissent un moyen instantané et sûr d'être fixé sur la pureté d'un combustible minéral.
» Le diamant et le bois étant perméables aux rayons, alors que la silice et les silicates ne sont pas traversés par ceux-ci, il y avait lieu de présumer que les combustibles minéraux laisseraient passer les rayons cathodiques, mais qu'en revanche les matières siliceuses, donnant naissance aux cendres dans la combustion, s'opposeraient au passage de ces rayons dans tous les points où elles se trouveraient groupées, formant un obstacle d'autant plus impénétrable qu'elles seraient plus abondantes.
» On constate immédiatement ce phénomène en soumettant un combustible quelconque aux rayons X devant un écran radioscopique. Dans les essais que j'ai faits sur l'anthracite, la houille, le lignite, la tourbe, le coke et les agglomérés, j'ai toujours vu apparaître, dans tous ses détails, la structure intime de la partie minérale du combustible : le moindre
( i589 ) fragment do schiste ou la barre la plus fine, invisibles à l'œil nii, se sont révélés aussitôt sur l'écran, soit par une tache noire, soit par une bande sombre au milieu de la partie éclairée par les ravons; enfin le passage de la houille pure à la houille schisteuse, puis au schiste proprement dit, peut se suivre, de proche en proche, accusant ainsi, à la fois, les variations intimes de composition et de pureté de la matière aux divers points considérés, ainsi que la puissance de la méthode d'investigation.
» J,es agglomérés, vu le mélange de leurs éléments, affectent l'apparence d'un conglomérat; dans le coke on voit apparaître, sous la forme de taches noires, les grains de sulfure de fer provenant de la pvrite.
)) Il n'est pas nécessaire, en raison de la grande perméabilité du charbon, de tailler les échantillons en blocs réguliers; les fragments grossiers que fournit, le plus souvent, le clivage naturel de la houille, suffisent amplement pour en apprécier la pureté. En un mot, la méthode que j'ai suivie, au lieu de donner une teneur movenne en cendres des combustibles, comme le fait l'analyse chimique, fournit instantanément le squelette minéral de la substance charbonneuse, tout en conservant léchantillou intact.
» Les radiographies que je soumets à l'Académie ont été obtenues avec une bobine de o"", 25 d'étincelle, munie d'un interrupteur indépendant et au moven d'un tube de Villard ; le temps de pose a été de cinq minutes, les échantillons emjjloyés mesuraient de 3*^" à o*^" d'épaisseur. »
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. — Régime du bassin artésien de l'Oued Rir (Sud algérien) et moyens de mieux utiliser ses eaux d'irrigation. Note de M. Georges Rollaxd, présentée par M. de Lapparent.
« Tout le monde connaît aujourd'hui de réputation le bassin artésien de l'Oued Rir', dans le Sahara constantinois, bassin dont de nombreux sondages ont révélé les richesses en eaux souterraines et qui assure, par les irrigations, la prospérité des oasis du même nom.
» J'ai décrit avec grand développement, dans mon Hydrologie du Sahara algérien ('), le gisement aquifère de l'Oued Rir', le régime de ses eaux jaillissantes, leur répartition sous forme d'artère allongée, leurs modes d'alimentation, leur écoulement souterrain, les facteurs de leur volume et de leur pression, etc. Entre autres questions, il en est une sur
(') Imprimerie nationale, 1894 (Challamel, éditeur). — Géologie du Sahara, 1890.
( lîgo )
laquelle je crois opportun de revenir, après une expérience qui a été poursuivie pendant trente-sept années ('), c'est celle de la limitation des sondages, et je voudrais signaler, en outre, la possibilité de mieux utiliser souvent les eaux déjà fournies par les puits actuels.
)) Aiilaiil je crois, disais-je en 1889, que le bassin de l'Oued I{ir\ pris dans son ensemble, est encore loin d'èire arrivé à la lirnile du débit maximum dont il est capable, si l'on dirige de préférence les recherches vers les parties vierges du bassin, autant je reconnais que la limite est atteinte aujourd'hui dans plusieurs districts : par exemple, dans la plupart des oasis indigènes de la région centrale.
