CHAPITRE I
Histoire de la réaction agglutinante dans l'ictère.
Dans la séance de la Société médicale des hôpitaux du 26 juin 1896, M. Wida]l ne décrit pas seulement son nouveau et précieux moyen de diagnostic de la fièvre typhoïde, il montre aussi la spécificité de cette méthode en prouvant, par ses recherches, que l’agglutination ne se produit pas avec le sérum de malades atteints d'affections autres que la dothiénentérie.
Nous ne voulons pas exposer ici la communication détaillée de M. Wipar, mais nous ferons remarquer, car cela nous intéresse au point de vue de notre étude, que cet auteur dit n'avoir pas obtenu l'agglutination avec le sérum d'un individu atteint d'ictère catarrhal.
Quatre mois plus tard, M. CarriN (1) rapporte qu'il a eu également un résultat négatif dans un cas d'ictère
par calarrhe des voies biliaires.
{. Carrin, Soc, méd. des hôpitaux, 16 oct. 1896.
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La même année, en Allemagne, BReUER (1) publie un article dans lequel il déclare avoir recherché la réaction dans le sérum de einqictériques et’avoir eu qua tre fois un résultat positif ; néanmoins, il s’empresse d'ajouter que dans ces quatre cas, il existait une fièvre typhoïde antérieure. La persistance de la réaction agglutinante dans le sérum d'individus guéris depuis longtemps de la dothiénentérie nous oblige à considérer ces quatre résultats comme dus à l'existence d’une fièvre typhoïde antécédente.
D'autre part, en 1896 également, M. WEINBERG (2) étudiant le pouvoir agglutinatif des diverses humeurs de l'organisme, envahipar l’infection typhique, ne peut obtenir la séro-réaction avec la bile; demême MM.AcHARD et BENSAUDE (3). Seuls MM. Wipaz et SicARD (4) trou- - vent, une fois sur deux cas examinés, une réaction positive dans ce même liquide et il n’est point sans intérêt pour nous de remarquer que la substance agglutinante qui existe d’une façon constante dans la plu-
part des humeurs de l’organisme, envahi par linfec-
1. Breusr. « Zur Widal'schen Sero-diagnostik des Abdominaltyphus ». Berliner Klinische Wochens., 25 et 30 novembre 1896.
2. WEINBErG. < Quelques faits de séro-diagnostice dans la fièvre typhoïde ». Presse méd. 1896, p. 687.
3. AcnarD et Bensaupe, Archives de médec. expérimentale et d'anat path., 1896, p. 759.
4, Wipaz et Sicarn « Recherches sur la nature de la subst. agglutinante et sa fixation sur les albuminoïdes du sang et des humeurs des typhiques. » Acad. de médecine, 29 septem-
bre 1896.
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tion typhique, ne se trouve que rarement dans la bile. D'ailleurs empressons-nous de dire que la bile normale, en dehors de toute infection éberthienne, est totalement dénuée de pouvoir agglutinatif. Le fait déjà souvent signalé a été repris par nous avec la collaboration de M. le D' Lippmann. En ajoutant à des cultures d'Eberth du sérum additionné de proportions progressivement croissantes de bile, jamais nous n’avons pu constater le moindre amas dans les cultures ni sur lames.
Or, en 1897, GruNBAUM (1) étudiant l’action agglutinante du sérum typhique et de sérum de personnes bien portantes ou atteintes d’affections autres que la dothiénentérie, obtient une réaction positive, en peu
de temps et au taux de 1 50 dans plusieurs cas d’ictère
d'origines variées (cirrhose hépatique, ietère catarrhal,
carcinome du foie). Nous verrons plus loin que la technique employée par Grunbaum diffère complètement du procédé décrit par M. Widal.
Ce n’est que beaucoup plus tard, en 1901, que KôuLer (2) fait paraitre une étude critique du phénomène de l’agglutination. Dans un long article, l’auteur montre les difficultés, ou plutôt les causes d'erreur du séro-diagnostice, tenant à la virulence, à la mobilité, à
l’âge et au degré de dilution des cultures. Employant
1. Grunnaum, « Ueber den Gebrauch der agglutinierenden Wœærkung von menslichen Serum für die Diagnose des Abdominaltyphus ». Münchener medec. Woch,, 30 mars 1897,
2, Kourer. & Zur Kritik des agglutinations phenomens. » Centralblatt für Bacter und. Parasit, 1901,
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TS Eee des dilutions à 1/50 de cultures datant de seize à vingt heures et considérant comme positifs les cas où il existe
des amas composés de trois à quatre bacilles, il voit
lagglutination se produire avec le sérum desictériques. Ces faits le conduisent alors à produire chez le chien un à ictère par la ligature du canal cholédoque et à étudier 4 le pouvoir agglutinatif du sérum de cet animal. Ilrésulte : de ses expériences que la puissance agglutinative du É sérum du chien, peu intense à l’état normal, est augmentée par la ligature du cholédoque. Ce phénomène, dit l’auteur, doit tenir au passage de la bile dans le ; sang, puisqu'après l’abouchement de la vésicule biliaire : à l'intestin, l’agglutination disparaît complètement, ; Enfin, Kôhler ajoute que l'injection d'acide taurocholique favorisant l’action agglutinante, le degré du pou- | voir agglutinatifest produit par la teneur du sang en acides biliaires.
