CHAPITRE PREMIER
Valeur sémiotique de la Réaction de Fixation
Au seul point de vue de la tèneur des deux milieux bumoraux en éléments de la réaction, on voit que toutes les combinaisons sont possibles : réactions partout négatives, réactions isolement positives avec le sérum ou avec l’urine, ou enfin réactions partout positives. Comment interpréter ces faits ? Les éléments dé la réaction, -on le sait, ne sont pas des substances figurées chimiquement. isolables, cristallisables. Leur passage à travers l’épithélium rénal dépend-il des lois de l’osmose, -quel est le rôle de l’épithélium rénal? Que l’on consi- “ère le rein comme un filtre simple, comme un filtre
sélectionneur ou comme un organe synthétique, il sem-
ble qu’au point de vue qui nous intéresse il joue le rôle c’un véritable barrage, surtout pour les anticorps, sans que toutefois cette proposition n'ait rien d'absolu. L’étude attentive des résultats de l'épreuve de la réaction de fixation chez des malades, dont les reins étaient sains, nous montre en effet, qu’en général, les réactions sont plutôt limitées au sérum.
. Etudions, en effet, les différents cas qui peuvent se
présenter :
1° Réactions négatives avec le sérum et avec l'urine. L’infection tuberculeuse n’est pas en cause.
2° Réactions positives avec le sérum seulement. (Obs. I et ID) : |
Elles impliquent une infection tuberculeuse mais sans que l’on puisse tirer des déductions intéressantes au point de vue de la localisation tuberculeuse sur l’appareil urinaire qui seule nous intéresse. Si l'état général est bon, s’il n’y a aucun trouble du côté du rein et si, en plus, on constate soit l’absence d’antigène, soit des proportions plus importantes d'anticorps que d’antigènes, on peut être rassuré sur l’avenir de ces malades qui peuvent même marcher vers l’immunisation. Mais si, parallèlement à ces réactions, on constate de petits troubles du côté de la sécrétion urinaire (albuminurie par exemple), il y a lieu en l’absence d’autres causes évidentes d’altérations rénales de penser au rôle étiologique de l'infection bacillaire que l’examen clinique ét l'épreuve de la réaction de fixation décèlent..
3° Réactions positives avec le sérum et avec l'urine (Obs. III à XVII). |
- On ne sauraït conclure dans ce cas de la présence des.
éléments de la réaction dans l’urine à une localisation. tuberculeuse au niveau du rein. Il est assez logique d’ad-. mettre que le rein, organe dépurateur par excellence, éli-mine les substances contenues dans le sérum et cela en. d'autant plus grandes proportions qu’elles sont plus abondantes dans le sérum. Notre Maître a remarqué que. les antigènes filtrent plus facilement que les anticorps et cela d'autant mieux que les anticorps sont en plus faible proportion dans le sérum. Un certain état de meio-: pragie rénale, de débilité rénale héréditaire, telle que le comprend Castaigne, l'existence d’une néphrite, d’une: infection antérieure paraissent faciliter grandement cette filtration.
Ce passage des éléments de la réaction à travers l’épi-thélium rénal peut irriter les cellules de ce-parenchymesi différencié, aussi peut-on voir de l’albuminurie conco-mitante. Ce serait même là la formule type dans les albu-minuries d’origine tuberculeuse (ex. Obs. VI), élimination importante de toxines avec albuminurie intermit-- tente légère. Nous n’insisterons pas sur les caractères. évolutifs de ces albuminuries sur les modifications spé-ciales de l’état général qui permettent de les différencier. Disons simplement que dans certains cas, la disparition de l’albuminurie n'est que le prélude d’accidents graves,, de localisation pulmonaire du processus tuberculeux en particulier. |
La filtration des propriétés antigéniques seules, sans. les anticorps correspondants, ou la présence nette dans J’urine des propriétés antigéniques, douteuses ou absen-
tes dans le sérum, sont des signes déjà graves. Ces cas,
AU en effet (Obs. VIIL XI, XII, XIII, XIV, XV, XVI, XVII, XVIID qui empiètent déjà sur le groupe suivant méritent de retenir toute l’attention du clinicien. Aussi, y a-t-il lieu de surveiller ces malades, de stimuler leur défense organique, par tous les moyens usuels tels que la cure par les hypophosphites et les hémo-antitoxines, l’usage des corps immunisants de Spengler, l’administration per os de sé-
rums d’animaux immunisés, etc.
4° Les réactions sont limitées à l'urine (Obs. XIX à XXII). s L'origine locale, rénale des poisons décelés s’impose. Ces réactions traduisent la prèsence des poisons bacillaires vraisemblablement fixés sur les parois des vaisseaux afférents de l'appareil glomérulaire ou sur l’épithélium des tubuli (J. Teissier). Ces poisons peuvent demeurer là très longtemps, des mois, des années même malgré un retour apparent à la santé parfaite. Nous verrons au chapitre suivant l’importance de ce fait dans la pathogénie de la tuberculose rénale. Cette formule est certainement la plus dangereuse et d'autant plus que les antigènes sont en plus grande proportion par rapport aux anticorps. Cette antigénurie ou pour mieux dire cette présence dans l'urine des propriétés antigéniques n’entraine pas nécessairement l’albuminurie, ni la bacillurie. Il convient dans ces cas de rechercher et à plusieurs reprises la présence du bacille et de surveiller le fonctionnement du rein, de soutenir l’état général du Are par
des médications appropriées.
9° Enfin il est des cas où le bacille est retrouvé dans L'urine (Obs. XXI, XXII et XXIID).
Le (NC
Ce n’est pas là une preuve de lésions tuberculeuses du
rein (cas nombreux de bacillurie simple). Mais s’il existe d’autres signes de tuberculose rénale (pyurie, hématurie, albuminurie, douleurs lombaires, fièvre), une CYStoscopie avec division des urines s’impose.
La thérapeutique à appliquer sera variable selon les cas. Disons simplement qu’en l’absence de signes trop aiarmants et surtout si la réaction de fixation nous monire une proportion importante d’anticorps, le Professeur Teissier a l’habitude de tenter pendant trois mois la cure spécifique, sauf à hâter l’heure de l'intervention si celle-ci paraissait nécessaire.
Telles sont, rapidement résumées, les principales indications à tirer de l’observation des divers résultats de la Réaction de Bordet-Gengou — mais, il ne faudrait pas croire que ces formules ont une valeur absolue, intrinsèque, et qu’elles suffisent à faire un diagnostic, un pronostic, à diriger un traitement. /! importe de répéter ces examens, d'interpréter leurs variations possibles en regard des modifications dans l’état général du sujet. Comme toute recherche de laboratoire, la Réaction de ‘B.-G. n’a de valeur qu’autant que les renseignements. qu’elle donne viennent s’ajouter à ceux fournis par J’observation, par l'étude clinique que rien ne saurait
remplacer.