» Chaque année, depuis lors, nouvelle série de sondages; mais, rarement, comme je le recommandais, « à une certaine distance des oasis » existantes, dans des régions où l'artère artésienne n'a auparavant subi » aucune saignée, ainsi que mes amis et moi avons procédé excUisivemenl » dans nos créations agricoles de l'Oued Rir' ». Le plus souvent, les indigènes, après avoir étendu inconsidérément leurs plantations, s'aperçoivent que leurs irrigations sont devenues insuffisantes et demandent encore des puits dans des régions où il en existe déjà, et parfois à proximité (ainsi à 3oo™, 200™ même), coiîime si la nappe était inépuisable. N'était l'influence tutélaire de M. Jus, l'ingénieur faisant autorité qui, depuis i856, dirige l'œuvre des sondages de l'Oued Rir', on eût été entraîné à des exagérations regrettables.
» Assurément, chaque campagne n'a cessé d'augmenter le volume des eaux disponibles : à ce jour, on n'évalue pas à moins de 35oooo''' par minute le débit total des puits jaillissants, français et indigènes, de l'Oued Rir'. Toutefois, je ne dirais plus que l'augmentation annuelle est « à peu )) près proportionnelle au nombre de nouveaux puits forés ». En i88g, pour 127 puits lubés, le débit moyen par minute était de 1607'"; aujourd'hui, pour 175 puits, il n'est que de i363'". Même dans la région centrale, la mieux dotée, il s'est abaissé.
» Auparavant, les sondages ayant réagi sur les puits existants n'étaient que des exceptions. Maintenant on en cite davantage, qu'on se soit placé trop près ou trop en contre-bas (-). En avril dernier, comme j'étais dans
(') De juin i856 à mai 1866, d'avril 1870 à juin 1870, d'avril 1874 à ce jour.
(^) En 1890, un puits de Tiguedidin a tari presque complètement à la suite d'un sondage à Djama, à Goo"' et à 5™ en contre-bas. En 1897, '"^ "° ^ ^^^ Ivessoura baissé de moilié à la suite d'un sondage à 35o"' (bien que l'orilice eût été relevé de 1'").
( '39' ) l'Oued Rir', le sondage n° 5 d'Ourlana (') a jailli en donnant 3ooo'", et aussitôt l'on prétendit qu'il avait fait baisser de plus de moitié ie n° 2 de celte oasis, à 5oo™ environ (" ); en réalité, celui-ci avait déjà fortement diminué par suite de dégradations. Après enquête, et sans me faire l'écho de certaines alarmes, je dirai que le moment est venu tl'être circonspect.
» Mais, d'abord, est-il possible d'augmenter le volume des eaux d'irrigation sans recourir à de nouveaux sondages? Simplement en mieux utiutilisant les eaux déjà disponibles? Oui, dans beaucoup de cas. En raison de la nature généralement sableuse des terrains, il se perd par infiltration beaucoup d'eaux courantes, principalement le long des canaux amenant l'eau des puits aux rigoles d'arrosage secondaires et tertiaires, et surtout quand ils sont sur remblais ou passent près de fossés de drainage.
» Pour remédier à ce gaspillage, j'ai inauguré, depuis quelques années, dans l'Oued Rir', un système de canalisation qui constitue un réel progrès pour l'Hydraulique agricole des oasis sahariennes. Avec certaines argiles et marnes sableuses qui affleurent par place dans la région, j'ai réussi à faire fabriquer des caniveaux et des tuyaux en terre cuite. Ces caniveaux ont de 3o'^^™ à 40'''" de diamètre; ajustés bout à bout, avec joints de recouvrement cimentés, ils donnent des conduits bien étanches. J'ai fait canaliser ainsi 474 1™ dans les trois oasis créées par la Société agricole, du Sud algérien (Ourir, Sidi-Yahia et Ayata), et nous avons récupéré plus de 4000'" par minute (soit iB pour 100 du débit). Notre exemple a déjà été suivi à Tougourt, et la même pratique pourra être généralisée : j'ai confiance que M. le Commandant supérieur Pujat y encouragera les indigènes.
