COCAÏNE (FEUILLES DE L’ERYTHROXVLON COCA
La cocaïne, on le sait, a été retirée par Niemann des feuilles de coca, à l’aide du procédé suivant : Il fait macérer les feuilles du coca contusées dans de l’alcool à 85 p. 0/0 additionné d’un peu d’acide sulfurique; après quelques jours de macération, il sépare la teinture par expression et y verse un lait de chaux en léger excès. Il laisse reposer, il décante la liqueur alcaline qu’il sature par l’acide sulfurique, puis il distille l’alcool. La masse noirâtre qui reste comme résidu de la distillation est reprise par l’eau, qui entraîne le sulfate de cocaïne. La solution filtrée est additionnée de carbonate de soude qui précipite la cocaïne sous forme d’un dépôt
brun. Celui-ci est épuisé par l’élher qui enlève la cocaïne et l’abandonne sous forme amorphe par l’évaporation. L’auteur la purifie par plusieurs cristallisations dans l’alcool.
M. Lassen (1) a modifié le procédé de Niemann de la façon suivante : il épuise les feuilles de coca par l’eau portée à 60 ou 80 degrés, précipite la solution par le sous-acétate de plomb et enlève l’excès de plomb par une solution saturée de carbonate de soude, de manière à la rendre faiblement alcaline. Il agite ensuite avec de l’éther qui dissout la cocaïne. Il filtre l’éther, le distille ; la cocaïne reste à l’état impur. Pour purifier la cocaïne brute, on la mêle avec de l’eau, et on la dissout dans une petite quantité d’acide chlorhydrique. On soumet le chlorhydrate à la dialyse. Il passe rapidement à travers le dialyseur, tandis que la matière colorante reste en grande partie. On précipite de nouveau la cocaïne par le carbonate de soude, on la recueille sur un filtre, on la lave, puis on la fait cristallisera plusieurs reprises dans l’alcool.
Nous n’avons pas eu le loisir de répéter le mode de préparation de Lassen, qui peut donner de bons résultats, mais a l’inconvénient d’être long. Nous avons cherché à lui substituer la méthode générale d’extraction parla chaux.
Notre opération a été exécutée sur tOO grammes de feuilles de coca, réduites en poudre presque impalpable. Disons en passant que si l’on ne disposait pas de moyens mécaniques qui permettent aux pileurs industriels de donner une poudre de feuilles très-fine, il faudrait recourir au tour de main suivant. Le procédé que nous indiquons là devra être mis en pratique toutes les fois qu’on disposera
(1) Bulletin delà Société chimique, 1865, t. IV, p, 292.
de feuilles entières à traiter. Les feuilles sont-elles fraîches? on les contusera dans un mortier avec du sable siliceux, de manière à rompre la trame organique dans toutes ses parties et donner prise au véhicule. Les feuilles sont-elles sèches? c’est le cas du coca tel que nous le livre le commerce, on effectue la contusion avec du sable siliceux, celte fois préalablement humecté. La quantité de sable nécessaire, que les' feuilles soient fraîches ou sèches, est de 50 grammes pour 100 grammes. Le sable grossier mais pur, c’est-à-dire incapable de céder à l’éther n’importe quel corps étranger, devra être choisi de préférence.
Aux 100 grammes de coca contusés ainsi par intermède, nous ajoutons 50 grammes de chaux récemment éteinte. Nous portons au bain-marie. Lorsque notre poudre cocaïnocalcaire a subi pendant une demi-heure l’influence de la chaleur, qu’elle est encore humide, nous la reportons clans le mortier et la soumettons de nouveau à l’action du pilon. Les tissus se sont ramollis au contact de l’humidité et sous l’influence de la chaleur. Une nouvelle contusion achèvera d’intéresser toutes les cellules et de les préparer au traitement éthéré.
La manipulation que nous indiquons là sera surtout nécessaire pour les feuilles sèches. Les feuilles fraîches sont suffisamment dilacérées dans une première contusion.
Notre poudre cocaïno-calcaire une fois sèche est épuisée dans un appareil à déplacement, par macération et lixiviation, à l’aide de l’éther à 65 degrés. Le dernier, après filtration, qui présente une teinte jaune verdâtre due à la chlorophylle ne se combine pas totalement à la chaux. L’éther entraîne en même temps un peu de cire végétale.
Toutes les fois que nous traitons par le procédé calcaire
des feuilles de végétaux, nous entraînerons infailliblement un peu de chlorophylle et quelques produits résineux ou cireux. Mais ces matières n’ont que peu d’inconvénients dans la suite des opérations.
Distillant la totalité de notre éther au bain-marie après épuisement du coca, nous reprenons le résidu à l’aide de l’eau acidulée par de l’acide chlorhydrique. Il faut éviter un excès d’acide qui dissoudrait un peu de matière colorante. La matière cireuse agglomérée en flocons abandonne à l’eau la cocaïne qu’elle englobe. En rapprochant la solution de chlorhydrate à la chaleur du bain-marie, on obtient finalement des cristaux de chlorhydrate mélangés à quelques impuretés. Nous avons remarqué qu’un excès d’acide ne nuisait pas à la cristallisation du chlorhydrate. Il suffit de décomposer ce chlorhydrate par un peu de chaux et de reprendre par l’alcool bouillant pour obtenir, par évaporation ménagée de ce dernier, des cristaux de cocaïne.
Dans un essai nous avons soumis à l’évaporation spontanée l’éther provenant du traitement de la poudre cocaïnocalcaire. Au microscope nous avons reconnu des foyers cristallins très-nets au milieu de gouttelettes cireuses et chlorophylliennes. Ces foyers étaient constitués par des amas d’aiguilles s’irradiant d’un centre commun.
Cette observation montre une fois de plus les avantages de la chaux et de l’éther, avec le concours du microscope, comme moyen analytique rapide. Plus je manie ces instruments d’investigation, plus je suis tenté de les comparer au scalpel de l’anatomiste, dont la puissance incisive met si promptement à nu les éléments de nos organes.
Inutile de faire remarquer que la chaux se combine dans le coca avec l’acide cocàtannique et élimine de suite celte
substance d’un brun rouge qui dans le procédé de Niemanu entrave les opérations.