MODE OPÉRATOIRE
RÉCAMIER se sert d’un instrument spécial, peu différent du pharyngtome. C’est un bistouri convexe dont la pointe et le tranchant sont masqués à volonté par une lame d’argent de même forme, mais un peu plus large. Cette lame glisse sur le dos du bistouri au moyen d’une coulisse et se termine du côté du manche par un prolongement qui sert à la faire mouvoir.
La malade est mise en position gynécologique :
La tumeur vaginale est reconnue par le palper, le toucher vaginal et rectal, procédés d’investigation sur lesquels RÉcAMIER s'étend longuement.
Une fois la tumeur reconnue, le doigt gauche est introduit dans le vagin vers le cul-de-sac postérieur; l'instrument suit la pulpe du doigt. « Arrivé à une profondeur convenable, RÉCAMIER démasque la lame d’une certaine longueur et la plonge dans la tumeur jusqu’à ce qu’il éprouve la sensation d’une résistance vaincue et qu’il sente ou voit un liquide s’écouler ».
La boutonnière est faite dans le sens vertical pour éviter les artères utérines, et l’on agrandit à volonté l'ouverture ainsi formée.
Il recommande de ne pas trop enfoncer l’instrument afin d'éviter de léser les anses intestinales prolabées dans le bassin. Pour ne point toucher au rectum, il conseille, quand on opère sur la paroi postérieure
du vagin, de reconnaître par le toucher rectal, à quelle distance de cet intestin se trouve l’angle inférieur de la plaie.
L’abcès, une fois évacué, on lave la poche avec des injections d’eau tiède, en cherchant à la maintenir remplie d’eau (selon le système qu’il employait déjà pour l’empyème).
LAROYENNE, en 1886, viendra communiquer le résultat de ses colpotomies. Malgré le mérite de ce chirurgien, ce serait faire œuvre ingrate et méconnaître l'historique des découvertes que de lui attribuer le privilège de cette innovation. Aussi il est plus légitime d’appeler cette colpotomie postérieure l’opération de RÉCAMIER, avec le respect dû aux véritables inventeurs.
L'’abrasion utérine
Avant RÉCAMIER, le traitement des métrites était des plus décevants, les soins hygiéniques et les caustiques n’amenant jamais la résolution complète de l’infection latente. Chose curieuse, si les accoucheurs, de ce temps, n’hésitaient pas à porter la main dans l’utérus pour pratiquer une délivrance artificielle, il ne venait pas à l'esprit des chirurgiens d'employer ce procédé à des fins curatrices. RÉGAMIER, là encore, sera le véritable novateur.
S’inspirant de LevreT, qui, au siècle précédent, introduisait une sonde dans la cavité utérine pour en explorer la profondeur, il se servira à son tour d’un cathéter d’étain pour pénétrer dans l’utérus. Fait significatif, les traités d'opération chirurgicale de cette époque ne parlent pas de ce mode d'investigation.
RÉCAMIER, pour aborder au méthode d’abrasion utérine, se basera sur deux idées principales :
Le cathétérisme manuel ne doit pas être plus dangereux que celui employé par les accoucheurs, sous la forme de forceps ;
La manœuvre du forceps est longuement détaillée dans les traités, mais on n’a jamais songé à indiquer « la manière de nettoyer l’utérus sans violences et d’une manière inoffensive après l’accouchement ».
Reconnaissant à l’aide du toucher et de la sonde, la présence intra-utérine de fongosités, de petits fibromes, d’altérations métritiques, il devait passer rapidement à l’exécution de son idée. Il réalisera ainsi la méthode qu’il appelait abrasion utérine, notre moderne curettage.
Dans son long mémoire sur les « Productions fibreuses et fongueuses intra-utérines », RÉCAMIER pose les indications de cette méthode avec une telle précision, un tel sens clinique qu’elles sont encore observées à notre époque. Il recommande ce procédé d’abrasion pour :
Les métrites hémorragiques et catarrhales ;
L’ablation des polypes muqueux ;
Le traitement des hypertrophies folliculaires du col ; il n'oublie pas l'indication principale qu test la rétention placentaire.
« J’ai cru pouvoir supposer qu’à la suite des accouchements, il pouvait rester dans certains cas, des lobes plus ou moins considérables de placenta adbhérents, et j’ai conclu qu'après les accouchements le gorgeret-curette était préférable à la main pour nettoyer tout doucement l’intérieur de l’utérus des caillots et des débris placentaires non expulsés, ou qui seraient adhérents à la surface interne de l’utérus ».
Il fera toujours suivre un tel curettage par une injection intra-utérine, car il connaît bien « la relation
= be
étroite entre l’état de l’organe et les infections septiques ».
RÉCAMIER étant persuadé de l'accessibilité de la cavité utérine à l'exploration manuelle ou instrumentale, son premier effort de novateur et de praticien sera dirigé vers la réalisation d’un instrument approprié au but qu’il s’est proposé.
Pour cela, il conçoit un moyen d’abord que nous utilisons toujours : la curette utérine.
Le gorgeret-curette de RÉcAMIER était une tige métallique de 30 centimètres de long, qui offrait à chacune de ses extrémités une courbure lui permettant de s'adapter à l’axe d’orientation de l'utérus. Les courbures sont disposées en sens inverse l’une de l’autre, les bords concaves formant une gouttière, dont les arêtes sont mousses mais suffisamment minces pour ruginer la muqueuse.
C'était déjà linstrument idéal qui convenait au double but proposé : épouser la direction de la cavité utérine, nettoyer la muqueuse avec efficacité sans léser ses tissus. Aussi connaîtra-t-il la postérité avec son inséparable frère aîné : le spéculum utérin.
Ayant ainsi mis au point l’instrument parfait sans lequel on ne conçoit pas l’investigation et la thérapeutique intra-utérines, RÉCAMIER va développer sa technique opératoire avec une telle précision initiale, qu’elle sera adoptée intégralement par tous les praticiens à venir.