LE VILLAGE ABANDONNÉ
Que les heureux du jour en leur pompeuEe ivresse Raillent de ces bonlii'urs lu ouVve siiiiplesse, Quant a moi, je l'avoue, un t-liarnip cain panard Est plus cher a mon cœur que le vernis de l'art. La nature, 1 jeu libre, est more de la joie, Elle enfante les jours files d'ur et de soie; Mais la pompe sans fin, mascarade à minuit,
Avec tioia d'opulence, et tout ce qui s'en suit
Diin ces tV-tcs. nnn; que le l'i-ur trou™ joie, A l'ennui fatiguant il est souvent en proie.
Vous les amis dn vrai, vous tons hommes d'état Qui du pauvre voyci la misère, et l'éclat Du richo ; examine! quelle est lr> (liù'éronee Entre pays heurcui, et pays d'opulenco.
La mer e'énorguctllit du vaisseau frété d'or, Hélé par la folie, il prend soudain l'essor, Au port il a touché ; les heureux lie la terra Partagent ses trésors. Ecartons la chimère Et voyons nos profits. S,. os ce gi-und mot de l'or
Aux utiles produits que fait cette opulence? . . .
Il n'eu est pas ainsi de nos pertes d'urgence.
Coi Immole cousu d'or, tout vain, tout oi^ueillcin,
Prend pour lui, pour lui seul un terrain monstrueux,
Sur lequel plus d'im pauvre au soleil avait place ;
Mais il lui faut il lui pour son lac do l'espace,
Et pour son équipage, et puis pour ses chevaux,
Et pour sa meute, aussi pour ses nombreux troupeaux ;
Le vêtement qui tient s,i- mesures eomfortables,
A coûté la produit des plus riches stables ;
Son manoir étoffé fait pour gens comme il faut,
Rougirait de s'ouvrir au bourgeois, au rustaud ;
Tour héberger son line, il fuit fouiller le monde,
Tandis qu'autour do lui, le pays a la ronde
Etouffe de pléthore, et languit do splendeur
Car qui ne vient de loin, est pour lui sans valeur.
Telle une jeune fille aussi simple que belle
Sûre de plaire à tous par sa fraîcheur nouvelle,
Fait fi de la toilette et des atours pompeux,
Et préfère a tout art le pouvoir do ses yeux ;
144 LE V1I.LA0I: aBAUDONHÉ.
Mais quand fleur do beauté se fane al s'étiole,
Lors elle fait la roue, et s'affuble d'atours Pour tâcher a sa glu de piper les amours :
Tel aussi ce pays d'abord de la nature Paré des simples dons, un jour, s'il s'aventure,
Il est sur son déclin, mais voyez ces splendeurs? Ici sont do? pilais. \\ but dus p-..T?pectivoa ....
Frappé par la famine, il part, il es! parti
Et lorsque, sans pitié de chagrin il succombe,
Le beau pays lleurit — jardin, ou plutôt tombe 1
Pour fuir la pression, Hû'Ilc. '[u ti;]] i^uliL
Oa donc ira le pauvre abriter son linceuïl?
Sur la communo? . . Hélas 1 quelques brins d'bcrbc rares
Voilà pour son troupeau ; — les riches sont avares :
La commune I ■ .elle sert ?i leurs troupeaux nombreux ;
Lo pauvre I . . heureux il est de glaner aprf s eux I
Et qu'est-ce qui l'attend, s'il s'en va vers la ville ?
Mille tentations, pas de pain, pas d'asile.
D verra l'abondance, et lui mourra de faim,
11 verra de viveurs un innombrable essaim
Dans un luie honteux choyer leur existence,
Bans songer an prochain, non plus qu'il sa souffrance.
Ici le courtisan en habite de velours,
ÏA le p'lIo artisan qui travaille toujours ;
Ici d'un orgueilleux le cortège superbe,
Et là ie noir gilwt fauchant liutnaiuc gerbe.
Ce dôme ou le plaisir J. minuit tient sa cour
Caresses et coupés roulent avec fracas, Aux regarda ébahis do nombrcui parias ; Sûrement nul souci ne se glisse en ces têtes! Témoin de lois plaisirs peut-on rêver tempêtes 1 Ainsi le pensos-tu? Regarde dnne mon Dieu Ici cette pauvresse, elle est sans l'eu ni lieu,
LE TILLAÔK ABANDONNÉ.
El grelotte de froid; — il fui un jour peut-être, Au milieu du village, et de son doui bien-être, Où de ses veux émus il coula bien des pleurs A quelque frais récit d'innocentes douleurs ; Ses modeste» regards ont orné la chaumière, l'umi l'épine ainsi surgit la primevère; Et maintenant perdue, et perdue il jamais, Vertu, famille ont fui ; seuls veillent les regret*. Fris de ce seuil oil vit son séducteur infâme, Elle pose sa tête, et maudit, pauvre femme !
