‹ Recherche de l'idéal social: leçons publiques faites à ParisChapitre 10 sur 29 · X.X1I SOCIALISME · texte numérisé non relu

X.X1I SOCIALISME

synlhcse a posteriori très longue et très laborieuse. Mais quoi qu'il en soit, le type social idéal étant obtenu,-!] n'y a plus qu'à en extraire tous les principes de la science par une série de jugements analytiques a priori et nécessaires, tout comme en géométrie.

A ce point de vue, la science sociale est œuvre de réflexion et dogmatique.

2"* Je distingue, d'autre part, l'homme, la société, l'individu, l'Rtat réels, en un mot, la réalité sociale, et je vois dans cette réalité l'objet propre de l'art social, le champ véritable de la politique, tout comme on a toujours distingué le point, la ligne, la surface, le solide réels, et toujours vu dans ces réalités l'objet propre de la géométrie appliquée. — (Du reste, j'entends bien encore qu'il n'y ait de pratique sérieuse, dans la politique comme dans la géométrie appliquée, que celle s'opérant par application à la réalité des principes théoriques et scienliflquos).

Une jdifl&^ence existe au si entre la politique et la géométrie : la réâliiéJi laquelle il est fait application dés principes théoriques et scientifiques, en ^é oo[iétrie, étant une réalité imp6««ôttftelle, il n'y a pas lieu d'agUfir, au sujet de cette application, aucune questioft-HaaoralejCau contraire, la réalité à laquelle il est fait application des principes théoriques et scientifiques, en politique, n'étant autre chose que l'homme réel, être actif, libre, personnel, il y a lieu d'agiter, au -sujet de cette application, la question morale du despotisme et de la liberté, et de la résoudre dans le sens de çella liberté. Maisquoi qu'il en soit, la réalité sociale étant donnée, il convient que cette réalité se modifie spoôtajoâmenl et se rapproche autant que possible de l'idéal, tout comme en géométrie.

A ce . point il&vtfe,la-polUique, tout en étant œuvre d^pplicatio.n ile-^ogmes, est œuvre aussi de spontanéité, — et de liberté. ^^

Qu'opposeriez -vous à cette manière de voir?

« Quoi qu'il en soit, la tache, au point de vue du simple

ET LIBÉRALISME XXIIl

» progrès, n est pas de refondre la soeiélé, mais de la rélbr- » mer, non de l'asseoir sur de nouvelles bases, mais d'élargir ') les bases sur lesquelles elle repose déjà, non d'exlirper le » mal, mais de le réduire toujours davantage. »

Distinguons :; au point de vue du progrès politique, la lâche est de réformer la société, d'élargir les "Bases sûr lesquelles elle repose déjà, de réduire le mal toujours davantage, — d'appliquer l'idéal à la réalité de plus en pius.l^u point de vue du progrès scientjfigue, la lâche est de refondre la société, de^^ l'asseoir sur de nouvelles bases, d'extirper le mal, de formuler •l'idéal.. Pourquoi y aurait-il du mal dans la société idéale?

« Et, pour ne citer qu'un exemple, M. Guéroult me paraît » avoir franchi la limite très réelle, très profonde, qui sépare fl les deux manières de voir, lorsqu'il parle d'une société qui » ne veut plus de la misère. »

Distinguons encore : politiquement M. Guéroult a tort; scientifiquement il a raison. Les diverses théories de la société qui ont exislé jusqu'ici dans le domaine des idées ont voulu de Tesclavage, du servage, du proiélariat; mais la nôtre n'en doit plus vouloir. Pourquoi la société idéale voudrait-elle de la misère?

« Ne plus vouloir de la misère, cela est facile à dire; on » supprimera en même temps, je pense, la paresse et le dé- » sordre. »

Peut-être bien. Ou du moins, non politiquement, oui scienliflquemenl. Ici, au surplus, peu importe. La société idéale serait pure de tout mal, elle serait absolument parfaite s'il n'y avait d'autre misère que celle venant de la paresse et du désordre, d'autre richesse que celle venant du travail et de l'ordre. La misère, suite de la paresse et du désordre, loin de braver la vérité et la justice sociales, les glorifie. Vous vous éloignez de la question.

« Il ne sera pas hors de propos non plus d'abolir la maladie, » la vieillesse et les décès. »

- Ni la maladie, ni la vieillesse, ni les décès n'ont rien de

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commun avec ridcal social. Vous clos complélemcnl eu dehors du problème.

« Je suis loujours émerveillé, je l'avoue, quand je vois cel » idéalisme naïf qui ne sait pas distinguer enlre une idée et » un fait, enlre la conception du bien et sa réalisation, et pour » en revenir à la distinction dont nous parlions tout à l'heure, » enlre sa perfectibililé et la perfection. »

Et moi, je Favouc de même, je ne suis pas moins émerveillé de cet empirisme naïf qui ne ^ait pas distinguer entre un fait et une idée, enlre la réalisation du bien et sa conception, entre la perfection et la perfectibilité, — entre Tidéal et la réalîVé, entre l'absolu et le relatif, entre la science sociale et la politique;

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