PRIX M0:>TY01V (ARTS IXSALLBRES
(Commissaires : MM. Troost, Schlœsing, Moissan; Arm. Gautier président, rapporteur.)
La Commission du prix ÎSIontvon (Arts insalubres) a décidé de ne pas accorder de prix cette année, les Mémoires et Ouvrages envovés ne rerapli.ssant pas entièrement, quel que soit leur réel mérite, les conditions du prix à décerner.
ISl. F. Maslre emploie fort utilement les loisirs que lui crée sa position d'inspecteur honoraire d'Académie à étudier et définir les caractères des bons vins naturels. L'Ouvra;?e qu'il euvoie au Concours a pour titre : Recherches sur les bons vins naturels, leurs qualités hygiéniques et leurs falsifications.
Ce Livre a potn* but de préciser, d'après les recherches et observations de l'auteur, aussi bien qu'en se basant sur les données fournies par les
hygiénistes, chimistes et connaisseurs les phis autorisés, les caractères des bons vins, les limites clans lesquelles ils oscillent et les méthodes qui permettent de reconnaître et de classer les vins en vins naturels bons el hygiéniques, vins médiocres ou mauvais, et vins arlificiels ou falsifiés. Les caractères qui définissent les bons vins naturels sont, d'après l'auteur,
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et <6 pour les blancs; la règle (-) somme alcool -^ acide'^^^; le rap-
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porc extrait <o lo cendres totales <o,3
cc/;f//-g.? insolubles >o,3 ^^^^ j^^ ^j^^^ j^j^j^ équilibrés, dit l'auteur, outre
cendres totales <o,5 leur ffoiit de choix, leur parfum et leur résistance aux maladies, présentent l'ensemble des caractères ci-dessus.
M. Masure donne aussi dans son Traité une méthode personnelle, ingénieuse et rapide pour doser les acides œnoliques des vins rouges, distinguant avec raison cette acidité très particulière, qui tient aux tannins colorants et toniques, de l'acidité générale due aux acides incolores appartenant à d'autres familles chimiques et doués d'autres propriétés physiologiques.
On trouve enfin dans cet Ouvrage de bonnes règles générales pour guider l'expert ou l'acheteur dans le jugement qu'il doit porter sur chaque vin, aux divers points de vue de son état naturel ou falsifié, de son alcoolisalion, de son mouillage, etc.
C'est un livre utile et consciencieux; mais il convient de dire que les résultats personnels sur lesquels s'appuie l'auteur sont en petit nombre, et que quelques imperfections de détail se sont glissées dans cet Ouvrage.
M. le D"" F. Arnaud, professeur à l'Ecole de Médecine de Marseille, médecin de la Manufacture d'allumetlesdecette ville, envoie pour le même Concours un Ouvrage ayant pour titre : Études sur le phosphore et le phosphorisme professionnel. Nous ne saurions faire un éloge trop complet de ce Travail qui a demandé à son auteur onze années d'observations cliniques et de recherches de laboratoire. M. le D' Arnaud étudie successivement dans cet Ouvrage l'action exercée par le phosphore sur la nutrition, sur les reins, sur le système nerveux, le cœur, le foie, les organes des sens et
(') Rapports toujours pris en poids.
(-) Alcool en degrés centésimaux ; acide en poids d'acide sulfurique équivalent.
(le la £;énération. Il v fait l'urologie complète des ouvriers des Manufactures d'allumettes à phosphore blanc. Il démontre chez eux la fréquence des albuminuries, l'élimination par les urines et par' la peau des composés volatils du phosphore et du phosphore lui-même, l'augmentation sensible de l'urée excrétée, et, au contraire, la normalité de l'acide phosphorique urinaire. Le tableau complet de la Pathologie du phosphorisnie et de la Palhogénie de cette affection, enfin l'hygiène prophylactique de la profession d'allumeltier complètent le Volume.
Cet Ouvrage important, précis, très précieux par ses données expérimentales et cliniques nombreuses, eût dû être envoyé, pensons-nous, à la Section de Médecine pour le prix Montyon qu'elle décerne. Nous regrettons beaucouj) qu'il ne réponde pas entièrement aux conditions du prix Montvon (Arts insalubres), son auteur ayant étudié particulièrement les caractères pathologiques du phosphorisme plutôt qîiedonné des moyens nouveaux d'v remédier.
Enfin, M. le D'' 3I.\gitot avait envové à l'Académie, avant sa mort, huit brochures relatives aussi aux intoxications phosphorces. Elles ont pour titres : Des moyens d'assainir les ateliers oit se manipule le phosphore. — Paihogcnie et prophylaxie de la nécrose phosphorée. — Pathogénie des accidents industriels du phosphore et de la nécrose phosphorée. — La fabrication des allumettes et les accidents phosphores. — Les accidents industriels du phosphore et le phosphorisme. — Le phosphorisme, pathogénie et prophylaxie. — De l'assainissement de l'industrie des allumettes. — La jabrication des allumettes. Quel que soit le mérite du savant auteur de ces ^démoires et la valeur de ses recherches personnelles sur le phosphorisme, et plus particulièrement sur la nécrose phosphorée, nous ne saurions accepter ses conclusions, à savoir que, pour l'assainissement de l'industrie de la fabrication des allumettes, on peut, sans inconvénients, tolérer et même conseiller l'emploi du phosphore blanc, pourvu qu'on oppose à l'empoisonnement chronique, qui résulte du maniement en grand de ce dangereux toxique, la sélection et le roulement des ouvriers, les soins de la bouche et la ventilation des ateliers. Ce sont là des moyens excellents, en effet; mais, avec l'Académie de Médecine, nous considérons cette solution comme insuffisante.
