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MÉTHODES ET MOYENS EMPLOYÉS POUR LA RÉADAPTATION AU TRAVAIL

Ainsi que l’a rappelé tout récemment M. Etienne Brunet, la question de la réadaptation au travail se pose dès l’entrée du tuberculeux au sanatorium. C’est la préoccupation qui prend le plus d'importance, lorsque après une cure de repos, ou une intervention qui a donné de bons résultats, le malade paraït en état de se préparer à sortir pour reprendre des occupations.

Alors, il faut songer à la réadaptation au travail par un entrainement progressif qui trouve les conditions les plus favorables à sa réalisation et à sa réussite au sanatorium, sous la surveillance immédiate du méde- Cin.

Le travail au sanatorium est le complément logique de la cure et du traitement, et les malades, sauf de rares exceptions, s’y prêtent volontiers. Il est d’ailleurs facile de leur en faire ressortir -les avantages en leur montrant les bénéfices qu'ils doivent en tirer pour le présent comme pour l’avenir, car leur réadaptation à la vie normale est la conséquence directe de leur préparation au travail pendant leur séjour au sanatorium,

La réadaptation au travail etla rééducation dans leurs annexes sont adorises par la généralité des médecins que préoccupe l'assistance post-sanatoriale, et parmi ceux qui les soutiennent, nous pouvons citer MM. Vos, BLanco, HErrMANN, L. GuiNARD, CoURTOIS, HOLBRECHTS, BReEskY, SrewarT, Wicciams, Van Lier, K. HEINz BLüMEL, ARTURO CAMPANI, CLÉLIA LOLLINI, PAUL SOLLIER, ALINE FRENKeL, sans oublier de joindre à cette liste Mile Suzanne Foucné, l’active secrétaire générale de la Ligue pour l’adaptation au travail du diminué physique, qui mène une ardente campagne en faveur de ce moyen.

La réadaptation et la rééducation dans les sanatoriums recueillent par conséquent la grande majorité des adhésions.

C’est la tendance dominante en France, mais nous devons reconnaître, cependant, que l'effort fait dans ce sens est très insuffisant, et ne comprend qu’un nombre restreint de nos grands sanatoriums populaires, 8 sur 20 de ceux que nous avons interrogés, el encore les méthodes d'entraînement employées sont-elles très simples et ne comportent-elles aucun équipement, aucun outillage spécial, aménagé en vue des travaux divers auxquels on peut soumettre les tuberculeux.

Nous verrons cependant qu’il y a des projets en cours, parmi lesquels certains ont un commencement de réalisation ; mais il n’y a encore rien de bien complet.

La réadaptation au travail peut se réalisersimplement en faisant participer les malades aux différents services de l'établissement : dans les chambres, les salles à

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manger, à l'office des cuisines, à la menuiserie, aux ateliers mécaniques, dans le parc, dans les jardins potagers, à la basse cour, etc.

Ces moyens sont employés aux sanatoriums de Bligny depuis 1904, et ce sont eux aussi qu’utilisent les 8 Sanatoriums Français où l’on soumet les pensionnaires à un entraînement préparatoire au travail. On doit reconnaître que, s’ils ont rendu et rendent encore des services, les ressources qu’ils offrent sont limitées et ne prêtent pas à des extensions suffisantes.

Voilà pourquoi on a songé à réaliser la réadaptation au travail dans des ateliers spéciaux organisés dans les sanatoriums et outillés pour les travaux industriels divers, pouvant convenir aux convalescents de la tuberculose.

Quelques sanatoriums français, nous l’avons dit, possèdent déjà des organisations de ce genre ; d’autres se préparent, paraît-il, à en faire autant ; mais à cet égard les précisions manquent encore.

Par contre, en d’autres pays, notamment en Allemaone, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, la réadaptation au travail dans les ateliers organisés dans les sanatoriums, est réalisée dans quelques établissements populaires.

Il est difficile de savoir, cependant, si les organisations de travail que l’on dit exister dans certains sanatoriums des pays que nous venons de citer sont outillées aussi complètement que semblent le dire les descriptions qui en sont données dans divers rapports et publications sur l’assistance post-sanatoriale, En effet,

d’après des médecins qui ont eu l’occasion de visiter certaines de cesbrganisalions, il en est qui se réduisent à bien peu de chose, et dont les ateliers, peu nombreux d’ailleurs, ne peuvent recevoir qu’un petit nombre de travailleurs.

