‹ Rayons et reflets, par le chevalier de ChatelainChapitre 45 sur 116 · HOOD (THOMAS · texte numérisé non relu

HOOD (THOMAS

Je me rappelle— oh 1 oui je me rappelle La maison où je vis le jour, i.a petite fenêtre oil dardait l'étincelle Du soleil, m'oanonçaut la vie et son retour.

11 ne venait alors jamais un brin trop vile.

Le jour qu'il me faisait avait trop vite cours, liais maintenant je fais ce souhait illicite :

Puisse ma nuit durer toujours !

Je mo rappelle— oh ! oui je ruo rappelle

Les roses am douces odeurs, La violette aussi, la verte citronnelle, Et ces superbes lis aui magnifiques fleurs I L'endroit où mon Luu l'rôro au jour (le m naissance Planta le gland d'un dii'nii, .ni ni- Miimird'hui pourtant! Les lilas où l'oiseau s'abritait en silence

Contre un soleil trop éclatant.

Je me rappelle — oh I oui je me rappelle

Et l'escarpolette et ses jeux, Et jo pensais alors que la vive hirondelle Comme moi humait l'air frai» et ddlicicm :

UN NOBLE CŒITH-

Car mon esprit alors il volait but des plumes, Rien no pouvait calmer sa fiévreuse chaleur, Las I il est aujourd'hui tout entouré de brnmcB Et tout alourdi do froideur.

Ja me rappelle — ou I oui je me rappelle

Les hauts sapins, noirs, résineux, Je pensais autrefois que leur cime étemelle Du lin fond de la terre allait toucher les cieux ; Je l'avouerai c'était ignorance enfantine, Mais pour moi eu n'est pas triomphe ébouriffant, Do savoir que le ciel bien moins ne l'avoisine

Que no l'avoisïnais enfent i

1ÏORNE (ii. H.) TJs Noble Cœue.

" Apportez des bosqnets, des bois de la Bohême

Couronnes, guirlandes de fleurs.

Le lierre des rochers qui pousse au pie suprême,

Le crocus aui vives couleurs ; Du sapin vert fonc6 les branches odorantes,

Et de rosée étincclantes ; Apportes le lis blanc, les clochettes d'azur,

Ornements du vallon obscur ; Mais empruntez surtout les roses les plus belles

Au charmant jardin de l'amour, Pour en faire a l'envï des guirlandes nouvelles

Pour Hulda, qui iloit eu ce j«iir Epouser un héros, le plus brave des braves,

Do Sonnenfels lo Chevalier, Le Sire de Ludolf, intrépide guerrier,

Et le plus fameux des Horaves t"

Sire Ludolf est lo proui chevalier Au bon droit seulement dont l'épée est acquise j

Qui sut toujours dans son noble métier Avoir pour sa patrie une. tendresse exquise :

Contre l'abus, contre la trahison,

De son Soigneur, ou bien un défaut d'Allégeance,

Il bu niait armé de sa raison, Mais jamais, non jamais on no vit son blason,

Ni son drapeau, planer «ans conscience Sur un champ, dit d'honneur, pour gagner le renom,

Ou bien do l'or, ou bien de la puissance ; C'est un fier chevalier, dont sublime est la nom,

Dont les vertus égalent la vaillance.

Très simplement, nous le dit la légende; Quand le Sire Ludolf paraissait, c'était mai,

Son ccenr allait vers lui comme une offrande ; Aussi lorsque son nom et ses faits valeureux

Etaient chantés an beau milieu des fDtea ; Cependant ce narré d'actes proili^!!:*.

De vertu mKlo, ou de nobles conquêtes, L'enivrait moins encor, brillait moins a bcs yeux,

Que co penser que dans son âmo altiirc Quelque- chose do grand gisait mystérieux,

Capable un jour d'illuminer ta terre.

Wolfram de Lindonforst, son pire, a consenti

De leur amour a consacrer la chaîne, Dn Sire de Ludolf il est fier, mi-parti

Pour son renom, pour son riche domaine; Il regarda Ludolf d'assex bonne maison

Pour mériter son illustre alliance, Dn vaste Lindenforst et comme de raison,

Pour recevoir en dot le bien immense ; Dn mariage adonc il a fixé le jour,

Et maintenant le cortège s'avance Bous un chemin de Heurs, chantant le chant d'amour

En s'arrétaut do distance on distance.

En contemplant les fleurs éparses sous ses pas, La joue émue, avec charmant sourire,

A côté de Ludolf dans un doux embarras,

Hulda marchait, ses doigts, je dois le dire,

De Lindenforst son tris honoré pore,

UN NOBLE CŒira.

Emboîtait aolennel U mesure du chœur.