Hélas 1 elle quitta sa bure et son rouet !
Ëst-cc que ton essaim charmant do joui-™ relie?. Portage, doui Auburn, angoisses si cruelles?
A la porte du riche elles tendent la main !
Mais non. Les habitants de ton charmant vilh^-
Bien au delà des mers vers un lointain rivage
Ils errent épuisés ; le sauvage Al taras
Voit les douleurs rie ccili L[ii'Aulmrn toujours cliannn
Quel changement, grand Dieu! sur ce rivairc aride
Dardent soleils de feu de ln zone torride ;
Comme mailles serréa. d'im]n-]a-trabl,;-; l.k.i..
Oh l'oiseau paresseux sembla oublier sa vois,
Oh le silence épais domine seul et rÈgnc,
OÙ vole en son etlr-ai h lMt-ilii mu&imigne;
Des champs empoisonnes bien qu'ils suhrit plantureus
Où distille la mort le scorpion hideux ;
D'éveiller du SL'rpcnt l'imiil.icaliic vengeance ; Où tigres accroupis vous i-'netl>-n( au liuxaril,
Tandis que l'ouragan grandit et se déeliniue, Elève au ciel la trombe, ou renverse lo chêne. Oh ! que ces scènes la diffèrent d'autrefois, Le frais ruisseau courant, la pelouse, les bois Où circulait la brise, où sous un doui ombrage
Quelles douleurs il ciel 1 Quand vint ce jonr fatal Oh chacun dut quitter enfin le sol natal !
LE VILLA OR iBANDOKNK.
Quand de plaisirs deïunts gardant la souvenance,
De trouver tout la. bas nn mémo et parti! lieu
Ki [mur climats liiliiiniiis prenant soudain alarmes
fur c<- lii'U tant ■<mn' caaiiui j -l i - 1 1 t-ji ï t ses larmes,
Le bon riern grand papa se trouva le premier
Prît il partir .... Pour lui qu'Était le monde entier?
Rien.— Il sympathisait ,\ la limitent profonde
Des siens, — mais smi rnvnitinc était d'un mitre monde !
Sa tille, plus cl.armante'cncorc dans les pleur».
I* suivait en silence en proie il ses douleurs,
Oubliant sa beauté ; pour soutenir son pera
Elle quittait le liras d'un amant ; mais sa mère
Ave:' fnreu eK|iriiiinit «es l'hagrins. fin malheur.
Dan» son mfilo chagrin l'exhortait de son mieux.
O luxe I enfant maudit ! vil produit de la terre !
Contre de pareils cœurs l'échanger, 0 misère 1
Avec quel art perfide infiltrant ton levain,
Sous forme de plaisir tu glissos ton venin !
Les états gorgé* d'or, imbus do ta gangrino,
So targuent d'être forts, et so traînent îi peine ;
Se gonflant, mais de vide, ils vont, ils vont toujours.
Chaque jour plus bouffis do maux grossiers et Jounis
Jusqu'à ce que pourris, usés j usqu'aux racines.
Ils croulent patatras, n'enfantant que mines.
Mémo a l'heure qu'il est la dévastation
A comment partout git la destruction.
Même il l'heure qu'il est lorsqu'ici je médite,
La rustique vertu je la vois qui nous quitte.
Voyez L\ bas a l'ancre où se tient ce vaisseau,
Triste et mélancolique il s'en va le troupeau.
De son amas confus il noircit le rivage ,
Do tranquilles vertus ô quel rare assemblage !
Ici c'est le travail satisfait do sou lot,
La l'amour conjugal, le suiitimeul ilévul.
LB CffLTE PRÈS DU HOBIER.
L'attachement au roi, le devoir h l'église,
Et l'hospitalité, vertu qui moralise.
Et toi ma Poësie,— aimable et duiiee enfant
Toi qui fuis des citi^s le Inie ébouriffant,
l'eu i':i|inl>U' in ['[■- limais ili^rinTr-, [le honte,
Ou du fiïcr les cimri, un iiV-tn. L A fnippcr prompte ;
Chère et charmante nymphe 'i l'rtil dons, au cœur d'or,
Ma honte quelquefois, mou orgueil plus cncor!
