‹ Recherche et extraction des alcaloïdesChapitre 5 sur 14 · SOLANINE · texte numérisé non relu

SOLANINE

Nos recherches ont porté sur une substance très-intéressante que quelques plantes de la famille des solanées contiennent en certaine quantité, la solanine. Cette base, que quelques auteurs ne prennent pas pour un alcaloïde, comme Gmelin, soi-disant parce qu’elle n’est pas azotée, mais que la plupart des auteurs avec Zwenger regardent comme une base azotée, offre la propriété de se dédoubler en solanidine et en glycose sous l’influence des acides. On comprend qu’il faut apporter dans son extraction certains ménagements pour ne pas obtenir son dérivé sous l’influence du véhicule acide dont on se servira pour son extraction. Le procédé de Stass, autrement dit l’action de l’alcool acide, risquerait fort d’opérer le dédoublement que l’on veut précisément éviter; aussi n’est-il pas conseillé actuellement pour l’obtention de cette base.

M. Desfosses (1), pharmacien à Besançon, découvrit la solanine dans les baies de la morelle (.Solarium nigrum ). 11 entreprit aussitôt une série de recherches sur quelques solanées du même genre, et reconnut le même principe dans les tiges et les feuilles de douce-amère.

Voici en quelques mots son procédé d’extraction appliqué aux baies de la morelle. Le suc provenant de l’expression de ces fruits est traité par l’ammoniaque. Une matière grisâtre se précipite. Recueillie sur un filtre, lavée et traitée par l’alcool bouillant, cette matière complexe cède la sola-

(1) Journal de pharmacie, t. VII, p. 414, année 1821

nine qui cristallise par l’évaporation du liquide. Si les baies, employées ont atteint une maturité parfaite, la solanine cristallisera assez pure à l’aide du traitement ci-dessus. Les baies encore vertes cèdent au vélicule de la chlorophylle dont il est très-difficile de débarrasser la solanine.

M. Legrip étudia les baies de la douce-amère et confirma les assertions de M. Desfosses. 11 reconnut dans ces fruits la présence de la solanine.

Le docteur Otto signala un peu plus tard la solanine dans les jeunes pousses de pomme de terre. Le tubercule du Solarium tuberosum donne naissance, sous l’impulsion végétative du printemps, à cet alcaloïde qui s’accumule ainsi dans les germes et apparaît d’ailleurs dans les feuilles et les fruits de la plante lorsque sa croissance est achevée.

Le docteur Otto incise les germes et les fait macérer dans de l’eau acidulée par l’acide sulfurique, il précipite par l’acétate de plomb l’acide sulfurique, des acides organiques, les matières extractives ; il sursature ensuite la liqueur par un lait de chaux, et fait bouillir le précipité dans l’alcool à 80° centésimaux. Il purifie la solanine par des dissolutions alcooliques répétées.

On a modifié ce procédé. On s’est contenté de faire macérer les germes de pomme de terre dans l’eau acidulée à l’aide de l’acide chlorhydrique pendant vingt-quatre heures, de filtrer et exprimer, d’ajouter à la colature de l’hydrate de chaux, de recueillir le précipité et l’excès de base alcalino-terreuse et d’épuiser par l’alcool bouillant. Ce dernier enlève la solanine qu’il abandonne par refroidissement. Les eaux mères alcooliques tenant encore en dissolution une certaine quantité de base sont soumises à l’évaporation. Le refroidissement des liqueurs concentrées amène une prise.

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en masse gélatineuse, de l’alcaloïde. Au microscope on constate que l’on a affaire à une cristallisation. On conseille de reprendre par un acide étendu, de filtrer, de précipiter par un alcali et de reprendre par l’alcool bouillant qui, par refroidissement, abandonne cette fois l’alcaloïde dans un état de pureté satisfaisant.

Nous nous sommes demandé si cette façon de traiter les germes de pomme de terre par une eau acidulée, môme à la température ordinaire, n’était pas défectueuse. La facilité avec laquelle la solanine tend à se dédoubler, sous l’influence des acides en solanidine et glycose, permet de douter de l’innocuité d’une méthode où l’on fait intervenir un acide. La métamorphose ne sera que partielle si l’on veut; on ne doit pas moins chercher à l’éviter.

Dragendorfï, dans son remarquable Traité de toxicologie (1 ), et en cela il ne fait qu’appuyer l’opinion de Kromayer (2), avance comme fait certain que les acides sulfurique ou chlorhydrique étendus dédoublent la solanine, môme à froid, en glycose et solanidine.

Notre but a été de nous affranchir de toute intervention d’acide. L’emploi direct de la chaux nous a servi. Voici le procédé rapide que nous avons substitué aux méthodes précédentes.