» Un autre progrès serait de réemplover une partie des eaux qui, après avoir servi aux an-osages, s'écoulent dans les fossés de drainage et vont se perdre dans les cliotls; bien que plus salées, elles pourraient souvent servir une seconde fois, et leur appoint serait utile, surtout en été. On y arriverait en maint endroit, soit en les dirigeant vers des terrains situés en contre-bas, soit en les reprenant au moyen d'instruments élévatoires.
» Grâce à ces deux movens, on arriverait peut-être peu à peu à augmenter de 5o pour 100 le volume des eaux d'arrosage dans l'Oued Rir', et
(') A signaler ici un moule à' Hélix semperiana, var., retiré par M. le lieutenant Josl entre 53"», 60 et 58™. Même fossile qu'à Mraïer et à la même profondeur. — Pliocène inférieur de l'Oued Rir' (Voir ma Géologie du Sahara, p. i36, 178 et 2o4).
("^) Far contre, le n" k d'Ourlana, foré en 1888 à 200'" du même puits, ne l'avait pas intluencé (non plus que le puits peu distant de Tala-em-Mouïdi).
( 1^92 ) cela sans nouvel emprunt à la nappe. Ce serait accroître J'autant le rendement de la région, sans entamer davantage son capital artésien.
» Cela posé, il est clair que, maintes fois, rien ne pourra tenir lieu de sondages. Mais il importe, avant tout, de ne pas compromettre ce qui est acquis. Impossible de formuler une règle absolue quant aux distances à observer; cela dépend des districts et du nombre des puits environnants. On peut soutenir que, même quand on ferait baisser un autre puits, la somme des deux débits sera supérieure, et que, finalement, il y aura gain pour l'intérêt général. A quoi je répondrai qu'il n'est pas équitable qu'un propriétaire soit exposé à se voir soutirer son eau. D'ailleurs, l'intérêt public sera lésé si le sondage est placé dans un bas-fond et n'a qu'un rayon d'irrigation restreint, — d'oîi diminution de la surface productive, — s'il doit desservir de jeunes plantations qui ne seront guère en plein rapport que dans douze ans, — d'où diminution de la production générale, etc.
» A mon sens, les eaux artésiennes de l'Oued Rir' devraient être considérées comme d'intérêt public et réglementées en conséquence. Mais des mesures trop restrictives seraient sans doute mal comprises des indigènes, et, pour le moment, le plus simple et le plus prudent est d'instituer, ainsi q.ue M. Jus l'a demandé en 1889, et que je l'avais proposé moi-même, d'accord avec lui, dés 1887 ('), une Commission locale de surveillance, qui serait chargée d'examiner l'opportunité tles nouveaux puits projetés (sondages ou puits indigènes) et de fixer leurs emplacements, en tenant compte des besoins réels d'irrigation et des conséquences à prévoir sur les puits préexistants. Il y a lieu d'espérer que celte mesure conservatoire suffirait à sauvegarder la situation actuelle du bassin artésien de l'Oued Rir', sans entraver les recherches là où elles sont encore possibles et désirables pour le développement graduel de la région. »
ÉCONOMIE RURALE. — Sur la repartition du gluten et de ses principes immédiats dans l'amande farineuse du grain de froment. Note de M. E. Fleurent, présentée par M. Schlœsing.
« Le principe général sur lequel est établi le fonctionnement des engins modernes de mouture repose sur la division de l'amande du grain en un certain nombre de parties, dont la situation se déplace progressivement en
(') L'Oued Rir' cl la Colonisation française au Sa/tara. Challamol; 1887.
