QUA3S1NE (QUASSIA AM ARA
Le bois de Surinam de la famille des simaroubées, encore appelé Quassia amara, doit son amertume et ses propriétés toniquesà un principe neutre désigné par Wincklcr (1) sous le nom de quassine. L'auteur prépare ce principe immédiat en faisant une infusion qu’il concentre et qu’il additionne, après refroidissement, d’hydrate calcique pour précipiter la pectine et d’autres substances. Le mélange est abandonné
(1) Winckler, Répcrt. de pharm., V. Buchner, t. L1V, p. 85.
un jour, filtré, puis évaporé au bain-marie. On reprend par l’alcool fort que bon distille et qui abandonne par évaporation une matière jaune, amère, cristalline, qui attire l’humidité de l’air. Pour purifier ce produit, on le dissout dans un peu d’alcool absolu et une grande quantité d’éther. On distille, après filtration, la teinture élh'eralcoolique. On reprend par un peu d’éther que l’on abandonne à l’évaporation sur une petite quantité d’eau. Il doit dans ces conditions se déposer une quassine parfaitement blanche, sous forme de petits prismes opaques, d’une saveur fort amère.
Au traitement aqueux, puis précipitation par l’hydrate calcique, nous avons substitué le traitement directe du bois pulvérisé par la chaux, qui se combine aussitôt avec l’acide pectique. 100 grammes ont été pris dans notre expérience et mélangés avec 50 grammes de chaux éteinte non carbonitée.
Le mélange humecté, puis séché au bain-marie, est traité par 500 grammes d’éther dans un appareil à déplacement. Nous remarquons que ce véhicule ne soustrait que trèsimparfaitement au bois son principe amer. Notre teinture éthérée, légèrement colorée en jaune, est distillée jusqu’à ce qu’il ne reste que très-peu de liquide. Le résidu est vert bleuâtre ; il est sensiblement amer. Nous achevons l’évaporation spontanément dans une petite capsule. A mesure que le liquide se concentre, nous ne tardons pas à voir apparaître, mélangées au liquide résinoïde et verdâtre, des paillettes à reflets nacrés très-nets. Nous laissons la concentration s’achever, puis nous reprenons par l’éther. Ce dernier redissout la matière résineuse, la matière colorante verte, et laisse indissous ces cristaux que nous examinons au microscope. A un grossissement de 50 diamètres nous remarquons
qu’ils sont constitués par des agrégats d’aiguilles aplaties groupées comme les barbes d’une plume.
Ces cristaux essentiellement différents de la quassine sont parfaitement de nature organique (1).
Cédant à la tache que nous nous sommes imposée d’explorer rapidement quelques tissus végétaux, nous n’avons pu approfondir ce sujet, dont nous nous réservons de faire une étude attentive. Ces cristaux étaient d’ailleurs en trop petite quantité, à la suite d’un simple traitement d’essai par l’éther, sans tentative d’épuiser la matière, pour arriver à une solution immédiate.
Nous avons vu que l’éther était un mauvais dissolvant de la quassine. La poudre quassino-calcaire, encore fortement amère à la suite de ce lavage rapide à l’éther, a été traitée par l’alcool froid. La colature teintée en jaune foncé est distillée en majeure partie, puis soumise à l’évaporation spontanée. Comme résidu, nous avons obtenu une matière jaune très-amère, qui n’est autre que la quassine encore légèrement impure, souillée d’un peu de matière résineuse. On reprend par l’eau froide en s’aidant dans la trituration d’un peu de sable pur pour rompre la cohésion du produit résineux et lui soustraire sûrement la quassine. Évaporée après filtration, cette eau a abandonné une matière blanc jaunâtre, cristalloïde, dont l’amertume caractéristique dispense de tout autre essai. Nous avons voulu reprendre par l’éther ce produit afin d’obtenir par évaporation sur l’eau les cristaux opaques signalés par Winckler, mais nous ne sommes parvenu à dissoudre la quassine que très-imparfaitement. La quassine est peu soluble dans l’éther conformé-
(1) Ces cristaux seraient-ils la surinamine de quelques auteurs? La question mérite une étude.
ment d’ailleurs à nos premières remarques. Nous doutons fort que l’auteur allemand ait obtenu de grandes quantités de quassine nettement cristallisée par son procédé, consistant à la dissoudre dans l’éther, puis à abandonner la solution à la surface d’une petite quantité d’eau. Peu soluble dans l’éther d’une part, très-soluble dans Peau de l’autre, elle a dû exiger des proportions énormes d’éther pour se déposer cristallisée, après saturation de l’eau sous-jacente, dans lq petit tour de main indiqué.
Pour revenir cà notre procédé, nous conseillons donc d’extraire la quassine du bois de Surinam, en faisant un mélange quassio-calcaire, en épuisant par l’alcool, distillant et reprenant le résidu par l’eau froide, s’aidant d’un peu de sable propre à diviser la matière. L’eau abandonne la quassine pure.
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