La même année Zupxik (1) s'appuyant sur les expé-
riences précédentes reprend l'étude de la réaction de
hrih. salés
« Gruber-Widal » et emploie, à cet effet, des dilutions au 1/40 faites avec des cultures en bouillon âgées de douze heures au moins et de vingt heures au plus. Dans “huit cas d'ictère, suite de cholélithiase (2 cas), de maladie de Weil (4 cas), d’angiocholite suppurée (1 cas), de carcinome hépatique (1 cas), il observe à plusieurs
* reprises une agglutination plus ou moins intense, au
ï 1. Zur. « Erfahrungen über die gruber-Widal’'sche Reaktion und Autoagglutination bei Typhusabdominalis ». Zeitschrift für Heilkunden, 1901.
bout de deux heures, due à son avis au passage dans le sang des éléments constitutifs de la bile.
En 1902, Ecxarpr (1) cite, d’une part, deux cas de maladie de Weil dans lesquels le sérum agglutinait le bacille typhique à des dilutions de 1/10, 150, 1100, 11000, et au bout d’un temps variant d'un quart d'heure à deux heures ; d'autre part, huit cas d’ietère (cholélithiase, catarrhe des voies biliaires, carcinome hépatique), dans lesquels l’agglutination se produisait au bout de deux .heures avee une dilution à 1100. Néanmoins, il fait remarquer que la bile coulant d’une fistule biliaire chez un malade opéré de lithiase, n'avait aucune action sur le bacille d'Eberth.
Plus récemment, en 1903, Mecere(2), publie l'observation suivante d'un malade atteint d’un abeès du foie dont le sérum présentait la réaction agglutinante : il s'agit d'un homme admis à l'hôpitalleS mars 1902 pour un rhumatisme articulaire aigu avec température de 38"4. Après quinze jours de traitement, pendant lesquels la température oscille entre 38° et 39°5, les manifestations articulaires se dissipent complètement, mais la température présente toujours des exacerbations vespérales atteignant 396 et 40°2 avec rémissions matutinales allant à 38° environ. Comme cette hyperthermie ne se laisse pas influencer par les préparations sali-
cylées et que l'intelligence du malade paraît quelque
1. Ecrarpr, « Widal'sche Serumeaktion bei Weil'scher- Krankheit, » Münchener medic. Wochens , 8 Juillet 1902.
2. MeGeze. « Widal'sche Serumeaktion bei Leberabszes. » Münch, medic. Wochens., 17 avril 1908.
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peu obscurcie, on s'arrête à l'hypothèse d’une fièvre typhoïde, d'autant plus qu'il existe, en ce moment, à l'hôpital, un convalescent de dothiénentérie. Le 27 mars on procède alors à l'épreuve de Widal avec des dilutions à 1/40 et à1/100 d’une culture en bouillon de douze heures, On obtient un résultat complètement négatif.
Le 30 mars, le thermomètre marque au matin 38°, à midi 38°5, au soir 39°2. Nouvelle séro-réaction, nouveau résultat négatif. Aucune douleur dans l’abdomen, même à la palpation profonde. Rate non augmentée de volume.
Le 3 avril, agglutination très nette à 1/100. On porte le diagnostic de fièvre typhoïde malgré l'absence de symptômes.
Le 15 avril, la température atteint 38°3, le matin, 39 à midi, et le soir 38*8. L'’agglutination n'est pas aussi nette que le 3 avril.
Huit jours après, nouvelle épreuve, mais on obtient un résultat négatif. A cette époque la marche de la température indique la formation d’une collection purulente dont le siège ne peut cependant être localisé, le malade n’accusant aucune douleur.
Quelques jours avant la mort, (elle se produit le 8 juin) apparaît un ictère qui attire l'attention du côté du foie; en même temps se déclarent un érysipèle et une otite suppurée à droite.
A l’autopsie, on trouve un volumineux abcès du foie contenant du pus floconneux, et de nombreux petits abcès sur les deux reins Les ganglions mésentériques
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2 18 = TRS sont tuméfiés. La muqueuse de l'intestin ne présente aucune lésion susceptible de faire soupçonner l'existence d’une fièvre typhoïde. L'ensemencement du pus. de l'abcès et du sue des ganglions mésentériques donne une culture pure de staphylocoque doré.
