‹ Réaction de Bordet et Gengou dans les Déterminations rénales d'origine tuberculeuse: Essai de déductions pathogéniquesChapitre 8 sur 45 · PAT A · texte numérisé non relu

PAT A

. tions de Devic, Rieux, Gallavardin, Rebattu, Tinel et tant d’autres ont individualisé les néphrites chroniques, hydropigènes et urémigènes, chlorurémiques et azotémiques, l’amylose rénale, toutes d'origine bacillaire qui constituent autant de formes du rein dit « médical ».

Et entre ces formes extrêmes à symptomatologie si variée, mais dont cependant l’origine commune est démontrée, nous signalerons ces états rénaux particuliers formes prémonitoires de déterminations rénales caractérisées et graves. Nous voulons parler de ces albuminuries intermittentes pré et paratuberculeuses auxquelles J. Teissier a attaché son nom, de ces leucocyturies aseptiques, des pyuries légères, des hématuries frustes quelquefois microscopiques, des troubles fonctionnels (pollakiurie douloureuse, douleurs lombaires), petits symptômes qui demandent à être recherchés et qui constituent des signes avant-coureurs ou témoins des tuberculoses urinaires.

Dans tous ces cas, nous avons pensé qu’à l’examen cliniquè méthodique et minutieux, qu’à l’analyse des urines (examen physique : volume, couleur, odeur, densité, cryoscopie ; examen chimique : recherche de l’urée, des chlorures, des phosphates, de l’ammoniaque, des éléments anormaux, albumines, diazo-réaction, etc... examen microscopique du sédiment urinaire), il serait intéressant . de joindre systématiquement la recherche de la réaction, de la déviation du complément pour la tuberculose pour essayer de pénétrer plus avant dans le mécanisme des déterminations rénales d’origine bacillaire.

Ce but n’est d’ailleurs pas uniquement spéculatif, car

quand on connaît bien la pathogénie des maladies, une

nt

thérapeutique rationnelle, causale peut être précocement: instituée avec succès. L'étude de l’évolution naturelle des. maladies nous montre que très souvent la période des altérations anatomiques des organes, la période de loca-lisation du processus morbide est précédée de troubles. vagues, indéterminés, discrets. À ce moment le diagnostic n’est, hélas, presque jamais fait, le médecin n’est qu’exceptionnellement consulté. « Le médecin ne voit. que les maladies qui finissent » (1) C’est sans doute dans. la recherche des toutes premières manifestations morbides qu’est l’avenir de la médecine qui sera plus prévenrtive que curative. Trop jeune encore pour prétendre combler cette lacune en ce qui concerne la tuberculose: rénale, notre méthode d’étude nous a cependant permis souvent de déceler l’antigénurie à l’état de symptôme isolé, précédant de longtemps la bacillurie. Les autres. recherches de laboratoire ne nous montraient aucun trouble de la sécrétion urinaire. Ne sommes-nous pas là dans cette phase de compensation du début des maladies où le sujet a encore tous les attributs d’une santé par-

faite, et n’est-ce pas le moment d’agir ?

Principiis obsta, sero medicina paratur

Quum mala per longas .invaluere moras. (Ovide.)

Comme dans toute science à ses débuts, nous employons des termes très délicats à définir. Que signifie, en effet, anticorps, antigène, antigénurie ? C£s termes

ont été créés que pour permettre d'objectiver, de con-

(1) D' HÉRICOURT. — Les Frontières de la maladie, Bibliothèque de Philosophie scientifique. E. Flammarion, Paris.

RTE

crétiser la pensée ; ils ne servent qu’à traduire les phé-nomènes biologiques que nous constatons sans avoir en: soi une signification propre.

La méthode n'est pas condamnée de ce fait. M. le. professeur Rochet ne dit-il pas, à propos de la réaction de Debré et Paraf, qui repose sur le même principe, qu’ « elle a pu, dans certains cas, corriger un diagnostic inexact alors que les autres méthodes d’exploration n’avaient rien donné. »

Nous apportons ici le fruit de nos recherches et nous. ne nous dissimulons point les difficultés du problème. La question clinique est pleine d’inconnus et notre méthode d'étude, basée ici sur la Réaction de Bordet-Gen-gou, entourée de mystère quant à son mécanisme et peut-être même quant à sa signification.

