‹ Rayons émis par les composés de l'uranium et du thoriumChapitre 39 sur 425 · PRIX PETIT D'ORMOY (SCIENCES NATURELLES · texte numérisé non relu

PRIX PETIT D'ORMOY (SCIENCES NATURELLES

(Commissaires: MM. Jlilne-Edwards, Blanchard, Van Tieghem, Cliatin, Bornet ; Fouqué, rapporteur.)

M. (iossELET est l'un des doyens de la Géologie française. Ses premiers travaux remontent au milieu du siècle qui va finir, et pourtant nous avons

la satisfaction fie le voir encore souvent parmi vous, occupant le fauteuil de Correspondant que l'Académie lui a octroyé en i885. Son activité et son ardeur scientifique sont les mêmes qu'aux jours de sa jeunesse, elles travaux de ces dernières années ne le cèdent en rieu par le nombre et l'importance à ceux des plus belles années de sa vie. Il a débu'c sous les auspices et sous la direction de Constant Prévost. A cette époque, la Géologie était l'objet de luttes ardentes; les savants qui la représentaient, parlant de points de vue opposés, opérant suivant des méthodes absolument différentes, s'étaient divisés en deux camps bien tranchés dont l'un avait pour chef Élie de Beaumont, tandis que l'autre était dirigé par Lyell, en Angleterre, et par ConstantPrévost, en France. M. Gosselet, témoin journalier des batailles scientifiques engagées, était bien vite arrivé à celte conclusion pratique que les théories en présence, précieuses comme stimulants scientifiques, devaient céder le pas aux observations minutieuses et précises. De là le cachet spécial qui marque toutes ses œuvres. Quelque soit le sujet qu'il traite, on le voit toujours partir d'observations de détail et ne s'élever aux conceptions d'ensemble qu'appuyé sur un faisceau solide de recherches positives. Ses travaux embrassent tout l'ensemble de la Géologie stratigraphique, depuis l'étude des terrains cristallins jusqu'à celle du terrain quaternaire; mais il s'est livré avec une sorte de prédilection à l'examen difficile delà série paléozoïque. Appelé en i856 à la chaire de Géologie et Minéralogie de la Faculté des vSciences de Lille, il y a professé avec distinction ces deux sciences et créé tians sa ville d'adoption un centre d'études vivant et fertile. Il a été le fondateur principal de la Société géologique du Nord, société rivale et amie des sociétés similaires de Belgique. Son action scientifique bienfaisante et la sûreté de son enseignement lui ont assuré parmi les Belges ime autorité incontestée. Personne ne connaît mieux que lui la région septentrionale de la France et les contrées qui l'avoisinent; aussi voit-on incessamment les agriculteurs et les industriels de ces pays recourir à ses lumières loutes les fois qu'une question surgit touchant à la constitution du sol. Dans une contrée qui rejiose en grande partie sur une succession de bancs de houille, un professeur de Géologie compétent comme M. Gosselet est considéré comme un voyant dont l'œil perspicace discerne tous les mystères de la substruction terrestre.

Il serait trop long d'énumérer, même en les groupant, les nombreux Mémoires qu'il a publiés ; un seul de ses Ouvrages suffirait à sa gloire, c'est celui qu'il nous a donné sous ce titre: l'Ardeiuie, et qu'il a inséré dans

les Mémoires de la Carte géologique détaillée de la France. Cette étude consciencieuse d'une vaste et intéressante région est un moilèle hautement apprécié de tous les géologues.

En raison de tous les mérites de ÏM. Gosselet et comme couronnement de sa vaillante carrière, nous proposons à l'Académie de lui accorder le prix Petit d'Ormoy.

PRIX TCHIATCHEFF.

(Commissaires : MM. Milne-Edwards, Grandidier, Bouquet de la Grye, Guyou ; Marcel Bertrand, rapporteur.)

Depuis iS'-i, l'Asie centrale a été parcourue dans tous les sens par les explorateurs russes. Une direction d'ensemble, celle de la Société de Géographie de Saint-Pétersbourg, a assuré la convergence des efforts; la zone désertique a été traversée suivant plus de vingt lignes différentes, et le tracé des itinéraires couvre d'un réseau serré les hautes chaînes de bordure. Des botanistes, des naturalistes, des géologues ont pris part à ces glorieuses et pénibles excursions; parmi eux la Commission n'avait qu'à choisir : en s'arrètant au nom de M. Obrctschew, elle désire en même temps rendre hommage ti tous ceux dont les travaux ont jiréparé ou complété son œuvre.

