C. R., 1S98, 1" Semesere.i.T. CXXVI, N
la morphine. Les recherches très précises de M. L. Guinard établissent définitivement que, pour le cheval, le bœuf, le chat, le mouton, le porc, la chèvre, la morphine n'est pas un hypnotique. Chez ce dernier animal, la morphine joue plutôt le rôle d'un excitant énergique. Il en peut absorber, du reste, des doses énormes sans en être incommodé et présente ainsi une résistance vraiment exceptionnelle à l'intoxication mnrphinique.
Les autres points étudiés par l'auteur sont relatifs à l'action excitosécrétoire, aux influences nauséeuses et aux vomissements qui suivent l'administration de la morphine. Les expériences de M. L. Guinard rattachent définitivement ces divers effets à des actions nerveuses centrales directes.
M. L. Guinard s'est occupé aussi des effets cardio-vasculaires de la morphine. C'est lui qui, pour la première fois, les a étudiés sur les espèces animales rebelles à l'action narcotisante de la morphine. L'action tonicardiaque générale de ce médicament est démontrée par les résultats des expériences faites sur les sujets appartenant à ces espèces, aussi bien que sur ceux que la morphine endort. Mais une différence fondamentale sépare, au point de vue circulatoire, les espèces narcotisables de celles qui ne le sont pas: avec les premières on enregistre toujours V hypotension artérielle; avec les secondes, ceslV hypertension qui domine en atteignant parfois une valeur très élevée. Il n'y a pas à douter de l'exactitude de ces résultats, qui ont été obtenus à l'aide des explorateurs graphiques perfectionnés que M. L. Guinard avait à sa disposition pour l'étude du cœur, du pouls, de la pression et de la vitesse du sang dans les artères.
C. Les travaux qui viennent d'être analysés sommairement suffisent à justifier amplement le jugement de la Commission. Aussi, en ce qui concerne les autres travaux présentés par M. L. Guinard, nous nous bornerons à de très brèves indications:
1° Aux faits cliniques connus démontrant qu'il est dangereux de soumettre à l'anesthésie générale des sujets porteurs de lésions graves des viscères abdominaux, quand ces sujets sont fortement déprimés et plus ou moins en état de coUapsus, M. L. Guinard ajoute des faits expérimentaux confirmatif de cette notion et propres à donner la théorie des accidents. Il démontre, en effet, que toute irritation de l'intestin peut devenir dangereuse, en provoquant V arrêt réffexe de la respiration.
a" M. L. Guinard a apporté une bonne contribution à i'étude de la résistance de la peau saine à la pénétration des médicaments et des poisons. Celte étude consiste dans des recherches de laboratoire très consciencieuses qui l'ont induit à proposer de laisser de côté ce que l'on persiste à
( "9 ) appeler rabsorption cutanée. Il pense qu'on doit s'intéresser seulement à « la résistance de la peau saine à la pénétration des médicaments et des poisons et aux circonstances dans lesquelles cette résistance peut être diminuée ou vaincue » .
PRIX PHILIPEAUX.
(Commissaires: MM. d'Arsonval, Bouchard, Chauveau, Ran\aer; Marey, rapporteur.)
MM. CouRTADE et GcYON ont adressé à l'Académie un travail qu'ils ont fait en commun sur l'innervation de la vessie et de l'intestin. Le fait extrêmement important qui se dégage de leurs expériences, c'est que, dans la vessie comme dans l'intestin, les fibres circulaires sont animées par le système nerveux grand sympathique, les fibres longitudinales par des branches d'origine spinale. Pour arriver à cette détermination, il îallait, d'une part, faire des recherches anatomiques très délicates sin- la détermination des deux sortes de nerfs et, d'autre part, créer pour les expériences physiologiques un dispositif capable de déceler séparément les contractions des deux ordres de fibres musculaires. MM. Courtade et Guvox ont fort habilement surmonté toutes ces difficultés; les courbes par lesquelles ils traduisent les diverses réactions de la vessie et de l'intestin sous l'influence de l'excitation des deux sortes de nerfs sont nettement démonstratives.
C'est pourquoi la Commission a décerné à ces auteurs le prix Philipeaux de Physiologie expérimentale.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
PRIX GAY
(Commissaires : MM. Van Tieghem, Bonnier, Guignard, Chatin; Bornet, rapiîorteur.)
