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STRYCHNINE (NOIX VOMIQUE

L’expérience a prouvé à M. Glénard que l’éther est un véhicule très-avantageux, lorsqu’on veut se rendre compte de la présence d’un alcaloïde dans un tissu végétal. Nous confirmons ces assertions. Et cependant, partant de la solubilité très-différente des alcaloïdes dans l’éther, on pouvait douter de prime abord qu’il en fût ainsi. Quelques-uns, comme la narcotine, lacolchicine, se dissolvent facilement.

D’autres paraissent insolubles comme la morphine, ou peu solubles comme l’émétine. Ces différences tiennent en grande partie à l’état moléculaire particulier sous lequel se présentent ces bases végétales. Qu’elles soient à l’état amorphe, comme on les obtient assurément en mettant brusquement la base en liberté dans le végétal à l’aide de la chaux, elles se dissolvent sinon totalement, du moins en quantité suffisante pour apparaître après l’évaporation de l’éther.

Laissez cristalliser de sa dissolution éthérée, par évaporation spontanée, l’alcaloïde, puis reprenez par l’éther, vous n’aurez quelquefois pas de redissolution. De l’opium sec pulvérisé mélangé avec de la chaux éteinte, après addition d’eau et dessiccation au bain-marie, abandonnera de la morphine à l’éther. La morphine à l’état cristallisé n’est pas sensiblement soluble dans ce liquide.

M. Glénard a remarqué que si l’on prend de la quinine chauffée à l'étuve à 120° qui ait subi une demi-fusion seulement, et qu’on l'expose à l’action de l'éther, elle se dissout très-lentement, très-difficilement. Si cette quinine est réduite en poudre, puis jetée en masse dans l’éther, elle s’agglomère et se dissout mal. Mais si cette poudre est divisée dans l’éther, comme elle se trouve dans un quinquina traité par la chaux, la solution se fait très-facilement et très-rapidement.

La racine de Cephœlis ipecacuanha cédera au même véhicule la presque totalité de son émétine, après le traitement calcaire.

La strychnine, ce dangereux alcaloïde retiré des fèves de Saint-Ignace et des noix vomiques, est peu soluble dans l’éther; sa division dans le parenchyme végétal permettra cependant de la mettre en évidence à l’aide de ce véhicule.

C’est à M. Glénard que nous devons le procédé élégant que nous allons décrire et qui lui permet, dans son tours fait à l’École de médecine de Lyon, de montrer en quelques secondes aux élèves de la strychnine qu’il extrait extemporanément devant eux d’un peu de poudre de noix vomique.

L’auteur prend de la noix vomique râpée, de la contenance d’un dé à coudre, l’additionne d’un petit fragment de chaux vive, broie le tout dans un mortier et additionne la poudre de quelques gouttes d’eau. La chaux s’hydrate, réagit rapidement sur la poudre végétale à la faveur de l’humidité. La température résultant de l’hydratation de la chaux suffit aussi pour dessécher spontanément le mélange. M. Glénard ajoute de l’éther, agite avec le pilon, jette le liquide sur un petit filtre, fait évaporer rapidement. Le résidu donne aussitôt la coloration caractéristique de la strychnine avec le bichromate ou bioxyde de manganèse et acide sulfurique.

On aurait pu reconnaître dans l’éther, avant toute évaporation, la présence de l’alcaloïde : il suffirait de l’additionner d’une goutte d’éther, tenant en dissolution de l’acide oxalique, pour déterminer aussitôt l’apparition d’un précipité manifeste d’oxalate de strychnine insoluble dans l’éther. Cette propriété n’est pas particulière à la strychnine. M. Glénard, qui a fait quelques recherches inédites à cet égard, a reconnu que beaucoup d’alcaloïdes, en solution dans l’éther, donnaient un précipité au contact de l’éther chargé d’acide oxalique. Cette réaction a son importance. Dans une recherche médico-légale, où l’on aurait à caractériser une poudre, saisie à titre de pièce de conviction, le louche, produit par l’éther à acide oxalique dans la teinture éthérée éveillerait aussitôt des soupçons sur la présence d’un

alcaloïde, bien que l’absence de précipité, il faut bien le dire, n’autorise pas des conclusions immédiates. Si le précipité d’oxalate est assez abondant, on pourra le recueillir et le soumettre aux réactions propres à caractériser sa nature. C’est ainsi que l’oxalate de strychnine formé dans ces conditions, recueilli et traité directement par l’acide sulfurique et le bichromate, donne la réaction violette caractéristique.

Il pourra, dans des conditions exceptionnelles, se précipiter de l’oxalate de chaux, que l’on reconnaîtra rapidement à ses caractères. Il faut pour cela qu’un peu de chaux soit entraînée par l’éther, à l’état de combinaison avec certains principes résineux par exemple.

Nous nous hâtons d’ajouter, comme nous le disions déjà en traitant du quinquina, que l’éther, notre véhicule de prédilection comme investigation , n’aura pas droit de domicile dans le laboratoire industriel.

Depuis que l’alcool et ses dérivés (éther, chloroforme) sont frappés de droits considérables, on cherche à substituer de plus en plus à ces véhicules les huiles lourdes de houille ou de pétrole, dans l’extraction industrielle des alcaloïdes. Il faut l’avouer, cette heureuse innovation semble donner les résultats les plus brillants. .