Votre Commission vous propose d'accorder, sous forme de mention, trois récompenses aux travaux consciencieux et importants, à divers degré?, que je viens d'analyser :
Une mention à jNI. Mascre pour ses Recherches sur les bons vins naturels; C. R., iSfjS. i" Somesire. (T. CXWI, N» 2.) '7
( >26 ) deux mentions à M. le D' Arnaud pour ses Études sur le phosphore et le phosphorisme , et à M. le D' Magitot pour la suite de ses publications sur le même sujet.
PRIX CUVIEH.
(Commissaires: M.Vl. Milne-Edwards, Fouqué, de Lacaze-Duthiers, Blanchard, Marcel Bertrand; Albert Gaudry, rapporteur.)
L'Académie en 1891 a donné le prix Cuvier à l'œuvre collective du Geo- /oo'îoa/SM/vej' des Etats-Unis. Notre regretté Confrère, M. Daubrée, a fait alors ressortir les mérites de cette institution qui atteste à la fois la munificence du Gouvernement pour la Science et la force d'énergie des savants américains. Aujourd'hui nous vous proposons d'attribuer le prix Cuvier à l'un des paléontologistes des États-Unis, le professeur Marsh. A côté des travaux qui ont été faits sur les plantes des âges passés par Lesquereux, Fontaine, Lester Ward, sur les Invertébrés fossiles par Billings, Hall, liigsby, Meek, Worthen, Whitfield, Hyatt, Walcott, Beecher, Wachsmuth, Springer et bien d'autres, de vastes recherches ont été entreprises sur les Vertébrés du monde ancien. Depuis le jour où les mémorables explorations d'IIayden dans les Montagnes Rocheuses ont fourni à Leidy les matériaux de ses grands Ouvrages, chaque semaine a vu surgir de nouvelles publications de Newberry, Marsh, Cope, Osborn, Scott, Wortmann, Earle, Hatcher, Matthew. Cope vientde mourir, laissant des Ouvrages qui attestent la fécondité de son esprit et son ingéniosité. Le professeur Marsh reste le seul chef incontesté de la ])léiade d'hommes distingués qui s'occupe des Vertébrés fossiles.
Parmi tant d'Universités puissantes des Etats-Unis dont vous entretenait dernièrement notre Confrère M. Moissan, celle d'Yale Collège, à New Maven, est assurément une des plus intéressantes. Dans un |)arc charmant, au milieu de pelouses et de beaux arbres, s'élève le musée de Paléontologie du professeur Marsh. Aucun musée du monde ne présente un jilus étonnant assemblage de fossiles; on a peine à concevoir qu'un seul homme les ait réunis. Il faut dire qu'il a consacré à leur recherche une grande fortune, qu'il n'a reculé ni devant les fatigues, ni devant les dangers dans ses nombreux voyages à travers les Montagnes Rocheuses. Des publications magnifiques, généreusement distribuées, permettent aux savants de tous les pays d'admirer son œuvre.
M. Marsh s'est beaucoup occuj)é de l'histoire dos Reptiles secondaires
( 127 ) et particulièrement des Dinosauriens. Ces animaux sont difficiles à éluder parce qu'ils s'éloignent de tous les êtres actuels. Riende si difTérent de nos jours que l'oiseau qui vole et le reptile qui rampe;' les Dinosauriens ont diminué cet hiatus. Par leur diversité et leurs dimensions, ils ont joué sur les continents secondaires le rôle que les Mammifères jouent à partir des âges tertiaires; mais ils les surpassaient en grandeur; on croit rêver quand on voit les débris de ces animaux dans le musée d'Yale Collège et qu'on se les représente à l'état vivant. M. Marsh a montré au Rapporteur de voire Commission le Brontosaurus qui avait i5™ de long, V Atlantosaurus encore plus gigantesque, le Stegosaurus dont le dos portait des plaques si étranges qu'il faut les voir pour y croire. Ces énormes bétes du Jurassique avaient un cerveau exigu; un des plus importants résultats des recherches deM. INIarsha été de montrer que les animaux avaient eu au début de très petits cerveaux; ce devait être des créatures peu intelligentes, peu séduisantes. Le Triceratops de la Craie n'a pas été moins extraordinaire que ses prédécesseurs du Jurassique; comme son nom l'indique, il avait trois j)rotubérances : une sur le nez, deux au-dessus des yeux ; le derrière de la tête formait un vaste capuchon bordé d'épines. Tout récemment M. Marsh a donné un Tableau oîi il a fait des essais de restauration de douze types de Dinosauriens pour prouver combien ils étaient variés. Grâce surtout à ses recherches, on sait qu'il y avait deux groupes principaux de Dinosauriens: celui des Sauropodes, quadrupèdes s'appuyant sur leurs quatre pattes; celui des Ornithopodes, sorte de bipèdes s'appuyant, comme les oiseaux, sur leurs pattes de derrière. M. Marsh vient de signaler un Dinosaurien, YOrnithomimus, dont les pattes de derrière ont une extrême ressemblance avec celles des oiseaux.
