I. —— COMPOSÉS MINÉRAUX
10 Composés hydrogénés. — On connaît deux hydrures : l'un solide, peu important; l'autre gazeux, important en toxicologie, correspondant par sa formule As H° à AzHŸ et PH, dont les propriétés sont utilisées dans l'appareil de Marsh.
Avec les quatre métalloïdes halogènes, l'arsenic forme aussi des composés : les fluorures, étudiés par Moissan (1),les chlorures, bromures, iodures d’arsenic.
20 Composés oxygénés. — On en connaît surtout deux très importants : l'anhydride arsénieux, As?0*
(1) Moissan. C. R., 99, p. 874 (1884). Le Fluor et ses composés. |
qui, uni aux bases, donne naissance aux arsenites, et l'anhydridé arsénique, As?0, puis l'acide arsénique, H*AsO!, pouvant donnér naissance à trois séries de sels : les méta, pyro et orthoarséniates ; ces derniers seuls sont stables à l'état dissous.
30 Composés sulfurés. — On connaît cinq combinaisons du soufre avec l’arsenic, dont les plus importantes sont le bisulfure As?S? et le trisultte. AS/07.
Le trisulfure et le pentasulfure As?S° correspondent aux oxydes As?0® et As?O5 et, comme eux, ont des sels correspondants : les sulfarsénites et les sulfarséniatés. Entre cés deux classes de sels, il'en existe une intermédiaire, celle des sulfoxyarséniates (1). ;
4 Autres composés minéraux. — Enfin, on connait des combinaisons de l’arsenic avec le sélénium (2), le tellure (3), le phosphore (4 et 5).
IT. — CoMPOSÉS ORGANIQUES
En 1760, Cadet, distillant un mélange d’acétate de potassium et d'acide arsénieux, obtint un liquide d'odeur désagréable, fumant à l'air. C'est le premier produit où l'on voit l'arsenic associé au carbone.
Bunsen, de 1837 à 1843, étudia ce produit et mon-
(1) Preis, Liebig’s Annales, 257, p. 178:
(2) E. Gzarvazi. D. Chem. Gesell, 2, p. 2654 et 30, p. 244, (3) Oppenheim. Journal f. Prakt., 71, p. 278.
(4) E: Ritter. Bull Soc. chim., 21, p. r51.
(5) Janowski. D. Chem. Gesell., 6, p.216.
are tra qu'il renferme l’oxyde d'un radical composé, le cacodyle, dont il prépara de nombreux dérivés, mais la synthèse du cacodyle ne fut effectuée qu’en 1861 par Cahours et Riche, par action de l'iodure de méthyle sur l’arséniure de sodium.
Depuis, nombreux furent les travaux sur ce chapitre intéressant de la chimie organique.
L'arsenic, tout comme l'azote et le phosphore, entre dans la molécule des composés organiques et peut former des composés analogues aux amines et dérivant théoriquement de Az H°, hydrogène arsénié, où un ou plusieurs atômes d'H sont remplacés par autant de radicaux gras ou aromatiques. Ces corps répondent aux formules :
RAs H2— R3As H — R3 As.
qu'on dénomme.
Arsines primaires — secondaires — tertiaires
Les arsines différent néanmoins des amines par la propriété qu'elles ont de former avec les halogenes, l'oxygène et le soufre, des composés ou l'arsenic est tri ou pentavalent.
C'est ainsi qu'avec l'oxygène, on obtient deux acides très importants :
As — OH les acides méthylarsiniques : || — OH O — CH As 0" et diméthylarsinique ou cacodylique : || — CH O — CH
dont les sels, cacodylates et méthvlarsinates, sont employés journellement en thérapeutique.
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Parmi les composés organiques de l'arsenic, nous devons citer : |
L'énésol ou salicylarsinate de mercure et l’atoxyl, médicament actuellement à l'ordre du jour, sel monosodique de l'anilide de l'acide orthoarsénique (1), produit découvert en 1863, par M. Béchamp qui l’a obtenu, en chauffant l'arséniate d’aniline et de for-
mule.
