SELS MINÉRAUX
On 'a vaiité beaucoup la liqueur nitro-mercurique pour reconnaître des traces d’albumine. Millon, qui l’a fait connaître le premier, s’exprime ainsi à son égard : «Cette liqueur nitro-mercurique communique aux substances azotées une couleur rouge très-intense, et l’on peut ainsi facilement découvrir dans l’eau 1 cent millième d’albumine, et môme une proportion moindre. »
Cette liqueur se prépare en versant sur le mercure pur deux fois son poids d’acide azotique ordidinaire, d’un poids spécifique de 1,41. La réaction s’établit vivement à froid ; lorsqu’elle s’est ralentie, on chauffe doucement jusqu’à dissolution complète du métal; à ce point on s’arrête, et on ajoute
deux volumes d’eau pour un de solution mereurielle. On décante la partie liquide qui surnage le mélange cristallin de nitrate et de nitrite mercureux.
Cette liqueur réagit sur l’albumine à une température de 100° environ. C’est l’acide nitreux contenu dans les deux sels qui détruit en partie l’albumine et lui fait prendre une coloration rouge.
Lorsqu’on ajoute la solution réactif à une liqueur albumineuse, il se forme instantanément un précipité que la chaleur réunit ensuite en flocons et colore en rouge.
Ce réactif ne présente aucun avantage sur la chaleur et l’acide azotique combinés.
Presque tous les sels minéraux forment des précipités dans les solutions d’albumine. Parmi les principaux, on peut citer l’acétate de plomb, le bichlorüre de mercure, le sulfate de cuivre. Ces corps présentent ceci de remarquable, de ne point produire de précipité dans les liqueurs albumineuses acides; il faut que la réaction soit neutre ou alcaline. Bien plus, les précipités, une fois formés, peuvent être dissous par quelques gouttes d’acide acétique. !
Nous avons étudié, ainsi que plusieurs chimistes l’avaient déjà fait, l’action des composés métalliques sur les solutions aqueuses d’albumine. Nous avons fait dissoudre un blanc d’œuf dans cinq cents grammes d’eau distillée ; la liqueur avait une réaction légèrement alcaline. , :
La potasse, la soude, l’ammoniaque, la chaux, la baryte et la strontiane, ainsi que Talun et Fémé* tique, ne nous ont donné aucun précipité.
L’acétate basique de plomb, Fazotatè acide de bismuth, le sulfate de fer, le sulfate de cuivre, l’azotate et le bichlorure de mercure, les chlorures d’or et de platine, ont formé des précipités floconneux abondants.
Ces réactifs sont, pour la plupart, d’une grande sensibilité, car une goutte de solution saturée de bichlorure de mercure, versée dans de l’eau qui contient 0,000o de son poids d’albumine, produit un précipité cailleboté bien manifeste. Malheureusement, tous ces sels donnent des précipités simulant l’albumine dans des humeurs n’en contenant pas trace, ou bien en ayant été privées par des opérations antérieures. Aussi ne doit-on citer ces réactions que pour compléter l’histoire chimique de l’albumine, et non pour rechercher ou doser ces corps.
Dans ces derniers temps, on a employé comme réactif, et même comme moyen de dosage, l’action combinée de l’acide acétique et du cyanure jaune de potassium et de fer. En effet, si, à une solution d’albumine acidulée avec l’acide acétique, on ajoute quelques gouttes d’une dissolution de ferro-cyanure de potassium, il se produit immédiatement un précipité blanc floconneux.
Ce réactif n’est pas d’une grande sensibilité, car il n’a rien donné dans des urines additionnées de
un demi-millième d’albumine. De plus, il forme souvent des précipités dans des urines à réaction acide ne renfermant point d’albumine. Le temps ne nous a pas permis d’étudier la cause et le résultat de cette précipitation.