Toi de tout mon liunlifiir, de Ion.-, mes mn'it la source,
Qui pauvre mo trouvant, n'alourdit pas ma bourse,
Toi le guide éclairé de la vertu, du beau,
Toi île l'humanité le plus brillant flambeau,
Nourrice de mon coeur, ma divine ambroisie,
Adieu ma bien aimée, adieu ma Poésie 1
Et maintenant partout où s'entendra ta vois,
Sur les rocs de Torno, par de U l'Illinois,
Où brûle un long été de jours caniculaire.-,
Où sévit un hiver de neiges séculaires,
Fuisse la noble voii prévalant aur les cceurs,
D'un (-limai ju-Li cli'inenl adoucir les rigueurs;
Aider la vérité" par ta douce éloquence,
Ani hommes inculquer mépris pour l'opulence,
Leur faire enfin Router celte moralité :
Qu'un état trouve en lui force et prospérité,
Bien que pauvre, s'il veut, sachant rester son maître,
Par le travail des champs assurer son bien-être ;
Que les plus fiers états B'appuyant seulement
Sur le commerce et l'or ont triste dénouement.
Ainsi que l'Océan qui balaye les cimes
Du mfils altier, ainsi les balayent leurs crimes :
Taudis que le Pouvoir vivant de ses élans
Peut braver comme tocs la fureur des autans !
GOTJLD (H. F.)
Le Culte PllÉB DU liOSIEB.
Autzuk de la beauté, Sublime Créateur I
Qui d'un seul mot voulut que fut la Roie,
Le monde est Lumineux, la brise est fraîelii- H pure- Le Rosier sur m lige Étale ses joyaui, Au ciel monta le chant primitif de» oiseaui, T'.-ut vi'.M rcn.l !nii!;im<;o au Dieu de la Nature. Sou ton œ»™ admirable et ces ramoam d'été
Chargea ili! ilf.ir- ï'[:ii''.:i::l:l( jusqu'à terre.
Je me prosterne, et t'adore en prière Toi qui créas la ltosa et Moi dans ta bonté.
Tu ne nous quittes pas. Ta robe de lumlÈre Effleure doucement do ses plia ondulera Le bel arbre odorant au contour graciera, Tandis que ses boutons entr' ouvrent I™ paupière.
Ton nom sur chaque fouille, aussi sur chaque fleur Se trouve écrit; ta sagesse éternelle Se voit aussi qui fuit la sentinelle Dans l'épine crochue, arme de In pudeur.
Et tandis qu'en ouvrant Bon sein la jeune Rose Avec amour répand ses dora parfums pour moi, A te» pieds prosterné, moi je t'adore Toi Qui fis In Rasa un jour Toi l'effet et la cause 1
G RAT (THOMAS).* Ode.
Snr la mort il'uno chatte favorite noyée danj en bsssin île dnmdei cbinûÏMft. i" Mai, 172?, Cambridge.
D'un vase ou l'an chinois étalait se surveilles, Que Sélima pensive en frSIant ses oreille», Se prélassait non loin d'un canapé.
Elle regardait la câline
Du lac la gentille pibeinc.
Emblème de contentement
Son éloquente queue a révélé sa joïe;
Sa patte do velours, doucement se déploie, L'eau la reflÈte— et son miaulement
Semble dire : " Que je suis belle I Que je suis belle damoïselle I "
HÉFLEIIOHB PB.ÈS DU MONT UYDAL. 149
Elle se mirerait entier ......
Mais voilà qu'à sea yeui bous des formes étranges Divinités du lac apparaissent dcui anges;
Leur armure est d'écaillés sur fond d'or.
Sans oublier son point de mire, Notre Sélima les admïro.
Et puis elle étend tout d'abord, I* poil de sa moustache, et puis après la patte, Et puis se rapetisse ainsi qu'un acrobate,
Et puis s'allonge, et cela jusqu'au bord, Pour attraper ai belle proie Elle cherche à se frayer voie.
Du poisson I . . pour un tel butin Chatte ferait ce que pour de l'or fait la femme 1 . . . Ello allongea les doigta, soit dit sans épigramme Sur le rebord .... Et puia dana le bassin
Tomba tête en avant . ... la Diable
Rit d'un rire incommensurable 1 Huit fois ello anrgit do l'eau, Huit fois elle invoqua Neptune et les Naïades, Huit foia on dépit d'elle, elle but huit rasades, Huit fois enfin elle appela son beau,
Rien ne vint — ni Tom, ni Suiannol . . .
Il lui manqua même sœur Anne I . . .
Apprenez donc, jeunea Ileautés Qu'on faux pas n'est jamais fait qu'avec une entorse, Qu'audace est bien souvent prélude de divorce, Que toua désirs ne aont pas voluptés, Et que lo clinquant, d'aventure, N'a de l'or que la couverture.
GEAZEBKOOK (HENRY).
EÉFLEÏIOKS fltÈS DU MoNT ETDAL.
Es-tu donc bien parti? ... Je croyais dans mon âme Sentir de ton regard la douce et pure flamme, Cependant que mon corps devant ton nom muet En oitase, pensif et frémissant restait.
L'imagination me créait les merveilles Du lac,— et do ces vers le doui fruit de tes veilles.