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ctil est assuré que de nombreux produits arsénies organiques viendront encore enrichir l'arsenal thérapeutique.
Arsenic Médicament
Les diverses combinaisons de l’arsenic nous étant connues, nous dirons un mot de son emploi comme médicament.
Des les temps les plus reculés, l’arsenic était utilisé en thérapeutique. Les Chinois buvaient, comme purgatif, de l'eau ayant séjourné dans des vases en arsenic, et c'est pourquoi Haüp disait : « Ils boivent la santé dans des coupes empoisonnées ».
Mais celui qui, ie premier, raisonna et réglementa l'emploi de l'arsenic en médecine, fut Dioscoride, médecin grec des premiers siècles de notre ère. [l a fait mention des propriétés caustiques et épilatoires de l’arsenic et l'a ordonné à l'état de sulfure ou d'acide arsénieux,seul ou associé à des balsa-
(1) M. Fourneau. Bull. Pharm., p. 186, avril 1907.
miques et à des résineux contre l'asthme, le catarrhe.
Pendant quelques siècles, on employa encore la médication arsenicale, mais au moyen-âge, elle fut abandonnée et ce n’est que vers la fin du XVIII° siècle que les travaux de Pearson et de Fowler en Angleterre la remirent en honneur.
Depuis, elle a fait des progrès considérables et sa place est définitive dans la thérapeutique.
Si l’arsenic métalloïdique n'est pas employé, par contre on prescrit l'acide arsénieux, l’arsénite de potasse, les arséniates de soude, de fer, etc.
AuCodex,sontinscrites les préparations suivantes:
Liqueur de Boudin : solution à 1 °/o d'acide arsénieux.
Liqueur de Fowler : solution à 1 °/o d’acide arsénieux à l'état d’arsénite de potasse.
Liqueur de Pearson : solution à 1/600 d’arséniate de soude.
Qui, pendant longtemps, furent les seules employées.
Mais, depuis 1899, grâce aux nombreuses recherches d'A. Gautier, cette liste s’est enrichie de deux acides arséniés organiques qui, très rapidement, ont pris une importance capitale : les acides cacodylique et méthylarsinique, déja cités, et prescrits surtout sous forme de sels de soude, de fer, etc.
Arsenic toxique
Pour compléter les généralités sur l'arsenic, nous dirons un mot de sa toxicologie.
Dioscoride indiquait bien que l'arsenic provo: quait des douleurs d'intestin, mais c'est Pierre d'Albano (1), professeur à Padoue au Xlile siècle qui semble avoir donné le premier les symptômes de l'empoisonnement par l’arsenic et principalement les accidents paralytiques.
Orfila (2) attribue aussi à l’arsenic les nombreux empoisonnements des XIIIe, XIVe, XV' siècles.
Au XVe siècle, l'Aqua di Toffana, employée en Italie par la célèbre empoisonneuse Toffana, n'était qu'une solution arsenicale.
Aux XVIIe et XVIIl'siècles, en France,les empoisonnements sont düs certainement à l’arsenic. Tout porte à croire que la poudre de succession, employée par la Voisin, était arsenicale.
Au XIXe siècle, l'arsenic est encore le poisonle plus courant. Sur 1850 empoisonnements, 804 sont occasionnés par l’arsenic, de 1835 à 1875 selon Cha- DUO |
De nos jours, 1l semble être encore fréquemment utilisé.
Parmitous ces empoisonnements, certains ont fait grand bruit. Citons l'affaire Boursier (1823), le procès de Mme Lafarge (1840), celui d'Hélène Jegado (1851), exécutée en 1852 et enfin, plus près de nous, l'affaire Danval (1879), qui malgré les
(1) Wertheimer. Dictionnaire Piysiologique de Richet. 1 1D-0070:
(2. Orfila. Dictionnaire des Sciences médicales.
(3) Chapuis. Traité de toxicologie, p. 43 (Paris 1882).
expertises de Bouis, fut condamné et dont l'innonocence vient seulement d'être reconnue.