L’albumine, comme du reste toutes les matières protéiques, se colore en rouge par le réactif de Pettenkofer : mélange de sucre et d’acide sulfurique destiné par son inventeur à décéler la présence des acides biliaires dans le sang et dans les urines. Voici comment l’on opère dans l’un et l’autre cas. On met dans une capsule de 4 à 5 grammes d’urine et 2 grammes environ d’acide sulfurique concentré, ne contenant pas d’acide sulfureux. On doit verser l’acide gotitte à goutte, et à plusieurs fois, pour éviter que la température s’é* lève à 100“. On touche alors les bords de la capsule avec une tige de verre préalablement trempée dans du sirop de sucre. Immédiatement on voit se développer une couleur rouge dans les points touchés. Les acides biliaires donnent là même réaction.
Je me contente de citer le polarimètre pour la recherche de l’albumine. C’est un instrument volumineux, et assez dispendieux pour que tout praticien ne l’ait pas en sa possession. Ensuite, il faut que les liqueurs soient fortement albumineuses, pour que cet instrument donne une déviation sensible.
pOS40E DE l’albumine.
On a employé pour le dosage de rnlbiiminè trois méthodes : 1“ la méthode des péSées ; 2“ la méthode des volumes ; 3“ la méthode polarimétrique.
Une seule de ces méthodes est d’une applibàtion facile et donne des résultats d’une exactitude suffisante, c’est la méthode des pesées.
Elle consiste à faire prendre, au moyen delà chaleur et d’un acide à l’albumine, une forme solide; h là t’ecueillir ensuite sûr tin filtre et à la soumettre à la balance après dessication.
Voici l’exposé de la méthode que nous employons depuis quelques années, méthode que les expériences nous ont donnée comme préférable à toutes celles connues jusqu’alors.
Dans une capsule en porcelaine on pèse environ 40 grammes d’urine ou 5 grammes de sérum ; ce dernier doit être ensuite étendu de son volume d’eau distillée.
On additionne soit l’urine, soit le sérum de 3 centimètres cubes d’un liquide acide composé de 1 partie d’acide azotique ordinaire et de 9 parties d’eau distillée. On mélange le tout au moyen d’un agitateur et l’on met ta capsule à chauffer au bain-marie jusqu'à ce que l’albumme sé prenne en gros flocons. i
C’est là le premier temps de l’opération, on a rendu l’albumine solide et insoluble dans une liqueur acide. Il faut maintenant la recueillir sur un filtre, la laver, la sécher et la soumettre à la balance.
On a soin de faire de petits filtres de môme poids^; on en met un de côté, filtre étalon qui servira pour un grand nombre d’analyses.
Sur un de ces filtres préalablement arrosé d’eau distillée, on verse le liquide et le coagulum. La filtration se fait d’une manière assez rapide. On lave la capsule avec de l’eau distillée additionnée de un vingtième de son volume d’açide azotique. Une fois que toute l’albumine est réunie sur le^filtre on procède au lavage.
Dans une capsule on porte à l’ébullition l’eau acidulée précédente, et au moyen fi’une pipette aspirante, on projette cette solution sur le filtre jusqu’à ce que la liqueur filtrée ne précipite plus par l’azotate d’argent.
On a eu soin de placer le filtre étalon sur un second entonnoir et de le laver avec l’eau acidulée, afin qu’il perde de son poids un poids égal à celui perdu par le filtre contenant l’albumine. On fait sécher les deux filtres à l’étuve, et lorsque le filtre de l’albumine ne perd plus de son poids, on procède à la pesée.
Le poids donné par la balance égale le poids de l’albumine contenue dans l’humeur soumise à J'analyse. On n’a pas à tenir compte des matières
minérales retenues par ralbumine ainsi qpe le de.r mande le procédé par l’acide acétique et la cbale^, Car cette albumine détachée du filtre et qalcinée au rouge dans un creuset dp platine, ne nous a jamais laissé trace de résidu. , :
Pour que ce procédé fût bon, pour qu’il fût, pcr ceptable, il fallait : 1“ que l’albumine ne .se tcpuy^t, pojpt en partie dans la liqueur filtrée ; 2" qu’eilÇj ne fût pas altérée dans son poids par l’acide azotique.
La liqueur filtrée qu’elle provint d’une-sçlption de blanc d’œuf, d’une urine albumineuse pu duçsemm du,sang nous a toujours présenté le^.^èmes caractères. Cette liqueur est parfaitement .t^an^par rente elle ne précipite ni par la chaleur i , ni, îpaf, l’acide azotique, ni par le biçhlorure de mercqrc, pi ,par, les alcalis. Le tannin seul y fait naître un léger précipité dû à l’albuminose qui accompagne toujours l’albumine.