La distribution des végétaux à la surface de la Terre est connue dans ses grands traits et il ne semble pas que la Géographie botanique appliquée à la
totalité du globe soit susceptible de faire des progrès beaucoup plus considérables, en raison des données insuffisamment précises dont les naturalistes doivent se contenter trop souvent. Aussi, le moment paraît-il venu d'étudier de préférence des régions relativement restreintes, dont la constitution physique, le climat et la flore soient connus d'une manière plus complète et qui puissent être visitées par un même observateur. Des monographies régionales dont tous les détails seraient vérifiés, toutes les singularités discutées, conduiraient plus sîirement que les études d'un vaste ensemble à la détermination des causes qui occasionnent la répartition des espèces actuelles. C'est dans cette pensée que l'Académie a proposé, comme sujet de concours pour le prix Gay à décerner en 1897, la question suivante :
Étudier la région mèJilerranéenne française au point de rue de la distribution géographique des végétaux. Examiner les relations qui existent entre la flore, le climat, la topographie et la géologie, l'influence directe et indirecte de l'homme sur la constitution de cette flore. Etudier l'origine variée des végétaux qui peuplent la région, leur migration, leurs adaptations.
En réponse à cette question l'Académie a reçu de M. Charles Flauault, professeur à l'Université de Montpellier, un Mémoire manuscrit de 190 pages, accompagné de |)lusieurs Cartes coloriées illustrant quelquesunes des parties les plus intéressantes de la région. Nul n'était mieux préparé à traiter un tel sujet. Dès le début de sa carrière scientifique, il s'est attaché aux études de Géographie botanique. Il a visité une partie de la Scandinavie, de l'Algérie, s'est familiarisé avec- la flore de France et, depuis seize ans, il poursuit l'exploration méthodique du Roussillon, du Languedoc et de la Provence. Déjà huit feuilles d'une Carte botanique et forestière de la France au 200000*, teintées à la main, sont achevées. Une des plus difficiles, celle de Perpignan, est publiée. Et quoique sur son territoire accidenté, comprenant des plaines chaudes et des montagnes élevées, les variations de la végétation soient considérables sur de faibles étendues, la représentation de cette distribution compliquée est parfaitement claire. T^es encouragements de l'Académie hâteront sans doute la publication des Cartes suivantes.
Quiconque, venant du nord de la France, parcourt les départements qui bordent la Méditerranée n'a pu manquer d'être frappé de l'aspect tout différent de la végétation. Partout il voit des Chênes à feuilles persistantes,
(les Pins, une foule d'arbustes toujours verts dont plusieurs appartiennent à des familles non représentées dans la région tempérée ou qui ne le sont que par des espèces herbacées. Les plantes aromatiques et les plantes annuelles abondent. Quelques centaines crespèces, répandues à profusion, donnent au pavs cette physionomie particulière. Sous leur forme actuelle, les Floies ne mettent pas suffisamment ce caractère en relief. Elles énumèrent l'une après l'autre, à peine signalées à l'attention par les signes conventionnels indiquant leur degré de fréquence, et les espèces caractéristiques, et la masse bien plus considérable formée parles plantes ubiquistes, les plantes communes dans d'autres régions, ou qui sont localisées dans des stations limitées, telles que le bord des cours d'eau, les terrains salés, les cultures, ou même qui sont insignifiantes, comme les plantes adventices, et qui ne jouent, malgré leur nombre, qu'un rôle tout à fait subordonné dans le faciès de la végétation spontanée du bassin français de la Méditerranée. Dans le Travail svnlhétique qu'il envoie à l'Académie, M. Flahault élimine toutes ces espèces, dont la plupart appartiennent à des circonscriptions florales plus étendues que celle dont il trace le tableau. Sur les4ooo espèces signalées dans les limites de sa flore, il en conserve seulement un millier, si bien appropriées aux conditions physicochimiques de la région qu'elles y acquièrent leur maximum de développement, ne montrent pas ailleurs la même force d'expansion et méritent seules la qualification de plantes méditerranéennes.