Nous avons pris dans notre expérience un kilogramme de germes de pommes de terre, que nous avons réduit en pulpe dans un mortier avec le concours de 500 grammes de chaux éteinte. Cette manipulation s’effectue avec la plus grande facilité, les parties fibreuses étant encore à l’état embryonnaire dans ces tiges à peine naissantes. On a une masse

(1) Dragendorff, Traité de toxicologie, trad. par Ritter. Savy, 1874.

(2) Voy. Kromayer, Arch. d.Nord. Apotheker, t. CIV, p. 113.

blanche, légèrement jaunâtre, à odeur fade, que l’on étend sur des assiettes et que l’on fait sécher à l’étuve à une température de 40" environ. J’ai cherché à éviter toute cause d’altération.

Le mélange solano-calcaire a été mis en digestion au bain-marie, pendant dix minutes, dans une quantité suffisante d'alcool à 93° c. L’alcool reçu sur un filtre a passé légèrement jaunâtre. Par simple refroidissement il a laissé déposer la solanine, qui s’est présentée au microscope sous forme d’aiguilles excessivement déliées et repliées sur ellesmêmes, dont l’enchevêtrement rappelle à un œil exercé ces algues inférieures, ces Hygrocrocis que nos hydrolats en voie d’altération nous présentent parfois. Nous recueillons sur un filtre ces cristaux,que nous lavons à l’alcool froid, puis à l’éther. Comme ces cristaux de solanine très-fins et constituant pour ainsi dire un feutrage ne se laisseraient pas pénétrer par le véhicule dans une simple lixiviation, nous conseillons, à l’aide d’une spatule de platine, d’enlever délicatement l’alcaloïde du filtre, de le délayer dans l’éther et de rejeter sur un filtre. Ce dernier tour de main, qui exige aussi peu de temps qu’il en faut pour l’exposer, donne un produit d’une pureté irréprochable. Une simple dessiccation à l’air libre sur du papier sans colle donne la solanine trèsblanche. Si l’on dispose d’une machine pneumatique, on pourra hâter la dessiccation dans le vide.

Nous avons soumis à l’évaporation spontanée nos eaux mères alcooliques pour obtenir de nouveaux cristaux. Bien que très-peu soluble dans l’alcool froid, la solanine restait en dissolution en certaine quantité à la faveur d’une trace de matière extractive. Nous avons obtenu un résidu jaunâtre, gélatineux, offrant une odeur comme spermatique, que nous

avons repris par une petite quantité tf alcool bouillant. Pour que l’action dissolvante s’effectue, il est bon d’exposer le récipient où s’opère la rédissolution à la chaleur du bainmarie, pendant quelques instants. L’alcool décanté dans un cristallisoir a abandonné en refroidissant une nouvelle quantité de solanine que l’on a recueillie sur un filtre et reprise par l’éther, en suivant les indications données pour la première cristallisation.

Nous nous réservons de faire l’analyse élémentaire de cette solanine, pour contrôler les assertions de Blanchet (1 ), de Ginelin, deZwengerou d’autressursa composition et particulièrement sur sa teneur en azote. Nous nous sommes contenté actuellement, au milieu de l’excursion rapide que nous avons entreprise dans l’analyse immédiate de quelques végétaux, de la soumettre aux réactions propres à la caractériser.

L’acide sulfurique concentré prend au contact des cristaux de notre solanine la coloration jaune que l’on connaît, passant peu à peu, dans l’espace d’un quart d’heure environ, à une teinte violette qui tourne finalement au brun. L’acide sulfurique et le bichromate de potasse donnent bien cette teinte bleue fugace signalée par Clarus, teinte qui passe au vert.

Nous avons pris le point de fusion de cette solanine pour être sûr que nous n’avions pas affaire à la solanidine. Nous avons trouvé qu’elle entrait en fusion entre 234° et 235°. Les auteurs donnent 235°. La solanidine fond à 200°. D’ailleurs la solanidine est facilement soluble dans l’alcool et dans l’éther. Notre produit au contraire est très-peu

(1) Blanchet, Ann. de phys. et de cliim. (LUI, 4U).

soluble dans l’alcool et dans l’éther. Il faut une ébullition prolongée dans un grand excès d’alcool pour la dissoudre, une fois déposée cristallisée d’une solution.

Par l’action ménagée de la chaux nous avons donc préparé la solanine très-rapidement. La méthode générale que nous préconisons devait, à priori, nous donner un résultat. L’absence à peu près complète de matière colorante dans les germes de pommes de terre, l’absence également de matières résineuses souvent gênantes pour arriver d’emblée à un produit pur, étaient d’avance, nous devons l’avouer, une garantie de succès.

Nous serions curieux de pratiquer la même opération soit avec les baies de morelle, soit avec celles de douce-amère. La chaux serait-elle susceptible de former avec les matières colorantes des laques insolubles dans nos véhicules? Nous tenterons cet essai dès que nous pourrons nous procurer des baies fraîches et mûres de ces intéressantes solanées.

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