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La sécurité de la malade par suite d’un procédé simple, régulier et applicable à tous les cas où la maladie s’est limitée au corps utérin ; -
Le caractère accessoire pour la vie des parties dou: l’'amputation est nécessaire ;
La facilité de placer sûrement des ligatures sur les artères utérines.
Honnêtement, il n’ignore pas non plus les dangers de l’opération ; il les résume ainsi dans :
L’excès d’irritabilité du sujet (évidemment, à cette époque où l’anesthésie générale était inconnue, cette cause ne devait pas être sans importance sur la sûreté de l’opération et les accidents post-opératoires) ;
L'hémorragie; « par le procédé employé, elle est nulle »;
La sortie des viscères ;
L’inflammation du péritoine ;
L'abus de l'opération.
« Quelle est la famille qui se fiera au premier venu sur la réussite d’une semblable opération, et quel est l’homme de l’art honnête, qui prendra sur lui de la pratiquer, sans s’entourer de toutes les lumières qu’il pourra réunir ? »
Telles sont les nobles paroles par lesquelles Réca- MIER termine l’exposé de sa technique personnelle de l'hystérectomie vaginale. Dans les pages qui précèdent, on a déjà constaté le souci avec lequel Réca- Mie recherchaiïit les avis les plus autorisés. Malgré sa prudence, il sait que l’homme n’est pas infaillible — s’il surpasse de très haut la technique chirurgicale des hommes de son temps, il sait allier l’audace à l’humilité et rechercher l'approbation de ses pairs pour justifier devant le monde, ses initiatives de guérisseur.
Si cette noblesse d’attitude ne fut pas comprise de ses contemporains, elle sanctionne autant la vanité
jalouse de ceux-ci que la rare conscience professionnelle de RÉCAMIER.
Le 23 janvier 1830, RÉCAMIER pratiquera une seconde hystérectomie par le même procédé. Il fut aidé par LisFranc, Broussais et AMussar. La seule différence consiste en ce fait que les ovaires et les trompes furent enlevés avec la matrice ; les risques d’hémorragie étaient ainsi plus accusés que dans la première opération. BLANDIN, chirurgien de l’Hôtel-Dieu, qui rapporte cette observation, ne manque pas de le dire : |
« M. RÉCAMIER n’hésita pas à nous faire remarquer, après l’opération que c’était contre son gré que l’ovaire et la trompe avaient été enlevés ; de la sorte, la malade était plus exposée à une hémorragie car l’artère ovarique avait été coupée au-dessus du lieu de sa destination et aucune ligature n’avait pu être jetée sur elle ».
Les prévisions seront confirmées : la malade mourra le lendemain d’hémorragie.
Quoi qu’il en soit, RÉCAMIER avait discuté cette question avec ses assistants. L'expérience lui aurait été profitable. Si l'Académie de Médecine ne lui avait pas défendu de tenter cette opération à nouveau, il est très vraisemblable de croire que, dès 1830, la technique de l’hystérectomie vaginale aurait été identique à celle de 1930. Ceci n’est pas un vœu personnel, une réflexion qui m’appartient ; il suffit d'écouter BLANDIN après son échange de vues avec RÉCAMIER :
« Peut-être, au moins, c’est une opinion que le cas présent nous a suggéré, peut-être pourrait-on se dispenser de couper le bord supérieur du ligament large et de le comprendre dans le reste de la ligature : — on éviterait ainsi toujours l’hémorragie de lartère ovarique, et cet avantage peut-être compenserait-il et au delà, l’irritation du péritoine ».
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La même année, en 1830, CLÉMENT, élève de RÉcA- MIER, montre dans sa thèse inaugurale, tout l’enthousiasme qu’il éprouve pour cette « opération nouvelle, par conséquent susceptible d'amélioration ». Il recommande de ne pas prendre toute l’épaisseur du ligament large dans la même ligature, mais d’agir comme dans la castration, de lier isolément les artères.
Il n’est pas défendu de croire que la thèse inaugurale d’un élève est le reflet fidèle de la pensée du maitre, la mise au point de ses travaux et découvertes personnelles, une collaboration enthousiaste pour la propagation d’un sujet qui lui est cher. A ces titres, on peut accorder aux conclusions de CLÉMENT toute l'ampleur et l’originalité de la pensée du maître : or, voici l'exposé de la technique recommandée par CLÉ- MENT, interprète de RÉCAMIER :
Introduction du spéculum utérin pour placer la pince érigne, ou tout autre instrument selon les circonstances ;
Abaissement de l’utérus ;
Incision du vagin antérieurement et postérieurement ;
Dissection du tissu cellulaire avec les doigts;
Antéversion de l’utérus;
Enfin, ligature isolée des vaisseaux et section des ligaments larges.
Dès cette époque, RÉCAMIER et ses élèves avaient fixé bien avant CLAy, KŒBERLÉ et PÉAN, la technique améliorée qu’ils n’auront qu’à emprunter. Heureusement pour eux que l’Académie de Médecine en interdisant à RÉCAMIER de faire rejaillir sur elle un peu de sa propre gloire, leur a permis d’acquérir ainsi une juste célébrité.