( 1^93 ) allant du centre à la périphérie, c'est-à-dire en se rapprochant déplus en plus de la face interne de l'enveloppe ou du son. On peut se demander si ces portions, ainsi séparées par les opérations successives du brovage et du convertissage, ont, au point de vue de la teneur en gluten, une composition identique, et si, dans chaque cas, ce gluten a lui-même une qualité égale, cette qualité, ainsi que je l'ai montré précédemment, étant définie par le rapport de la gluténine à la gliadine qu'il coutient('). J'ai essayé de résoudre celte question, et les résultats auxquels cette étude m'a conduit sont de nature à intéresser à la fois l'agriculture et l'induslrie de la meunerie. "
)) Dans son remarquable travail sur la composition du grain de froment (-), mon regretté maître, Aimé Girard, a montré qu'il existe, touchant à la face intérieure de la membrane à diastases, une partie de l'amande contenant une proportion de gluten plus grande que celle qu'on rencontre dans la zone centrale. Cette dernière partie étant cependant celle qui est seule transforn)ée en farine panifiable, l'autre étant emportée avec le son, c'est elle que j'ai par conséquent étudiée, après l'avoir, au moyen d'artifices de mouture qu'il serait trop long de décrire ici (^), divisée en trois parties dont la situation se déplace successivement du centi'e vers la périphérie du grain. Ces différentes parties ont été pesées et analysées séparément. Six variétés différentes de blé ont été soumises à ce contrôle, et les Tableaux suivants donnent les résultats obtenus pour trois d'entre elles :
Blé gris de Sainl-Lauci (France).
1' et 3' broyages.
4'' broyage
3" brovage
Gluten
Composition
Rendement
pour ion
Hug
luten :
à la
de
mouture.
farine.
Gluténine.
Gliadine.
fis, 45
E^\lraction =; 71,48 pour 100 du poids du blé.
(') Comptes rendus, t. CXXIII, p. 827.
(-) Annales de Physique et de Chimie, 6' série, t. III, p. 826 ; 1884.
(^) Bulletin de la Société d'encouragement pour l' Industrie nationale : mai \l
Blé c/toice whitc Bombay {Indes).
Gluten Composition
Rcntlenicnl pour :iio f!ii gluten:
mouture. farine. Glulénine. Gliadinc.
a" et 3" broyages 23,33 8,o3 26,53 "j'iAl
4° broyage 26, 3() 8,29 26,39 "3,61
5" broyage 23,33 10,24 39,16 6o,8'i
Extraclion ^ 73,02 pour 100 du poids du blé.
Blé Oalka de Bessarabie (Russie).
Gluten Composition
Rendement pour 100 du gluten :
à la de -». — — —
mouture. farine. Glutc^nine. Gliadine.
a" et 3"= broyages 23, 5o 10,88 26,93 73,07
4° broyage 18, t5 ii,33 29,20 70,80
5« broyage 25, 60 i3,22 34, 00 66,00
Extraction =r 67,25 pour 100 du poids du blé.
» De l'exaiTien des Tableaux précédents on peut tirer de nombreuses conclusions dont voici les principales :
» i" La richesse en gluten du grain de froment et la qualité de ce gluten peuvent être différentes suivant la variété à laquelle on s'adresse;
» 2° Quelle que soit la variété soumise à la mouture, la quantité de gluten va en augmentant du centre à la périphérie de l'amande farineuse et ce gluten est d'autant plus riche en gluténine qu'on se rapproche plus de la face interne du son.
» Au point de vue pratique, ces conclusions ont des conséquences importantes. Si, en effet, à l'aide des chiffres jn-écédents et d'autres qui ne sont pas indiqués ici, on calcule les quantités de gluten, de gliadine et de gluténine contenues dans 100 parties de grain de provenances diverses, ces quantités peuvent être, pour les blés tendres, enfermées entre les limites extrêmes suivantes :
Gluten Composition du gluten :
pour 100 -^ — -^m^
de grain. Gluténine. Gliadine.