Le même paléontologiste a découvert d'énormes reptiles volants qui étaient dépourvus de dents; pour cette raison il les a nommés Pleranodon; leur omoplate était fixée à la colonne vertébrale, comme l'iliaque est fixé au sacrum : il y a là un curieux accord entre l'analogie et l'homologie.
C'est à M. Marsh que l'on doit la connaissance d'oiseaux crétacés munis de dents; il les a trouvés dans les mêmes terrains du Kansas qui lui avaient fourni les reptiles volants privés de dents. On a ici une preuve qu'il ne faut pas toujours, en Paléontologie, se baser sur les analogies avec la nature actuelle; car, rencontrant ensemble des mâchoires avec des dents et des mâchoires sans dents, on pourrait, d'après ce que montrent les animaux vivants, supposer que les premières proviennent de reptiles, et les autres proviennent d'oiseaux : c'est le contraire de la réalité. M. Marsh a publié
un grand Ouvrage sur les oiseaux munis de dents tju'il a appelés les Odontornithes. Il y a donné les restaurations de deux types très différents: celui des Hesperornis, qui n'ont pas encore acquis des ailes, quoique leur évolution à d'autres égards soit très avancée; le type des IchlhYornis à ailes très développées, où se sont conservés des caractères archaïques, par exemple des dents qui, au lieu d'être fixées dans des alvéoles comme chez les Hesperornis, étaient simplement engagées dans une rainure, et des vertèbres qui avaient encore des corps biconcaves. Ces contrastes, joints à ceux que présente Y Archœoptoryx du Jurassique d'Europe, montrent que l'évolution des différents organes ne s'est pas produite d'une manière simultanée.
M. Marsh a fait aussi des travaux originaux sur les Mammifères fossiles. Il a recueilli, dans le Jurassique des Ét^ts-Unis, de petits Mammifères si voisins de ceux de l'Angleterre qu'il faut supposer soit une communication entre les continents d'Europe et d'Amérique, soit une grande conformité dans l'évolution des êtres de ces régions éloignées. Le professeur d'Yale Collège a fait paraître un Livre somptueusement édité, intitulé: Les Dinocerala. Ces fossiles de l'époque éocène étaient d'énormes bêtes à pattes massives, dont la tête portait des protubérances sur le nez, au-dessus des yeux etderrière les tempes. 11 devait avoir un aspect étrange ce pays entre les Montagnes Rocheuses et le grand lac Salé, où domine aujourd'hui Fort Bridger; il y avait là un lac élevé, sur les bords duquel se promenaient les VintalJierium, en compagnie des Hyrachyus et des Palœosyops. Malgié sa grosse tête, le Dinoceras avait un très petit cerveau : il était sans doute moins stupide que ses prédécesseurs les Diuosauriens, mais plus stupide que ses successeurs.
Les quadrupèdes de l'Oligocène ont été, aussi bien que ceux de l'Éocène, l'objet des recherches de M. Marsh ; les dépôts de White River lui ont fourn i des fossiles justement célèbres. On ne voit pas sans stupéfaction, dans le musée d'Yale Collège, une salle entière remplie des têtes du Titanolherium (ou Brontotherium), plus énormes encore que celles des Dinocératidés et presque aussi bizarres. Évidemment, des publications faites avec de si abondants matériaux donnent des garanties d'exactitude. M. Marsh a décrit, outre le Titanotherium, de nombreux quadrupèdes, notamment le singulier Protoceras qui, avec des pattes et des dents de Ruminants, avait une tête armée de protubérances comme les Pachydermes.
Il est impossible de rappeler ici toutes les créatures que le marteau de M. Marsh a tirées des rochers et que son génie a restaurées. Les découvertes
( 129 ) qui se font en ce moment, soit aux États-Unis, soit en Patagonie, ouvrent devant les paléontologistes des horizons immenses. Nous croyons honorer la mémoire de Cuvier en attribuant le prix qui porte son nom au professeur Mars!!, un des plus habiles continuateurs de la Science dont il a jeté les fondements.
PRIX T RÉMONT.
(Commissaires : MM. Bertlielot, Fave, Sarrau, Cornu; J. Berirand, rapporteur.)
Le prix est décerné à M. FnÉMO.\T.
PRIX GEGNER.
(Commissaires: MM. Berthelot, Hermile, Darboux, Mascart; J. Bertrand, rapporteur.)
Le prix est décerne à M. Paul Serret.