Nous ne passerons pas sous silence les critiques qui se sont amoncelées sur l’application la plus connue de la réaction de Bordét-Gengou, c’est-à-dire sur la réaction de Wassermann. Nous en ferons une revue rapide, mai, d'ores et déjà, elles n’ébranlent guère nos convictions, S il est vrai que l’ancienne conception de l’emboîtement réciproque des chainons antigène anticorps, selon l« théorie d’'Ehrlich, ne satisfait plus aux faits, s'il est vrai que des phénomènes physico-chimiques, des phénoménes de floculation basés sur les propriétés colloidales dessérums paraissent commander les résultats, il n’en est pas moins remarquable que les auteurs de toutes cos critiques n’ont pas pu réaliser une méthode supérieure et que la notion de la spécificité, dont l’essence nous échappe de l’aveu méme de Bordet, n’est cependant pas

ébranlée. Et déjà, ne voyons-nous pas, avec MM. Arloing.

a fier

et Langeron, l’auteur de chaque nouvelle méthode bien qu’il en prône la valeur, recommander soigneusement en cas de doute, de recourir toujours à la technique originale de Wassermann qui tranchera !

Que penser de ces méthodes qui, sous leur simplicité apparente, renferment plus de causes d’erreur que la réaction de Wassermann, qui prétendent la remplacer «et qui la prennent ensuite pour critérium ?

= Nous nous garderons de prendre parti dans ces dis- <ussions biologiques. Nous dirons simplement, avec MM. Arloing et Langeron, qu’ « en définitive c’est toujours à la technique initiale et classique de Wassermann (qui n’est, nous le répétons, que l’application au cas particulier de la syphilis de la méthode générale de Bordet et Gengou) qu’il convient de recourir d’une façon systématique en attendant d’avoir à notre disposition ce qu’il n’est pas illogique d’espérer, un moyen plus fidèle et plus pratique de mettre en évidence les modifications physiques et chimiques sur lesquelles repose le mécanisme de la réaction de fixation du complément, » mais que « devant ses défaillances, le clinicien ne doit pas croire àveuglément en elle et ne voir que par elle pour poser un diagnostic incertain, prendre des décisions souvent graves ou régler une thérapeutique. »

Ces conclusions seront les nôtres.

Aussi nous garderons-nous d'établir ici une théorie, de dicter des règles. « On sait, dit M. Bordet dans sa préface du « Traité de l’Immunité », avec quelle luxuriance elles (les hypothèses) se sont développées sur cette terre fertile de l’immunité où tant d’inconnu sollicite encore l'imagination et monte aux conceptions audacieusement

synthétiques les écoles désireuses d'affirmer leur supé: riorité par de géniales anticipations. Ainsi, surgissent les hypothèses générales aux prétentions dominatrices et conquérantes qui, d’une seule étreinte, veulent embrasser tout un territoire scientifique désormais annexé. Ainsi s’échafaudent des systèmes tyranniques qui s’irritent de Ia résistance des faits difficilement réductibles et qu’on défend avec tout le parti pris qu’un amour propre mêlé de chauvinisme inspire si facilement. « Quand la pensée est saisie de l'esprit de parti, dit M"° de Staël, ce n’est pas des objets à soi, mais de soi vers les objets que partent les impressions, on ne les attend pas, on les devance et l’œil donne la forme au lieu de recevoir

l'image. » >

instruits par ces critiques, par ces considérations philosophiques, c’est à la lumière d’un déterminisme purement scientifique que nous observerons les faits et les discuterons. En cette époque où les critiques s’amoncellent, où l’on détruit sans reconstruire, il nous a semblé intéressant de citer les résultats obtenus par l’application systématique de la méthode de Bordet et Gengou aux déterminations rénales en rapport avec la tuberculose et déjà de l'observation attentive de nos résultats se dégage plus qu’une impression sur la pathogénie de

ces néphropathies.

Notre travail est divisé en trois parties.

Dans la première partie nous rappelons très brièvement la méthode de Bordet-Gengou et les principes de la réaction de fixation du complément pour la tubercu-

lose. Nous insisterons davantage sur les critiques nom-

sr

breuses dont son application la plus en vogue, la réaction de Wassermann a été et est encore l’objet.

Dans la deuxième partie, après un court préambule sur les principales déterminations rénales d’origine tuberculeuse, nous publions nos observations suivies d’un court commentaire. Nous donnons-Ià des détails qui, peut-être, paraîtront superflus. Nous les jugeons utiles car il n’est pas impossible que les résultats de la réaclion de fixation dans l'urine soient influencés par la teneur de celle-ci en urée, en chlorures, en matériaux extratifs, en albumine, par la densité de l'urine, par -la dilution de ses différents constituants, par son point de congélation qui nous indique sa concentration molécu-. laire. Ces différents points sont déjà à l’étude et il nous a semblé que, plus complètes, nos observations pourraient être utilisées avec fruit pour des recherches ultérieures à ce sujet.

Enfin, dans la troisième partie, nous ferons une synthèse de nos résultats, montrerons les idées que l’on peut dégager de l’observation impartiale de nos observations ei nous essayerons de les appliquer à l'explication du

miécanisme de la tuberculisation du rein.

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