Mais on pouvait se demander si l’albumine pjé-. tait point en partie transformée par la chaleur et l’acide azotique, si elle n’était ppint venue augmenter le poids de l’albuminose. ,
Nous avons fait évaporer au bain-marie 9 grammes 73 de sérum sanguin. Le résidu de l’opération a (pesé 0,060. ,,
Ce résidu calciné a donné 0,007, de matiécç* minérales fixes.
Donc, 0>060—0,007 = 0,0o3 égale le poids tptal de l’albumine, de l’albuminose et des matièi'es grasses qui se trouvent dans le sérum. En r^ppp^-
tant à 1000 nous avons pour la somme de ces trois substances 77 grammes 910.
Or, on sait par l’analyse que 1000 granimès de sérum contiennent en moyenne 2 grâmhies SOO d’albuminose ou matières extractives et 1 gramme 400 de matières grasses, en tout 4 grammes. Si nous retranchons ceS 4 grammès de la somme totale des éléments organises constituant le résidu, nous’ aurons le poids de l’albumine, égale 73. 910.
Ainsi l’analyse nous donne pour ce sérum près de 74 grammes d’albumine pour 1000 grammes.
Le procédé précédemment décrit a doUné, pour 1000 grammes de ce même sérum 73 grammes 670 d’albumine.
Cette approximation a été obtenue dans plusieurs analyses faites avec du sérum sanguin et des solutions de blancs d’œufs.
On peut en juger par les résultats inscrits sur le tableau suivant obtenus avec du sérum sanguin et des urines albumineuses. .
Les chiffres se rapportent à 1000 grammes de sérum et d’urine.
Sérum de lapin... 68,531 68,620 68,457 68,510 68,59i Ürine albumineuse 3,000 9,059 3,020 2,994 8,017
11 résulte de ces éxpériences, que l'albumine reste entièrement sur le filtre et qu’elle ri’est nullement altérée dans son poids pàr l’acide azotique.
Cependant ce dernier réactif fait prendre à l’albumine une coloration jaune, due à de l’acide xanthoprotéîquè produit.
On peut éviter la formation de cet acide, et par là, la coloration de l’albumine en remplaoant l’eau acidulée par l’alcool acidulé. Mais les expériences nous ont démontré, qu’il n’y avait aucun avantage à faire ce changement ; que bètte coloration de l’albumine ne lui faisait perdre rien de son poids, etque cet alcool acidulé rendait les filtrations trèslongues.
M. Mehu- a proposé l’année dernière , un pro^ cédé de dosage qui se rapproche beaucoup du procédé que nous venons d’indiquer. Il se sert comme, nous de l’acide azotique, plus de la liqueur suivante :
Acide phénique, 1 partie ;
Acide acétique, 1 partie ;
Alcool à 2 parties.
Voici comment il dit d’opérer: On prend iÜO grammes d’urine à essayer, on y ajoute successivement 2 c.c. d’acide azotique ordinaire et 10 c.c. de la solution phéniquée précédente ; on agite bien la liqueur après cbaque addition, et l’on jette le précipité sur un filtre de papier blanc bien sec et pesé à l’avance. ■
Le liquide s’écoule rapidement! quand il s’est écoulé tout eUtier on lance avec de rqaü contenant
uni .demi pour lOO.d’àpido.phénique enfin avec de l’eau légèrement alcoolisée. On dessèche le filtre à 110". En retranchant du poids de ce filtre le poids du filtre vide et sec, on aura le poids de ralbumine. Si l’on prend, dit M. Mehu, une solution filtrée de blanc d’œuf donnant 1 gramme de résidu à 110“ et que l’on ajoute cette dose à 100 grammes d’urine non albumineuse et bien limpide, on obtient par la méthode précédente 0,92 à 0,97 eii moyenne 0,95. Avec le sérum du sang, avec les liquides albumi'r neux pathologiques des diverses cavités de féoonomie, on obtient des chiffres qui varient daiis les mêmes limites., . ■' i .
