ACTION PHYSIOLOGIQUE ET THÉRAPEUTIQUE
DEMI ML PAINRE
C'est Lipowitz qui constata le premier l'action dissolvant de cet.alcali exercée par le carbonate de lithine sur l'acide urique ; puis un médecin de Londres, A. Ure, montra en 1843 tout le parti que l’on pourrait tirer de la découverte de Lipowitz, pour dissoudre les graviers et calculs formés par cet acide. Citons encore Wolf qui, lui aussi, a expérimenté les sels de lithine comme dissolvant de certains calculs, et enfin Garrod qui compara ses résultats, avec ceux obtenus précédemment avec la soude, et démontra, par de. nombreuses expériences, la supériorité marquée des sels de lithine sur ces derniers, lorsque l’on a à attaquer des concrétions d'acide urique ou d’'urate de soude. C'est du reste ce dernier médecin qui fut le promoteur et l'initiateur de l'application de la lithine au traitement de la gravelle et de la goutte.
À petite dose le carbonate de lithine ne produit qu'une excrétion plus abondante d'urine et la dissolution raride des sables et graviers uriques lorsque ceux-ci existent.
L'acide urique déplace l'acide carbonique et il se forme de l'urate de Lthine (biurate de lithine suivant Garrod), sel beaucoup plus soluble que tous les autres urates, cristallisant en longues aiguilles et correspondant au sel de soude que l’on trouve dans le sang'des goutteux.
Lipowitz rapporte qu'avant fait bouillir du lépidolithe pulvérisé en présence de l'acide urique, ce dernier avait déplacé l'acide silicique et de l’urate de lithine avait pris naissance. La grande solubilité de ce sel, et la presque insolubilité au contraire du silicate de lithine et de l'acide silicique explique fort bien cette réaction citée par Lipowitz comme l’une des propriétés les plus remarquables des sels de lithium.
Le faible équivalent du lithium fait comprendre aussi pourquoi. à dose égale, la lithine sature une plus grande quantité d'acide ; nous rappelons, pour mémoire, que 15 de lithine équivalent à 31 de soude et à 47 de potasse.
Administré à haute dose (3 gr. par jour) le carbonate de lithine, ou mieux les sels de lithine, sont un médicament répugnant, qui occasionne à la longue de la dyspepsie. Aussi ces sels ne sont-ils employés ainsi que fort rarement, excepté par Charcot et Garrod. Les troubles fonctionnels de l'estomac qu’ils engendrent sont parfois assez sérieux pour obliger le médecin d'en suspendre l’emploi au bout d’une semaine, ce qui diminue d'autant leur efficacité dissolvante ultérieure. En effet les urines reprennent bien vite leur acidité primitive, les calculs se reforment et tout est à recommencer. Les sels de soude ou de potasse (bi-carbonate) n'ont pas cet inconvénient, ils améliorent au contraire les fonctions digestives au lieu
de les détruire, et partant ils peuvent être continués pendant des mois et des années. Le seul reproche qu'on leur a adressé (Magendie, Trousseau), et qui aurait pu sans doute être fait aux sels de lithine, avec tout autant de raison, c’est de produire l’'anémie alcaline, quand on abuse des doses. Il n’y a rien de vrai dans cette dernière assertion (Martin-Damourette, de Lalaubie), à moins toutefois qu'on agisse à l'instar de Petit, qui gorgeait littéralement ses malades d’eau alcaline.
Toutefois, pour que le traitement par la lithine, comme du reste par la soude et la potasse soit efficace, il faut que la combinaison chimique qui s'effectue dans l'économie et qui transforme l'acide urique en urate de lithine plus soluble, soit persistante et continue. Ainsi, il est évident qu’en prenant une certaine quantité de sels de lithine le matin, on alcalinise l'urine pour la plus grande partie de la journée, mais si le soir on néglige d’ingérer une dose nouvelle de ce médicament, l'urine de la nuit et celle du matin deviendront acides. En un mot, pour amener la dissolution des graviers d'acide urique par les sels de Bthine, il faut que l'urine du malade soit maintenue pendant un laps de temps assez considérable dans un état d’alcalinité suffisant ; dans le cas contraire on obtient que des résultats incomplets ou même nuls. Ilest bon de noter en outre, que les sels de lithine n’ont pas d'action sur les graviers oxaliques, et très peu sur les dépôts phosphatiques, à moins toutefois qu'ils ne contiennent en même temps de l'acide urique.
La lithine alcalinise le sang bien plus fortement que la soude et la potasse et elle rend les dépôts tophacés formés
en partie d'urate de soude plus solubles en se substituant à ces deux bases.
Garrod a employé le carbonate de lithine dans le traitement de la goutte ; il voit dans ce médicament un moyen très utile pour atténuer, prévenir les accès, attaquer et faire disparaitre les conséquences et restes de la maladie. C'est dans la gouite chronique que ces sels ont été d’un meilleur effet ; ils ont donné un résultat à peu près négaüf dans le rhumatisme ordinaire et surtout dans le rhu-
matisme dit goutteux.
On ne peut non plus contester l’action de la lithine sur la gravelle urique, car les sels de cette base sont un dissolvant assuré des dépôts d'acide urique."Les doses faibles auxquelles on administre ce médicament expliquent facilement l’action bienfaisante de certaines eaux minérales qui en contiennent relativement peu, surtout si l’on tient compte de cette action plus puissante, non expliquée encore, que possède tout corps chimique administré sous cette forme,
Les ouvrages de Leroy, Petit, Roberts, Lécorché, Durand-Fardel et de tous les cliniciens qui ont écrit sur le traitement de la goutte et de la gravelle par les eaux de Vichy, attribuent à la soude seulement et nullement à la lithine les effets curatifs du traitement thermal dans ces maladies, c'est une lacune. Notre thèse en montrant que cet alcali existe en proportion dosable dans ces eaux, aura pour résultat de les ranger à côté de celles de Carlsbad, d'Ems, de Kissingen, etc., etc., dans lesquelles l'oxyde de lithium est l'agent dissolvant des calculs uriques et des urates. [est bien évident qu’à Vichy, si l'on ne doit pas
reporter exclusivement sur les petites quantités de lithine que les malades absorbent pendant le traitement hydriatique, les résultats parfois surprenants que l’on obtient par l’ingestion prolongée des eaux, cette lithine doit néanmoins intervenir dans l’action dissolvante exercée par celles-ci, et cela dans des proportions assez notables, quoique non encore définies.
Sans vouloir nous étendre plus longuement sur cette partie de notre travail qui est plutôt du ressort de la médecine que de la chimie, disons que le carbonate de lithine a été employé aussi avec succès par À. Ure, en injection dans la vessie pour dissoudre les calculs d’acide urique, ou tout au moins ceux où cet acide prédomine.
IT