‹ Recherche de l'idéal social: leçons publiques faites à ParisChapitre 7 sur 29 · ET LIBÉRALISME XVII · texte numérisé non relu

ET LIBÉRALISME XVII

si j*ainie l'Angleterre el son sens prolique el libéral, j'adore la / France théoricienne et socialiste.

Puis, ce n'est pas aujourcriiiii pour la première fois que je trouve en présence Tun de l'autre deux systèmes diirérents et opposés dont la divergence se manifeste ainsi dans une double série de termes contradictoires et antinomiques. J'ai déjà rencontré ainsi le matérialisme et le spiritualisme, Tempirisme et ridéalisme, dans la philosophie métaphysique; dans la philosophie morale, l'individualisme et le communisme m'ont apparu déjà, ce sont aujourd'hui le libéralisme et le socialisme qui se révèlent et s'offrent à nos regards. Or, sans me contenter d'un vulgaire éclectisme, et sans recourir à un scepticTsmeilésespéré, j'aTpresque toujours à peu près réussi à concilier en pa- ^ • reil cas les antinomies, en résolvant, comme on dit, les cow-v ^"^^ tradictions dans leurs identités; et je suis d'autant plus tenté d'en agir de même dans la circonstance présente que, bien évidemment, la divergence qui existe ou semble exister entre le socialisme et le libéralisme n'est autre que celle qui existe ou semble existjsr aussi entre ridéiilisme et l'empirisme.

Je me souviens enfin de cette légende où deux chevaliers ss rencontrent dans un carrefour devant une Victoire armée d'un bouclier, disputent entre eux au sujet du métal dont cette pièce est faite, l'un affirmant qu'elle est en argent, l'autre soutenant qu'elle est en or, se combattent et s'entretuent avant de reconnaître que le bouclier est d'argent sur une de ses faces et d'or sur l'autre face. Je vous trouve, vous et M. Guéroult, dans la situation de ces lutteurs acharnés ; permettez qu'avant do prendre parti pour l'un de vous deux, je fosse seulement le tour de la statue.

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XVriI SOCIALISME

Vous êtes libéral, Monsieur, votre solulion est la liberté, le libéralisme est voire cause. Liberté et libéralisme, tout d'ailleurs se rattache, pour vous, à l'idée de perfectibilité. Afin de sortir d'incertitude et de faire un pas en avant, j'admettrai, si vous voulez, avec vous que, d'une part, la société se perfectionne de jour en jour, et que, d'autre part, elle ne sera jamais parfaite. Reste à savoir si, de là, résultent bien logiquement l'affirmation de tout ce que vous avancez et la négation de tout ce qui vous paraît erroné et inadmissible. En effet, si j'admets avec vous que la soeiélé ne peut être qu'imparfaite €71 réalité^ n'admettrez-vous pas avec moi qu'elle / doit être parfaite autrement. Et comment donc? En idéaL^/ Or, cette seule concession suffit à porter le désordre dans voire doctrine.

« J'avoue bien, dites-vous, que la perfeclibililé est une. » espèce de contradiction ; il y a contradiction dans l'idée » d'un mouvement qui nous rapproche du but, puisqu'il est » un progrès, et qui cependant ne nous en rapproche pas, » puisque nous ne saurions jamais y atteindre. Mais cette » contradiction est le mystère même de la vie humaine. Elle » est la condition de notre activité et de notre grandeur. »

Il est certain que l'idée de perfectibilité sociale implique à la fois l'idée d'une certaine perfection dont on se rapproche, mais sans jamais l'atteindre tout à fait, et l'idée d'une corlaine imperfection dont on se corrige, mais sans jamais s'en dépouiller enlièrement. Ici, vous vous écriez : Contradiction ! Mystère! Si la contradiction est aussi réelle qu'apparente, il y a mystère en effet; mais en revanche, il n'y aurait pas mystère si la prétendue contradiction venait à se résoudre dans

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une identité évidente, inévitable. Ce serait alors une nécessité^ logique, et non point un nriystère, qui serait la condition de note activité et de notre grandeur.

Je ne sais, Monsieur, ce que vous en penserez ; quant h moi, je dois vous avouer que si les choses pouvaient se présenter ainsi, cela me satisferait infiniment davantage. Or, précisément, je crois reconnaître que, là où vous avez vu une contradiclion, il y a uuê- identité, non pas seulement dans le' cas présent, et en ftnt de perfectibilité sociale, mais dans loule circonstance semblable où il s'agira d'un mouvement progressif ou d'un résultat quelconque impliquant le double jeu de la UiéorLe et de la pratique, la double intervention de la science et de l'art. C'est du moins ce qui me semble dériver delà disïmclibn entre l'idéal et la réalitételle qu'elle est établie par la philosophie moderne la plus avancée.

En effet, supposons :

1**Que le monde des idées et de l'idéal soit l'objet propre /]/ et le champ véritable de la théorie et de la science. — (Ceci d'abord étant bien entendu, à savoir qu'il n'y a d'idées et d'idéal admissibles dans la théorie et la science qu'à la condi-y tion d'être dégagés par l'entendement et la rnison des faits et de la réalité que fournit l'expérience);

2° Que le monde des faits et de la réalité soit l'objet propre et le champ véritable de la pratique et de l'arf. — (Ceci d'ailleurs étant également bièhènfëriîù, à savoir qu'il n'y a de pratique et d'art sérieux que ceux s'opérant par application aux faits et à la réalité des principes théoriques et scienti-»^ flques.)

Supposons en outre :

1° Que tout idéal soit parfait en tant qu'idéal ;

2° Que, s'il faut dire que tout idéal est nécessairement parfait, il faille dire aussi que toute perfection est nécessairement idéale, en d'autres termes, que toule réalilé soit imparfaite en tafit que réalité.

Cela posé, la science élant définie l'idéalisation de la réa-

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