Blé Goldendrop 6,17 i , 37 4 1 80
Blé Oulka de Bessarabie 10, i3 3,17 6,96
» Il résulte de ces analyses que, si l'on considère d'abord les blés entiers, il est impossible de leur assigner à l'avance, du moins jusqu'à présent, une valeur boulangère déterminée, chaque variété pouvant être , suivant les cas, soit trop riche en gliadine, soit au contraire trop riche en gluténine. Le rapport de la gluténine à la gliadine étant, dans le cas le plus favorable, égal à II , on voit, en effet, qu'il devient ~ dans le cas du blé Goldendrop et |4 dans le cas du blé Oulka de Bessarabie.
» Si l'on examine de même les farines que chaque variété de blé pourra fournir à la mouture, on voit aussi qu'elles pourront être divisées en catégories dont chacune forme séparément une portion importante du poids du grain et présente aussi une qualité boulangère variable suivant la partie de l'amande dont elle provient.
)) Pour corriger les défauts reconnus et obtenir des produits farineux de qualité définie, on voit donc qu'on pourra procéder de deux façons différentes : faire ou des mélanges rationnels des diverses variétés de blé destinées an broyage, ou des mélanges également rationnels des produits de chaque variété séparés à la mouture.
)) C'est là d'ailleurs une question sur laquelle je reviendrai sous peu, lorsque je publierai les résultats des analyses des blés français et étrangers faites en collaboration avec mon regretté maître Aimé Girard, et qui, dans quelques jours, seront complètement terminées. »
PHYSIOLOGIE. — Influence de l'asphyxie sur la teneur du sang en oxyde de carbone. Production d'oxyde de carbone dans l'organisme. Note de M. Maurice Niclous (' ), présentée par M. Henri Moissan.
« La proposition suivante étant formulée :
» Si par un moyen quelconque on arrive à diminuer l'oxvde de carbone (lu sang dans des proportions très notables et si, dans l'heure suivante, on voit la pro])ortion d'oxyde remonter à la normale, la seconde hvpolhèse indiquée dans ma première Communication (-), à savoir : Production d'oxvde de carbone par l'organisme lui-même, sera, je crois, suffisamment justifiée.
» Or ce moyen existe. J'ai reconnu, en effet, que l'asphyxie amène une
( ' I Travail du laboratoire de Plivsiiiloi,'ie géiiér;tle aci Muséimi. (■| Comptes rendus. •.'..'> mai iSi|iS.
i:. i;., 1898, 1" Semeure. T. CXWl. N- 22.) -t>0
( '%6 ) diminution de l'oxyde de carbone du sang; si l'on a soin de ne pas pousser l'asphyxie jusqu'à la mort, on retrouve, après trois quarts d'heure à une heure de respiration à l'air libre, la proportion d'oxyde de carbone déterminée primitivement dans le sang, et l'accroissement dans Iheure qui suit l'asphyxie ne peut en aucune façon être expliquée par l'oxyde de carbone contenu dans l'air. Voici d'ailleurs le résumé des expériences qui toujours se sont montrées concordantes.
» Expérience I. — Chien 10"^?. Canule dans l'artère fémorale :
Pour 100".
O^yde de carbone du sang normal o, i3
Asphyxie d'une durée de cinq minutes: CO du sang de l'asphyxie 0,08
L'animal respire à l'air libre durant quarante minutes : CO du sang de
l'asphyxie 0,14
Une heure après, asphyxie et mort : CO du sang de l'asphyxie 0,06
» L'asphyxie a donc fait baisser de o,i3 à 0,08 et de o,i4 à 0,06 la proportion d'oxyde de carbone dans le sang; d'autre part, la respiration à l'air libre pendant quarante minutes a fait élever la proportion de CO de 0,08 à o, i[\.
» Expérience //. — Chien 9''°, 5. Canule dans l'artère fémorale :
Pour 100".
Oxyde de carbone du sang normal 0,17
Asphyxie d'une durée de quatre minutes quarante-cinq secondes : CO
du sang de l'asphyxie 0,07
L'animal respire à lair libre durant une demi-heure : CO du sang de
l'asphyxie o , 1 4
Une heure après, asphyxie et mort : CO du sang de l'asphyxie o,o3
1) Expérience HT. — Chien io''p. Canule dans l'artère fémorale :
Pour 100".
