CHAPITRE PREMIER
CHALRUR.
Un des principaux caractères de l’albumine est de passer de l’état liquide à l’état solide lorsqu’on porte sa température à 70“ environ. De là un moyen pronipt et facile de reconnaître la présence de ce corps dans l’urine et dans tous les liquides qui le contiennent.
Il suffit de remplir à moitié de ce liquide un tube à expérience, et de porter à une température de 70“, au moyen d’une lampe à alcool, soit la partie supérieure, soit la partie inférieure du liquide, pour avoir, dans le premier cas, un anneau trouble et laiteux, et dans le second cas une tache de même apparence.
Mais ce réactif peut induire en erreur de deux manières : il peut ne donner aucun précipité sensible, bien que le liquide soit albumineux; il peut dans d’autres circonstances donner un précipité (jui ne renferme pas trace d’albumine.
Dans le premier cas, on prétend que le phénomène de la non-coagulation de l’albumine par la'' chaleur est dû à la réaction alcaline du liquide; qu’il suffit de rendre celui-ci neutre, ou mieux, acide, pour voir la chaleur précipiter l’albumine. Cette raison est peu acceptable, car les exceptions sont plus nombreuses que la règle.
D’abord, le sérum du sang et toutes les sérosités sont à réaction alcaline, et cependant la chaleur les précipite. Ensuite, nous avons souvent rencontré des urines albumineuses naturellement alcalines, ou bien le devenant par un commencement de fermentation, qui étaient coagulées par la chaleur; et pour nous assurer que le précipité n’était pas composé seulement de phosphates, nous l’avons recueilli sur un filtre et examiné avec soin.
Passons sur ce point; mais une réaction acide est-elle quelquefois nécessaire, indispensable à la précipitation de l’albumine par la chaleur? Non, de même que l’alcalinité n’est point un obstacle à cette précipitation, de même aussi l’acidité ne peut dans quelques cas permettre à la chaleur d’accoipplir ce phénomène. Voici des faits à l’appui de ce que nous avançons.
Les urines suivantes appartiennent à un homme.
de trente ans, atteint depuis trois ans de bronchite chronique et d’emphysème pulmonaire. Un œdème très-manifeste occupait toutes les parties de son corps. Les urines étaient albumineuses; la gêne de la circulation pulmonaire semblait en être la cause, car, dès que les accès de suffocation se calmaient ou devenaient très-éloignés les uns des autres, l’albumine diminuait de plus en plus, et finissait même par disparaître.
Voici les résultats donnés par l’analyse.
Urines de 24 heures.
Quantité, 2 litres 500,
Densité, 1016.
Réaction alcaline. Couleur jaune foncé, lOOü grammes d’urine contiennent :
Eau. 97.'î,940
Matières solides. 24,060
Aibumine. 0,233
Urée. 4,880
Matières minérales fixes. 10,310
Chlore. 5,760
Extractif soluble dans l’alcool soluble. 5,760 Extractif insoluble. 2,170
Ces urines ne précipitaient ni par la chaleur, ni par les acides tels que l’acide acétique, oxalique, chlorhydrique et sulfurique. Ces acides, en faible ou en grmide quantité, avaient beau combiner leur action avec celle de la chaleur, la précipita-
tion ne se faisait pas davantage. Cependant aiors l’urine avait une réaction fortenaent acide ; et dans ces mêmes urines il suffisait d’ajouter quelques gouttes d’acide azotique pour obtenir un précipité abondant.
Le même malade a rendu, quelques Jours après, fies urines à réaction acide se coagulant directe-, ment par la chaleur.
Un autre cas nous a été fourni, ces jours derniers, par une malade frappée d’apoplexie cérébrale. Ses urines, recueillies avant, pendant et après l’attaque, nous ont été envoyées par M. Charcot pour être analysées.
Voici le résultat de ces analyses.
Au commencement de l’attaque, à midi, on a sondé la malade, après avoir pris la température rectale, qui atteignait 36 degrés. On a ^retiré, avec la sonde 250 centimètres cubes d’urine. Ces urines avaient :
Densité, 1015,
Héaclion alcaline,
Couleur jaune clair.
1000 grammes contiennent ;
Eau. 976,744
Matières solides. 23,256
Albumine.. —. ;. 3,000 '
Urée. 2,823
Matières minérales fixes. 10,797
Chlore.. 5,4u5
Extractif dans l’alcool absolu. 4,651
Extractif insoluble........ ,1,993
Gette urine à réaction alcaliùe donnait par ia chaleur un précipité abondant de phosphates, pré* cipité ne contenant pas trace d’albumine. Les acides acétique, chlorhydrique et sulfurique ne formaient aucun précipité dans la liqueur filtrée. L^àcide azotique seul coagulait l’albumine.