M. Obrutschew, déjà connu par ses voyages dans la Transcaspienne et dans la Sibérie orientale, est parti de Kiachta (au sud d'Irkoutsk), le 27 septembre 1892. Il s'est rendu d'abord à Pékin, puis, à travers la Chine septentrionale, au pied du Nan-schan, le puissant massif qui se dresse en avant du Kuen-lun central. Prschewalski, MM. Potanin et Grum-Grjimailo en avaient déjà étudié la moitié orientale; M. Obrutschew l'a traversé à l'ouest et a reconnu huit chaînons principaux, s'élevant au-dessus de la limite des neiges éternelles (SSoo™). Parvenu par un long détour au lac Ivuku-nor, il franchit de nouveau la chaîne, s'enfonce au nord dans le désert, qu'il suit dans le sens de sa longueur sur 5oo'''°; puis il revient au sud par le Golbyn-Gobi et l'Ordos, et visite le bassin du Yang-tse-kiang. Une dernière excursion dans le Nan-schan le ramène au bord du désert, qu'il traverse encore une fois en se dirigeant vers l'extrémité orientale du Tian-scban; il explore la curieuse dépression qui, près de Tokoun, entre les dernières ramifications des montagnes Célestes, descend à 70"" au-dessous du niveau de la mer; il en suil la prolongation vers l'est, en reconnaît la signification

géologique et revient eafin vers le lac Balkhach, après avoir, en deux ans, parcouru environ loooo'^™.

Aucune partie de ce vaste itinéraire n'a été perdue pour la Géologie : dans la Chine centrale, M. Obrutschew a relié les observations fondamentales de MM. de Richlhofen et Loczy; dans le Nan-schan il a établi l'existence de deux séries discordantes : lune formée de gneiss et de schistes métamorphiques, l'autre de terrains paléozoïques, concordants depuis le Silurien fossilifère jusqu'aux grès qui couronnent le houiller marin, avec houille et fusulines. Mais ce sont surtout les formations et les phénomènes actuels des steppes désertiques que M. Obrutschew a étudiés avec prédilection; ses observations permettent d'esquisser l'histoire récente de l'Asie centrale.

Dans l.a première période des temps tertiaires, la mer, entrant sans doute par l'emplacement de la vallée du fleuve Jaune, a envahi les hauts plateaux actuels et pénétré jusque dans le Turkestan, déposant sur son fond nivelé les couches rouges et grossièrement détritiques qui couvrent une partie de la Mongolie. Il faut ajouter pourtant que, pour ces couches, comme pour l'Aquitanien de Conslantine et des bords du Sahara oranais, on pourrait admettre une origine lacustre; les fossiles font défaut, et l'existence encore problématique de Phoques dans leKuku-nor ne peut être acceptée comme une preuve de l'ancienne extension marine.

Lacustres ou marins, ces dépôts ont été suivis de mouvements d'une grande amplitude qui les ont portés, par places, jusqu'au-dessus de la limite des neiges éternelles; ce sont ces mouvements qui ont produit ou accentué la dépression de ïokouu; ce sont eux qui expliqueraient la contradiction apparente entre la grande hauteur et l'ancienneté des chaînes.

Puis le climat désertique a pris possession de la région; les agents atmosphériques ont commencé leur œuvre là où le rôle du vent est prédominant. Contrairement à ce qu'on croyait, le résultat de ces actions n'est pas la formation du lœss dans les bassins fermés. Le vent transporte en épais tourbillons tous les débris de roches émiettées par la gelée; mais, s'il les laisse retomber tians le désert, ce n'est pas en accumulations permanentes. Ces poussières ne s'arrêtent définitivement que sur les bords du désert, là où les vents perdent leur violence; là seulement commence le dépôt de lœss, qui va s' épaississant dans les grandes vallées de la Chine, et il n'y a pas lieu, pour expliquer ce remplissage, de supposer, comme on le faisait, que ces vallées et les plaines voisines aient été autrefois des bassins termes et désertiques.

( i33 ) Ce court exposé montre que, par ses remarquables explorations, M. Obrutschew a beaucoup augmenté nos connaissances sur l'Asie centrale et qu'il les a modifiées sur des points importants. Votre Commission propose de lui décerner le prix Tchiatcheff.

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