Cependant que vers sa téta si chère Du Sire de Ludolf s'inclinait le beau front

Daiia un émoi pensif, involontaire, Né d'un ravissement si complet, si profond,

Qu'il appelait un pleur sur la paupière.

Mais au galop qui viont eu chevauchant là bas,

Les vêtements tout couverts de poussière, Monte" sur un coursier dont ardents sont les pas? . .

Piombrem vasaaui lu suivent par derrière 1 . . Sa mission, l'espère est amicale Mais

Sou grand aspect et son air d'importance, l'onviiuim-tit jifs,-/ mr.l d'une noce aui nppréta,

Et puis en mailla il brandit une lance Qui miroilo ou soleil .... C'est le neveu du Roi,

Le jeune Otto— quel est donc le message Dont il vient en ee jour ici foire l'octroi? . . .

C'est important 1 ... Il parait être en nage !

Saluant l'épousée, et le preui chevalier,

Sire Wolfram, et les gens du cortège, Le messager royal arrêtant son coursier,

De vers Ilulda, plus blanche i]ue la neige, Se retournant ensuite, et la main sur son cœur ;

"Oh! bien pardon !" dit -il, " diurmante Dame Si j'i:tii>:Ti>Tiiiin ainsi du vos injcep lij obteUX:

Do notre Roi, c'est l'ordre, le proclame.

Que le Sire Ludolf à Prague, avant ce soir

Ait a partir pour un fait d'importance, Le Royal Ottocir qui désire le voir

Compte sur lui pour faire diligence, Et moi, je compte aussi qu'il verra qu'un devoir

Motivo seul en ces lieu* ma présence ! "

— " Sire Otto, j'obéis I " . . a dit le Chevalier, En inclinant soudain sa noble tête ;

11 A Prague je me rends sur le champ, mon coursier Est un cheval pur sang que rien n'arrête.

Mais vous, si vous pi.nvi-x nvonl votre retour

Voua reposer, daignez, je vous en prie,

Du bon Si™ Wolfram 5tro l'haro on ce joor,

Et prendre put h ce festin-féerie Qui devait cette nuit" nn mot, lo mot amour

Seul surnagea do cette parlorio.

La Sire do Ludolf vers Hulda, son trÉsor,

Se retourna, pâle e"tait son visage, [1 fiia son regard sur elle oncor, encor

Comme pour mieus préserver son image ; Puis ploya lo genou l'espace d'un instant,

D'un seul instant devant a» fiancée.

Puis murmura des mots d'amour, puis nonobstant,

Partit souilain, emportant sa penséo.

Hulda fiia longtemps sa vue aimante, Doutant encore si nos yoni, ses tendres yeui

Ne pourraient voir la plume Étiu celante De son cher chevalier. Quand elle fiait ainsi

Lo Sire Otto pencha sa haute taille Par dessous son coursier comme voulant voir si

Sa lance était intacte, et sans entaille ; Hais t'Était un prf teste S, l'effet seulement

De contempler tout ravi de sa grâce, Hulda dont le regard en deuil de son amant

Errait toujours incertain dans l'espace.

Son désir satisfait, d'un bond vif et joyeui,

Le Sire Otto de façon gracieuse Sauta do son coursier se posant gloricm

Devant Hulda qui s'Éveilla rêveuse.

Le Sire de Ludolf grâce a son bon coursier

A traverse forêts, ruisseaui, ravines.

H n'était encor nuit quand lo noble guerrier Escaladait les dernières collines

Qui laissaient d'Ottocar voir lo palais altier, Tout entouré de teintes purpurines.

"Oh! mon vaillant Ludolf!" a dit soudain le lîoi, " A toi merci ! . . c'est sur l'aile de l'aigle

Que tu viens aujourd'hui do la loyalo foi

Me confirmer i|ue tu connais la règle.

DB HOBLE CŒUR.

Mais tu dois me donner témoignage nouveau De ta vertu que je sais être austère, Regarde, je le veux, regarde ce rouleau

(Jui tombe d'ilge, et eYgrùne en poussière.

D'un sinistre avenir c'est le triste flambeau

Qui mo prédit et désastre et misJre :

L'arbre de Lïnden/orsl chaque/oit— {c'est Écrit Diiu- un temps bii!N ancit'li par un vieil iTiulit;, Que jswii Swiiii u/' It i! rlemlni brancha, En Cétràgvant d'amour comme font lee pervenches, Un Roi mourra d'un coup iiuiUcndu, Et ton trime tera perdu !

Puis il dit à part soi:

De si grandi

Un homme vertucui p De dominer

Ils pourraient bien me.