Deux heures après, la même malade rendait des urines acides présentant les caractères ordinaires des urines albumineuses. A deux heures de l’aprèsmidi, la température rectale s’était élevée à 39 degrés 2 cinquièmes. On a retiré avec la sonde llOcentimètres cubes d’urine.
Densité, 1022,
Réaction acide,
Couleur jaune.
L’albumine précipite et par la chaleur et par l’acide azotique.
1000 grammes d’urine contiennent :
Eau. 962,846
Matières solides.. 87,166
Albumine.;. l,4o6
Urée. 7,218
Matières minérales fixes.... 11,677
Chlore.. 5,631
Extractif soluble dans l’alcool absolu. 6,680
Extractif insoluble. 10,191
, En présence de pareils cas, ne vaudrait-il pas mieux supposer des combinaisons différentes de l’albumine : une combinaison acide, une cpmbi-
nàison àlcaün«îiiCéitte deiphière est. détruit© par l’acide àzétiqu©; seul, defe autres apides ne ! peuvent ia inodiiér sensiblement, tând|S que la combinaiion i acide est < non-seuletoenti détruite par la chaleur/niais fencoïè par un grand nombrè d’acidesi Ainsi, dans uiî premier cas; ïa chaleur; peut; ne point précipiter Talbumine. i < Dans un second cas dlôipeut douner?ain préci'pité qui lie contiénn© point d’albumine. €e précipité tbt- îdors 'cdinp 08 é>eiitièremént de phosphate de chaux i et de phosphatetk magnésie.; jll ; se redissout si l’on ajoute à la liquesur quelques gouttes d’un acide : ces phosphates basiques deviennent phosphates acides et ainsi sels trèS^ôlubles.
L’acide, et surtout l’acide azotiqqp^ i peut, après avoir dissous le précipité de phosphates donné par la ôhaieur, en produira an âêcond' $offipôsé#aBumine. C’est probablement ce phénomène qui avait fait dire que déWl^dortàiiÿs Ottâ rhcîdeiatwtiqiie dissolvait une partie et même la totalité du précipité albunjmeqx. ' ’ / / ■ ^ V ^
Pour expliquer la, précipitation des phosphates, les uns disent que la chaleur chasse l’acide carbonique qtii'ienait ces sela étf di'sSolütion ; les autres que cetiè précîpjtâiJdh (^pend' déjà héqtralîsation de l’excès d’acide libre de l’urine par un alcali ou par le phosphate de soude.
■ Ôn' pdût Objecter la premièrè hypothèse que dës ^diihè's prëdpiféht' W ' tlUè téùipératüÿe dé * 100» péûv(ënt'êr#e' èbaWfëé^s'^iÉètftt Mgtemps è'Ufte
température de 30“ à 40“' sauà qu’il se précipite uti seul phosphate, ét cependant l’acidé carbonique a dû se dégager ; à la seconde que des urines à réaction acide, précipitant par la chaleur leurs phosphates, avaient enpope conservé leur acidité après la précipitation.
Quant à nous, nous pensons que les phosphates que la chaleur précipite sont en combinaison avec les matières albuminoïdes {albvminose) qui se trouvent dans les urines; combinaison détruite par une température de 80 à 100“.
En effet i nous avons soüvènt remarqué-^-que, lorsque la fermentation atait détruit ' dans une urine le» matières albuminoïdes et i’uréé, les tières minérales fixes insolubles dans l’alcool Îabîsolu doublaient de poids, et que'les pïlbsphatëâ entre autres étaient cause de cette augmentation. Ainsi, dans une urine normale, nous avons vu les matières minérales insolubles dans l’alcool passer de 11 grammes à 21 grammes après la fermentation. Non-seulement les chlorurés’ mais les pliDSphates aussi avaient augmenté poids; Ées sels minéraux ne devaient provenir que des matières albuminoïdes solubles dans Tatcool absblii, et de Furéè' qUe la fermentation avait détruiteàv' ’
On voit par là que la chaleur seule ne peut süffire à reconnaître la présence de l’albuminé dahà une* humeur V car cet agent ne précipite pas toujours ralburnine et produit quelquefois dés préciipités induisant le praticien non prévenu en erreur.
Nous en dirons autant de l’acide azotique, bien que ce corps précipite toujours et infailliblement l’albur mine.