Oxyde de carbone du sang normal o, i5
Asphyxie d'une durée de six minutes : CO du sang de l'asphyxie o,o(5
On rend l'air, un quart d'heure après la fin de l'asphyxie : CO 0,09
Trois quarts d'heure après : CO o, i3
Une heure après, asphyxie et mort: CO du sang de l'asphyxie o,o3
» Les expériences suivantes montrent que l'air confiné produit le même résultat.
» Expérience n. — Chien -^'i, respirant dans un gazomètre contenant 5o''' d'air non renouvelé pendant tonte la durée de l'expérience qui a duré une heure; on a :
Pour 100".
Oxyde de carbone du sang normal o, i3
Oxyde de carbone après aspln'xie 0,02
» Expérience I'. — Chien io''s,5oo.
Oxyde de carbone du sang normal 0,12
» Respire durant une demi-heure ôo"' d'air non renouvelé.
» Après cette demi-heure l'animal est foil malade; prise de sang.
Pour 100".
Oxyde de carbone o,o3
)) L'animal respire ensuite à l'air libre trois quarts d'heure.
Oxyde de carbone o, lo
M Deux heures après la lin de l'asphyxie.
Oxyde de carbone o, i3
» Or, durant cette deniièie expérience, quelques litres de l'air du laboratoire, respires par l'animal, passaient en même temps sur l'acide iodique anhydre; j'ai pu déceler ainsi une petite quantité d'iode provenant de la réduction de l'acide iodique. Dans ces conditions, si l'on suppose que le gaz qui a produit la réduction de l'anhydride iodique est entièrement formé d'oxyde de carbone, la proportion serait de ^ôôû ^ ïTo'ooô' c'est donc là un niaxiinum.
» Or, si l'on applique la loi d'absorption donnée par M. Gréhant (Comptes rendus, 8 novembre 1897), l'oxyde de carbone absorbé par loo'^' de sang, pendant une demi-heure, serait pour le mélange à 3^'j^ deo",o2, quantité bien inférieure à celle trouvée expérimentalement.
» L'asphyxie faisant donc disparaître l'oxyde de carbone du sang normal, je me suis demandé si elle ferait disparaître l'oxvde de carbone introduit artificiellement par respiration de mélanges d'oxyde de carbone et d'air. L'expérience s'est montrée négative pour des quantités notables, positive pour de petites quantités.
» Expérience I. — Chien profondément intoxiqué. CO pour 100": i3",4 (mesure faite au grisoumèlre de M. Gréhant).
» Asphyxie d'une durée de cinq minutes. GO pour 100": i3''", 5 (la différence entre
les deux chiffres est de l'ordre d'erreur d'expérience).
» Expérience II. — Chien 7''?. Canule dans l'artère carotide.
Pour 100".
CO du sang normal . . . '. 0,12
» On fait respirer pendant une demi-heure un mélange à 077517^ envir.
)) Immédiatement après la prise de sang, asphyxie et mort.
CO du sang de l'asphyxie 0,09
» Expérience III. — Chien iS'-SjS. Canule dans l'artère fémorale.
CO du sang normal 0,11
» On fait respirer pendant douze minutes un mélange à j^^ envir.
Pour 100''.
» Aspli\xie d'une durée de quatre minutes trente secondes.
CO o,i5
» Respiration à l'air libre, quarante-cinq minutes après.
CO o,i5
)) Expérience IV. — Chien 6''s,,5. Canule dans l'artère carotide.
CO du sans normal o,oS
i> On fait respirer pendant une demi-heure un mélange à t^^ envir.
» Immédiatement après la prise de sang, asphyxie et mort.