Car cette intervention magistrale de RÉCAMIER fut proscrite par ses pairs. Leur verdict montre toute la précarité des jugements portés par les contempo-
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rains ; en fait d'innovations et d’idées géniales, dont les conséquences dépassent le niveau scientifique d’une époque, il est dangereux pour les adversaires d'émettre un jugement qui soit toujours sanctionné par la postérité. Seul le temps porte en lui-même le Jugement définitif.
Les praticiens courageux et avisés qui soutinrent RÉcAMIER et son intervention furent : BRESCHET, DE- NEUX, FERRUS et LISFRANC.
Les principaux responsables de cette erreur historique furent : Boyer, RocHoux, SERRES et DUPUYTREN.
Le rapport de l’Académie de Médecine, présenté par le glorieux LARREY, condamne l'opération de Ré- CAMIER sur les raisons suivantes :
1° Rôle primordial que joue l’utérus dans l’économie ;
2° Action d'équilibre qu’exerce celui-ci sur la statique du bas-ventre ;
3° Danger de léser les viscères contigus à l’utérus;
4 Enfin, principal argument : « sur 17 opérations de ce genre, pratiquées par des chirurgiens renommés de différents pays, 13 sujets ont succombé peu d'heures après l’extirpation, et l’une des femmes opérées par M. DeLpuecx fait la quatorzième ; les trois autres ont également péri, quoique parvenues à une distance de plusieurs mois de l’opération. Il est à craindre qu’il en soit toujours de même lorsqu'on opère dans la propre cavité du bassin. » (Séance du 22 novembre 1830).
Ignorance des organes nécessaires aux fonctions vitales, légèreté d’argumentation, mauvaise foi insigne quant au danger de léser les viscères, abus d’une autorité qui ne relève pas d’une expérience consacrée, tels ont été les motifs officiels pour condamner cette opération — qui marquait une date historique dans la naissance de la gynécologie française.
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Evidemment, il y eut des fautes commises par les : chirurgiens qui voulurent exécuter l’opération de RécAMIER ; mais quelle est l’opération, quel est l’opéra- “teur qui parviennent à la sûreté et l’habileté d’exécutions dès la première tentative ?
Ce n’est pas l’opération qui est coupable, mais l’opérateur ; si celui-ci avait suivi à la lettre les indica- -:tions de RÉCAMIER, il aurait, lui aussi, assuré la vie de sa malade.
Et puis, il faut laisser au temps son rôle bienfaisant ; l’instrumentation aurait été améliorée, la technique opératoire serait devenue presque infaillible, et l'intervention aurait été accessible aux chirurgiens de cette époque comme elle l’est devenue pour les chirurgiens modernes.
La chirurgie française fut victime de l’ostracisme lancé contre RÉCAMIER et sa découverte. Elle se réserva ainsi l’inégalable saveur de voir revenir cette invention après son passage à l’étranger. Comme tou- : jours, les inventions françaises n’acquièrent d’impor- : tance à nos yeux qu’à partir du moment où elles ont ‘été dénationalisées.
Respectueux de l'étranger, sévère envers les siens, le caractère français demeure immuable.
« Ce n’est qu’à partir de 1882, après les opérations de PÉAN, que les chirurgiens français se décidèrent à adopter une opération que, plus d’un demi-siècle auparavant, RÉCAMIER avait inaugurée, perfectionnée et réglée, dans tous ses temps, et qui marque une date historique dans l’histoire française de la gynécologie. »
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Colpotomie
La colpotomie postérieure fait partie de cette triade opératoire inventée et mise au point par RÉCAMIER. Il ne lui restera plus qu’à préciser les indications et la technique du curettage pour terminer le cycle de ses innovations gynécologiques.
Du temps de RÉCAMIER, lorsqu'un chirurgien faisait le diagnostic de collection pelvienne suppurée, il était arrivé au bout de sa tâche. Eprouvant une grande prédisposition à l’expectative, il se contentait de recommander des cataplasmes et des sangsues sur l’hypogastre, attendant ainsi que la tumeur veuille bien s’ouvrir spontanément soit à l’hôpital, soit dans un autre monde. Ce qui n’était pas sans inconvénient pour la malade !
RÉcaMIER recherchait depuis longtemps l'existence des suppurations pelviennes au moyen du palper combiné et du toucher vaginal et rectal associés. Ayant précisé par ces examens répétés la situation et l’évolution de ces tumeurs liquides du petit bassin, il passe aussitôt au geste thérapeutique qui devait évacuer ces collections en évitant aux malades la cachexie des suppurations fermées.
« Des faits positifs m'ont convaincu que le diagnostic pouvait acquérir assez de certitude pour permettre de tenter une opération qui a pour objet de donner issue au liquide contenu dans la poche et d’obtenir l’adhésion de ses parois. »
Après ses premiers succès, RÉCAMIER voulut communiquer ces résultats à ses collègues et propager cette technique nouvelle qui changeaït d’une manière aussi catégorique le pronostic des suppurations pel-
viennes. Bourdon, dans la Revue Médicale de juillet 1841, raconte les efforts de RÉCAMIER à ce sujet et l’inaltérable incrédulité qu’il rencontre, une fois de plus, près de ses confrères. Si bien que, durant une vingtaine d'années, RÉCAMIER sera le seul à pratiquer cette colpotomie postérieure, dont il fixa, là aussi, les indications et les règles définitives.