Nous croyons qu'il ya intérêt à généraliser la formule de réadaptation au travail dans les sanatoriums parce que, d’après ce que nous savons des disponibilités présentes, elle apparaît cornme la plus recommandable. En effet, en l’état actuel de nos organisations antituberculeuses et de la thérapeutique de la tuberculose, étant données les disponibilités budgétaires et les ressources financières sur lesquelles on peut raisonnablement compter, il est évident que le moyen le plus facilement et le plus économiquement réalisableest de se servir des sanatoriums populaires d’une certaine importance pour la préparation des malades au travail en créant dans, ou au voisinage immédiat de ces élablissements, ou bien encore en liaison avec eux, des organisations pratiques, des ateliers convenablement outillés permettant d’apprécier la capacité et la résistance des tuberculeux stabilisés laissés sous la surveillance du médecin pendant la durée de cette préparation à la vie active.

Quant aux travaux, métiers et professions auxquels on peut préparer ou réadapter les tuberculeux, le choix ne manque pas, et, à titre d'exemple, nous en citerons seulement quelques-uns : Horticulture, floriculture, arboricullure, sylviculture, menuiserie, ébénisterie, fabrication de jouets, élevage des animaux de basse-cour, aviculture, apiculture, vannerie, fabrication d'articles

de voyage (malles, mallettes, sacs, etc.), articles divers en cuir, cordonnerie, fabrication de balais, de brosses, cartonnage, reliure, peinture, vernissage, imprimerie, horlogerie, serrurerie, fournitures et installations électriques, dessins,calques, tenue de livres de comptabilité, sténographie, dactylographie. Couture, broderie, lingerie, bonneterie, tapisserie, fabrication de poupées, articles de papeterie.

Cette-liste est suffisante pour permettre de faire un choix parmi les travaux, ou d’autres, similaires, qui peuvent convenir à des travailleurs manuels, à des intellectuels, hommes ou femmes.

Quant à savoir si le malade doit être réadapté au métier qu’il exerçait, ou bien formé à une autre profession apparaissant comme plus hygiénique et moins pénible, MM. Kioner, Vos, Epouarp BREsKY, PAUL SOLLIER, Louis GUINARD, ARTURO CaAmPanr, CLÉLIA Lozuini, K. HEINz BLüMEL, sont, avec la presque unanimité des auteurs qui ont abordé cette question, en faveur du métier primitif, d’abord, ou d’une profession en rapport avec ce métier.

Nous reconnaissons aussi qu’un adulte se formera assez difficilement à un nouveau métier, où, moins habile que dans sa profession, il trouvera, à coup sûr, moins d'avantages pour gagner sa vie. Mais, et c’est un point sur lequel nous reviendrons, le retour du malade à son métier primitif aura d'autant plus de chances de

réussir que le patron l’accueillera avec confiance et lui facilitera l’accourplissement de sa tâche.

Il en va autrement pour les adolescents ou jeunes gens n'ayant pas encore fait d'apprentissage, et que l’on devra, autant que possible, orienter vers une profession horticole ou un métier industriel pouvant s’exercer à la campagne,

Le Sanatorium, ou son annexe, deviendra alors, comme le propose M. Srewarr, une sorte d'école où les pensionnaires en état de travailler, seront instruits, sous la surveillance du médecin, par des techniciens compétents, et d’après des programmes judicieusement adaptés au but à atteindre.

M. STEwART, grand partisan de l’enseignement qui peut se donner au sanatorium, propose de l’élargir dans tous les domaines, pratiques et intelléctuels, les malades pouvant se rendre de mutuels services en organisant entre eux des cours et des leçons portant sur les matières les plus diverses.

Len est ainsi à Bligny, où les pensionnaires du sanatorium des hommes (sanatorium Despeaux-Rubod), ont organisé, depuis 1931, un cercle d’études comprenant des leçons de français (orthographe, style, littérature), d'anglais, de comptabilité, de sténographie, de dactylographie, de Lechnique automobile et de musique.

Les leçons ont lieu régulièrement tous les jours, sauf le dimanche, habituellement de 16 h. 30 à 17 h. 30, parfois de 13 h. à 14 h. En tenant compte des élèves inscrits à plusieurs cours, le nombre des participants est d'environ 4o à 45, Du côté du sanatorium des femmes

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on instruit et on prépare des infirmières qui sont ensuite placées dans des sanatoriums.

Au sanatorium Mangini, d'Hauteville, des cours de réadaptation au travail; reliure, coupe, sténo-dactylo, et des cours d’infirmières, ont été organisés en liaison avec le Foyer.

Ces cours, très appréciés par les pensionnaires, ont déjà rendu, à certains d’entre eux, d’incontestables services en leur facilitant l'accès des situations qu’ils recherchaient.

Dans nombre de cas, il y a avantage à préparer ou à diriger un tuberculeux vers une profession différente de celle qu’il exerçait, quand il est notoire que cette profession peut exposer aux rechutes,etauréveilde la maladie.

Alors, il est important que le médecin dirigele malade et le conseille dans le choix du métier qui peut lui convenir et qui doit être le mieux possible en rapport avec ses aptitudes professionnelles et son état de santé.

Dans ces circonstances, il appartient encore au médecin, non seulement de convaincre le malade de la nécessité de ménager ses forces, mais aussi de lui faire comprendre qu’il doit organiser son existence de telle façon qu’il puisse accepter un salaire probablement réduit, sans avoir le désir de retrouver, surtout au début, une situation équivalente à celle qu’il a dû abandonner.

De l’enquête faite parmi les anciens pensionnaires de Bligny, dont nous parlons plus baut, il ressort que {04 hommes et 560 femmes ont repris le même métier ou leurs occupations habituelles, tandis que 204 hommes et 235 femmes ont changé de métier ou modifié leur existence familiale et n’ont pas eu à en souffrir.

COLONIES AGRICOLES ET INDUSTRIELLES ANNEXÉES AUX CENTRES DE TRAITEMENT, SANATORIUMS ET HOPITAUX-SANATORIUMS

Nous venons de parler des créations qui pourraient être faites dans le voisinage des sanatoriums, ou ailleurs, mais alors en liaison avec eux, et, par cela, nous sommes conduits à nous arrêter sur les établissements de travail, colonies agricoles ou industrielles, annexés aux centres de traitement, sanatoriums et hôpitaux-sanatoriums, où les malades, libérés de la cure de repos, sont préparés à la reprise de la vie active, sous la surveillance des médecins et la direction de techniciens compétents,

Nous n’avons pas encore, en France, d'établissements organisés d’après cette formule, mais il en existe dans d’autres pays, notamment en Allemagne, Angleterre, Belgique, Hollande, Italie, Norvège, Tchéco-Slovaquie.

A titre documentaire, nous signalerons seulement les suivants, dont il a été question à la conférence de La Haye-Amsterdam :

M. HerrmanN, d’Oslo, a rapporté qu’en Norvège Orientale un grand sanatorium a été construit par l'Etat. A côté de cet établissement se trouvait un petit sanatorium

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privé; celui-ci fut acheté et installé comme atelier pour trente hommes convalescents susceptibles de travailler.

Sont admis à cet atelier les malades chroniques non fébricitants qui s'engagent préalablement à séjourner au moins un an à l'atelier. Le prix de journée par malade est d'environ 5 couronnes, mais les convalescents paient eux-mêmes 1,20 couronne par jour, et l’état verse le surplus. Le travail est rémunéré de 0,20 à 0,40 par heure, d’après le degré d’entrainement et l’effort que peut dépenser l'intéressé.

Le séjour à l’atelier a pour but de réadapter le convalescent pour qu’il puisse reprendre, par la suite, son ancien métier, ou bien de lui apprendre un nouveau métier qui conviendra mieux à son état et lui permettra de subvenir entièrement ou partiellement à son existence.

L'atelier est dirigé par un instructeur qui a reçu luimême l’éducation professionnelle nécessaire pour enseigner les divers métiers.

L'atelier dispose des produits et il a la charge de les vendre. La majeure partie des produits de la fermeet du jardin sont vendus au Sanatorium, mais des clients attitrés, entre autres des commerçants, achètent les autres produits du travail des convalescents.

Parmi les autres ateliers analogues existant en Norvège, le D' Heirmanx cite celui de Kvæle, rattaché au Sanatorium de Vensmæn ; celui de Trendheim, pourvu de 19 places pour les femmes d’un hôpital de tuberculeux. |

M. Hermann remarque que les ateliers où les tubercu-

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leux peuvent se réadapter au travail ou apprendre un métier déterminé: doivent être rattachés à un grand sanatorium, et la surveillance médicale doit être exercée par un médecin ayant les capacités nécessaires pour s'intéresser à celle importante question.

Enfin, en Tchéco-Slovaquie, il existe à Zamberk une colonie de travail fondée par M. R. Luxes, auprès du sanatorium Albertinum.

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