XXX SOCIALISME
tioii sociale, il est faux que le ehrislianisme s'explique tout entier dans ces données. Avant que le sentiment commencâLson œuvre dans le monde des faits, la réflexion avait entrepris-fer^nnejians le monde des idées, et ici comme partout, comme toujours, la politique a vécu des efforts et des résultats de ia.science.
Il en est de même de4a^Rév:olution : elle s'est préparée par Ja' réflexion avant de s'inaugurer par le sentiment, et la révolution dans les faits, qui date de 1789 et qui se poursuit sous nos yeux, a été précédée de la révolution dans les idées qui s'est accomplie durant le cours des xvi% xvii^ et xviif siècles et qui dure encore. Et que prouve tout cela? Ceci seulement, qu'il est faux que le dogme suit VinspiroUon comme la mort siidilavie, et que la vérité est que l'inspiration procède du dogme comme la vie procède d§ la pensée.
Vous le voyez, Monsieur !:;^au point de vue scientifique, |e suis socialiste, non pas toutefois Saint-Simonien, avec M. Guéroult contre votre crilicisme. J'ai hùle d'ajouleri qu'au point de vuej)o!itique, je suis entièrement libéral avec vous contre le despotisme de M. Guéroult. Telle est ma situation, et je m'applaudis singulièrement d'avoir su la conquérir et l'occuper en présence des exagérations où vos partis pris respectifs vous emportent tous deux, par exemple, quand je vous vois, M. Guéroult et vous, en face de la France et de l'Angleterre, amenés à tellement méconnaître l'esprit et le rôle de l'un ou de l'autre de ces deux peuples, qu'il semble que vous accueilleriez avec bonheur, peut-être seulement avec une profonde indifférence, mais sans regret à coup sûr, M. Guéroult une inondation diluvienne qui ferait disparaître l'Angleterre au fond des mers, et vous un tremblement de terre qui bouleverserait la France de fond en comble. Comment, en vérité, deux hommes de votre valeur peuvent-ils s'enfermer de gaieté de cœur dans des systèmes si odieusement tyranniques ! ^ Le génie de l'Angleterre, c'est le génie libéral ; le génie de lu France, c'est le génie socialiste. La constitution anglaise est
(^ or THE UNIVER5ITY or
ET LIBEUALISME XXXI
purement expérimentale ou empirique; toutes les constitutions françaises ont prétendu être rationnelles ou idéales. Qui donc a raison? qui donc a tort, du génie anglais ou du génie français? Tous deux ont raison, tous deux ont tori, selon les points de vue. Le génie français a raison de poursuivre la recherche d'une constitution parfaite et absolue, il a tort quand il tente de faire fonctionner violemment du jour au lendemain une constitution soi-disant telle. Le génie anglais a raison de s'en tenir pour la pratique journalière à une constitution imparfaite et relative, il a tort s'il s'enferme dans cette pratique au point de négliger la théorie.
Le fait est que la science est le domaine de l'idéal et dé l'absolu, et que la politique est le domaine de la réalité et du relatif, que la France. socialiste a raisûa. scientifiquement, et que l'Angleterre libérale a raison poliiiquementV Un peuple qui aurait raison à tous^les points de vue serait celui qui s'éle v vaut, avec toutes les ressources de la réflexion, de la raison, delà science, de la jiiéta physique, à la conception de fidéal socia l, s'efforcerait\en même temps de réaliser cet idéal de jour en jour par l'usage de toutes les libertés dépenser, de parler, d'écrire, de discuter et de se convaincre, en un mot, de se gouverner soi-même. — Ce peuple existe : c'est THuma- / n^; et il ne s'agit pour nous tous que de savoir y trouver notre pairie.
Paris, janviei' 1863.