PRIX LA GAZE (PHYSIOLOGIE
(Commissaires : MM. Marey, Bouchard, Guyon, Potain, Lannelongue, Chauveau, Duclaux, Ranvier; d'Arsonval, rapporteur.)
Par les belles recherches que récompense aujourd'hui même l'Académie, M. Lénard avait pensé établir que les phénomènes qu'il avait le premier observés hors de l'ampoule à vide et les phénomènes lumineux dont l'intérieur de l'ampoule est le siège sont inexplicables dans la théorie de Crookes. Malgré la grande perspicacité dont M. Lénard a fait preuve dans cette étude, ii ne songea pas qu'il pouvait y avoir dans l'ampoule, et hors de l'ampoule, deux actions distinctes, dont l'une était la conséquence de l'autre.
Il était réservé à M. Rontges de réaliser l'expérience établissant la distinction entre les deux phénomènes.
M. Rôntgen, en observant les phénomènes découverts par Lénard, se plaça dans des conditions telles qu'il lui était impossible d'admettre que les actions qu'il constatait fussent dues au rayon même échappé de la cathode et ayant traversé la paroi de l'ampoule.
Il reconnut, par des expériences aujourd'hui classiques, que la source des nouveaux rayons était le point même de la paroi de l'ampoule frappé par les rayons cathodiques, et n'hésita pas à attribuer les phénomènes qu'il observait à une nouvelle espèce de rayons.
Dans une étude rapidement conduite il établit les principales propriétés des nouveaux rayons, reconnut qu'ils se propagent en ligne droite ou tout au moins que leur réfraction et que leur absorption dans les corps est très différente de celle que subit la lumière. Il trouva, en particulier, ce fait capital qu'un grand nombre de corps, et notamment certains tissus vivants, opaques à toutes les lumières connues, sont traversés même sous de grandes épaisseurs par les nouveaux rayons.
Il réalisa entre autres cette expérience merveilleuse qui permet d'explorer et de voir toutes les parties du squelette à travers les tissus qui le recouvrent.
En présence d'une découverte qui apporte un agent nouveau à la Thérapeutique, qui permet à l'exploration inédicale de créer une méthode nouvelle rendant accessible à la vue ce qui n'avait encore pu être exploré que par l'ouïe ou par une pal|)ation lointaine; en présence enfin des modifica-
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lions étranges que les nouveaux rayons font subir à la nutrition et aux actions élémentaires des tissus, la Commission du prix La Caze (Phvsiologie) a pensé être l'interjirète de la gratitude et de l'admination des physiologistes et des médecins en s'associant à la Commission du prix La Caze (Physique), pour qu'une égale récompense soit décernée aux tieux principaux auteurs de cette brillante découverte. En conséquence, votre Commission vous propose d'attribuer le prix La Caze (Physiologie), pour l'année 1897, à
M. RoNTGEN.
PRIX POURAT.
(Commissaires : MM. Bouchard, Marev, d'Arsonval, Guvon; Cliauveau, rapporteur.)
La question posée était ainsi libellée : Produire des expériences nouvelles sur la détermination de la part qui revient aux oxydations dans l'énergie mise en Jeu par les phénomènes physiologiques, chez les animaux.
M. Kacfmann a traité cette question dans l'exposé de plusieurs séries de recherches expérimentales originales, auxquelles la Commission a décerné le prix.
Voici le résumé de cet exposé ;
L'auteur a clierché a déterminer les relations qui existent entre l'énergie émise sous forme de chaleur sensible par l'animal en repos et les processus chimiques intra-organiques. Ces processus chimiques amènent une simplification graduelle des molécules des principes immédiats qui entrent dans la constitution de l'organisme et des aliments, pour aboutir à la formation de l'urée et de l'acide carbonique éliminés par les animaux.
La comparaison de la quantité de chaleur émise dans les diverses cond»lions biologiques et des quantités d'oxygène absorbé, d'acide carbonique et d'urée ou mieux d'azole urinaire éliminés, permet d'arriver à la détermination de la part qui revient aux oxydations dans la mobilisation de l'énergie mise enjeu par les ])hénomènes physiologiques. Il est bien évident que, si, dans les diverses conditions de l'animal, il existe toujours une relation constante entre la chaleur émise et l'oxvgène absorbé, on est en droit de conclure que l'énergie représentée par cette chaleur a pour origine certaine les processus d'oxvdation et non les processus anaérobies.