De tous les poisons, l'arsenic est certainement celui qui futle plus employé. Pourquoi? Il est facile de le comprendre. Son aspect, sa faible saveur, son action efficace sous un volume restreint, la facilité avec laquelle on peut se le procurer sont autant de raisons pour qu'il ait eu la préférence.
Mais la raison prépondérante, c'était la difficulté, pour ne pasdire l'impossibilité, de le retrouver dans l'organisme. Car il est à remarquer que dès l’apparition et le pertectionnement des méthodes pour la recherche de l’arsenic, le nombre des empoisonnements diminue, ainsi que le montrent ies statistiques.
Remarquons,en passant,les modes d'intoxication : outre les empoisonnements criminels, dont nous avons parlé 1l existe :
1) Des empoisonnements professionnels, chez les ouvriers en papiers peints, par exemple, qui manipulent en grand l'acide arsénieux et les matières colorantes arsenicales : vert de Scheele, de Schweinfurt; chez les empailleurs, utilisant le savon arsenical de Bécœur; dans les fabriques de fuschine, où l'on emploie comme oxydant l'acide arsénique.
D'après Hoffmann et Ludwig (1),la plupart des fuschines contiennent de 1 à 30/0 d'anhydride arsénieux.
2) Des empoisonnements accidentels. Les eaux
(1) Hofmann et Ludwig. Rev., d'hygiène, 1, p. 79, 1879.
de déchets de cértaines usines peuvent contaminer des nappes souterraines, dont l’eau devient, par ce fait, arsenicale et toxique : témoins les accidents produits au voisinage de la fabrique de fuschine de Pierre-Bénite (1).
De nombréux empoisonnements à Saint-Denis en 1880 (2), à Wurzbourg, en 1869, ont été causés par du pain qui était arsenical.
Les vins empoisonnés d'Hyères (3), les bières arsenicales de Manchester ont causé plus de 300 morts (4). La cause, suivant l'enquête, aurait été due à l'introduction dans la bière de glucose, contenant "de l'arsenic, provenant lui-même de l'acide sulfurique mis en œuvre pour saccharifier l’amidon.
Les bonbons et confitures faits avec du glucose peuvent également être arsenicaux et, par conséquent, toxiques.
Les couleurs d’aniline (5), qui servent à colorer divers objets,ont occasionné de nombreux accidents, ainsi que les étains arsenicaux employés pour l’étamage des ustensiles à l’usage alimentaire, comme le cas s’est produit à Saint-Pétersbourg (6).
(1). Chevalier. Ann. d'hygiène publ. et de médecine légale, 2e série,25, pe 12111800).
(2). Revue d'hygiène. 2. p. 417 (1880).
(3) Bordas. Ann. hyg. publ. et médec. légale, 3° série, 46, P- 97 (1901).
(4) Congit. Ann. hyg. publ. et médec. légale, 3° série, 20, p. 348, (1888).
(5) Congit. Ann. hyg. publ. et médec. légale,3e série, 34, p.113 (r890):
(6) Journal prarm.et chimie, 6e série, 15, p. 627 (1902).
Parmi les empoisonnements accidentels, on peut ranger ceux causés par la médication arsénicale, non réglée avec prudence.
D'autre part, combien de cas mortels dûs à l’ingestion de médicaments impurs, contenant de l’arsenic comme impureté, tels que le sulfate de soude, les phosphates de chaux, de soude, le sousnitrate de bismuth, la glycérine, etc.
Joroschky (1) a observé les symptômes de l’intoxication arsénicale chez un diabétique ayant pris des quantités considérables de glycérine.
De même, J. Bougault (2) a trouyé dans certaines glycérines commerciales, employées en pharmacie, des quantités diverses d’arsenic, allant jusqu’à. 0,05 d’acide arsénieux par litre.
Aussi voit-on l'utilité et la nécessité de rechercher la présence de l’arsenic dans les médicaments les plus couramment employés. De nombreuses méthodes sont employées: leur examen fera l’objet de notre deuxième chapitre.
(1) Dictionnaire de physiologie de Richet, 1, p. 650. (2) J. Bougault. Journal phys. et chim., 6° série, 15, p. 627 (1902).