£e procédé a, fcomme le premier que nous avons indiqué, l’avantage de précipiter complètement l’ah bumine, quelle que soit l’humeur qui la contienne. La filtration est cependant moins rapide et les lavages laissent beaucoup à désirer- On ne tient ensuite pas compte du poids perdu par le, filtre après le passage dans ses pores d’un liquide très-acide.
L’ancien procédé de dosage de l’albumine, pai* l’acide acétique et la chaleur, doit être entièrement abandonné; car on ne peut, par ce procédé, doser l’albumine soit du sang soit des urines à réaction alcaline.
A propos de ce procédé on disait : si la réaction du liquide est faiblement acide, dans la plupart des cas, il se produit, dès que l’acide n’est plus en excès, une coagulation complète; mais si la solution a une réaction neutre ou même alcaline, souvent
-raction de la chaleur ne produit qu’un léger trouble, même si la liqueur renferme beaucoup d’albumine, elle reste en dissolution unie à la potasse. Ajoutet-on au contraire avant de chauffer autant d’acide acétique qu’il est nécessaire pour saturer l’alcali libre, la précipitation a lieu d’une manière complète- Un excès d’acide doit être évité avec précaution parce que, sans cela, sous l’influence, de l’acide acétique libre, il reste en dissolution une quantité plus ou moins grande d’albumine. Ainsi lorsqu’on taisait usage de ce procédé, il fallait avoir le coup d’œil Juste et une grande habitude du dosage pour ne point ajouter ni trop ni trop peu d’acide acétique, sans quoi les résultats de l’opération étaient faux.
On procédait à l’analyse de la manière suivante :
On introduisait dans une capsule de 20 à oO grammes du liquide à analyser; on chauffait au bainmarie pendant une demi heure. Si le liquide ne contenait pas une quantité suffisante d’acide libre, si la coagulation n’avait pas lieu en gros flocons, et si le liquide qui surnageait ne s’éclaircissait pas complètement, on y projettait avec une baguette en verre plongée dans l’acide acétique, une ou deux gouttes de cet acide et l’on continuait à chauffer; ce qui ne devait pas tarder à produire de gros flocons d’albumine et la clarification du liquide. Sur un filtre dont on connaissait le poids, ou versait le coagulum et on lavait le tout à l’eau bouillante
tant que le liquide filtré précipitait l’azotate d’argent. •
O procédé réussit souvent pour le dosage de l’albumine désmrines parce que les urines albumineuses ont presque toujours une réaction acide. Cependant lorsque par ce moyen on est parvenu à précipiter l’albumine les causes d’erreur ne manquent pas d’être nombreuses!
On peut d’abord rencontrer des albumines que l’eau bouillante dissolve en partie, ainsi ^^’il nous est arrivé quelquefois, alors que, faute de!mieux, nous nous servions de ce procédé. Ensuite les matières minérales restent combinées à l’albumine et en augmentent le poids, si l’on n’a soin, ce qui rend l’opération beaucoup plus longue, de calciner le filtre et l’albumine et de déduire du poids total le poids du résidu. ■
L’albumine des urines alèalines ne peut être dosée par ee procédé, car l’acide acétique, même en rendant ces urines acides, ne permet pas h la chaleur de précipiter l’albumine. Si parfois on peut y parvenir, l’eau bouillante entraîne alors inévitaWement l’albumine à travers le filtre.
Quand au sérum du sang, l’acide acétique loin de favoriser la coagulation y mettrait obstacle.
Ce procédé doit donc être abandonné pour plusieurs raisons. 1“ Talbunine n’est point toujours coagulée, 2® elle n’est pas toujours rendue insoluble dans l’eau bouillante, 3“ enfin le résidu albu-
mineux additionné de matières minérales ne présente pas, quant à son poids, exactement le poids de l’albumine contenue dans l’humeur soumise à l’analyse.
Nous en dirons autant du procédé imaginé autrefois par Bostock, qui consiste à ajouter au liquide albumineux une quantité de bichlorure de mercure plus que suffisante pour saturer, l’albumine, et à chauffer ensuite le mélange. Par cette double action il se forme un coagulum qu’on peut séparer sur lefiltre. Ce précipité de'sséché contient environ les 0,714 de son poids d’albumine.