Si uniformes que puissent être les conditions générales auxquelles est soumise la végétation d'une contrée, elles ne laissent pas de présenter des modifications secondaires, à chacune desquelles certaines espèces sont plus particulièrement adaptées. De là résultent des groupements d'espèces, des associations, dont il suffit de connaître quelques éléments pour que l'idée de l'ensemble se dégage avec netteté. Une des espèces, le plus souvent un arbre, sert à désigner l'association; mais celle-ci subsiste et n'est pas moins caractéristique lorsque la plante par laquelle on la désigne n'y est pas représentée, comme il arrive dans quelques circonstances. Grâce à cette notion de l'association, il est souvent possible de reconstituer la végétation primitive d'un pays dont les éléments les plus apparents ont dis- |iaru et telle que, pariois, on la retrouve, inlacte, dans quelque coin abrité où elle n'a pas été troublée depuis longtemps.
Ces points établis, INI. Flahault précise les limites de la région méditerranéenne française. Comprise entre la bande littorale des terrains salés et les crêtes montagneuses dont les eaux s'écoulent vers la Méditerranée,
elle n'atteint nulle part la limite supérieure des vallées. Son climat est caractérisé par des étés chauds et secs de longue durée, par des hivers courts et tempérés. Les pluies sont ahondantes à l'automne et au printemps, peu fréquentes en hiver, rares durant l'été. La température moyenne est de 13° à i5" C. La flore correspondant rigoureusement au climat, elle cesse d'être méditerranéenne dès que le climat cesse d'être méditerranéen. Si, par exemple, elle n'atteint pas les limites orographiques du bassin, c'est que la température moyenne s'abaisse au-des.sous de iS", les autres conditions restant les mêmes.
Il est classique de citer l'Obvier comme caractéristique de la flore méditerranéenne française. L'auteur, qui a donné une bonne Carte de la distribution do cet arbre en France, adresse au choix qu'on en a fait une double critique. L'Olivier est d'origine étrangère; il est cultivé et limité, par conséquent, aux lieux assez fertiles pour qu'il fournisse un produit. Le Chêne vert lui paraît de beaucoup préférable. On le rencontre dans tous les sols, à toute hauteur, associé à des végétaux qui ne manquent jamais là oii règne le climat méditerranéen. Sans doute il croit et prospère en dehors de la région méditerranéenne, mais, dès qu'il en sort, il cesse d'être accompagné des plantes qui vivent avec lui dans cette région.
M. Flalianlt passe ensuite en revue les essences forestières, peu nombreuses, de la région en indiquant, pour chacune d'elles, les conditions dans lesquelles elles se plaisent le mieuv et les espèces qui leur sont associées. Il décrit les conditions physico-chimiques dont le concours détermine la répartition des associations; il ne saurait préciser la part de chacune d'elles, parce qu'on ne possède pas de données météorologiques utilisables. Un Chapitre est consacré à l'étude des zones de distribution suivant l'altitude, à l'examen des stations diverses, des adaptations variées que la sécheresse prolongée du climat a provoquées chez les végétaux de la région, à l'influence que l'homme a exercée sur la constitution de la flore. Un autre Chapitre enfin montre que la région méditerranéenne française se subdivise en trois secteurs.
Si l'on considère, en effet, la répartition des espèces propres à la zone inférieure, lu plus chaude, on remarque des différences notables entre la partie centrale, qui s'étend du cours de l'Aude au golfe de Marseille, et les extrémités orientale et occidentale. Le secteur moyen est le moins riche en espèces méditerranéennes: 85 espèces du secteur oriental, 5i du secteur occidental n'y pénètrent pas. Ou constate d'autre part que, suraS'i espèces qui ne sortent pas de la zone inférieure, io3 seulement sont communes à la
Provence et au Roiissillon, tandis que i5i sont partagées entre ces deux provinces et que, dans les deux cas, la plupart des espèces ont des affinités étroites d'un côté avec les espèces italiennes, de l'autre avec les espèces espagnoles.
Cet aperçu, quoique déjà long, ne donne qu'une iilée bien imparfaite de l'abondance de fails intéressants, souvent de grande importance au point de vue de la S3 Iviculture et de l'Agronomie, que renferme le ^Mémoire de 'M. Flahault. L'autour a su renouveler un sujet déjà souvent traité en y introduisant, avec un esprit de sage critique, une précision dans les moindres détails que l'élude prolongée et minutieuse de la nature permettait seule d'atteindre.
La Commission est unanime à décerner le prix Gay à M. Charles Flahailt pour son remarquable Travail.
PRIX GEXERAUX.