Nous devons du reste à MM. G. Boiraux et Léger (1) une série de recherches des plus intéressantes sur l’emploi des huiles de houille à titre de liquides extracteurs. Ils ont employé dans leurs recherches les benzines bouillant de 50 à 100 degrés, connues dans le commerce sous le nom de benzol , puis la benzine ordinaire, bouillant de 80 à 120 de-

(1) Voy. Répertoire de pharmacie, 10 octobre 1874, p. 577.

grés, et enfin cette dernière, phéniquée dans les proportions de 5 d’acide pour 95 de benzine. Ce dernier dissolvant ainsi constitué a l’avantage de dissoudre des alcaloïdes insolubles dans la benzine pure (strychnine, cinchonine).

M. Lebaigue, directeur du laboratoire de la Société française, nous a montré un échantillon magnifique de coumarine, obtenu d’emblée par ces auteurs en traitant directement les fèves tonka par la benzine et faisant évaporer.

MM. Boiraux et Léger ont préparé, à l’aide de la benzine, une atropine d’une blancheur éclatante, de l’aconitine, de la narcotine, de la vératrine, de la strychnine, également irréprochables. Ils ont produit également de la cantharidine très-pure en épuisant la poudre de cantharides par lixiviation avec la benzine bouillante, et lavant la masse cristalline provenant de l’évaporation avec le sulfure de carbone. Ce procédé est moins dispendieux que celui de M. Galippe, qui consiste à épuiser les cantharides par l’éther acétique. Nous reconnaissons toutefois que ce dernier moyen est des plus brillants.

S’inspirant de ces méthodes, l’industrie nous donne aujourd’hui une strychnine d’une pureté parfaite, en combinant précisément l'emploi delà chaux avec celui des huiles lourdes de pétrole. La noix vomique râpée est mélangée avec la moitié de son poids de chaux éteinte. La masse est rendue humide par une addition d’eau suffisante, puis séchée à l’étuve. On épuise par les huiles fixes de schistes ou de pétrole, que l’on agite ensuite avec de l’acide sulfurique étendu. Ce dernier s’empare des alcaloïdes. On concentre la solution de sulfate. Elle cristallise par refroidissement. Les eaux mères retiennent la brucine et l’igasurine, que l’on pourrait

isoler, si les besoins de la thérapeutique l’exigeaient, par précipitation à l’aidé des alcalis, reprise par des dissolvants appropriés, soustraction à ces mêmes liquides, par de l’eau acidulée et cristallisation.

Si nous examinons soit le procédé Corriol, soit le procédé Henry, soit celui du Codex, pour l’extraction de la strychnine, nous sommes frappé de leur infériorité, comparés au modm faciendi que nous avons exposé.

Corriol fait bouillir dans l’eau la noix vomique; quand elle est suffisamment ramollie, il la passe au moulin, la remet dans l’eau d’où il l’a sortie, la laisse macérer quatre jours, puis passe avec expression. Il fait une deuxième, puis une troisième macération. Il laisse fermenter l’hydrolé, filtre, une fois la fermentation achevée, puis évapore en consistance sirupeuse. Cet extrait est épuisé à deux reprises par l’alcool que l’on distille. Le résidu est repris par l’eau froide pour séparer les matières grasses; on filtre, on porte à l’ébullition et l’on additionne le soluté d’un excès d’hydrate de chaux.

Voilà la chaux employée seulement après une série de traitements aussi impropres à épuiser la noix vomique d’une part qu’à ménager les pertes inséparables de transvasement, de filtration, do redissolution.

Le précipité calcaire recueilli, lavé à l’eau froide, puis séché au bain-marie, est traité par l’alcool à 85° c. bouillant. La strychnine cristallise par refroidissement; la brucine, plus soluble, reste dans les eaux mères alcooliques. Mais la strychnine n’est pas encore pure, il faut la faire redissoudre dans l’alcool, décolorer la solution avec du noir animal, filtrer et laisser cristalliser.

M. Henry a modifié déjà le procédé d’une façon heu-

reuse. Il emploie la chaux dès les premiers temps de l’opération. La noix vomique râpée est traitée par plusieurs décoctions successives. Les liqueurs, évaporées en sirop clair, sont traitées par de la chaux vive dans la proportion de 125 grammes par 1 kilogramme de semences. Le précipité recueilli, lavé, séché au bain-marie, est épuisé par l’alcool à 85° bouillant. On retire l’alcool par distillation, on fait passer la strychnine à l’état d’azotate par une addition ménagée d’acide azotique au résidu. Le sel décoloré par le charbon est soumis à des cristallisations successives. On le décompose finalement par l’ammoniaque.

Au procédé Henry, nous ferons le reproche d’épuiser imparfaitement la noix vomique, bien qu’à l’état de poudre.

Le Codex fait les décoctions avec de l’eau acidulée par l’acide sulfurique, adoptait, somme toute, la méthode générale de Pelletier et Caventou, d’ailleurs plus rationnelle que les deux précédentes. Les décoctés acides sont rapprochés à pellicule par évaporation au bain-marie. On ‘ajoute de la chaux éteinte et délayée dans l’eau, puis on traite par l’alcool le précipité, après lavage et dessiccation. La plus grande partie de l’alcool est distillée. La strychnine cristallisée par refroidissement est reprise par l’acide azotique étendu. L’azotate est soumis à plusieurs cristallisations comme dans le procédé Henry.

Les avantages de l’emploi directe de la chaux dans l’extraction de la strychnine se passent de plus longs commentaires.

Il nous faut ajouter que l’écorce de fausse angusture pulvérisée ainsi que la fève de Saint-Ignace donnent avec la chaux des résultats complètement identiques.

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