La recherche de cette relation a été faite à l'aide d'un dispositif expérimental analogue à ceux qui ont déjà été utilisés pour d'autres études du
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Ces déterminations ont été faites sur des chiens placés dans l'une des cinq conditions biologiques suivantes :
1° Pendant l'abstinence;
2° Pendant l'abstinence et la fièvre;
3° Pendant la digestion d'aliments sucrés;
4° Pendant la digestion d'aliments gras ;
5° Pendant la digestion d'aliments albuminoïdes.
Dans toutes ces conditions, on a constaté qu'il existe une relation étroite entre l'émission de chaleur et l'absorption d'oxygène. Pour mettre en évidence cette relation, il est nécessaire de tenir compte de la destination immédiate et du mode d'utilisation de l'oxygène consommé dans les diverses conditions.
On sait, en effet, que l'unité de poids ou de volume d'oxygène produit une quantité de chaleur variable suivant que ce gaz sert à oxyder des matières hydiocarbonées, des corps gras ou des substances albuminoïdes.
La destination immédiate de l'oxygène consommé et l'origine immédiate de l'acide carbonique produit pouvant être déterminées avec certitude, d'après la valeur du quotient respiratoire et les quantités d'azote urinaire excrété et de chaleur éliminée.
De l'ensemble de ses recherches l'auteur dégage nettement le résultat suivant :
Les phénomènes chimiques de dédoublement purement anaérobie ne prennent qu'une part insignifiante et par conséquent négligeable dans la manifestation de l'énergie mise en jeu parles divers travaux physiologiques; celte énergie est évidemment empruntée pour ainsi dire en totalité aux processus d'oxydation.
Ce résultat, conforme à ceux obtenus par M. A. Chauveau dans des expériences d'un autre ordre et à la doctrine qu'il en a déduite, sur le rôle énergétique des combustions intra-orgauiques, est démontré dans les expériences de l'auteur par les deux faits fondamentaux suivants :
1° Si l'on tient compte de la destination et du mode d'utilisation de l'oxygène, en s'inspirant des données théoriques de M. A. Chauveau, on constate que, dans tous les cas, il existe un parallélisme parfait entre la production de chaleur et l'absorption ou la consommation d'oxvgène.
2° Le dédoublement purement anaérobie de l'albamine, tel que l'admet M. A. Gautier, est sensiblement neutre au point de vue thermique. Donc ce mode de dédoublement ne peut pas contribuer -notablement à la mise en jeu de l'énergie d'où procèdent les travaux physiologiques de l'organisme animal.
Cette conclusion s'accorde parfaitement avec celle que M. Laulanié a tirée de ses expériences propres.
Elle repose sur des expériences nombreuses, fort bien instituées et non moins bien exécutées. Il y a certainement à reprendre dans cet excellent travail de M. Raufmann au sujet de l'utilisation attribuée à l'oxvgène absorbé dans les diverses conditions |)hysiologiques étudiées par l'auteur. Mais ceci n'enlève rien à la valeur de sa conclusion essentielle qui n'aurait nullement à souffrir de l'introduction d'éléments nouveaux dans une discussion consacrée à l'interprétation des faits expérimentaux si nettement mis en lumière par M. Kaifmax.v,
PRIX MARTIN DAIMOURETTE.
(Commissaires: MM. Bouchard, Guvon, ÎNIarev, Potain, d'Arsonval ; A. Chauveau, rapporteur.)
Le prix est décerné par la Commission à M. L. Gcixard, pour l'ensemble de ses travaux sur les points suivants:
i" Étude physiologique de quelques-uns des alcaloïdes de l'opium ;
2° Recherches expérimentales sur certains accidents de l'anesthésie ;
3° Résistance de la peau saine à la pénétration des médicaments et des poisons.
A. L'apocodéine est un des alcaloïdes de l'opium qui ont fait l'objet des recherches expérimentales de M. L. Guinard. Dans un Mémoire très documenté, où se trouvent exposées avec le plus grand soin les modifications organiques et fonctionnelles produites par l'apocodéine dans l'économie animale l'auteur démontre que cet alcaloïde, contrairement à ce qui était admis, n'est pas un vomitif, mais qu'il exerce sur le système nerveux des actions qui en font un calmant précieux, supérieur à la codéïne.
B. C'est la morphine qui a été surtout étudiée par M. L. Guinard. Il a publié sur ce sujet six Notes ou Mémoires.
Il complète les notions déjà acquises et surtout en apporte de nouvelles sur la résistance de certaines espèces animales à l'action hypnotisante de