Et me causer alors des Qued'arrfte "Tu vois donc cheval

Cekipc

rraît bien être, lient si grand pouTO

and vient l'espoir ;

Si de Hulda L'arbre de Lindeufors S'agripperait

Nous perdrions bientû Dans une gu

Et sort pareil pour no

a n'est p

s objet d'envie ;

Voilà pourqu

Illustre Chevalier autr

e part je

'ordonne

D'aller porter les vœu

de ton amour,

Si tu prenais Hnlila pour femm

, — ma couronne

Serait souda

Mais comme fus toujo

rs et vaiilaut et fidtlc,

que ton

Prends la main de nui

■il-, ill-

st aceorte et belle,

C'est un guet

de ta loyauté 1 "

Le Sire de Ludolf sec

Do son munt

int que son regard

Do cette prophétie en-

Puis saluant l'air pluti

t qu'Ottocar,

Lentement, lenti-uitut mnnm: puisée amêre

Il descendit l'escalier nu hasard.

Le lendemain le Roi des l'aulie matinale

De son jardin parcourant cm sentier Le long de son palais pris la tour en spirale,

Revisagea le noble Clievalier A l'air majcstucui nmf d'nti iloui sourire:

" Je Tiens," dit-il, "Oii'icar, ô mon Roi Ici renouveler il tes genoux, doui Sire,

Mon dévouement, l'hommage de ma foi Ponr les grandes faveurs fjiic d:ii.u-uris sur ma tête

Faire pleuvoir ; et puis te supplier De m'accorder pardon si do par la requête

Dois refuser do me laisser lier.

A mon premier amour jaloux d'éric tidêlc.

Je ne ■aurais, le dis en vente,

Mai.- cjii'il ;nlvi'[iir île cetle prophétie

Malheur pour toi, sache le bien, ô Roi !

On do par mon outel, ou ma suprématie,

N'en eera rien ! . . . L'or ne m'importe ii uni! '■ En tes mains, aujourd'hui, [n rcii'Uico il mes terres,

A la couronne elles sont désormais, Ne les possède pins mes biens héréditaires,

Mais libre, puis aimer ce que j'aimais.

Plus ne crains donc, fi Roi,.ept augure funeste,

En te quittant «ans me» terres je vais Présenter k Hulda, qui comprendra do reste,

Vide ma main,— veuve de tes bienfaits !"

Le Roi très étonne ressentit la pujfirc :

"Sire Ludolf," dit-il, "Tu te fais ton.

Il ne doit espérer jamais que la fortune

Vienne H nouveau, le prenant par ta main,

Lui faire retrouver su irriv, su péamo,

Et lui créer ciiwr brillant .h:siin.

T» volonté, Lndolf, est-elle inflnanlibleî"

A ce propos le Chevalier sourit :

- limeur lige," ilit-ïl, " elle i-Bi Invariable,

Co que je faia, l'honneur me le prescrit!" D'un air superbe alors : " Tu n'as vu la Princesse,

Reprit le Roi—" mais assez toutefois, Aaseï! . . Dieu te conduise!" . . "Amen" avec ivresse

Répond Lndolf, " car je fais co que dois!"

Le Chevalier n'étant lors démis do ses terres,

Sur son coursier, l'esprit tr^s satisfait, S'en fut vurs Liitdenforst, (mis en ]inn>lcî claire

Km» comment son bien élail forfait.

Ci' pniilai il i|iie llulilii rayonnait tonte henrouse,

Et c[ue vassaux, dunes et chevaliers Et morne serviteurs dans leur humeur joyeuse

Jetaient 1\ l'air des hourra pnr milliers ; Tous honnis Sir.: fltto <|ui se nwrdant !a livre

A pas pressés quitta soudain les lieux,

—"Oh ! de Iluldace serait la l'orgueil I" Rit Hulda présentant sondai» ses mains de reine

Au Chevalier. Mais le front plein de deuil.

Wolfram restait muet. A la An, non sans peine :

" Nous convenons," dit-il au Chevalin:

" Que do l'honneur en toi vibre la sainte fibre,

Tris noblement lu eus te ddlier Avec ton souverain, ut certes restes libre,

Si ton vouloir ost do to marier A l'hymen convenu donner aujourd'hui suite;

Moi j'applaudis It ton loyal nmoiir.

Et suis tris partisan d'une telle conduite ;

Maie je demande X compter de ce jour

Tous nos amis ont quitté te scjonr, Nous serons presque ecuIs quand viendra la nuitée.

Nous Oierons daua un délai prochain.

Sans trop tarder, un jour pour la cérémonie,

Et ferona tout, afin que cet hymen Soit enfin cûldbré pour la néoménic."

" Ainsi toit-îl ! " A dit le Chevalier.

H-.Liilii Irisr. -i.nril .in il...- >.!- hiMiii"..

Cependant que— signe assez suigulitr.

