ET LIBÉRALISME XV
Ihode scientifique, recourent à un seul et même procédé politique. Scientifiquement, ils s'efforcent de trouver par la reftexion et d'énoncer dogmatiquemenf. une formule sociale définitive; politiquement, ils sont prêts à nous imposer d'autorité et despotique ment l'application immédiate de cette formule. Le socialisme a donc un caractère aussi absolu que son principe : le dogmatisme est sa méthode scientifique, le despotisme est son procédé politique.
Par contre, la crainte du dogme et fborreur du despotisme, ]/ tel e.>t le caractère du libéralisme. Aux yeux du libéralisme, faclivilé humaine peut engendrer spontanément^ si on la laisse en toute liberté^ le mouvement progressif de la société duquel l'étude ne peut et ne doit être que purement et simplement critique. Et de même que le socialisme, doctrine de l'absolu, est dogmatique et despotique, de même\le' libéralisme, doctrine du relatif, a la liberté pour procédé politique, et la critique pour méthode scientifique.
Ce n'est pas tout encore. Muni d'une science et d'une poli- / tique, chacun des deux systèmes est également pourvu d'une ^''^ philosophie de fhistoire.
Selon le~sociàlisme, le progrès social s'opère par la succession d'une série de formules dogmatiques incessamment rem- , placées les unes par les autres, et ainsi l'amélioration des i/ lois précède et entraîne l'amélioration des mcgurs^u dire du libéçalisme, au contraire, la société se développe et s'organise sous l'effort de l'activité humaine poussée par une inspiration qui se renouvelle d'âge en âge, et ainsi, les mœurs s'amélio-^ rant dabord,Jes lois s'améliorent elles-mêmes par la suite. Ainsi le socialisme et le libéralisme parcourent les temps et les lieux, et rencontrant dans le passé le paganisme, le christianisme, la Réforme, la Révolution, donnent de chacun de ces grands faits une interprétation qui lui est propre. Parvenus à notre époque, au milieu des nations contemporaines, chacun choisit celle de qui l'esprit et le rôle lui sont particulièrement sympathiques, pour s'attacher avec ardeur à ses destinées ; le
XVr SOCIALISME .
socialisme s établit cti France, terre de gonverncmenl et d au- y torité; le libéralisme se réfugie en Angleterre, pays de lil)erlé ot d'initiative individuelle.
Ainsi, dans cetle simple et heureuse distinction que vous indiquez et que j'établis moi-même entre la perfection et la perfectibilité, gît, en effel, le germe d'une distinction large et féconde entre deux systèmes bien tranchés : le socialisme, système de la perfection et de l'absolu, et le libéralisme, système "^ de la perfectibilité et du relatif. Cela est incontestable ; aussi je le répète : vous avez supérieurement et définitivement posé le problème. L*avez-vous résolu? C'est ce dont, au risque de vous surprendre, je vous demande à présent la permission de douter.
Vous êtes libéral ; est-ce donc à dire que je sois socialiste ? Il semble qu'entre la perfection et la perfectibilité, qu'entre l'absolu et le relatif il faille opter; que, par conséquent, entre le socialisme et le libéralisme ralternalive soit inévitable. Il le semble, en effet; eh bien! malgré tout, j'hésite encore.
Je sens toute Tabsurdité d'un songe de paradis terrestre; mais pourtant je ne saurais me résoudre à ne plus rêver de / vérité et de justice, non pas de vérité et de justice relatives, -— je n'ai que faire d'une demi-vérilé et d'un h peu près de justice, — mais de vérité et de justice absolues; je ne dis pas d'égalité, sachant fort bien que l'égalité absolue n'est ni la vérité ni la justice. J'ai horreur de ce despotisme pressé. d'appliquer des formules étroites et tyranniques, toujours d'autant plus brutal qu'il est plus ignare ; et toutefois, je ne puis m'empêcher d'attendre, pour le saluer avec admiration et enlhousiasme, quelqu'un de ces dogmes souverains, fruits de la réflexion et de la science, qui, reliant Thomme à l'homme, l'humanité h la nature ^et à Dieu, ordonnerait le monde des intérêts et des droils, comme l'astronomie a ordonné le monde des corps célestes. Si je vois bien l'action des mœurs sur les lois, je vois mieux encore l'aclion des lois sur les mœurs. El /