CRITIQUES
Avec une impartialité que je tente de conserver, je dois aussi faire la critique de l’opération de RÉcA- MiEr. Elle se résume en un seul reproche d’importance : l’absence de ligature sur le pédicule utéroovarien. Il n’a pas saigné d’accord. Mais chacun sait les risques d’hémorragie grave donnés par la béance de ce pédicule. Lorsque, pour une raison quelconque, la pince vient à lâcher et que le pédicule se rétracte à l’intérieur du ligament large, on sait combien il est difficile de le pincer à nouveau, même dans une hystérectomie par voie abdominale.
Cependant, on doit reconnaître le mérite de Ré- CAMIER qui avait prévu les différents moyens d’hémostase, jusqu’à l’emploi de cette lame de plomb, la future pince à forcipressure. De plus, quand il pratique la section des ligaments larges, ce n’est pas une section brutale et rapide — il la fait progressivement afin de repérer le vaisseau qui saigne et de rester maître de l’hémorragie.
Il décolle l’espace rétro-vésical au doigt afin de ne blesser ni la vessie ni les uretères. Il prévient l’issue des anses intestinales et ne sera point gêné par elles.
Toutes ces précautions caractérisent déjà une opération bien réglée, dont la technique est fixée dans ses moindres détails avec la parade immédiate si des accidents surgisssent. Nous sommes loin de l’improvisation hasardeuse de ses devanciers.
Les suites opératoires seront caractérisées par une
réaction péritonéale assez marquée et des signes d’hémorragie enkystée, vraisemblablement due au saignement tardif du pédicule utéro-ovarien.
Le dixième jour, la malade a des pertes abondantes et fétides ; RÉCAMIER n’hésitera pas à ordonner des injections vaginales, sachant déjà qu’il avait fait disparaître par des lavages identiques la fétidité de certains empyèmes.
Le trente et unième jour après l’opération, le vagin et la plaie sont en excellent état, sans suppuration, l’état général est bon, la malade se lève et marche, son ventre est souple et sans douleur.
Les Professeurs DuBois, DUPUYTREN, LISFRANC, MAR- JOLIN, Roux et RICHERAND, après avoir examiné la malade, ont vérifié et déclaré la guérison.
Comme toujours, RÉCAMIER va retirer des enseignements de cette intervention ; il n’hésitera pas plus à se critiquer qu’à tenter de convaincre ses confrères de lutilité de l’hystérectomie.
Tout d’abord, il fera le parallèle entre l’excision du col et l’ablation complète :
« Dans l’excision, la malade a contre elle les chances d’hémorragie, les inconvénients du tamponnement et les accidents de l’inflammation traumatique de l’utérus mutilé, lequel conserve son ascendant sur l’organisme, sans pouvoir lui être désormais d’aucune utilité.
« Dans l’ablation, la malade n’a aucune hémorragie à craindre ; elle n’est fatiguée par aucun tamponnement et n’a à supporter que l’inflammation du moignon des ligaments, en l’absence de l’organe utérin et de sa réaction sur l’organisme. L’ablation paraît préférable à l’excision, à moins que l'affection ne se borne strictement au museau de tanche ».
Ensuite, RÉCAMIER exposera les raisons qui recommandent son procédé ;