Certain pressentiment éveillait ses alarmes.

Le Sire Otto ne quitta toutefois Du Sire de Wolfram la demeure aplendide,

De son amour divulguant les émois, Bien qu'on ne ['écoutât, qu'il prêchât dans le vide, Que sans écho se dissipa, M voii is de Huldfl troubler l'âme candide.

Quoique long il paswr le tiunp-, suivit son cours,

Trouvant Hnl.la | . ï i ; fnlMc l l'hanue Ih'kit ; Ce que vit bien Otto dans son espoir toujours

Imaginant sa fortune meilleure.

De la belle Huldfl, suivant partout les pas,

Il en quêtait un regard, un sourire, Mais malgré ses efforts il n'obtenait hélas!

Qu'un mot banal qui ne voulait rien dire.

Rencontra Sire Otto; pi " Vous Cliovali Faites que mon discours

Tu recherches la main qui doit m'appartenlr,

Mais dont Wolfram, le sais et le proclame, Voudrait, h'it: limite pas me priver;— son désir

Tandis que moi n'ai plus <pic nmn nom et mou eccur.

Je quitterai ces beaux lieui ofi Dignité* Etant l'hôte Accueilli, je puisais le bonheur,

Jusqu'à la fui du moi?. Restera raittre Toi, de te faire aimer, do briser mon amour;

Par un mot de ma daine, et cch -nu- i.lour, Si contre moi so tourne la fortune !

Kt s'il en est ainsi te donnerai la main,

Ami Princier ! sans haine et sans rancune,

Puis au loin m'en irai cherclier meilleur destin!"

Le Chevalier soutint avec tendresse De Iluhla le beau front tout empreint de douleur,

Puis il laissa, sans montrer de faiblcwe La place a Sire Otto triste que fut son eccur;

Et du castel avec grand' politesse Sortit, pour n'y riiirri-r que lin du mois, d'honneur!

Ni jour, ni nuit, minute ni seconde.

Ma furmt négligé 1 ) par l'amoureux rival,

Que le soleil n'avait pas d'ombre en vflrittS.

Citaient des jours d'incessantes liesses ; t -iir 1Vh|inir dans U". neurs crée un si bel ftf.

Qli «S- m U pWmif, monOIS d. br, A l'oreille produit ne sais quelle douceur;

C'est Philomela Égrenant avec charmes Las perles de sa voit en narrant sa douleur.

Vers Ottocar un écuyor fi de. le Par l'amoureui Otto fut envoyé dcui fois,

Au bord du lac, quand la nuit était belle, Avec Sire Wolfram souvent en tapinois '

11 enusottait, si que voyant l'étoile Du suir, se relilitor au plus profond des eaux,

ON KOBLR CŒITR.

Puis indiquant ilu ciel l'azur sans voile, l.lii l'étoile L>rï]l:cit parmi t;irii du tlanibcaui :

11 Tout aussi haut que coite haute sphère," Dit-il, " ont mou amour, el tout aussi profond

Que le reflet où plonge an lumière Do ce lac enchanteur dans l'abîme sans fond ;

Oii I ton Ilulda la gagnerai, l'espère, Par les soins emplisses il'uli amour sans second I"

Sous le fardeau de treille une journées, A la fin succomba décrépit le vieux mois;

Nouvelles, se campa comme la ileur des pois.

Avec eo mois plus brûlant, plus vivuec.

Du Sire de Ludolf lo formidable amour

Parut 1 tous, embelli par la yn'u-e Qui le politisait ainsi qu'nu premier jour.

Sire Wolfram assemblant dans la salle Amis jeunes et vieux, convives et vassaux,

Au centre mit, pale comme une opale, Sa noble fi.Hu, 1 lu Ida, nuis addressa ces mois

Au Chcvahi'r : ■' Pour ion amour, beau Si m ! Pour sa chevalerie, et son haut sentiment,

A toi merci 1 Nul, on peut bien le dire, No montrera jamais si noble dévouement !

Hais Chevalier, n'ai pas l'outrecuidance D'accepter, CKaVk; bien, miltiiicc si ^rand.

Tes vastes biens, ton immense opulence linlrc tes mains le Itoi les remet, lo les rend ;

Comme l'ami des amis le modèle, L'ami que nous prisons le plus, sois désormais

Aussi longtemps de Lindeuforsl sous l'aile Que pourra lu vouloir: m hijiiI là nos souhaits! "

Le Chevalier calme jeta la vue Sur le Sire Wolfram, et dit ; " Ju suis content,

— " Qui !" dit Otto ! '■ l'os! ou fait, cher Mt'.-Miv. Ht qu'elle fut chflngêe il soruit suprenant.

A quoi sert-il aujourd'hui d'en plus dire ? "

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