CO o,i5
» Conclusions. — Des faits acluellement connus, ainsi que des expériences qui font l'objet de cette Note et de la précédente et dont une étude critique (') sera publiée dans un Mémoire plus étendu, on peut tirer les conclusions suivantes :
» Le sang renferme un gaz combustible (N. Gréhant). Ce gaz contient de l'hvdrogène, du formène (N. Gréhant), de l'oxyde de carbone ( fj. -G. de Saint-Martin); je crois avoir montré que ce dernier gaz ne vient pas de l'air, mais serait un composé élaboré normalement par l'organisme. »
ANATOMIE ANIMALE. — Recherches sur les oslioles du système cérébro-spinal. Note de M. J.-J. Andeer.
» Après avoir étudié et décrit en détail les oslioles des gaines et des nerfs périphériques, j'ai cherché à les suivre à travers les os du corps animal.
» l'our cela, j'ai ramolli le système osseux des pièces anatomiques en
(') .Je montrerai notamment que l'on est en droit de comjîter comme oxyde de carbone seul le gaz (|ui, extrait du sang, par l'acide acétique dans le vide, donne, par son passage sur l'acide iodiqiie anhydre, une réduction de cet acide avec mise en lilierté d'iode.
( 1399 ) employant ma méthode à la phloroi^lucine mélangée à l'acide chlorhvdriqiieen solution aqueuse. Ce procédé a pour résultat de ne pas déranger, par les secousses inévitables avec les aulres méthodes, la disposition topographique de ces organes si délicats.
» J'ai pu ainsi suivre les nerfs périphériques à travers les os, jusqu'à leur insertion au tronc cérébro-spinal.
o L'examen de foutes les gaines et de leur contenu, soit dansle cerveau, soit dans la moelle épinière, m'a permis d'observer encore l'existence de l'appareil ostiolique.
)> Le fourreau méningé qui tapisse le tronc neural comme le péritoine tapisse la niasse viscérale, et enveloppe le svstème nerveux comme la séreuse enveloppe les entrailles, est partout humecté, ou même irrigué par le jeu des appareils ostioliques.
n II en résulte que ce fourreau méningé cérébro-spinal forme des coussins entre la charj)ente osseuse et la substance nerveuse cérébrale et cérébro-spinale pour adoucir les frottements et amortir les chocs avec la paroi osseuse, la dure-mère ou la substance nerveuse du voisinage. Afin que les contre-coups au tronc cérébro-spinal, encore plus dur que les méninges, soient réduits à leur minimum, le péridvme, soit du cerceau, soit de la moelle épinière, est doté partout d'un riche appareil ostiolique qui disperse, jusque dans la substance nerveuse elle-même, les liquides lubrifiants indispensables.
» J'ai observé les ostioles dans les organes cérébraux-spinaux et jusque dans leurs unités, dans le péridvme et dans les ganglions vitaux.
» Comme le péridvme à l'état normal est partout tapissé d'un épithélium fenêtre par des oslioles, l'épendvme l'est aussi avec cette seule différence qu'il est muni de cils vibratiles le long du canal central de la moelle épinière.
» Ces observations microscoj)iques montrent clairement que le liquide cérébro-rachidien, qui, à l'état normal, persiste depuis la naissance jusqu'à la mort de l'animal, procède de l'appareil ostiolique.
M On trouve donc ici une réponse à cette question : Est-il possible que le liquide cérébro-rachidien ou cérébro-spinal existe sans voies préformées ?
» Non, ces voies existent, c'est à travers les ostioles que coule le liquide vital de la colonne neurale. Celles-ci jouent le même rôle dans cette partie de l'organisme que dans celles précédemment étudiées, par exem()le dans la chambre de l'œil {hunior aqueus) et dans l'oreille interne (endolymphe
( i6oo )
et périlymphe), dans la cavité du sac amniotique et des autres enveloppes et accessoires (membranes et réservoirs), dans les enveloppes embryonnaires, dans divers kystes congénitaux et les hydatides dites de Morgagni, etc.
» Le liquide qu'elles répartissent n'est d'ailleurs pas autochtone; il provient d'un autre appareil que je décrirai plus tard et qui alimente les ostioles du corps organique.