Sans nier les affections du foie à bacille d'Eberth, Megele, en l'absence de ce microbe, s'appuyant sur les résultats antérieurs de Grunbaumet d'Eckardt, explique l'agglutination par le passage de la bile dans le sang.
Quelques mois plus tard, LaAN@stEIN et MERWEIN (1) rapportent l'observation suivante d'une angiocholite consécutive à la lithiase biliaire, compliquée de lésions de l'appareil respiratoire, dans laquelle la séro-réaction fut
positive :
Une jeune femme de 32 ans, entre à la Clinique le 30 juillet 1902. Elle n’a jamais été malade sérieusement. Elle a fait trois avortements, le dernier il y a trois semaines, Depuis quelques temps, la malade a une sensation de pesanteur dans la région épigastrique, principalement après les repas. Aucune colique. Pas de vomissement. Le 26 juillet, elle se réveille avec des douleurs occupant la région des reins et celle de l'estomac. Les conJonctives. prennent une teinte jaune quis’étend bientôt à tout le corps. Dans la nuit du 29 au 30 juillet, selles d’abord dures, puis peu consistantes et blanches.
Le 30 juillet, l'ictère s'accentue, la langue est blanche, la malade n’a pas d'appétit. Rien aux poumons, ni au cœur. Pouls révulier et mou,
1. LanGsrex Er MEeRwEN, « Gruber-Widalsche Serumeaktion bei Ikterus, » Wiener Klin. Wochens., 2 juillet 1903.
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Le foie paraît hypertrophié légèrement.
La rate n'est pas augmentée de volume, L’abdomen n’est pas sensible, à.part une zone d'hyperesthésie entourant le corps à la façon d’une ceinture. Température à midi 39, le soir 38.
Le fer août, la température du matin atteint 37° 4, celle du -soir 38° 8. Rien aux poumons qui puisse expliquer la fièvre. De temps à autre, la malade accuse des douleurs vives partant de la région hépatique pour s’irradier vers l'épaule droite.
Le 2 août. — Le thermomètre marque au matin 38°, le soir 40° 4, Examen gynécologique négatif. Cinq selles peu colorées dont quatre liquides. Intelligence libre.
Le 4 août. — La température atteint 40° 2, Souffle systolique très net à la pointe du cœur. Rien aux poumons. Trois selles non colorées. Agglutination en partie et immédiate du bacille typhique à 1/10, 1/20, 1/50 ; agglutination très nette après deux heures et aux mêmes taux, agglutination partielle à 1/100 au bout de deux heures.
Le 5 août. — La température du matin est de 40° 3, celle du soir 40° 2 ; à droite et à gauche, en arrière, râles sibilants et ronflants dans toute la hauteur des poumons. Matité splénique appréciable.
Le 9 août. — La température oscille entre 39 et 40° malgré . les bains froids, Dilatation du cœur droit. Râles humides fins aux deux bases. Le foie déborde de deux travers de doigt le rebord castal. [ctère stationnaire, Matières non colorées. Intelligence libre.
Le 10 août. — Trois selles, molles, non colorées.
Le 11 août. — Agglutination partielle à 1/10, 1/20, après deux heures ; entièrement nulle au bout de douze heures à 1/50
et à 1/100. Température du matin 39° 3, le soir 40°, Dans la
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1 RSS | matinée, la malade accuse une sensation de tension dans l’ab- e. domen, lequel estexaminé dans l’après-midi. Il est globuleux, la percussion donne un son tympanique. Les matités hépatique et splénique paraissent diminuées., Pas d’épanchement appré-
ciable. Aucune douleur à la pression. Langue humide. Expec-
toration muco-purulente, peu abondante et ne renfermant pas
de bacilles. Pas de roséole, on met une vessie de glace sur l'abdomen et on donne des bains.
Le 13 août. — Râles humides fins à l'expiration, Souffle dans toute la hauteur du poumon gauche, surtout intense à la base. Cœur faible. Bains et caféine.
Les jours suivants, aucun changement. La température est peu influencée par les bains. Le foie est hypertrophié, il déborde d'une largeur de mains le rebord costal. Ictère stationnaire, Matières peu décolorées,
Le 18 août. — Douleur pendantla respiration dans la région
du foie. Pas de frottement. Le retentissement de la voix est
presque aboli en arrière et à gauche,
Le 20 août. — A gauche, en arrière, à la région moyenne du poumon, respiration bronchique avec ràles sonores à l'inspiralion, A droite, aucun changement. Une ponction exploratrice
faite dans le huitième espace intercostal ramène un liquide légè-
ne euniete aa bnhls 5 dansé ébène à à GS É :
rement trouble et de couleur jaune, Le malade est transféré
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dans une clinique chirurgicale.
Le 26 août. — La matité abdominale augmente. #: