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voit mal l’hémostase, étant donné que les ligatures sont faites après la section de l’utérus, la portion restante étant devenue inaccessible.
Aussi, RÉCAMIER a trop de sagacité pour ne pas reconnaître l'insuffisance de technique de ce procédé ; il veut bien intervenir, mais avec le noble souci de ne pas tenter un acte inutile — il veut aussi assurer la guérison à ses malades. Il attend son heure.
C. — La troisième tentative, plus sérieuse, aura lieu dix ans plus tard. À SAUTER appartiendra l’honneur de la réaliser.
Jean-Népomucène SAUTER, de Constance, fit ses premières armes auprès d’un chirurgien du pays, comme RÉcAMïIER lui-même s’initiera à la pratique médicale près de deux chirurgiens de Bellay :
le docteur Anthelme RÉCAMIER,
le docteur GONET.
SAUTER ne fit pas d’études spéciales et approfondies « Les titres et la considération qu’il obtiendra seront seulement la consécration de son habileté chirurgicale et de sa valeur professionnelle et morale » (LE- NORMANT).
L'intervention fut tentée le 28 janvier 1822, sur une malade de 50 ans ayant une tumeur volumineuse remplissant le vagin, l’utérus étant entièrement envahi par le cancer ; la masse était fixée.
Mode opératoire.
Vessie et rectum sont évacués préalablement.
Incision du vagin sur col utérin, au fond du cul-desac antérieur.
Une partie de la tumeur est arrachée par la traction des pinces. SAUTER abandonne l’idée d’extirpation sous-péritonéale réalisée par LANGENBECK.
Incision du péritoine dans le cul-de-sac vésico-utérin. Section des ovaires, trompes, ligaments larges au
ras de l’utérus.
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Bascule de l'utérus en avant ; refoulement des anses intestinales qui avaient fait issue par la brèche péritonéale ; incision des ligaments utéro-sacrés ; ablation de la masse.
Tamponnement à la charpie pure et sèche.
(Sang perdu : 1/2 litre environ.)
Les suites opératoires ressemblent assez à celles que nous pouvons observer aujourd’hui :
Deux premiers jours, vomissements avec réaction péritonéale.
Troisième jour, ablation du tamponnement vaginal.
Quatrième jour, gaz.
Cinquième jour, selle.
La malade retourne chez elle avec une fistule urinaire.
Les critiques que l’on doit faire à cette méthode sont les suivantes :
1° Il y a eu blessure de la vessie ou de luretère expliquant la fistule ;
2° L’utérus n’est pas abaïssé : un aide refoule seulement l’utérus en bas avec une main abdominale ;
3° L’absence complète d’hémostase, et c’est là l’objection capitale.
Evidemment, la grosse erreur chirurgicale est cette insouciance que SAUTER montre envers l’hémostase — elle transforme une innovation qui aurait pu être géniale en une simple audace de praticien encouragé par sa chance. D’ailleurs, l'expérience ne le rendra pas plus averti et perfectible. En effet, encore plus tard, SAUTER rejettera l'hypothèse des ligatures, pratiquera le seul tamponnement en maintenant « que de nombreux examens cadavériques ont montré que les vaisseaux des ligaments utérins, les artères en particulier, hors le cas de grossesse, sont toujours fort petits »,
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Etait donc réservée à RÉcAMIER la gloire de transformer une tentative hasardeuse en une opération réglée, anatomique, et harmonieuse. Parce qu’il aura mûri depuis longtemps la technique opératoire qu’il appliquera, parce qu’il aura contrôlé son intuition géniale par les fautes et les ignorances des expériences précédentes, parce qu’il aura toujours présent l’humain souci de sauvegarder la vie de ses malades, Ré- CAMIER atteindra la perfection dès sa première tentative, à un degré tel, que les chirurgiens modernes n'auront à apporter que des modifications de détail.
Cependant, avant d’entreprendre l’histoire de son invention géniale, jetons un rapide coup d’œil sur le passé, et voyons comment se soldent les tentatives précédentes.
Paletta. 1” août 1812. Mort en 40 heures: péritonite.
Tangenbeck. Janv. 1813. Succès.
Sauter. 22 janv. 1822. Succès.
Siebold. 19 avril 1824. Mort en 60 heures : hémorragie, péritonite.
Siebold. 25 juill. 1825. Mort en 14 heures : hémorragie, péritonite.
Holscher. 5 fév. 1824. Mort en 24 heures : péritonite.
Blundell. 19 fév. 1828. Mort (péritonite).
Blundell. Mort (hémorragie).
Blundell. Mort (hémorragie).
Blundell. Mort.
Banner. 27 sept. 1828. Mort en quatre jours : hémorragie, péritonite.
Lizars. 2 oct. 1828. Mort en 24 heures : hémorragie, péritonite.
Funeste tableau d’entraînement opératoire que ne justifiaient pas la maîtrise du chirurgien et la rigueur de technique employée.
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