» Pour s'en assurer, on n'a qu'à injecter dans cet appareil certaines couleurs en solution et convenablement préparées pour colorer tout d'un coup le système cérébro-spinal comme si on l'avait plongé directement dans la teinture.
» La méthode que j'ai employée permet de colorer le système cérébrospinal sans le déplacer ni le découper, comme on le faisait par les méthodes jusqu'ici en usage, et de constater en même temps l'ubiquité des ostioles dans l'ensemble du système nerveux. La couleur se répand comme la sève dans un arbre depuis ses radicules jusqu'à l'extrémité de la dernière feuille. «
M. G. Perry adresse une Note « Sur un déplacement de l'élher pouvant produire la karyokinèse ».
La séance est levée à 4 heures et demie. M. B.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
Ouvrages reçus dans la séance du 3i mai li.
Leçons de Géographie physique. Deuxième édition, par Albeut de Lap- PARENT, Membre de l'Institut, Professeur à l'École libre des Hautes Études. Paris, Masson et C'*, 1898; i vol. grand in-8°. (Présenté par l'auteur.)
Annales agronomiques, publiées sous les auspices du Ministère de l'Agriculture par M. P. -P. Deuérain, Membre de l'Institut, Professeur de Physiologie végétale au Muséum d'Histoire naturelle, etc. 25 mai 1898. Paris, Masson etC"'; i fasc. in-8°.
( i6oi )
Bulletin mensuel du Bureau central météorologique de France, publié par
E. Mascxrt, Direcleur du Bureau central météorologique. x\nnée 1898. N" 3. .Alars 1898. Paris, Gaulhier-Villars et fils; i fasc. in-4".
Etudes sur les goniatites, par Emile Haug, JMaitre de conférences de Géologie à la Faculté des Sciences de l'Université de Paris. (Extrait des Mémoires de la Société géologique de France". ) Paris, 1898; 2 vol. in-i°. (Présentés par M. Gaudry.)
Le piastre marginali délia protosphargis Veronensis, par le professeur Giovanni Capellini. Bologna, Gamberini e Parmeggiani, 1898; i broch. in-8°. (Présentée par M. Gaudrv.)
Leçons de Clinique médicale faites à i hôpital Saint-Éloi, de Montpellier. Novembre iSgS à mars 1898. Troisième série, par leD"^ J. Grasset, professeur de Clinique médicale à l'Université de Montpellier. Paris, Masson et C'*, 1898; I vol. grand in-8°. (Présenté par M. Bouchard.")
De l'Urée, par le D"' Ch. Quinquavd. Paris, ^laloine. 1897; i vol. in-8°. (Présenté par M. Bouchard.) Renvoyé au concours iMontvon (^lédecine et Chirurgie.)
Les lois du mouvement énergétique dans les muscles en contraction volontaire statique. Nouvelles méthodes pour l'étude des phénomènes physico-chimiques de la respiration, par M. J. Tissot, Lauréat de l'Institut et de l'Académie de^Iédecine, etc. Paris, Masson etC'^, i broch. in-8''. [(Présentée par M. Chauveau; renvovée au concours Montvon (^Médecine et Chirurgie).]
Remarques sur le problème de la navigation aérienne, par M. A. Duroy de Bruignac, Ingénieur des Arts et Manufactures. (Extrait des Mémoires de la Société des Ingénieurs civils de France. Mars 1898.) Paris, 1898; i broch. iu-8°. (Hommage de l'auteur.)
Cantor lectures on gutta-percha, bv D'' Eugène F. -A. Oracii, F. I. C,
F. C. S.; M. l. E. E. London,T898; i vol. in-8°.
ERRATA
(Séance du 2^ mai 1898.)
Page lôoa, ligne 17, au lieu de Note de MM. \. Goxnard et Adelphe, lisez Note de M. F. Gonnard ot frère Adelphe.
COMPTES RENDUS
DES SÉANCES
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES